Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Kurdes de Syrie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Kurdes de Syrie. Afficher tous les articles

04 février 2020

« Les Kurdes vivent et leur drapeau ne tombera jamais »


On le sait, les dernières années ont été dures pour le peuple kurde : fin 2017, au Kurdistan irakien, il y a eu le référendum sur l’indépendance, qui a valu au gouvernement autonome (GRK) un blocus presque total de plusieurs mois, et la perte de Kirkouk, capitale pétrolière au cœur de la discorde avec le gouvernement central de Bagdad. Depuis, le gouvernement autonome suit avec une prudence extrême la vague révolutionnaire dans le reste du pays, craignant sans-doutes de perdre le peu de libertés qui lui restent.

Mais la situation est pire encore en Syrie, où les rêves d’autonomie du Rojava ont reçu un coup très dur, après l’abandon américain et l’invasion brutale de la Turquie ; cela a fait l’objet d’une récente émission dans ma série.

Et pourtant, le peuple kurde continue de vivre, faisant le gros dos comme il l’a fait souvent au cours de son Histoire. J’ai découvert seulement il y a peu cette vidéo qui mérite d’être largement partagée : l’hymne national du Kurdistan (GRK), chanté dans la langue du pays et d’une voix vibrante par Dashni Morad, avec comme décor des paysages à couper le souffle : voir les paroles sur ce lien .

Le titre de ce petit article est le refrain de cet hymne magnifique.

J.C

24 novembre 2019

Le Rojava après l'abandon américain : Azad Baharavi sera mon invité le 1er décembre

Manifestation de solidarité avec le Rojava, Allemagne octobre 2019
Sur la banderole, la photo de Havrin Khalaf, 
députée assassinée par les miliciens islamistes alliés de l'armée turque

Nous allons parler dimanche prochain de l’invasion turque du Rojava, territoire autonome du Nord-Est de la Syrie peuplé majoritairement par les Kurdes.
 
 Le 9 octobre dernier, l’armée turque, soutenue par les rebelles syriens de diverses milices islamistes lançait une opération, qui en deux semaines allait lui permettre d’occuper une bande de territoire d’une trentaine de kilomètres de large à l’Ouest de la frontière. Tout le monde se souvient du retrait brutal des forces américaines qui l’avait permis, alors que les Kurdes, principale composante des Forces Démocratiques Syriennes, soutenues et armées par les Occidentaux, nous avaient permis de vaincre le Daech. 

Pour parler de ce passé proche et surtout de l’avenir, j’aurai le plaisir de recevoir M. Azad Baharavi, conseiller de la légation du Rojava en France.

Soyez nombreux à l’écoute !

J.C

10 octobre 2019

Un sourire (jaune) pour les Kurdes de Syrie

Le sourire du mois
- octobre 2019

Un dessin sans commentaires, tant il est parlant ; et tant est ignoble le lâchage des Kurdes par Donald Trump, qui vient de laisser l'armée turque entrer dans le Nord-Est de la Syrie.

J.C

 

10 juin 2018

Les Kurdes de Syrie, une guerre sans fin ? Allan Kaval sera mon invité le 17 juin

Bataillon féminin kurde en Syrie

Nous allons reparler dimanche prochain, à la fois des Kurdes et de la Syrie, puisque j’ai intitulé cette émission : « Kurdes de Syrie, une guerre sans fin ». Mon invité sera Allan Kaval. C’est un journaliste free-lance, qui a travaillé surtout sur les politiques intérieures et extérieures de la Turquie et de l’Iran, et il a été le correspondant du journal « Le Monde » à Erbil, capitale du Kurdistan irakien. Autant dire qu’il est particulièrement connaisseur du monde kurde, et il a séjourné aussi dans les zones contrôlées par leur armée en Syrie. J’ai eu le plaisir de l’entendre à l’Institut Français des Relations Internationales, et j’ai apprécié son regard que j’ai trouvé lucide sur cette minorité, qui a connu peut-être un excès de gloire après un excès de mépris. En effet, le peuple kurde a été très longtemps ignoré, à la fois par nos gouvernements et par nos médias. Lorsque l’Etat islamique est apparu, courant 2014, leurs combattants les Peshmergas, ont été pendant un moment la seule force au sol à leur résister sur le terrain, et tout le monde se souvient de la résistance héroïque de Kobané, en Syrie près de la frontière turque : mais que s’est-il passé depuis ? J’espère que cette interview permettra d’éclairer nos auditeurs. 

