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29 juillet 2018

Une première interview télévisée sur i24 NEWS !


Une surprise pour cet article de « rentrée », après la petite pause de mes premières vacances.

J’ai eu la surprise et le plaisir d’être contacté par Valérie Perez, journaliste de la chaine internationale i24NEWS, qui cherchait un spécialiste du monde arabe pour intervenir dans le cadre de son émission « Histoires », diffusée tous les lundis à 21 h heure de Paris.

Le principe de cette série est d’apporter un éclairage sur un personnage historique contemporain, en alternant films d’archives et commentaires. La personnalité pour laquelle j’ai été invité était le Maréchal Abdelfattah al-Sissi. Il n’est en fait connu que depuis cinq ans, ayant pris le pouvoir en Egypte en juillet 2013 à la suite du renversement des Frères Musulmans par l’Armée. Depuis, il a été élu puis réélu à la présidence de l’Etat.

Je ne vous en dirai pas plus sur cette « première » pour moi : l’émission a été diffusée le 16 juillet, puis enregistrée sur ma chaine Youtube, dédiée normalement à la reprise d’une sélection de numéros de « Rencontre ».

La vidéo complète vous est proposée ici.

J.C

27 janvier 2015

Combattre l'islamisme radical : le discours historique du Président égyptien Abdel Fatah al-Sissi



C'est un discours que l'on peut qualifier d'historique. Il a été prononcé le 28 décembre 2014 par le Président égyptien, le Maréchal al-Sissi, devant les dignitaires de la prestigieuse université théologique Al-Ahzar. Pour la première fois, sans doutes depuis Atatürk, le chef d'Etat d'un grand État musulman - le pays arabe le plus peuplé - plaidait pour une réforme de l'Islam, afin d'extirper les démons de l'idéologie islamiste radicale qui a perverti chez trop de gens le message de Mahomet.
Grand merci à l'indispensable "Memri", en lien permanent, pour avoir révélé ce discours, et honte aux grands médias français qui l'on ignoré ; et cela, même après les attentats de Paris qui ont illustré l'urgence brûlante de ce débat;
Ci-dessous un extrait de ce discours ; et également un extrait vidéo, en arabe sous-titré en français.

«Nous devons révolutionner notre religion….est-il concevable que 1,6 milliards de personnes puissent penser qu’ils doivent tuer les autres membres de l’humanité, qui compte sept milliards de personnes aux fins de pouvoir vivre?… Je dis ces mots ici à Al Azhar, devant cette assemblée d’ulémas…Tout ce que je vous dis, vous ne pouvez pas le comprendre si vous restez coincé dans cet état d’esprit. Vous devez sortir de ce que vous êtes pour être en mesure d’observer et de réfléchir dans une perspective plus éclairée. Je dis et répète que nous sommes face au besoin d’une révolution religieuse. Vous, les imams, êtes responsable devant Dieu. Le monde entier, je le répète, le monde entier attend votre prochain mouvement … car la communauté des croyants est ravagée, détruite ; elle est perdue, et elle l’est à cause de nous ».

J.C


03 avril 2014

Égypte : les Frères musulmans en voie d'extermination

Le général Al-Sissi

Plus d'un demi-millier d'islamistes ont été condamnés à mort, symbole de la politique d'éradication de la confrérie entreprise par l'armée égyptienne.  

Rarement un parti politique aura connu une si rapide déchéance. Il y a moins d'un an, les Frères musulmans étaient au sommet de l'Égypte. Vainqueur des premières législatives de l'ère post-Moubarak, puis de la première présidentielle démocratique jamais organisée en Égypte, le parti islamiste, interdit pendant 80 ans, régnait alors sans partage sur la scène politique. Neuf mois plus tard, le voici voué aux gémonies. Au moins 529 de ses partisans ont été condamnés à mort ce lundi par la justice, du jamais-vu en Égypte.
Les militants islamistes, tous partisans de l'ex-président Mohamed Morsi, sont jugés coupables des violences ayant provoqué la mort de deux policiers dans la province d'al-Minya, à 250 kilomètres au sud du Caire, le 14 août dernier. Le même jour, des centaines de Frères musulmans ont été froidement abattus dans l'assaut sanglant de la police contre la place Rabaa al-Adaweya, où ils manifestaient depuis le 3 juillet dernier et la destitution par l'armée du président islamiste Mohamed Morsi.

