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08 juillet 2018

Victoire d’Erdogan : la porte ouverte aux Frères musulmans

Erdogan et sa femme Emine

Avec la victoire d’Erdogan en Turquie, les Frères musulmans ont un allié de poids aux portes de l’Europe. Le Président turc est considéré par le cheikh Youssouf Qaradawi (chef spirituel des Frères musulmans) comme « le prochain Calife de l’Islam. La droite populiste européenne profite de cette situation pour se faire élire dans certains pays  

Le 24 juin dernier, Recep Tayyip Erdogan, a été réélu dès le premier tour, président de la Turquie, avec 52.59% des votes pour un nouveau mandat aux pouvoirs renforcés.
Avec cette élection, les Frères musulmans sont aux portes de l’Europe.
Lorsque nous regardons les résultats du vote des ressortissants Turcs en Europe, nous observons que le Président Erdogan s’en sort encore mieux que dans son pays.
Ainsi, La Belgique est le pays européen où Erdogan a obtenu le plus de voix. 74.9% ont voté pour lui. Aux Pays-Bas, il a obtenu 72.8% ; en Autriche 72.1% ; en France 65.3% et en Allemagne (1.5 million d’électeurs potentiels) 65%
Le Liban est le pays où il a eu le plus grand pourcentage avec 94%

Erdogan défend les Frères musulmans

Dans un article paru le 13 mai dernier dans le journal turc Sôzcü, Nashuh Makhruki nous explique les raisons de la victoire dès le premier tour du chef de l’AKP : « Les gens de l’AKP se sont rendus maîtres de 90% des médias par la menace et le chantage ; 64 000 personnes ont été traînées en justice pour insulte au président de la république…. Ils ont confessionnalisé les programmes, ils ont ouvert des salles de prière dans les maternelles »
Depuis de nombreuses années le Président Erdogan est plus que complaisant envers les Frères musulmans. Rappelons que contrairement à l’idéologie de l’État islamique, qui vise à imposer l’Islam par la violence, les Frères musulmans prônent « la conquête pacifique » du monde – à savoir par le biais de la prédication et la croissance démographique des Musulmans.
En Egypte, les Frères musulmans ont été chassés en 2013 du pouvoir par l’actuel président Abdel Fattah al-Sissi
Depuis, Erdogan ne cesse de dénoncer « le coup d’État militaire » et a offert l’asile politique à de nombreux responsables de ce mouvement islamiste, considéré comme « terroriste » en Égypte.
Comme l’écrit Henri Temple dans Causeur le 24 février 2018 « Les chaînes de télévision turques donnent la parole aux Frères musulmans qui appellent au renversement, de « la dictature militaire de Sissi ». »
L’agence de presse Anadolu écrivait le17 février 2017 « Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré, vendredi, qu’il ne considérait pas le Frères musulmans comme une organisation terroriste, car ne s’agissant pas d’une organisation armée, mais d’une organisation intellectuelle ».
Cette déclaration a été faite lors d’un entretien accordé à la chaîne saoudienne Al-Arabiya pendant la visite d’Erdogan en Arabie Saoudite, deuxième pays de sa tournée dans le Golfe.

Les frères Musulmans considèrent Erdogan comme le nouveau calife

Les Frères musulmans sont très reconnaissants envers le président Erdogan. Ainsi Leur maître spirituel, le cheikh Youssouf Qaradawi, a affirmé en 2014 : « L’union des Savants musulmans a déclaré que le Califat doit être instauré à Istanbul, car elle est la capitale du Califat… La nouvelle Turquie, qui intègre la religion et l’État, l’ancien et le moderne, ce qui est arabe et ce qui ne l’est pas, unit la « Oumma » [la nation musulmane] en Afrique et en Asie, en Europe, aux États-Unis et partout dans le monde. L’homme qui a fabriqué cette Turquie est Recep Tayyip Erdogan… C’est le dirigeant qui connaît son Dieu, qui se connaît, qui connaît son peuple, qui connaît la « Oumma », qui connaît le monde. Vous avez le devoir de le soutenir, de lui prêter allégeance, et de lui dire : Va de l’avant ! Je prédis qu’il va réussir, avec l’aide d’Allah, car Allah est avec lui, ainsi que l’ange Gabriel et que le Prince des croyants. »
Qaradawi a conclu son discours en déclarant qu’Erdogan était son candidat pour être le prochain calife de l’Islam, à savoir le dirigeant politique de la Nation musulmane.

