Notre radio

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31 janvier 2016

Les radicaux de l'islam, un documentaire toujours d'actualité


Caroline Fourest (qui fut plusieurs fois mon invitée, voir son nom en libellé) et Fiammetta Venner ont réalisé une série de documentaires sur différentes mouvances radicales, dans la série "Les réseaux de l'extrême". 

Parmi ces extrémistes, ceux dont on parle le plus - terrorisme oblige - et qui se réclament de l'Islam. On les appelle souvent "Islamistes", terme qui irrite beaucoup de Musulmans ; et il est vrai qu'il y a eu plusieurs tendances parmi eux, plus ou moins politisées, plus ou moins violentes.

Ce documentaire a été diffusé en 2013. Depuis, il y a eu le Daech et chez nous, surtout, les terribles attentats de Paris. Mais il garde son actualité dans beaucoup de domaines !

J.C


29 janvier 2016

A la cantine : « Y a pas eu de génocide arménien »

Déportation d'Arméniens avant leur massacre

Le délire du mois
- janvier 2016

Cantine du lycée, un lundi midi. Je parle du génocide arménien avec un copain, et une fille intervient : « Tu dis que de la merde depuis tout à l’heure. » Le million et demi de morts ? Une invention de l’Occident, dit-elle. Je ne peux pas laisser passer ça.

A la cantine du lycée, un lundi, Sabri me demande : « T’as fait quoi ce week-end ?  » Le samedi, j’ai assisté à une conférence sur la reconnaissance du génocide arménien à Paris.
Sabri s’intéresse à l’Arménie parce qu’au fond, tout le monde entend parler de ce pays sans vraiment le connaître. Il m’interroge  :
« Mais pourquoi les Turcs ne reconnaissent pas le génocide ?  »
Baignant dans une culture arménienne depuis ma naissance, je connais l’histoire de ce pays et celle du génocide grâce aux ouvrages que j’ai lus ainsi qu’aux conférences auxquelles j’ai assisté. J’explique à Sabri que les rares défenseurs turcs de la cause arménienne sont censurés ou ont été assassinés.

Et voilà, encore du négationnisme

Pendant que je dis ça, une jeune fille brune me dévisage. Je ne la connais pas, mais je sais déjà ce qu’elle va dire. Je vais droit au but  :
«  T’as une objection à faire  ?  »
Elle :
«  Tu dis que de la merde depuis tout à l’heure.  »
Le ton monte. Puis un blanc. Sabri rigole, elle reprend :
«  Tout ce que tu racontes là, c’est n’importe quoi. Moi, je suis Turque et crois-moi, il n’y a jamais eu de génocide. Vous aimez trop vous faire passer pour des victimes pour rien.  ».
Et voilà, encore un débat sur le génocide entre Turcs et Arméniens.
J’enchaîne : 1,5 million de morts, une population qui a fui les massacres, des centaines de photos d’exécutions et même des documents qui prouvent la préméditation du génocide... 
«  Tu oses me dire que je dis de la merde  ?  »

Des « inventions de l’Occident »

Elle utilise des références historiques pour justifier sa théorie négationniste. Selon elle, en 1915, «  une guerre  » entre Turcs et Arméniens, et non pas un génocide, aurait eu lieu dans l’empire ottoman. A la fin de cette «  guerre  », en 1918, il y aurait eu un million de morts chez les Arméniens contre deux millions chez les Turcs. Elle poursuit :
« Vous nous avez massacrés. On devrait d’ailleurs parler du massacre des Turcs et non pas de celui des Arméniens comme on l’entend à la télé. C’est déchirant de médiatiser les morts d’un peuple au détriment de ceux d’un autre – pourtant plus nombreux. Les histoires imaginaires du génocide qu’on entend ont toutes été inventées par l’Occident. »
Mon lycée étant un réservoir infini de complotistes entassés dans trois petits bâtiments, il est naturel que cette façon d’inviter à ne pas croire les «  vérités officielles  » rencontre un certain succès. Tellement rebelles...

