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26 novembre 2019

À qui profite Zemmour ?


Depuis plusieurs jours, les provocations d’Eric Zemmour défraient la chronique. C’est, il faut bien le comprendre, le but recherché par l'intéressé.
Le carburant des fauteurs de haine, condamnés pour provocation à la haine contre les musulmans par les tribunaux, « au nom du peuple Français », c’est le bruit. En tant que Président de la LICRA, sans faire écho à ce bruit nauséeux, je me dois d’une part de rappeler les historiens. 
Les historiens, les vrais, ceux qui ont fréquenté les archives, soutenu des thèses, publié des articles, ont démontré par tous les angles que le Régime de l’ex-maréchal Pétain a livré les Juifs aux nazis pour les exterminer. Ils ont établi la liste des 74 182 noms d’hommes, de femmes et d’enfants qui, en France, ont été envoyés dans des centres de mise à mort avec la complicité active et volontaire du gouvernement de Vichy.
Les historiens, les vrais, ont exhumé, analysé et expliqué le rapport Dannecker du 6 juillet 1942 dans lequel chacun peut comprendre que Pétain et sa clique ont livré des enfants juifs dont les nazis eux-mêmes ne voulaient même pas. Les historiens, les vrais, ont démontré que Pétain avait lui même, de sa main, durci les mesures contre les Juifs, français ou étrangers. Les historiens, les vrais, ont démontré que parmi les enfants raflés à Marseille ou à Paris, la plupart étaient de nationalité française. Tout a été écrit sur cette question. Tout a été démontré. Le révisionnisme de Zemmour est écrasé par les faits et par l’Histoire. Le temps fera son œuvre et renverra au terminus des faussaires et des révisionnistes tous les Faurisson aux petits pieds. 
Mais je me dois en outre de m’interroger sur la responsabilité de cette chaine dite d’information dans ce discours de désinformation.
Le plus grave n’est même pas l’outrage. Nous venons de voir qu’il ne résistait pas à la vérité historique. Le plus grave est la responsabilité des médias qui font écho à ce bruit, à cette « cavalcade des mots sans âme » (Marcel Bloch) d’Eric Zemmour. 
On peut légitimement s’interroger sur le choix éditorial de CNEWS. Quel est le sens d’un média qui exhibe ainsi sans vergogne la réhabilitation de l’ex-maréchal Pétain ou encore celle, plus récente, des crimes du Général Bugeaud en Algérie ? Quel est le sens d’un média qui participe à l’embrasement des consciences en confiant son antenne à un pyromane patenté ? 

La chaîne invoque la liberté d’expression.

Et bien moi, aussi, je l’invoque ! 
En tant que Président de la LICRA, je revendique la liberté de dire que CNEWS, avec Zemmour, participe au climat populiste délétère qui tue, chaque jour un peu plus, la République. Je revendique la liberté de dire que servir de porte-voix à la haine, quand on a l’audience d’une chaîne de cette importance, est parfaitement irresponsable. Je revendique la liberté de dire que CNEWS défait, à chaque fois qu’elle met Zemmour à l’antenne, le travail de terrain que nous faisons chaque jour, avec les enseignants, auprès des jeunes, pour apaiser les tensions, déjouer les pièges de la peur et des fantasmes, déconstruire les préjugés, mettre à bas les falsifications et combattre les menaces contre l’universalisme républicain. Je revendique la liberté de dire que CNEWS devrait relire Albert Camus qui, en 1939 demandait aux « journalistes libres » de ne « rien publier qui puisse exciter à la haine ou provoquer au désespoir ». Je revendique la liberté de dire qu’offrir une vitrine au mensonge n’est pas digne d’un grand média de masse et porte atteinte à la cohésion nationale. Je revendique la liberté de dire que le pluralisme, ça n’est pas 5 minutes pour Pétain et 5 minutes pour les Juifs ! Je revendique la liberté de dire que je refuse, avec Jaurès, de subir « la loi du mensonge triomphant qui passe ».
Pour le reste, chacun est désormais responsable de ses choix et devra en rendre compte devant l’opinion et le cas échéant, devant la justice.
Quelle sera l’outrance révisionniste ou la provocation raciste ou xénophobe qui fera que la chaine vienne un jour se désolidariser de la haine en col blanc et se ressaisir ?
D’ici là, à chaque fois que la ligne sera franchie nous agirons, sans hésiter, pour que force reste à la loi.

Mario Stasi
Président de la LICRA

25 octobre 2019

07 mai 2019

Un nouvel article publié sur le Times of Israël : Rothschild, délire viral




Un nouvel article, publié il y a déjà plusieurs semaines sur le Times of Israël : intitulé « Rothschild, délire viral », il est original à plusieurs titres.

Tout d’abord, il ne traite pas cette fois du monde musulman mais de l’actualité française marquée par la crise des « Gilets Jaunes », crise qui m’a beaucoup inquiété comme le savent ceux qui me suivent sur Facebook et, depuis le début de l’année, sur Twitter.

Ensuite, c’est une publication qui m’a demandé un gros travail préalable de documentation, puisqu’en le lisant vous verrez que 25 liens sont proposés. Des années de veille des discours de l’ultra-droite m’avaient déjà fait découvrir le grand retour du « marqueur Rothschild » dans le discours antisémite de notre époque ; cela est devenu évident sur des pancartes ou ailleurs à l’occasion du mouvement des Gilets Jaunes. Mais, au-delà du mythe de leur toute puissance, la légende sulfureuse autour des Rothschild s’est enrichie sur Internet au fil des années d’autres fantasmes délirants, qui contribuent à exciter les potentiels pogromistes de demain ; et surtout, un discours structuré, argumenté autour d’un nouveau mythe – celui de l’esclavage par une dette imposée artificiellement – a donné une force effrayante à cet antisémitisme 2.0, qui sort du virtuel pour envahir nos rues.

