Blog à l'origine associé à la série "Rencontre", une émission produite sur Judaïques FM (1997-2020). D'abord consacrée au dialogue judéo musulman, puis au monde musulman en général, elle a été dédiée enfin aux affaires internationales. Ce blog donne maintenant l'ensemble des informations sur mes publications et productions. Adresse "rencontre@noos.fr". En partie droite du blog, liens sur des archives sonores.
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14 juillet 2017
L'Etat Islamique pris au piège à Mossoul
Le sourire du mois
- juillet 2017
Dessin de Ossama Hajjaj (Jordanie), publié sur Cage Cartoons, et repris sur le blog "Libérons les crayons" du journal Le Monde, 27 juin 2017.
Pour rappel, Moussoul a été libéré des djihadistes il y a seulement quelques jours.
J.C
12 juillet 2017
Rediffusions de l'Eté
Comme chaque été, Judaïques FM rediffusera une série de
numéros récents de "Rencontre".
Ce sera en fait chaque dimanche, car pendant la même
époque l'émission bi hebdomadaire du Centre Communautaire Juif de Paris sera
également en congés : 7 émissions donc au programme, en attendant ma vraie
rentrée le 10 septembre !
J.C
Le 16 juillet
Rediffusion de l'émission du 12 février
Sujet : "Quel islam français demain ?"
Invité : M. Hakim EL KAROUI, conseil en stratégie
Le 23 juillet
Rediffusion de l'émission du 26 février
Sujet : "Comment lutter contre la radicalisation ?"
Invité : M. Karim IFRAK, islamologue, chercheur au CNRS
Le 30 juillet
Rediffusion de l'émission du 9 avril
Sujet : "Quelques questions sur la Turquie"
Invitée : Mme Dorothée SCHMID, chercheur à l'IFRI
Le 6 août
Rediffusion de l'émission du 12 mars 2017
Sujet : "Une mémoire des relations judéo musulmanes"
Invité : M. Michel ABITBOL, historien
Le 13 août
Rediffusion de l'émission du 7 mai
Sujet : "Le miroir de Damas, une histoire de la Syrie"
Invité : M. Jean-Pierre FILIU, historien
Le 20 août
Rediffusion de l'émission du 21 mai
Sujet : "Islam, Laïcité et manipulations"
Invitée : Mme Isabelle KERSIMON, journaliste
Le 27 août
Rediffusion de l'émission du 4 juin
Sujet : "Triple assassinat au 147 rue Lafayette"
Invitée : Mme Laure MARCHAND, journaliste
Accès à la présentation de chaque émission en colonne de
droite du blog, sous le libellé "Invités et émissions, et pour l'année
2017.
10 juillet 2017
Ces islams d'Afrique que l'Occident ne veut pas voir - 2/2
Pour l'ethnologue Jean-Loup Amselle,
le soufisme n'est ni le véritable islam en Afrique ni le contre-feu idéal au
wahhabisme et au djihadisme. Interview (suite)
Justement,
vous interrogez longuement dans votre livre le leader religieux malien Mahmoud
Dicko, qui est un wahhabite et qui, selon vous, ne suit pas à la ligne près les
règles telles qu'elles sont pratiquées en Arabie saoudite. Dans son cas,
peut-on parler d'un wahhabisme « malien » ?
C'est
un wahhabisme qui a acquis des caractéristiques locales, mais c'est toujours du
wahhabisme. Le wahhabisme au Mali n'est pas le même qu'en Côte d'Ivoire ou en
Arabie saoudite. Mahmoud Dicko est un quiétiste qui refuse le djihad et
l'application des règles les plus violentes de la charia, comme le fait de
couper les mains des voleurs. Alors que les fondamentalistes wahhabites
refusent tout ce qui s'est passé avant l'islam, lui affirme que ce qui fait
tenir ensemble la société malienne, ce sont l'islam et les traditions
pré-islamiques, d'où l'importance de s'appuyer sur ces traditions, garantes de
l'ordre. Ainsi, il faut maintenir les parentés à plaisanterie.
