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09 octobre 2018

Nadia Murad, des chaînes de l’Etat islamique au prix Nobel de la paix

Nadia Murad à Hanovre, en Allemagne, le 31 mai 2016

Réduite en esclavage par des djihadistes de l’EI, la jeune yézidie parvint à s’enfuir. Elle est aujourd’hui la porte-parole de sa communauté en exil.

Il y a quatre ans, le village de Kocho, dans la région yézidie de Sinjar, en Irak, se réveillait dans la panique et le fracas des armes. C’était un 3 août et il faisait chaud. Des djihadistes de l’organisation Etat islamique (EI) fondaient sur les villages habités par les membres de cette minorité religieuse non musulmane. Les villageois de Kocho n’ont pas fui. Mais sommés de se convertir à l’islam, ils refusent.

Les jeunes filles et les femmes sont réduites en esclavage, promises à une vie de tortures et de viols
Les hommes sont massacrés, leurs cadavres entassés dans des fosses communes. Les jeunes garçons sont enrôlés de force, transformés en bêtes de somme pour les assassins de leurs pères. Les jeunes filles et les femmes sont réduites en esclavage, promises à une vie de tortures et de viols. Nadia Murad était parmi elles. Elle avait 21 ans.

C’est une survivante qui a reçu le prix Nobel de la paix 2018, vendredi 5 octobre. Après avoir remporté sa récompense, la jeune femme a rappelé que « cela n’a pas été facile pour [elle] de parler de ce qui [lui] est arrivé parce que ce n’est pas facile, particulièrement pour les femmes au Moyen-Orient, de dire qu’on a été des esclaves sexuelles ». Le prix Nobel « signifie beaucoup, a-t-elle ajouté. Pas seulement pour moi mais pour toutes ces femmes en Irak et dans le monde entier » qui ont été victimes de violences sexuelles.

Le martyre des yézidis

Après avoir été emmenée de force à Mossoul, la « capitale » irakienne de l’EI, Nadia Murad a été vendue, revendue, violée et torturée, encore et encore. Avec le concours d’une famille musulmane de la ville, elle parvient, comme de trop rares jeunes femmes yézidies, à échapper à ses bourreaux. Elle traverse les lignes de front et trouve refuge au Kurdistan irakien, où des centaines de milliers de yézidis de la région de Sinjar sont déplacées.
Les moins fortunés vivent dans des camps de tentes. Les autres s’installent dans les villes de la région. Mais la grande majorité partage le même et unique espoir, celui d’obtenir un statut de réfugié, afin de se rendre en Europe et de laisser définitivement derrière eux la terre qui les a engloutis.
Certains, toutefois, s’organisent. A Dohuk, une ville kurde située au nord de Mossoul et dans les environs de laquelle de nombreux yézidis sont réfugiés, des militants originaires de Sinjar, jeunes pour la plupart, fondent l’association Yazda en 2014, avec le soutien d’activistes américains. Nadia Murad se rapproche d’eux. Elle devient bientôt, avec le soutien de Yazda, le visage de la communauté.
L’organisation s’illustre par son indépendance. Elle tient tête aux autorités du Kurdistan irakien, qui tentent de limiter ses activités, celles-là même qui étaient censées protéger Sinjar et qui ont abandonné les yézidis à leur sort en août 2014, rendant possibles les horreurs endurées par cette communauté. Loin de faire amende honorable, elles misent sur le martyre des yézidis, eux-mêmes de langue et de culture kurdes, pour attirer la sympathie de la communauté internationale.

Porte-parole des femmes yézidies

Yazda pousse Nadia Murad à devenir la porte-parole des femmes yézidies. Inlassablement, elle fera sienne la mission de rappeler au monde que des milliers d’entre elles restent en captivité, souvent avec leurs enfants.
Comme de nombreux yézidis, Nadia Murad s’installe en Allemagne et commence à intervenir dans les plus grandes instances internationales. En décembre 2015, elle s’exprime devant le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) et exhorte les gouvernements du monde à prêter attention aux souffrances des siens et en particulier au sort des femmes et des enfants yézidis disparus après avoir été enlevés par l’EI. En 2016, elle est nommée ambassadrice de bonne volonté de l’ONU pour la dignité des survivants de la traite des êtres humains. A la fin de 2017, elle reçoit, avec une autre activiste yézidie, Lamia Haji Bachar, le prix Sakharov.

