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28 avril 2020

Coronavirus, la planète du complotisme : Rudy Reichstadt sera mon invité le 3 mai


Nous poursuivrons dimanche prochain cette série d’émissions consacrées à la pandémie, et mon invité sera Rudy Reichstadt. Pour rappel, c’est le responsable du site « Conspiracy Watch », et l’auteur d’un livre récent, « L’opium des imbéciles », qui a eu un grand écho médiatique. Et j’invite vraiment les auditeurs à visiter son site : on y trouve, en particulier, un planisphère dynamique avec les liens sur les principaux délires qu’a inspiré cette pandémie, publications et propos de personnalités religieuses ou politiques.

Parmi les questions que je poserai à mon invité : on a vite identifié en France des discours sournoisement antisémites, largement partagés sur les réseaux sociaux, accusant par exemple Agnès Buzyn et son mari Yves Lévy d’avoir saboté le travail de Didier Raoult : sur un plan international, quels sont les autres récits antisémites qui ont circulé ? Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a laissé entendre sur Twitter que le nouveau coronavirus pourrait avoir été introduit par l’armée américaine. On a assisté en face à une théorie complotiste sur un virus fabriqué dans le fameux laboratoire P4 de Wuhan, où est née la pandémie : est-ce que, en Chine ou aux Etats-Unis ces théories sont reprises par de grands médias ? Pourquoi cette accusation de Bill Gates dans de nouvelles théories du complot ?

Les délires continuent d’abreuver un public crédule, encore plus en cette période de confinement : il était temps d’en parler, soyez donc nombreux à l’écoute !

J.C

26 avril 2020

Un nouvel article publié sur le Times of Israël : De la peste au Covid-19



Un nouvel article publié sur le Times of Israël : il est intitulé « De la peste au Covid-19 », et il est le premier je l’espère d’une série de publications originales sur cette thématique.

Quelques remarques à propos de cet article, dont je vous donne ici le lien :

-       Il s’agit de la reprise d’une publication sur le site de la Fraternité d’Abraham ;
-    Edmond Lisle, président de la Fraternité, a publié le 31 mars sur le site de notre association une première réflexion sur la période hors du commun dans laquelle nous venions d’entrer. Il encourageait les lecteurs à proposer une série de contributions, intitulées « Le journal des confinés » comme son texte. Je reproduits ici la mienne, publiée le 20 avril ;
-    Au-delà de rappels historiques ou littéraires, il s’agit d’une première réaction contre certains discours sur « le monde d’après », qui veulent imposer – au-delà des indispensables corrections à apporter, après l’expérience de ce désastre – un « monde nouveau », aussi illusoire que dangereux.
   
Vous pourrez le lire :


Enfin, je rappelle que vous avez accès à tous mes articles publiés sur le "Times of Israël" en allant sur un lien permanent, en colonne de gauche de ce blog.

J.C

22 avril 2020

« La guerre du coronavirus est loin d’être finie, la Chine aurait tort de crier victoire trop tôt »


Chronique. Où est passée la docteure Ai Fen ? Sa présence sur les réseaux sociaux chinois ces jours-ci semble contredire les rumeurs sur l’arrestation de la directrice du département des urgences de l’hôpital central de Wuhan. Le seul fait que ces rumeurs circulent en dit long, cependant, sur la méfiance héritée de la gestion initiale, par le pouvoir chinois, de la crise provoquée par le coronavirus.

Après avoir identifié plusieurs cas de Covid-19 dans son service, la docteure Ai Fen, comme le rapporte notre correspondant à Pékin, Frédéric Lemaître, s’était vu interdire la diffusion de cette information par la commission santé de la ville de Wuhan, le 30 décembre 2019. Son récit, et le tragique épisode concernant son confrère le docteur Li Wenliang, tué par le virus, le 7 février, après avoir été sanctionné pour avoir tenté de donner l’alerte sur l’épidémie, ont laissé des traces. Et pas seulement en Chine.
A l’étranger aussi, les efforts déployés par le régime communiste chinois pour faire taire les lanceurs d’alerte et étouffer ce qui apparaissait comme une information gênante resteront comme une tache noire sur la réputation de la Chine. Ces semaines précieuses, perdues pour cause d’opacité, ont permis au virus de prospérer et de franchir les frontières, tandis que Pékin œuvrait à l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, pour retarder l’annonce de la pandémie. Une double faute, accablante pour l’empire du Milieu

Mais on le sait, les Chinois tablent sur le temps long : inévitablement, la roue tourne – d’autant mieux qu’ils affirment l’avoir inventée. Après la douloureuse épreuve de Wuhan, le cœur de la pandémie s’est déplacé vers l’Europe, puis a gagné les Etats-Unis. Ce retournement de situation, le président Xi Jinping entend en tirer le meilleur profit : lui qui, il y a deux mois, voyait dans l’épidémie « un test majeur pour le système chinois et sa capacité de gouvernance », considère visiblement que le test a été passé avec succès. Avec un tel succès, même, que ce système mérite d’être érigé en modèle.
Aujourd’hui, vu de loin, le panorama est saisissant. Aux Etats-Unis, le président Donald Trump accuse le coup, après avoir joué la carte du déni face à ce qu’il appelle « le virus de Wuhan ». Le nombre de morts bat tous les records, celui des chômeurs explose, les infirmières pleurent de frustration face aux pénuries, le pays étale son désarroi comme seuls les Américains ont la franchise de le faire.