C'est-à-dire ?
Ce
sont des pactes entre familles. Par exemple, vous êtes un Coulibaly
de 15 ans, je suis un vieux Diara de 70 ans. Si vous m'insultez,
ce qui est très grave, vu notre différence d'âge, le sang ne coulera pas du
fait du pacte.
Est-ce
aussi au nom de l'ordre que l'islam au Mali s'accommode de l'excision ?
Le
problème de l'excision est différent. C'est devenu un marqueur politique qui
oppose la bourgeoisie laïque, féministe, pro-occidentale – et soit dit en
passant, passablement opportuniste parce qu'elle veut récupérer l'argent que
propose l'Occident pour lutter contre cette pratique – aux religieux
nationalistes et anti-occidentaux. Ce qui explique que Mahmoud Dicko se soit
opposé à la loi que le ministre de la Santé du Mali se faisait fort de faire
voter avant la fin 2017 pour interdire l'excision. C'est la même
chose pour le combat contre l'homosexualité. Fondamentalement, ceux qui veulent
que les homosexuels soient criminalisés ne s'y intéressent que parce que c'est
un moyen de s'opposer au libéralisme occidental en matière sexuelle. Mais, là
encore, ce n'est pas seulement un phénomène africain. On le voit en Tunisie,
les islamistes peuvent avoir des positions plus cool que les laïcs, notamment
sur l'homosexualité. C'est donc moins un problème religieux que politique. Ce
qui est important, cependant, c'est que la société malienne évolue. Un imam
wahhabite m'a dit : « Mes premières filles ont été excisées et les
autres, non. C'est une tradition dans l'islam, ce n'est pas une règle
fondamentale de la religion. »
À
vous croire, les Occidentaux sont en train de se tromper de combat en soutenant
un islam plutôt qu'un autre ?
Oui,
c'est contre-productif. La France comme les Occidentaux ne veulent pas parler
avec quelqu'un comme Mahmoud Dicko et entendent ne discuter qu'avec les
représentants des soufis. Cela n'a pas de sens : les uns et les autres ne
sont pas très différents. En revanche, tous les leaders religieux interviennent
aujourd'hui dans le domaine politique. Les associations musulmanes fonctionnent
comme des partis politiques, leurs leaders sont consultés régulièrement et il
est impossible de faire carrière politiquement sans leur appui. C'est cette
réalité qu'il faut prendre en compte.
Vous
avez travaillé sur l'ethnisation, le métissage et la pluralité culturelle, mais
aussi critiqué la mode de l'ayahuasca (un breuvage hallucinogène originaire
d'Amazonie, NDLR) et, aujourd'hui, vous vous intéressez au soufisme en
Afrique.... Comment définissez-vous votre travail d'anthropologue ?
Mon
ennemi, c'est le primitivisme. En ce sens, je suis un anthropologue marginal,
car l'anthropologie vit du primitivisme et de l'idée que les sociétés exotiques
sont radicalement différentes des nôtres. Or je pense que tous les habitants de
notre planète, où qu'ils se trouvent, sont nos contemporains. Tous fabriquent
jour après jour leur destin. D'où mon refus aussi de la victimisation. Prenez
les Herreros de Namibie. C'est vrai, ils ont été exterminés. Les hommes, pas
les femmes. Ceux qui ont survécu sont les enfants que ces femmes ont eus avec
des soldats allemands. Avant le génocide, ce peuple n'existait pas. Comme les
Tasmaniens, exterminés par les Britanniques : les survivants étaient des
femmes, qui ont eu des enfants des forçats installés là, etc. Je ne veux pas
dire qu'il n'y a pas eu de massacres, mais que la notion de tribu et de peuple
est elle aussi une construction historique.
Propos
recueillis par Catherine Golliau
Le Point, 11
mai 2017
*
Jean-Loup Amselle est directeur d'études à l'Ehess. Il est l'auteur, entre
autres, de Logiques métisses (Payot, 2010) et Branchements.