Ben Laden ? Aussi inventé par les USA

Mais sur l’Arménie, il m’était impossible de ne pas répondre. Mon arrière grand-père a été déporté avec sa famille et n’est jamais revenu. En pleine nuit de 1915, des soldats turcs ont frappé à sa porte pour annoncer un déménagement. En réalité : des marches de la mort. Seuls les enfants ont survécu. J’apostrophe la fille :
«  Pourquoi tu ne peux pas simplement admettre que ton pays, ton peuple à l’époque, a commis une erreur impardonnable  ? Certains Turcs commencent à le faire. Tu peux lire des ouvrages d'historiens fiables sur cette période. A ton avis, pourquoi t’aurait-on menti  ? Pourquoi les Etats-Unis et l’Europe auraient inventé un génocide  ? »
Elle a sa petite idée sur la question :
« Depuis toujours, les Etats-Unis et l’Europe nous rejettent et nous stigmatisent. Ils vous sortent un génocide, quelques photos en noir et blanc et vous y croyez juste parce que votre manuel d’histoire vous le dit. Arrêtez de croire ce que les médias racontent. Y a pas eu de génocide, de la même manière que Ben Laden a été inventé par les Américains.  »
Et la sonnerie retentit. 

Levon Aroutinian, Ruche89

L'Obs avec Rue 89,  le 01/01/2016

28 janvier 2016

Des paroles et des actes, Le Supplément : quand la télé invite les ennemis de la République



FIGAROVOX/TRIBUNE - Après les incidents à DPDA et à Canal Plus, Isabelle Kersimon estime que les médias font preuve d'irresponsabilité en invitant sur leur plateau de tels représentants de la religion musulmane.


La société du spectacle si bien analysée par Guy Debord est une ogresse qui se nourrit infiniment d'elle-même. Depuis quelques années, elle développe avidement ce qu'elle nomme «clash». Cela consiste à célébrer ce que la démocratie enfante de pire: la négation absolue de la pensée et du débat. Constatant que les plus grosses audiences des réseaux vidéo tels que Youtube se partagent le marché juteux des arènes infamantes et des conseils cosmétiques pour adulescentes écervelés, les chaînes de télévision classiques ont emboîté le pas, s'autocaricaturant jusqu'à l'absurde dans l'infotainment.

Quant au métier de journaliste, il cède trop souvent la place au brouhaha sans analyse et sans esprit, boursouflé d'un égo qui le rend détestable aux yeux des lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, et qui explique le peu de considération dont jouit actuellement notre profession. Cette semaine a ainsi vu un Académicien se faire insulter par une militante politique et notre ministre de l'Éducation nationale se taire devant un islamiste. L'heure n'est plus à la simple critique des médias.


Les Français ont le droit de savoir qui parle


Alors que la France ensanglantée est toujours sous la menace d'attentats islamistes, alors que des concitoyens juifs ont été attaqués et blessés cette année à l'arme blanche, une péronnelle haineuse prétendant souffrir d'«islamophobie» ordonne que de tout ceci, il ne soit pas question. Il ne faudrait pas désespérer les Indigènes. Car elle est , je pense, destinée à servir le breuvage empoisonné que sa comparse Houria Bouteldja a auparavant déversé, pendant de trop longues années, sur des plateaux tout aussi complaisants.

Leurs « bêtes » noires sont ces intellectuels juifs parmi les intellectuels français connus du grand public. Or, que l'on soit d'accord ou pas avec Alain Finkielkraut, la tradition française oblige et la décence contraint.