Enfin, c’est un article qui a été apprécié par la rédaction de l’édition française du T.O.I, qui l’affiche en sélection sur sa page d’accueil.

Vous pourrez le lire :


Enfin, je rappelle que vous avez accès à tous mes articles publiés sur le "Times of Israël" en allant sur un lien permanent, en colonne de gauche de ce blog.

J.C

19 mars 2019

Antisémitisme : un message du Roi du Maroc adressé au siège de l'ONU


Message adressé par SM le Roi aux participants à une table ronde de haut niveau au siège de l’ONU sur « le pouvoir de l’éducation pour prévenir le racisme et la discrimination: le cas de l’antisémitisme »

SM le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a adressé un message aux participants à la table ronde de haut niveau sur « le pouvoir de l’éducation pour prévenir le racisme et la discrimination : le cas de l’antisémitisme », tenue mercredi 26/09/2018 à New York, en marge de la 73-ème session de l’Assemblée générale de l’ONU.

Voici le texte intégral du Message royal dont lecture a été donnée par le Chef du gouvernement, M. Saâd Eddine El Othmani:

“Paix et Salut sur le Prophète, Sa Famille et Ses Compagnons.
Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies,
Madame La Directrice Générale de l’UNESCO,
Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Je souhaite, tout d’abord, rendre hommage à l’UNESCO pour le travail remarquable qu’elle a accompli en faveur de l’éducation pour la paix, sous la supervision de sa Directrice Générale, Son Excellence Madame Audrey Azoulay.
La rencontre d’aujourd’hui se tient dans un contexte où plusieurs régions du globe s’inscrivent dans des logiques d’exclusion, de repli sur soi et de rejet de l’Autre. Les migrants sont trop souvent érigés en boucs émissaires, les réfugiés instrumentalisés et les minorités stigmatisées. Les discours de haine se multiplient, alimentant racisme, xénophobie, islamophobie, antisémitisme et bien d’autres formes de discriminations. Ils forment le terreau sur lequel prospère l’extrémisme violent et se propage l’insécurité.
En fait, le racisme en général et l’antisémitisme en particulier ne sont nullement des opinions. L’antisémitisme est l’antonyme de la liberté d’expression. Il manifeste la négation de l’Autre et constitue l’aveu d’un échec, d’une insuffisance, d’une incapacité à coexister. C’est le retour anachronique à un passé mythifié.

Est-ce là le passé que Nous voulons léguer en héritage aux générations futures ? Le flambeau que Nous leur céderons ne peut être obscurci par ces calamités qui rongent tant de sociétés.

Pour autant, la bataille contre ces fléaux ne s’improvise pas. Elle n’est ni militaire ni budgétaire ; elle est, avant tout, pédagogique et culturelle. Ce combat porte un nom : l’éducation. Et dans l’intérêt de nos enfants, il importe que nous le remportions car ce sont eux qui en seront les bénéficiaires et les ambassadeurs.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

L’éducation est la seule réussite qui peut, toujours, se prévaloir d’être à la fois individuelle et collective. Elle possède ce pouvoir insigne – et essentiel – de dépasser la crainte de l’Autre, de refuser les amalgames et de déconstruire les préjugés. Antidote puissant et arme salutaire, elle est également le ciment de la cohésion, un vecteur de l’égalité et une condition sine qua non du développement.
Dans le prolongement des Orientations que Nous avons explicitées dans le Discours du Trône du 29 juillet dernier , Nous avons tenu à placer les questions de la jeunesse au cœur du nouveau modèle de développement adopté par le Maroc.
Résolument engagé en faveur de la réalisation de l’Agenda 2030, le Royaume du Maroc a fait de la promotion d’une éducation de qualité, la force transformatrice qui relie les 17 Objectifs du Développement Durable.
Cette éducation de qualité doit enseigner l’Histoire à nos enfants, dans la pluralité de ses récits, évoquant les instants glorieux de l’Humanité et aussi ses moments les plus sombres. Elle doit développer leur ouverture au monde et à la diversité humaine et culturelle. Elle doit forger des esprits vifs, tolérants et avisés, qui trouveront leur épanouissement dans des pays comme le Maroc, où dialoguent librement et s’enrichissent mutuellement les cultures et les civilisations.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Mon pays, point de rencontre des civilisations arabo-islamique, africaine et judéo-chrétienne, est fidèle à une tradition immuable de modération, de coexistence et de compréhension mutuelle.
L’histoire des Juifs marocains en est une illustration, ô combien éloquente. Portée par les Sultans et les Rois du Maroc, elle est le récit d’un destin croisé et d’une continuité historique qui a, de tout temps, considéré « les Juifs comme des citoyens marocains ayant les mêmes droits égaux et complets, que leurs frères musulmans ». Juifs et musulmans se côtoyaient au quotidien, s’enrichissaient les uns les autres et s’imprégnaient de leurs éducations respectives.
Et la réalité de la cohabitation religieuse est tangible. Mosquées, synagogues et églises se côtoient dans différentes villes du Royaume. C’est cette image que nous souhaitons dessiner dans les esprits de nos enfants. C’est cet héritage que nous voulons leur léguer. Et c’est ce message de paix que nous sommes venus délivrer, en donnant à l’éducation, la place de choix qui lui revient unanimement.

Je vous remercie.
Wassalamou alaikoum warahmatoullahi wabarakatouh”.

Source : Maroc.ma, 27 septembre 2018