L'ex-président Morsi visé

Les condamnés ne sont toutefois pas près de passer sur l'échafaud. Tout d'abord, parce que la peine de mort doit encore être validée par le mufti, représentant de l'islam auprès de l'État. Ensuite et surtout, 376 condamnés étant en fuite, un autre procès pourrait avoir lieu. Et la chasse aux Frères entamée depuis juillet par l'armée égyptienne ne s'arrête pas là : dès mardi, 700 autres militants islamistes, dont l'ex-président Morsi, devront comparaître à leur tour pour des motifs similaires.

"Certains Frères musulmans se sont bien rendus coupables de violences après la levée du sit-in de Rabaa al-Adaweya", note Sarah Ben Nefissa, chercheuse à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) au Caire. "Mais il est indispensable de ramener ces faits au profond sentiment d'injustice ressenti par les islamistes qui, de fait, ont été animés par une volonté de révolte." Le 30 juin 2013, des millions d'Égyptiens descendent dans la rue contre l'ex-président Morsi, qu'ils accusent de s'être arrogé les pleins pouvoirs et d'avoir failli à résoudre la crise économique. Trois jours plus tard, l'armée du général Abdelfattah al-Sissi, excédé par l'influence grandissante des Frères musulmans au sein de l'appareil d'État, répond à "l'appel du peuple" et renverse Mohamed Morsi.
1 400 islamistes tués
Furieux contre ce qu'ils qualifient volontiers de "coup d'État" - un "coup de force populaire", ironiseront certains diplomates occidentaux -, des milliers d'islamistes manifestent depuis pour le retour de leur président "légitime", détenu dans un lieu secret. "Il y a eu des saisies d'armes, et des actes de violence ont été répertoriés", rappelle néanmoins Roland Lombardi, doctorant à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman (Iremam) et analyste au JFC Conseil.
Après avoir tout d'abord toléré ces rassemblements majoritairement pacifiques, l'armée a lancé l'assaut. En neuf mois, plus de 1 400 militants islamistes ont été tués, des milliers emprisonnés. En décembre, les Frères musulmans, pourtant autorisés au lendemain de la révolution du 25 janvier, sont considérés comme une organisation "terroriste". Désormais, appartenir à la confrérie, participer à des manifestations ou posséder ses livres est passible de prison. 

Pire que sous Moubarak

Une véritable politique d'extermination de la confrérie, que même l'ex-président Hosni Moubarak n'avait osé mener. "L'ancien raïs était plus diplomate et s'employait à ménager la confrérie en lui laissant les activités sociales", note Roland Lombardi. C'est d'ailleurs grâce à ce vaste réseau d'aide que les Frères ont pu s'implanter durablement dans le pays et remporter haut la main le premier scrutin démocratique de l'ère post-Moubarak.
"Désormais, l'armée souhaite mettre les Frères musulmans à genoux, afin qu'ils n'aient plus aucune chance de revenir un jour au pouvoir", souligne Roland Lombardi. Outre les militants, presque tous les dirigeants de la confrérie risquent, eux aussi, la peine de mort. C'est le cas de son guide suprême, Mohammed Badie, ou de l'ex-président Mohamed Morsi en personne. Ce dernier est tout bonnement accusé d'espionnage, dans "la plus grande conspiration de l'histoire de l'Égypte", selon les mots du procureur. 

Vengeance des djihadistes

"Déterminé à liquider la confrérie, l'appareil sécuritaire égyptien souhaite faire des exemples pour dissuader les derniers manifestants", analyse la chercheuse Sarah Ben Nefissa. Si les Frères musulmans paraissent totalement désemparés, d'autres groupes islamistes, bien plus radicaux, ont déjà sonné la vengeance. La destitution de Mohamed Morsi en juillet s'est accompagnée d'une recrudescence des attentats contre l'armée et la police égyptiennes, dans la péninsule du Sinaï, mais aussi jusqu'au coeur du pouvoir, au Caire.
Leur auteur, le groupe djihadiste Ansar Beit al-Maqdess, dit agir en solidarité avec les Frères islamistes. "S'il n'existe aucun lien direct entre les deux organisations, les Frères musulmans ont toujours cultivé des contacts avec les djihadistes du Sinaï", indique Roland Lombardi. Mais la multiplication des attentats ne fait que conforter la rhétorique complotiste de l'armée égyptienne. 

