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07 décembre 2007

Voyage de Sarkozy en Algérie : "l'amertume après les insultes antisémites", par Gérard Akoun sur Judaïques FM

Chronique politique du 6 décembre 2007

Le voyage en Algérie, du président Sarkozy a rapporté 5 milliards d'euros dans l'escarcelle de la France, nous en avions besoin, c'est vrai, mais on ne peut s'empêcher de ressentir de l’amertume en pensant aux insultes, aux couleuvres qu'il a fallu avaler pour que ce voyage se déroule sans problème. Je pense bien sûr aux propos scandaleux, inacceptables tenus par le ministre algérien des anciens combattants, Mohamed Chérif Abbès sur "Sarkozy, élu par le lobby juif", sur "les origines juives" du président ainsi que sur celles de Bernard Kouchner, qui symboliserait ce lobby, sur "l'industrie française aux mains des juifs" ; et aux autres déclarations que ce ministre et d'autres personnalités ont faites, exprimant ainsi un antisémitisme digne des Protocoles des Sages de Sion, tout en faisant preuve de grossièretés à l'égard de celui qui allait être leur hôte. Le Président de la République a considéré que l'incident était clos après qu'il ait eu une conversation téléphonique avec le Président Abdelaziz Bouteflika, au cours de laquelle ce dernier l'a assuré qu'il ne partageait pas les idées de son ministre.

On a évité ainsi une grave crise diplomatique, mais à qui fera t-on croire que ce ministre a pu tenir de tels propos sans bénéficier de soutien au sein de son gouvernement, et que cet antisémitisme viscéral n'est pas partagé par une bonne partie de la classe dirigeante alors que des affiches représentant Nicolas Sarkozy, entouré d’étoiles de David avec cette question "quelles sont tes origines ?" ont pu être placardées en toute impunité à Alger ? J’ai lu un certain nombre d'extraits de la presse algérienne : leurs auteurs étaient plus critiques vis-à-vis des réactions suscitées en France que vis-à-vis des propos du ministre. Après tout, pour la plupart d’entre eux, celui-ci n'avait fait qu'exprimer des vérités mais ajoutaient-t-ils c'est toujours la même chose, dès que l'on parle des Juifs, on crie à l'antisémitisme. Ce triste individu n'a été ni désavoué ni limogé, il est toujours ministre, il était simplement absent, lors des rencontres avec Nicolas Sarkozy et la délégation française.

Les Juifs ont bon dos, ils sont le bouc émissaire idéal pour expliquer tous les maux dont souffre le peuple algérien. Ceux ci ne trouvent pas leur source, dans la corruption, la gabegie, le partage des prébendes par une clique politico-militaire, l'absence de démocratie, mais "dans le pouvoir que détiennent les Juifs, les Sionistes", au moins en France si ce n'est dans le monde. Pour être complet, il faut ajouter, que 45 ans après le départ des Français d'Algérie, ce pays qui a été victime du colonialisme le serait encore, ce qui expliquerait qu’il soit toujours en voie de développement, malgré ses énormes réserves d’hydrocarbures et les revenus qu’il en retire. Il attend, il réclame une repentance de la France, pour les crimes qu'elle a commis pendant la colonisation et la guerre d'indépendance que les Algériens ont menée contre elle.
Le Président République s’y refuse, mais il a quand même reconnu "que le système colonial fut profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : Liberté, Égalité, Fraternité", et dans son discours de Constantine - dont il rappela qu'elle fut jadis surnommée la "Jérusalem du Maghreb" parce que sa communauté juive y était la plus importante d'Afrique du Nord et que pendant des siècles Juifs et Musulmans y vécurent en paix les uns avec les autres, ce qui n’a pas du plaire à tous ses auditeurs -, il fit un pas de plus en direction des Algériens en déclarant "les fautes et les crimes du passé furent impardonnables". Je doute que cela soit suffisant pour satisfaire ceux qui exigent beaucoup plus de la France.
Les dirigeants algériens font des relations avec la France, un problème de politique intérieure, qu'ils agitent quand le besoin s'en fait sentir. Une France dirigée par des Juifs ou sous influence juive constitue le parfait bouc émissaire. On comprend mieux alors les raisons et le moment choisi pour cette diatribe antisémite à laquelle s’est livré Mohammed Chérif Abbès. Il faut espérer, que le peuple algérien, qui rêve de vivre en démocratie, qui regarde les télévisions européennes, dont la jeunesse viendrait en masse en Europe si les portes lui étaient ouvertes, ne cède pas à cette propagande odieuse qui le cantonne dans le passé alors qu’il peut et qu’il a les moyens de se tourner vers l’avenir.