Un an plus tard, la guerre contre l’EI passe pour être gagnée. Les djihadistes ont été chassés de Mossoul, de Rakka, de Sinjar. Du califat, il ne reste que quelques lambeaux de territoire, mais les ravages causés par le groupe djihadiste continuent de travailler les sociétés traumatisées sur lesquelles il a régné, entre l’Irak et la Syrie.
Le président irakien, le Kurde Barham Saleh, élu le 2 octobre, a déclaré que le prix Nobel de la paix était « une fierté pour tous les Irakiens », mais que dans les camps de tentes – où l’hiver est rude et l’été épuisant – les yézidis déplacés rêvent toujours d’Europe.

Dans chaque famille de cette communauté, désormais dispersée aux quatre vents de l’exil, subsiste à jamais le souvenir d’un enfant enlevé et jamais retrouvé, d’un viol, d’une torture, d’une maison en ruine, du cadavre d’un être aimé, d’un pays perdu qu’aucune distinction, aussi prestigieuse soit-elle, ne rendra.

Allan Kaval
Le Monde, 5 octobre 2018

14 octobre 2014

Malala Yousafzay, Prix Nobel de la Paix !



Il y a des jours qui consolent du reste de l'actualité ...

Alors que rien ne semble en mesure de stopper l'avancée des fanatiques du Daesh, alors que les Kurdes de Syrie succombent sous leurs coups de boutoir - et grâce à l'immense lâcheté, pour ne pas dire plus, de la Turquie si proche - les jurés du Prix Nobel ont envoyé un message fort au "Djihad international", en honorant une jeune fille pakistanaise que les Talibans avaient failli assassiner pour son combat.

Cette photo avec le résumé de son pacifique combat, résume tout.

Pour plus d'informations, cet article du "Figaro" dit l'essentiel : lire ici .