L’Europe est à peine mieux lotie, armée, au moins, d’un système de santé publique qui résiste et d’un Etat-providence qui pare au plus pressé. La compétition pour les masques et autres équipements médicaux débouche sur des batailles fratricides entre gouverneurs américains et Etat fédéral, et entre Etats membres de l’Union européenne. Au cours d’interminables visioconférences, ces mêmes Etats membres tentent de surmonter leurs divisions pour partager le fardeau de la riposte économique. Les Européens savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes : le leadership américain est porté disparu.

C’est là qu’arrive la Chine. Alors que Wuhan émerge de son confinement draconien, elle est sur tous les fronts, humanitaires et commerciaux, soucieuse de venir en aide au monde en détresse, après avoir terrassé le coronavirus chez elle. Les images des avions chinois livrant masques et matériels aux pays européens font le tour du monde, relayées avec lourdeur sur les réseaux sociaux par les ambassadeurs de Chine, dépêchés sur le front de cette vaste offensive de propagande. Qu’importe que ces pays aient eux-mêmes, plus pudiquement, envoyé de l’aide à la Chine quand elle en avait besoin, en janvier et février !
L’Italie est la cible privilégiée : c’est elle, déjà, qui avait signé un protocole d’accord, en 2019, pour s’associer aux « nouvelles routes de la soie », l’instrument d’influence déployé par Pékin depuis 2013. Le président Xi fait même savoir qu’il est prêt à étendre sa bienveillance aux Etats-Unis, pourtant en guerre commerciale avec Pékin. Une gigantesque opération de soft power. La Russie, qui s’y essaie aussi, joue petit bras.
En mettant en évidence la dépendance vitale des Occidentaux pour leur approvisionnement médical, le coronavirus a rendu à l’empire du Milieu son rôle central. Pour Xi Jinping, la tentation est grande de penser que le moment de la Chine est venu, celui de prouver l’efficacité de son modèle. Ira-t-il plus loin ? Cherchera-t-il à pousser son avantage sur le terrain stratégique? Washington s’en préoccupe, après un incident en mer de Chine méridionale, au cours duquel, la semaine dernière, un navire chinois a coulé un chalutier vietnamien.

Mais la guerre du coronavirus est loin d’être finie, et Pékin aurait tort de crier victoire trop tôt. Si les chiffres affichés par la Chine semblent lui donner un avantage sur les pays démocratiques, soumis à une obligation de transparence, rien ne dit que cet avantage résistera à l’épreuve des faits. Nul ne sait non plus comment le monde se relèvera du désastre économique qui s’annonce, s’il y aura des gagnants et des perdants, ni quel sera son impact sur les régimes politiques.

Enfin, à l’examiner de plus près, la « diplomatie sanitaire » de la Chine, déjà mise à mal par le départ de la pandémie, s’illustre surtout par un activisme forcené au sein de l’OMS, dont on perçoit aujourd’hui les conséquences. L’analyse au plus près réalisée par la sinologue Alice Ekman d’un discours prononcé le 18 août 2017, à Pékin, par le directeur général de l’OMS, quelques jours après son élection avec l’appui de la Chine, est terrible : près d’une dizaine de fois dans ce discours, Tedros Adhanom Ghebreyesus reprend à son compte, relève-t-elle, « les expressions officielles, concepts et mécanismes du gouvernement chinois ». La route de la soie « sanitaire » passait d’abord par Genève, siège de l’OMS, et le système onusien.

Sylvie Kauffmann,

Le Monde, 8 avril 2020

19 avril 2020

La Peste


Introduction :

Il parait que les ventes ou relectures du fameux roman d’Albert Camus ont explosé, avec la pandémie actuelle : on le comprend. J’ai tenu à reproduire les toutes dernières lignes de cette œuvre. Au-delà de sa symbolique – il est généralement admis que l’auteur, en imaginant une épidémie à Oran dans les années 40, l’a écrite comme une allégorie du nazisme -, le livre frappe par sa précision presque clinique. Et, alors qu’on n'ose à peine imaginer le « déconfinement », viendra aussi le temps de « l’après » avec la peur que l’épidémie revienne. Relire à ce sujet les toutes dernières lignes que j’ai reproduites ici.

J.C

« … Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparait jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans le meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une ville heureuse. »

Albert Camus