Gérard Akoun
Judaïques FM, le 6 décembre 2007

30 novembre 2007

Algérie : "Message d'accueil antisémite pour Sarkozy", un article du "Figaro" qui a fait du bruit !

Mohamed-Cherif Abbès, Ministre algérien des Anciens Combattants
(crédit photo AFP)

Ce blog - comme mon émission - essaie de rendre compte, régulièrement, des tentatives d’établir des passerelles entre Juifs et Musulmans, des gestes de bonne volonté des uns et des autres, et ce afin de ne pas insulter l’avenir ... et sans non plus se bercer d’illusions sur l’avenir proche, mais cela aussi mes lecteurs et auditeurs le savent bien. Raison de plus pour ne pas ignorer ici les propos antisémites scandaleux d’un officiel d’un pays arabe, ministre de surcroît : d'autant plus que - enfin ! - on en a largement parlé dans notre pays.
Petit extrait, d'abord, de l’article de Thierry Oberlé publié dans "Le Figaro" mercredi 28 novembre :

Le ton monte à Alger à quelques jours de la visite d’État de Nicolas Sarkozy, prévue du 3 au 5 décembre. Dans un entretien accordé lundi à El Khabar, le principal quotidien du pays, le ministre des Anciens Combattants algériens, Mohammed Cherif Abbès, accuse à mots à peine couverts le président français d’être un agent à la solde d’Israël.
"Vous connaissez les origines du président français et ceux qui l’ont amené au pouvoir", avance-t-il. Avant de s’interroger : "Saviez-vous que les autorités israéliennes avaient mis en circulation un timbre à l’effigie de Sarkozy, en pleine campagne électorale ?" Il ajoute : "Pourquoi Bernard Kouchner, une personnalité de gauche, a décidé de sauter le pas (en entrant au gouvernement) ? Cela ne s’est pas fait pour des croyances personnelles. C’était le résultat d’un mouvement qui reflète l’avis des véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, le lobby juif qui a le monopole de l’industrie en France."

L’article du "Figaro" (lire sur ce lien tant qu'il est actif) mentionne également les explications embarrassées de Mohamed Cherif Abbès, ainsi que les réactions (fort diverses) des partis politiques algériens : dans le climat de déliquescence qui caractérise la fin de règne de Bouteflika, on voit donc resurgir les vieux démons antisémites - vieux démons en vérité, et cela me rappelle ma dernière interview avec l’historien Benjamin Stora à propos de son livre "Juifs d’Algérie, les trois exils" : de manière encore plus nette que dans son ouvrage, il avait convenu que, oui, depuis l’origine du mouvement national algérien il y a eu en son sein une mouvance clairement antisémite, et cela dès les années trente et quarante ... une haine donc ancienne, recuite, sans aucune mauvaise conscience et qui permet des décennies plus tard de tels dérapages !

Le CRIF, pour sa part, a fermement réagi et j’ai plaisir à reproduire ci-dessous son communiqué :

Paris, 28 nov 2007 (AFP) - Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) s'est dit mercredi "écoeuré par les propos grossièrement antisémites" tenus par le ministre algérien des Anciens combattants, Mohamed-Cherif Abbès, et attend un "démenti sans ambiguité des autorités algériennes". Dans un communiqué diffusé mercredi, le Crif indique avoir "pris connaissance avec accablement" de ses propos. Le ministre algérien, dans des déclarations publiées par le journal El Khabar, a évoqué les "origines" du président Sarkozy, "attribuant son arrivée au pouvoir à l'action d'un lobby juif et s'est insurgé contre la venue du chanteur Enrico Macias (qui a renoncé à accompagner Nicolas Sarkozy, ndlr) en Algérie", rappelle le Crif. "De tels propos fomentent la haine envers les Juifs et visent à retarder toute tentative de réconciliation entre la France et l'Algérie", ajoute-t-il. Le Crif "attend un démenti sans ambiguité des autorités algériennes" et indique que "pour sa part, il ne renoncera pas à continuer d'approfondir le dialogue avec le monde musulman". Le président Sarkozy se rendra en Algérie en visite d'Etat du 3 au 5 décembre. Le chanteur pied-noir Enrico Macias devait l'accompagner mais a fait savoir qu'il renonçait à faire partie du voyage, estimant qu'il n'était pas le bienvenu dans le pays.