J.C

29 novembre 2011

Israël : un autre prix Nobel, par Lysiane Gagnon

L'éditorialiste canadienne Lysiane Gagnon
Introduction :
La spécificité de mon émission - et de ce blog associé - fait que je ne rebondis presque jamais sur  les attaques, idéologiques, médiatiques et ininterrompues que subit l'état d'Israël, sauf lorsqu'elles émanent directement du monde arabe ou musulman. Au delà des critiques ponctuelles contre telle ou telle décision de son gouvernement, que je ne confonds pas avec de l'antisionisme radical (comprendre : qui réclame ouvertement ou sournoisement la fin de l’État juif), je n'en suis cependant pas moins révolté que d'autres blogueurs juifs qui réagissent systématiquement à toutes les outrances ; et le fait de ne pas rebondir moi-aussi, ne signifie pas que je ne soutiens pas leurs propres réactions - sauf, mais est-il nécessaire de la préciser ici, lorsqu'elle servent aussi de défouloir à des propos haineux contre tous les Musulmans, de France ou d'ailleurs ! Ceci étant posé, vous ne serez pas étonné non plus que je préfère exprimer mon soutien au peuple d'Israël sur un mode positif, en vous signalant les sympathies qu'il conserve encore largement chez des non juifs ... peut-être pas dans notre pays, certes ; mais par exemple au Canada, d'où un ami qui y vit m'a envoyé ce bel article : bonne lecture !
J.C
Israël vient de remporter son quatrième prix Nobel en chimie, pour les travaux du professeur Daniel Shechtman sur les quasi-cristaux.
C'est dans la catégorie des sciences que le Nobel est un indicateur valable de l'activité intellectuelle d'un pays. Les prix Nobel de la paix sont pour la plupart des constructions politiques: Rabin et Arafat en ont partagé un et il n'y a toujours pas de paix au Proche-Orient. Barack Obama, l'avant-dernier lauréat, n'avait rien réalisé sauf de beaux discours.
Les prix Nobel de litérature ont souvent récompensé d'immenses talents (on pense au Turc Ohran Pamuk ou à l'Égyptien Naguib Mahfouz) mais ce prix ne révèle rien sur la société, l'écriture étant un acte individuel et solitaire qui peut se passer du soutien des structures politiques et se fait même souvent dans la contestation du pouvoir en place.
Dans les sciences, les maths ou même l'économie, au contraire, les critères de choix sont par définition plus objectifs, et la distinction se répercute sur l'ensemble de la société d'où viennent les chercheurs, parce que rien ne peut être fait dans ces domaines sans l'existence d'institutions de recherche de haut calibre.
En excluant les Nobel de la paix, Israël, avec quatre prix en chimie et deux en économie pour un minuscule pays de 7,7 millions d'habitants, remporte la palme de la productivité intellectuelle per capita.
Le bilan du monde arabo-musulman, par contre, est lamentable. La Turquie (75 millions d'habitants) n'affiche qu'un prix en littérature. L'Égypte (80 millions), deux prix (littérature et chimie). L'Arabie Saoudite, qui nage dans les pétro-dollars? Nil. Le Pakistan a un Nobel en physique, l'Algérie deux (physique et littérature), et voilà. Cela reflète les conclusions des rapports de l'ONU - rapports effectués par des chercheurs arabes - qui font état du sous-développement intellectuel du monde arabo-musulman, phénomène attribuable à la corruption politique et à l'oppression des femmes.
Les êtres humains naissent avec des potentiels comparables. Ce qui compte, c'est la culture. Or, la culture juive, dont Israël bénéficie, a ceci de particulier qu'elle est basée sur le culte du savoir et de l'éducation, des valeurs qui sont transmises de génération en génération, et qui expliquent le haut taux de scolarité des Juifs partout au monde. D'ailleurs, on n'a qu'à regarder les patronymes des lauréats du Nobel, en Allemagne, en France, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, pour voir qu'ils incluent un nombre disproportionné de juifs.
Mais il va de soi que pour donner tous leurs fruits, la culture et le talent ont besoin d'un environnement démocratique - cela existe en Israël, mais malheureusement pas (pas encore?) dans les pays arabes.
Bien que vivant dans un environnement extraordinairement hostile, Israël compte, comme le rappelait notre collègue Philippe Mercure dans une série consacrée en octobre 2010 à ce miracle économique, le plus haut taux de brevets par habitant au monde, la plus grande concentration d'entreprises en démarrage, la plus grande proportion du produit intérieur brut investie en recherche et développement. Israël attire aussi plus de capital de risque par habitant que toutes les autres économies de la planète.
Avec la proportion la plus élevée au monde de scientifiques et de techniciens, comment s'étonner que tant d'innovations soient venues d'Israël? De la puce d'Intel au robot-pilule muni d'une caméra, Israël est devenu un pays-laboratoire.
Si les imbéciles qui s'obstinent à boycotter deux petits marchands qui vendent des chaussures « made in Israël » étaient logiques avec eux-mêmes, ils se débarrasseraient de leurs ordinateurs, de leurs cellulaires, de leurs boîtes vocales et de leurs clés USB, autant d'objets dont les composants ont été inventés par des ingénieurs israéliens. Et ils s'abstiendraient de bénéficier des thérapies et des techniques opératoires mises au point en Israël...
Lysiane Gagnon, 
Cyberpresse Canada, le 8 octobre 2011
Lysiane Gagnon est journaliste. Elle écrit pour les quotidiens La Presse et Globe and Mail. Son travail lui a valu, en 1975, le prix Olivar-Asselin, et à deux reprises le Prix de journalisme le plus prestigieux au Canada, le National Newspaper Award: en 1976 dans la catégorie des grands reportages et en 1982 dans la catégorie des chroniques. En 1984, elle remportait le prix des lecteurs du Salon du livre de Montréal pour Vivre avec les hommes; un nouveau partage (Éditions Québec-Amérique).