Les élections en Turquie peuvent bouleverser une partie du  monde

Le basculement encore instable des alliances (Russie-Iran-Turquie vs Etats-Unis-Arabie saoudite-Israël) crée une incertitude supplémentaire au Moyen-Orient. Nous observons que La Turquie montre un grand intérêt pour Gaza car Gaza est dirigée par l’affilié des Frères musulmans, le Hamas, que la Turquie souhaite mettre sous son aile
Cette victoire d’Erdogan fait le jeu de l’extrême droite européenne qui joue sur les peurs d’une « invasion » de l’Europe » par l’Islam. Nous en voyons déjà les résultats avec les élections en Hongrie, Autriche et dernièrement en Italie. Dans ces pays, le nationalisme a gagné contre la conscience européenne.

Eric Gozlan
Times of Israël, 3 juillet 2018



03 juillet 2018

Galerie d'invités (suite)






Encore de nouvelles photos, prises au printemps 2018 avec des invités dans notre studio de Judaïques FM.

- En haut, avec Fatiha Dazi-Héni, chercheure à l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (émissions du 22 avril et du 6 mai).

- Photo suivante, avec Ali Dolamari, représentant en France du Gouvernement Régional du Kurdistan (émission du 3 juin).

- Photo suivante, avec Allan Kaval, journaliste free-lance (émission du 17 juin).

- En bas, recevant Naseer Ahmed Shahid, chef missionnaire du mouvement Ahmadiyya (émission du 1er juillet).

J.C

01 juillet 2018

Yahia Hakoum : "Le conflit avec Israël n'est plus un combat identitaire, c'est un combat de droit"


Est-ce qu'il reste une révolution syrienne ? Eddy Caekelberghs a posé la question à Yahia Hakoum. Ce militant syrien, arrivé en Belgique en 2012, était l'invité de l'émission Au bout du Jour ce jeudi. Selon lui, en 2011, "Il y a une défaite militaire de la révolution armée, mais une société civile a émergé et beaucoup de gens qui ont changé leur attitude." Et ce changement d'attitude concerne également la vision du peuple syrien vis-à-vis d'Israël.
Depuis l'intervention russe en 2015, la révolution syrienne s’essouffle. Aujourd'hui, les grands voisins sont occupés à prendre leur place d'influence sur le territoire. La Turquie, l'Iran, mais aussi Israël qui intervient notamment pour diminuer l'influence iranienne. Sans devenir les amis d'Israël, les opposants au régime ciblent leurs priorités, selon Yahia Hakoum. "Aujourd’hui, les premiers ennemis des Syriens sont l'Iran et la Russie. Israël détruit des missiles balistiques et bombarde des bases iraniennes. Ils le font dans l'intérêt israélien, mais ça sert aussi les intérêts syriens."

L'armée dès 6 ans

Yahia Hakoum explique que, dès l'âge de 6 ans, les écoles sont organisées comme des unités militaires baasistes. Le parti Baas étant le parti qui est au pouvoir depuis 1963, et dont l'objectif est d'unifier les différents états arabes en une seule et grande nation. L'école est alors une unité, les classes sont des sous-unités et elles sont chacune divisées en groupes militaires de 9 personnes. "Chaque matin, quand on arrive à l’école, on doit faire le salut de l’entrée devant le drapeau, comme les militaires, et on chante l’hymne national. Et puis on fait un serment. Le serment lors duquel on demande aux enfants de s’engager à se préparer à construire la société arabe unie et de la défendre." Tout cela dès l'âge de 6 ans.

Formatés à être antisémites

Le salut militaire qui est appris aux élèves n'est autre que le salut nazi. "C’est une des premières choses qu’on apprend à l’école. Avant d’apprendre à lire et à écrire. À la fin du serment, on fait le salut nazi. Le bras tendu comme les nazis. On a appris à le faire sans savoir d’où ça venait." Les jeunes syriens seraient donc formés de manière nazie ? "Oui. Il y a une idéalisation de la personnalité du président, une idéalisation de la langue et de la nation arabe qu’on présente toujours comme une nation supérieure aux autres (...). Finalement, on avait toute une instrumentalisation du judaïsme et des juifs, parce que chez nous on mélange le judaïsme comme religion, et le judaïsme comme culture et nation. A l’école, à la mosquée, on considère que les Juifs sont la source du mal. C’est dans la culture."

Un autre regard sur Israël

Un jour il faudra rebâtir la Syrie, notamment du côté des idées. Selon Yahia Hakoum, l'état des esprit des Syriens aura changé. "Aujourd’hui, du côté de l’opposition au régime, le regard sur le conflit israélo-palestinien a un peu changé. On va être contre les massacres israéliens, contre ce qu’il s’est passé par exemple à gaza le 14 mai. Mais, en même temps on comprend que les Palestiniens ne peuvent plus nous considérer comme des traîtres si on parle avec Israël, alors qu’eux sont entrés en dialogue il y a longtemps. Aujourd’hui, ce n’est plus un combat identitaire, c’est un combat de droit. Si Israël revient aux frontières de ’67, le monde arabe fera la paix."

Lucie Hermant
Site de la RTBF (Belgique), le 17 mai 2018