Anthropologie de l'universalité des cultures (Flammarion, 2015).
09 juillet 2017
Ces islams d'Afrique que l'Occident ne veut pas voir - 1/2
Pour l'ethnologue Jean-Loup Amselle,
le soufisme n'est ni le véritable islam en Afrique ni le contre-feu idéal au
wahhabisme et au djihadisme. Interview.
L'islam
en Afrique ? L'Institut du monde arabe propose
jusqu'au 30 juillet 2017 une exposition sur l'influence
culturelle et sociale de cette religion au sud du Sahara : « Trésors
de l'islam en Afrique. De
Tombouctou à Zanzibar ». L'occasion de voir de très beaux manuscrits
anciens, des objets de la vie quotidienne d'hier et d'aujourd'hui – et
notamment des tissus imprimés et de superbes boubous anciens –, mais aussi de
magnifiques photos et des œuvres d'art contemporaines. Bref, un islam à la fois
d'hier et d'aujourd'hui, vivant et pluriel, puisque l'on se promène dans toute
l'Afrique musulmane, du Sénégal
à Zanzibar en passant par le Mali, la Côte d'Ivoire, etc. Mais le
croyant de Bamako est-il si différent de celui de Fez ou de Tripoli ? À
quoi ressemble aujourd'hui l'islam en Afrique ? Sunnisme, wahhabisme,
salafisme, soufisme... Longtemps, les Occidentaux ont jugé que l'islam des
Africains était plus doux que celui pratiqué au Maghreb ou au Proche-Orient, du
fait de l'influence du soufisme et des emprunts aux différents paganismes
locaux. Une illusion qui a donné lieu à une instrumentalisation dont nous
payons le prix aujourd'hui, à en croire l'anthropologue et ethnologue Jean-Loup
Amselle*, auteur d'Islams africains : la préférence soufie (éditions
du Bord de l'eau, 2017). Après les images, le débat. Entretien.
Le
Point : Peut-on parler d'un islam africain ou, comme on l'a fait par le
passé, d'un « islam noir » ?
Jean-Loup
Amselle :
Surtout pas. Et c'est justement l'idée même d'un islam qui serait spécifique à
l'Afrique noire que je condamne dans mon livre Islams africains :
la préférence soufie. L'islam est l'islam, où qu'il soit pratiqué.
Simplement, du fait des coutumes locales, il peut présenter des variantes, mais
ce n'est pas vrai seulement pour l'Afrique, c'est vrai pour tous les pays. Le Maroc connaît ainsi un culte des
saints. Et la manière de vivre et de pratiquer l'islam au Mali n'est pas la
même qu'au Sénégal. Donc, non, il n'existe pas un « islam africain »,
et surtout pas un « islam noir ». C'est une création coloniale.
Pourtant,
ce concept existe. En 1964, l'orientaliste Vincent Monteil a même publié un
livre qui s'appelait L'Islam noir...
Justement
pour le remettre en cause en insistant sur la similarité des islams au nord et
au sud du Sahara. Ce concept a été « inventé » au XIXe siècle par une
cohorte d'administrateurs coloniaux qui se voulaient ethnologues comme
Faidherbe, Gallieni, Binger, Delafosse, Charles Monteil, le propre père de
Vincent Monteil, etc.
Mais
en quoi l'islam noir aurait-il été différent de l'islam traditionnel
« arabe » ?
Pour
les coloniaux, l'islam maghrébin était promu par les Arabes, leurs ennemis, puisqu'ils
s'opposaient à la conquête : il était donc despotique et violent. Ils
l'opposaient à celui des Berbères, qu'ils jugeaient – à tort – moins
fondamentalistes dans leur pratique, et surtout beaucoup plus démocrates.