Aussi narquoise que virulente, la prétendue «prof d'anglais musulmane anodine de Noisy», jouissant d'une posture victimaire que nos caméras et micros caressent trop souvent, en bons ordonnateurs d'une moraline paternaliste que l'on pourrait qualifier de coloniale, pour le coup, a récité son bréviaire de la haine de la France et ordonné à Alain Finkielkraut de se taire «pour le bien» de notre pays que tout en elle exècre. Cette jeune femme se prétendant laïque ne l'est pas, dans la mesure où, étant proche du Parti des Indigènes avec qui elle a défilé dans les rues de Paris il y a quelques semaines, elle vomit la France et la République, et par conséquent tout ce que ces bonnes mères offrent à leurs enfants, d'où qu'ils viennent: l'éducation, les soins, la possibilité de développer son esprit critique, celle de célébrer par la connaissance la culture des ancêtres et celle de s'émanciper en libre conscience. Son discours belliqueux est mis en mots et en actes via un pseudo antisionisme, en fait une obsession des Juifs, un antisémitisme qui ne trompe personne. Leurs «bêtes» noires sont ces intellectuels juifs parmi les intellectuels français connus du grand public. Or, que l'on soit d'accord ou pas avec Alain Finkielkraut, la tradition française oblige et la décence contraint. Je m'étonne que cette «enseignante» à l'orthographe défaillante n'ait pas été remise à sa place illico par David Pujadas.

Car en sus de porter tort à l'invité, l'insultante personne a déshonoré nombre de nos compatriotes d'origine levantine, maghrébine, etc., et nombre de musulmans plus attachés à leur tradition familiale et spirituelle qu'aux colifichets des intégristes. Elle a donné d'eux une image pathétique et détestable. Le dessinateur Johann Sfar l'a parfaitement exprimé: «C'est vraiment la double peine pour les citoyens français venus d'une famille du Maghreb, ou de culture musulmane. Non seulement la télé ne les laisse pas assez souvent s'exprimer, mais en plus, quand on nous vend des «jeunes gens représentatifs et issus de la société civile» il s'agit à tous les coups de copains de Tariq Ramadan ou des Indigènes de la République. Les émissions qui choisissent de tels intervenants torpillent le débat et montrent des joutes caricaturales. (…) Je ne voudrais pas être dans la tête des directeurs d'antenne car ils portent une lourde responsabilité sur le climat dégueulasse de notre pays. Il faut s'attacher à faire baisser les préjugés, à créer de la fraternité. Les français originaires du Maghreb n'ont jamais demandé à être représentés par les copines de Tariq Ramadan ou des Indigènes de la République! C'est irresponsable. Et ça attise la haine de tous les côtés.»


Le «musulman normal» et les représentants de la République


Le spectacle vire aussi au cauchemar. Hier, c'est dans «Le Supplément» de Canal + que l'inconcevable se produisait: Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale, était conviée avec des représentants de l'association dite humanitaire BarakaCity. Perquisitionnée plusieurs fois, l'association revendique sa présence dans une vingtaine de pays et affirme avoir recueilli 16 millions d'euros de dons en trois ans d'existence. Un peu comme avec le CCIF, nul ne connaît le montant réel des dons ni l'identité des «mécènes». BarakaCity était venue médiatiser le cas de Moussa, militant actuellement emprisonné pour d'obscures raisons au Bangladesh.

Idriss Sihamedi, le président de BarakaCity, se présente lui aussi comme « un musulman normal ». Il semble que «musulman normal» soit une consigne récemment délivrée à tous les épigones de l'islam politique.

Idriss Sihamedi, le président de BarakaCity, se présente lui aussi comme «un musulman normal». Il semble que «musulman normal» soit une consigne récemment délivrée à tous les épigones de l'islam politique. Grand seigneur, il consent à être éventuellement qualifié de simple «orthodoxe». Un argument auquel le journaliste Claude Askolovitch a été sensible en écrivant son livre, lui qui invite aussi régulièrement sur iTélé des figures connues de l'islam politique (le CCIF et ses réseaux).

J'épargnerai à nos lecteurs l'intégralité de la prestation de Idriss Sihamedi. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il ne condamne pas clairement les abominations de l'État islamique et que pour lui, il est «normal» de ne pas serrer la main des femmes et d'occulter celles qui travaillent avec lui. Face à lui, l'ex-ministre du Droit des femmes n'a pas su rappeler qu'en République française, l'égalité des sexes n'est pas une option, ni que, «musulman» ou pas, tout Français a pour ennemi les ennemis déclarés de la France haïssant en elle ces valeurs en principes défendues par nos hommes et femmes politiques.