Soutien des Égyptiens

Surtout que, au nom de la lutte contre le terrorisme, le nouveau pouvoir dirigé par les militaires s'en prend désormais à toute opinion discordante. En novembre dernier, les autorités du Caire ont instauré une nouvelle loi restreignant considérablement le droit de manifester tout en légitimant l'usage de la force. De quoi s'attaquer aux révolutionnaires laïques outrés par le retour en arrière enregistré par le pays. "Il est certain que le nouveau pouvoir compte en profiter pour maîtriser les laïques, mais il ne peut pas leur infliger la même répression qu'aux Frères musulmans, dont l'Occident s'est détourné", fait valoir Roland Lombardi.
Reste que l'implacable répression de l'armée est toujours soutenue par une majorité de la population égyptienne. "Les Égyptiens restent extrêmement attachés à leur appareil d'État et à l'armée, seuls à même de rétablir l'ordre mis en péril par l'année au pouvoir des Frères musulmans", analyse Sarah Ben Nefissa. Dans ces conditions, l'adoption en janvier à plus de 98 % de la nouvelle Constitution, renforçant les pouvoirs de l'armée, propulse le désormais maréchal al-Sissi en position idéale pour remporter la prochaine présidentielle. L'ultime pierre qui manque au rétablissement total du pouvoir des militaires, comme sous l'ancien régime. Les Frères musulmans en moins. 

Armin Arefi,

Le Point, 24 mars 2014

08 septembre 2013

Que se passe-t-il en Egypte ?


Manifestation monstre au Caire, réclamant la chute du Président Morsi, 
à la veille du putsch de l'armée

Après la répression des manifestations des partisans du président destitué Mohamed Morsi, qui a fait plus de 600 morts, et l'instauration par l'armée de l'état d'urgence, la situation égyptienne est plus instable que jamais

La situation s’est considérablement dégradée le 14 août en Egypte suite à l’intervention des forces de sécurité sur deux places du Caire pour évacuer des sit-in menés par des partisans de l’ex-président Mohamed Morsi qui duraient depuis plus d’un mois. La situation est loin d’être aussi claire que certains observateurs le laissent entendre.

En fait, il s'agit de la fuite en avant de deux parties qui sont aujourd’hui lancées dans des affrontements qui risquent de se transformer en une véritable guerre civile.

D'un côté il y a les Frères musulmans (soutenus par le Qatar, la Turquie et quelques autres) qui n'ont plus rien à perdre puisque, depuis leur éviction du pouvoir, ils risquent de disparaître politiquement et de replonger des les années noires du passé. Leurs points forts sont une bonne organisation qui quadrille le terrain sur l’ensemble du territoire égyptien, des activistes nombreux et déterminés car embrigadés depuis des années et des moyens financiers encore très conséquents. Ces derniers leur permettent de voir venir les mois à venir sans souci de ressources. Un des principaux chefs encore en liberté est Mohamed el Beltagui dont une des filles aurait trouvé la mort par balles durant les affrontements du Caire.

De l'autre côté, l'armée du général Abdul Fattah el Sisi et la partie «laïque» de la population (il convient de compter les minorités religieuses parmi les «laïques»: les coptes, les chiites, etc.) ne peuvent plus revenir en arrière si elles ne veulent pas un scénario à «l'Iranienne» avec l'établissement d'une théocratie -mais cette fois dominée par les Frères musulmans.
Les généraux au pouvoir savent que désormais, leur salut -et sans doute leur vie-, ne tient plus qu’à leur «victoire». L’armée est soutenue discrètement par l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis qui, en dehors du fait d’être ravis de damer le pion au Qatar qui est jugé trop actif sur la scène proche orientale, craignent pour leur propre gouvernance. Mais ce soutien peut très bien s'arrêter à tout moment en fonction de l'évolution de la situation. A noter que de nombreux responsables politiques et religieux (1) égyptiens ont pris leurs distances avec l’armée ne voulant pas que leur réputation soit entachée par le bain de violence qui a débuté le 14 août.