Faidherbe, qui avait commencé sa carrière au sein des « Bureaux
arabes » au Maghreb, a ensuite transposé au Sénégal les méthodes utilisées
en Algérie avec les Arabes et
les Berbères : diviser pour mieux régner. Il opposait ainsi les Maures et
les Peuls, races jugées violentes et despotiques, aux « bons Noirs »,
ceux qui n'étaient pas de bons musulmans, soit parce qu'ils étaient païens,
soit parce qu'ils étaient porteurs d'un islam mêlé de paganisme, comme les
Wolofs et les Sérères. L'islam noir est donc une pure construction des
administrateurs coloniaux qui va ensuite être recyclée par les ethnologues.
Les
chercheurs auraient-ils suivi les administrateurs ?
Le
conditionnel est inutile : ils ont suivi. Prenez l'exemple de Marcel
Griaule et de sa compagne Germaine Dieterlen. Ces chercheurs étaient pétris de
culture antique. Ils se sont intéressés aux Dogons et aux Bambaras parce qu'ils
pensaient trouver en eux une population « vierge », animiste, qui
leur rappelait la Grèce archaïque, et la Théogonie d'Hésiode. Ils n'ont
pas hésité à occulter la présence de l'islam dans les mythes dogons, alors
qu'ils sont porteurs d'influences coraniques. Griaule lui-même a fait en sorte
que tous les dignitaires du pays Dogon qui représentaient l'empire d'El Hadj
Omar soient écartés au profit des chefs rituels, les fameux
« Hogons ». Quand je suis arrivé pour la première fois en pays Dogon
en 1967, Germaine Dieterlen était en train de préparer un documentaire avec
Jean Rouch sur le « sigui », un rituel d'inversion des genres censé
avoir lieu tous les 60 ans. Or le pays Dogon comptait de nombreuses
mosquées : d'après ce que l'on m'a dit, c'est Germaine Dieterlen qui a
demandé qu'elles n'apparaissent pas dans le film. Les ethnologues ont ainsi
construit de toutes pièces une société dogon déislamisée, dépolitisée et
déhistorisée. Et c'est l'image qui perdure aujourd'hui.
Estimez-vous
que le soufisme tel qu'il est présenté en Occident est lui aussi une
construction politique ?
Oui,
et c'est ce que je démontre dans ce livre. Pour les Occidentaux, le soufisme,
c'est l'islam mystique, doux, cool. Hier, les Français ont donc encouragé le
développement des confréries, notamment celle des Mourides, pour gérer et
encadrer les populations. Certaines ont certes résisté, comme au Mali le
hammalisme, une dissidence de la grande confrérie tidjaniya. Mais l'écrivain
Hampaté Ba était un hammaliste et il a pourtant collaboré avec les coloniaux
contre les wahhabites... Aujourd'hui, on oppose le soufisme au wahhabisme, au
salafisme et bien sûr au djihadisme. Ce serait même le remède contre le
djihadisme. Au Maroc, Mohammed VI encourage ainsi les « moussem »,
les pèlerinages soufis, ainsi que de nombreuses manifestations culturelles
comme les festivals des musiques sacrées de Fez ou celui des Gnaoua
d'Essaouira, pour montrer que le véritable islam sur le continent africain,
c'est le soufisme. Mais c'est une illusion, voire une falsification : le
soufisme n'est pas le « véritable » islam en Afrique ; il
n'est pas forcément pacifique et tolérant et peut très bien s'accompagner
d'actions violentes. Au XIXe siècle, des djihads ont été menés en Afrique noire
par des soufis. Et, inversement, tous les wahhabites et salafistes ne sont pas
djihadistes : nombreux sont des quiétistes. Il faut donc se méfier des
globalisations qui amènent à méconnaître la réalité du terrain.
Propos
recueillis par Catherine Golliau
Le Point, 11
mai 2017
*
Jean-Loup Amselle est directeur d'études à l'Ehess. Il est l'auteur, entre
autres, de Logiques métisses (Payot, 2010) et Branchements.
Anthropologie de l'universalité des cultures (Flammarion, 2015).
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