Parmi les questions que je poserai à Allan Kaval :

-        Quel est le nombre total de Kurdes en Syrie et où vivent-ils ? D’après ce qu’on peut lire, la population du « Rojava » - ce qui veut dire en kurde « l’Ouest » - est de 2 millions d’habitants, c’est la zone autonome effectivement dominée par le parti autonomiste PYD : où se situe cette région ? Et ses habitants sont-ils majoritairement kurdes ?
-        Quelle était et qu’est devenue l’idéologie du parti, le PYD, qui encadre les populations du Rojava : est-ce que c’est un calque du PKK, donc un parti marxiste-léniniste ? Ou alors, a-t-il aujourd’hui toutes les vertus démocratiques qui expliquent l’empathie actuelle des médias envers cette force politique : tolérance envers les minorités, égalité hommes-femmes, autogestion, etc.
-        Lors du colloque à l’IFRI évoqué en introduction, vous nous avez dit que la direction kurde du Rojava devait gérer maintenant trois contradictions : pourriez-vous en dire plus à nos auditeurs ?
-        Il y a des rivalités de clans et des divergences idéologiques dans le peuple kurde. En gros, on a l’impression que seul le PKK, né en Turquie et fortement implanté dans la Diaspora en Europe, domine ses partis frères en Syrie et en Iran, mais pas en Irak : est-ce exact ?
-        Que s’est-il passé à Afrine, l’enclave la plus à l’Ouest des zones kurdes, tout près de la frontière Nord ? On le sait, l’armée turque a envahi cette zone, fait le siège de la localité pendant près de deux mois entre janvier et fin mars. Qui a aidé sur place les Kurdes, qui ont quand même résisté pendant longtemps ? Comment ont réagi les Russes, qui contrôlaient le secteur depuis la chute d’Alep ? Et y a-t-il eu vraiment « épuration ethnique » et « massacres » comme on l’a lu ?
-        Que va faire maintenant la Turquie ? Leurs dirigeants ont répété, à plusieurs reprises, que l’objectif était l’enclave de Manbij, 100 kilomètres plus à l’Est. Or là sont présents des centaines de conseillers militaires américains aux côtés des Kurdes : Erdogan prendra-t-il ce risque-là ?
-        Deux coalitions s’affrontent indirectement en Syrie : « l’axe chiite », armé par la Russie et qui comprend le régime syrien, les troupes iraniennes, le Hezbollah et diverses milices chiites d’un côté ; le camp occidental de l’autre, avec en gros les Kurdes soutenus par des troupes spéciales des différents pays occidentaux. Le « verrou » kurde a empêché qu’il y ait une véritable « autoroute » iranienne à travers la Syrie. Que feront les Kurdes si les Occidentaux abandonnent le terrain ?
-        On a vécu une escalade très forte entre Israël et l’Iran ces dernières semaines, la République Islamique essayant de s’installer militairement pour menacer par ses missiles l’Etat hébreu, et ce dernier ayant fait des frappes préventives. Ayant globalement gagné contre les rebelles, le régime syrien ne peut-il pas souhaiter, dans le fond, le départ des Iraniens ?
-        Il y a eu neuf millions de personnes réfugiées en dehors du pays ou déplacées d’une zone à l’autre : maintenant que la « Syrie utile » a été reconquise, pourquoi ne reviennent-ils pas ?

La situation en Syrie devient terriblement compliquée, et l’avenir des Kurdes bien incertain : soyez nombreux au rendez-vous !

J.C

01 mars 2018

Solidarité avec les Kurdes, 4/4. Relations d'Israël avec les Kurdes de Turquie et de Syrie

Comité central du P.K.K

Introduction :


Ci-dessous la troisième partie de ma conférence, donnée à Saint-Mandé le 8 janvier 2018, dans le cadre de la soirée de solidarité judéo-kurde évoquée au 1 / 4.

Précision : cette manifestation a eu lieu avant l’offensive militaire turque en territoire syrien, déclenchée le 19 janvier contre la zone d’Afrin, qui se situe au Nord-Ouest juste à côté de la frontière ; ceci explique que je n’en ai pas parlé. Ai-je besoin de dire ici mon entière solidarité envers les courageux combattants kurdes, qui font face avec leurs moyens si modestes à la puissante armée d’Erdogan, quasi despote dans son pays ? 


J.C

Troisième partie : les Kurdes de Turquie et de Syrie, une hostilité définitive ?

Evoquons maintenant un autre invité de mon émission, Hamit Bozarslan, lui-même kurde de Turquie par son origine et historien. Il avait raconté pourquoi cette partie du peuple kurde s’est engagée mollement pour l’indépendance au moment de la chute de l’Empire Ottoman. D’abord, leurs tribus ont disposé pendant longtemps d’une forme d’autonomie au sein de principautés ; leur religion les plaçait en position dominante ; et par rapport à l’ennemi héréditaire perse, ils occupaient une position périphérique qui d’un côté les marginalisait, mais de l’autre les rendait utile. Les choses vont changer à la fin du 19ème siècle, quand le pouvoir ottoman impose une modernisation qui d’une part les prive d’autonomie, mais d’autre part établit des droits nouveaux pour les minorités non musulmanes, comme les Arméniens : et là, entre un Empire qui se disloque peu à peu et les pressions étrangères, les Kurdes vont choisir le camp panislamiste et anti-arménien. Un choix tragique, puisque des chefs kurdes font participer leurs régiments de supplétifs au génocide de 1915. Après la chute de l’Empire ottoman, les Occidentaux prévoient le démembrement total de ce qu’il en reste, avec les projets de deux états, arménien au Nord Est et kurde au Sud Est. La confiance dans le personnage de sauveur qu’incarne Attatürk pousse les Kurdes à espérer retrouver un certain espace de liberté dans la Turquie nouvelle. Mais la nouvelle République est jacobine, nationaliste, et elle refuse toute identité minoritaire. Cela va même très loin puisque dès les années 30, la langue kurde est interdite, et des populations sont déportées vers l’Anatolie centrale.