Mais cette réaction n'a pas été la seule, et bien heureusement la communauté juive ne s'est pas trouvée isolée dans cette affaire ...

Réactions du Parti Socialiste
Dans un communiqué, le socialiste Jean-Christophe Cambadélis demande de son côté l'annulation du voyage présidentiel. "Il est peu probable que le Général de Gaulle, François Mitterrand, voire Jacques Chirac eut passé outre de telles déclarations qui portent atteintes à l'autorité de la France", souligne le député parisien. A ses yeux, "la France ne peut accepter que l'on fixe sa conduite, ses délégations et sa ligne de conduite".
Sur RTL, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a estimé que Nicolas Sarkozy ne pouvait "pas aller à Alger sans obtenir avant des excuses". "Il ne faut pas laisser passer ce genre de choses", a-t-il fait valoir jeudi matin.
(Source : journal "Le Monde")

Réactions diverses
La Ligue des droits de l'Homme (LDH) s'est dite "scandalisée" par ces déclarations qui "témoignent de la résurgence des préjugés antisémites les plus nauséabonds" et "doivent être immédiatement désavoués".Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) a évoqué des propos "tout aussi inacceptables qu'irresponsables".Le président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), Patrick Gaubert, député au Parlement européen, a affirmé qu'il n'était "pas surpris par ces déclarations à connotation antisémite" ajoutant que "l'Etat algérien et ses représentants sont coutumiers de ce genre de déclarations".Le président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, Axel Poniatowski (UMP), a qualifié ces propos de "purement inqualifiables". "C'est à la fois grotesque, inutilement blessant, totalement déplacé et extrêmement grossier", a estimé le Député. "D'ici la visite de M. Sarkozy en Algérie, il nous faut des explications", a-t-il ajouté.
(Source : journal en ligne « 20 minutes »)

Enfin, "last but not least", lors de l’entretien télévisée qu’il a accordé hier soir à Arlette Chabot et Patrick Poivre d’Arvor - grands mercis à nos deux chaînes télévisées pour avoir soulevé ce sujet d’actualité, ce n’est pas tous les jours que la haine anti-juive venue du monde arabe est portée à la connaissance du grand public - Nicolas Sarkozy a évoqué son entretien téléphonique avec Abdelaziz Bouteflika ; et les explications (assez molles, sur le fond) de l’Algérie officielle, qui prend ses distances avec les propos de son ministre. "L'incident est clos" donc, pour notre Président.

J.C

23 septembre 2007

Sarkozy, Israël ... et Bouteflika

Citation on line
 
Introduction :
Deux extraits tirés du dernier livre de Yasmina Reza, "L'Aube, le soir ou la nuit" (Éditions Flammarion), où l'auteur donne son témoignage très personnel sur les coulisses de la campagne électorale qui a conduit Nicolas Sarkozy à la victoire ...
J.C

"Vantard. Quel autre adjectif choisir pour le décrire au consulat de France face aux représentants des principales organisations juives ? Peut-être a-t-il raison, les juifs n'ont pas d'affinité avec la modestie. "Je suis numéro un des sondages bien que je sois l'ami de l'Amérique et d'Israël. Je ne dis pas cela par prétention. J'ai cinquante et un ans, je suis calme. Ne vous laissez pas enfermer par les articles de journalistes stupides qui ne n'y comprennent rien. Une partie des élites françaises me détestent beaucoup plus qu'Israël et les Américains".

Extrait de son entretien avec le Président Algérien :
Bouteflika :
" Moi, j'appartiens à une génération qui voulait la destruction d'Israël. Nous avons échoué. Échoué. C'est fini. J'apprécie cher ami votre position sur Israël. Mais n'oubliez pas qu'il y a un peuple palestinien qui a droit à un État. Et ça manque un peu dans vos intonations".
Sarkozy :
" J'entends, monsieur le Président".

J.C