Dominant face à une ministre embarrassée et interdite, Idriss Sihamedi n'hésitera pas, quelques heures plus tard, à se livrer à une tentative d'intimidation sur Francis Chouat, maire d'Évry et président de la communauté d'anglo Évry-Centre Essonne, lui lançant sur Twitter: «Souhaitez-vous vraiment être en confrontation avec nous? Nous avons des éléments/arguments compromettants.» À quelle provocation l'élu s'était-il donc livré, lui valant cet arrogant courroux? Un post sur Facebook, où il dénonce «la supercherie doublement dangereuse qui est en train de se médiatiser autour de BarakaCity». «Je ne suis pas en tête-à-tête ni dans un match à distance avec lui», m'a indiqué Francis Chouat, «Je sais l'urgente nécessité de faire vivre les principes de la République, qui sont des valeurs, et la clarté autour de ces valeurs».

Il serait temps que nos confrères en prennent la mesure.


Isabelle Kersimon


Le Figaro, 25 janvier 2016

Isabelle Kersimon est journaliste. Elle a coécrit, avec Jean-Christophe Moreau, Islamophobie: la contre-enquête (Plein Jour, 288p, 19€, octobre 2014).


26 janvier 2016

La Grande Synagogue de Tunis, histoire d'un édifice symbolique




J'ai eu la chance d'assister, il y a environ trois mois, à une passionnante conférence au Centre Communautaire de Paris, organisée par la "Société d'Histoire des Juifs de Tunisie et d'Afrique du Nord" .- ex SHJT -, association qui ne s'intéressait qu'aux Juifs de Tunisie mais qui a élargi maintenant son champ de recherches.

J'ai déjà publié l'illustration du dessus, il s'agit d'un tableau magnifique de "notre" Grande Synagogue, qui sort en premier lorsqu'on utilise "Google images". Il a été réalisé par Michelle Karoubi, elle aussi de Tunisie et artiste de talent. Elle a fait de magnifiques tableaux pleins d'amour pour son pays natal, que l'on peut retrouver sur son blog .

Mais retour à la conférence en question : elle était donné pas le grand expert de l'histoire et de l'art des synagogues, Dominique Jarassé. On lui doit un album, "l'âge d'or des synagogues", publié il y a déjà près de 25 ans et qui décrivait en détail les lieux de culte israélite dans notre pays ; mais lui et son épouse ont fait un travail encore plus ambitieux : aller à la rencontre des synagogues de Tunisie entre 2003 et 2010, alors même qu'elles sont presque toutes abandonnées ou dans un état de décrépitude. Ils l'ont fait avec le plein soutien des autorités tunisiennes de l'époque. Comme il nous l'a dit, ce serait impossible maintenant ; soit dit, donc, sans défendre le régime Ben Ali, mais parce que c'est aussi une réalité qu'il faut que nos amis tunisiens connaissent.

Avant de revenir à la Grande Synagogue de Tunis, évoquons par exemple celle de Sfax où il n'y a pratiquement plus aucune famille juive : j'avais reçu des photos et témoignages sur sa dégradation, voir cet article publié à l'époque sur mon blog.

Au contraire, la Grande Synagogue de Tunis a été complètement restaurée au frais de l’État tunisien, et cela à deux époques : dans les années 1990, pour l'intérieur, qui comprend de magnifiques fresques murales, et des vitraux sous la coupole où sont représentées ... les 12 tribus d'Israël. Et dans les années 2005 à 2007, pour l'extérieur, où non seulement les façades ont été repeintes, mais où on a aussi reconstitué les fresques et les dorures : voici l'aspect actuel ...


Cette magnifique synagogue a inspiré un timbre poste en Israël. Et même une polémique, les ultra-orthodoxes ne supportant pas la reproduction de la façade, où figurent les 4 lettres du Tétragramme (nom de Dieu sans les voyelles) au centre de la Maguen David. Comme quoi, les Juifs tunisiens étaient plus ouverts à l'époque que d'autres.