Longtemps après, les années 60 et 70 voient un durcissement du pouvoir turc, avec une répression très forte contre l’extrême gauche où se reconnaissaient beaucoup de Kurdes ; beaucoup d’intellectuels rêvent d’une révolution, n’oublions pas que ce c’est la période de la guerre du Vietnam ; et tout cela aboutit à la création du PKK, « Parti des travailleurs du Kurdistan ». Le PKK était à la fois un mouvement indépendantiste et un parti marxiste-léniniste, en lutte contre une Turquie à l’époque meilleur alliée de l’Occident et pilier de l’OTAN. La lutte armée commence en 1984, elle dure donc depuis plus de 30 ans avec des périodes de trêves, et elle a fait des dizaines de milliers de victimes. Différence importante avec les Peshmergas du Kurdistan irakien, le PKK a commis des attentats en milieu urbain, et il est toujours considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis et par l’Union Européenne. Israël, soutenu par les Américains est donc l’ami des ennemis. Pour ne rien arranger, les relations entre Ankara et Jérusalem vont devenir de plus en plus étroites à la fin des années 1990. Et c’est à ce moment que le leader charismatique du PKK, Abdullah Oçalan, en exil au Kenya, est capturé en 1999 lors d’une opération commune des services secrets turcs, israéliens et américain.

A propos de services secrets, aussi, j’ai eu le bonheur d’avoir comme invitée il y a quelques mois Laure Marchand, journaliste au Figaro, et qui dans son livre « Tripe assassinat au 147 rue Lafayette » raconte comment le renseignement turc, « Millî İstihbarat Teşkilatı », a fait tuer trois militantes du PKK en plein Paris.

Jusqu’en 1998, l’état-major du PKK était basé en Syrie ! Alors que les Kurdes syriens étaient eux aussi opprimés, le régime de Hafez El Assad autorise le recrutement de combattants à condition qu’ils soient actifs de l’autre côté de la frontière. Au final, la Turquie menaça d’envahir les zones kurdes de Syrie, et le PKK fut contraint de quitter son territoire.

La suite récente, ce fut la révolution en Syrie à partir de 2011 ; l’engagement au départ des Kurdes syriens dans une révolte non communautaire ; l’habileté du régime syrien qui n’a pas envoyé l’armée contre eux, mais leur a sous-traité en quelque sorte le tache de mater localement les rebelles, des rebelles djihadistes qui par ailleurs les menaçaient. Et puis s’est établi le Daech dans de vastes zones du Nord Est du pays, les combattants kurdes du PYD, parti frère du PKK, ont résisté héroïquement ; et maintenant, pour occuper ce vide il y a eu une course de vitesse entre les milices chiites, soutenus par l’Iran, et les sunnites (dont les Kurdes) soutenus par les Occidentaux. Quant à la Turquie, et après un long cessez-le-feu, Erdogan a relancé à l’été 2015 la guerre contre le PKK, qui avait abandonné la lutte armée et se revendiquant d’une idéologie pacifique et autonomiste. En face, vous le savez, et suite au coup d’état raté de juillet 2016, la Turquie s’éloigne à marche forcée à la fois du modèle kémaliste, et de ses alliés occidentaux.

Conclusion

Au Moyen-Orient, tout est toujours compliqué et je pense vous l’avoir un peu démontré. Mais il y a aussi entre le peuple juif et le peuple kurde des affinités historiques qui devraient l’emporter au final. Les deux ont eu une conscience très ancienne de leur identité, alors même que leur réveil nationaliste a été somme toute récent. Les deux ont connu, parmi les autres peuples qu’ils ont côtoyés, à la fois des périodes de persécution mais aussi de symbiose heureuse : tout le monde connait ici des figures de la Diaspora qui ont joué un rôle imminent de serviteurs de l’Etat ; peu d’Arabes, par contre, veulent se souvenir que l’illustre Saladin, qui reprit Jérusalem aux Croisés et qui a fondé la dynastie des Ayyoubides au Caire, était un kurde. Mais Juifs et Kurdes, forcés de compter sur d’autres nations pour leur propres combats politiques, ont été souvent trahis parce que, à un moment donné, ils ont moins pesé que le poids de leurs ennemis.
Et au-delà de la géopolitique et des égoïsmes propres à tous les Etats, Israël y compris, cette mémoire historique à la fois riche et douloureuse devrait rapprocher encore plus les deux peuples.

Jean Corcos