Viennent se greffer à cela les salafistes (en partie représenté par le parti "Al Nour") qui sont plus extrémistes (religieusement parlant) que les Frères musulmans. Dans un premier temps, ils ont soutenu l'armée car leurs ennemis principaux au sein des populations égyptiennes qui sont majoritairement pieuses, sont les Frères musulmans. Ils sont embarrassés en ce moment, attendant de voir vers où le vent va tourner pour déterminer leur attitude à venir.


Autre composante à prendre en compte, les salifistes-jihadistes plus ou moins liés à Al-Qaida, très présents dans le Sinaï. Leurs deux adversaires sont Israël et l'armée égyptienne. Il est probable qu'ils vont profiter des désordres actuels pour renforcer leurs positions sur le terrain, pour recruter de nouveaux activistes, etc. Déjà, les déclarations de certains de leurs adeptes sont sans équivoques: appel au jihad, demande d’envoi de combattants internationalistes pour «défendre» les sunnites, etc. L’ennemi est clairement désigné: les «chrétiens et sécularistes, l’armée, la police et les soldats du Pharaon et derrière eux, les forces juives et les croisées».


Fort logiquement, la communauté internationale «condamne» les violences et souvent demande d’arrêter la répression. Encore faudrait-il bien analyser la situation. Qui en est à l'origine? Les Frères musulmans qui ont manifesté illégalement et qui ont été prévenus par les forces de l’ordre trois jours avant l'assaut (sans compter qu'ils ont tué une quarantaine des membres des forces de l'ordre) ou les forces de sécurité qui ont eu la main très lourde mais qui n'avaient peut-être pas le choix face aux provocations (2)? Certains intellectuels dans le monde arabo-musulman -certes non majoritaires- affirment que face à l’islam radical, le peuple est en état de «légitime défense».
Bien sûr, tout cela est abondamment filmé et passe sur Al Jazzera -la télévision bien connue du Qatar- qui est reprise en boucle par les autres chaînes télévisuelles. La guerre de la propagande va désormais faire rage comme cela a été le cas lors du début des évènements dramatiques de Syrie.


Désormais, un scénario à «l'algérienne» est tout à fait envisageable. En 1992, les élections qui devaient amener le «Front Islamique du Salut» (FIS) au pouvoir avaient été interrompues par l’armée. Le pays avait alors plongé dans une guerre civile dont des braises sont encore présentes aujourd’hui. Déjà, les Frères musulmans ont déclenché des troubles dans l’ensemble de l’Egypte. Les forces de sécurité sont dans l’impossibilité matérielle d’y faire face. Tout va dépendre des soutiens qu’elles vont pouvoir recevoir de l’extérieur.

Quant aux Frères musulmans, vont-ils faire alliance avec les salafistes-jihadistes? C’est pour le moment une possibilité qui est envisageable localement dans un but tactique. Les conséquences pour la région, et même pour le monde, sont aujourd’hui incalculables tant les incertitudes sont profondes.
- Le canal de Suez va-t-il pouvoir continuer à fonctionner normalement avec les répercutions envisageables en cas de fermeture, soit du fait des insurgés, soit d’actes terroristes?
- Quel va être le sort des minorités égyptiennes alors que des premières églises ont été incendiées?
- Quelles sont les menaces qui pèsent sur les expatriés et les voyageurs étrangers présents en Egypte?
- Que va-t-il se passer dans la zone de la bande de Gaza, le Hamas étant hostile au nouveau pouvoir en place au Caire?
- En cas de troubles dans le Sinaï, quelle va être la réaction d’Israël?
- Quelles vont être les répercutions en Israël?
- Quelles vont être les conséquences en Jordanie?
- Quelles vont être les réactions -en dehors des discours diplomatiques convenus- de Moscou, de Washington, d’Alger, de Téhéran (sachant que la minorité chiite égyptienne risque d’être pourchassée par les salafistes-jihadistes comme les chrétiens), de Beyrouth, etc.?

Alain Rodier
Slate.fr, 15 août 2013

(1) Dont Mohamed ElBaradei, le vice-président et le cheikh Ahmad el Tayeb, le grand imam d’Al Azhar.
(2) Qui comprenaient des tirs nourris à l’arme de guerre (il est toujours difficile de dire qui a ouvert le feu le premier mais il est sûr que certains manifestants «pacifiques» étaient dotés d’armes à feu) et l’emploi de véhicules bélier