Cet édifice, monumental, est connu de tous les habitants de Tunis, car il se trouve au cœur de la "ville européenne", sur l'ex-avenue de Paris aujourd'hui avenue de la Liberté, dans le quartier "Lafayette", construit dans les années 1920-1930 et où vivaient de nombreuses familles juives il y a quelques décennies . A part la synagogue de la rue de la Loire, qui était beaucoup moins grande, il n'y avait au début du siècle dernier qu'une multitude "d'oratoires", souvent familiaux et éparpillés dans la "Hara", l'ancien ghetto de Tunis. La construction de cet édifice marquait donc, symboliquement, l'émancipation des Juifs et leur entrée dans la modernité

Inaugurée le 23 décembre 1937 - le projet datait de 1912, mais je reviendrai là-dessus -, ce lieu emblématique allait connaitre des outrages, exactement en même temps que les Juifs tunisiens vivraient des heures tragiques. Pendant la brève mais éprouvante occupation des armées de l'Axe, l'armée allemande en prit possession et pilla tout le mobilier qui ne fut jamais retrouvé. Et le 5 juin 1967, au premier jour de la "Guerre des Six Jours", il y eut un début de pogrom à Tunis et l'intérieur fut complètement brûlé ... j'en ai parlé aussi dans un autre article de mon blog. Avec son imposante "Maguen David" en façade, la Grande Synagogue de Tunis a toujours excité les antisémites la prenant pour de la provocation ... ainsi début 2011, juste après la révolution, on vit défiler des membres du "Hizb Ut Tahrir", salafistes qui allaient enfanter les monstres devant ensanglanter la Tunisie quelques années plus tard :  voir cet article de mon blog, où j'en parlais aussi, avec une photo saisissante !

Lieu hautement symbolique, la Grande Synagogue de la Capitale peut aussi - et cela réchauffe le cœur - être un lieu de rassemblement pour les Tunisiens qui refusent la haine et le terrorisme : c'est sur son perron qu'eut lieu un rassemblement de citoyens de toutes les confessions, en hommage à Yohav Hattab (z"l), tué lors de l'attaque de l'hypercasher de Vincennes ...

Parlons donc, pour finir, de la construction de cet imposant édifice : Dominique Jarassé m'a appris plein de choses ! D'abord, son architecture est remarquable, parce que avec sa coupole et la forme carrée de l'intérieur, les fidèles sont tous autour de la "Bimah", pupitre où on dépose et où on lit la Torah ; chacun peut donc suivre. L'architecte, Victor Valensi, lui même juif tunisien, le savait parfaitement d'où donc le choix d'un style "byzantin" ; contrairement au style "basilical" des grandes synagogues de Paris, toutes en longueur, dont la façade et l'intérieur faisaient penser ... à des cathédrales ; pas étonnant, car leurs architectes étaient catholiques !
L'architecte Victor Valensi (1883-1977), que j'ai découvert par cette conférence, était une personnalité étonnante : formé à l'école des beaux arts de Tunis, on lui doit de nombreuses villas dans sa banlieue et en particulier à Sidi Bou Saïd. Il développé un "style tunisien", jouant sur les matériaux, les volumes. Et, consécration suprême, c'est lui qui réalisa les pavillons de la Tunisie lors des expositions internationales des années 1920-1930 : voir sa biographie sur Wikipedia
Mais - et je finirai par là - ce projet de Grande Synagogue qui mit des décennies avant d'aboutir, n'aurait jamais vu le jour sans un mécène qui ne le vit pas aboutir, mais qui légua une somme importante, complétée par une collecte des "Tunes" (surnom des Juifs tunisiens). Ce mécène, étonnant, s'appelait Daniel Iffla, plus connu sous le nom d'Osiris ... alors qu'il n'avait rien d'égyptien, mais était d'origine juive marocaine ! Natif de Bordeaux dans une famille très modeste, il réussit dans les affaires, et il eut une vie incroyable, un peu comme les Pereire autres juifs bordelais : mais eux contribuèrent au renouveau de Paris sous le baron Haussmann, et lui (entre autres) à des grands projets dans le midi : voir sa biographie également en lien .
"Osiris" donc, fut un mécène incroyable ; resté sans descendance, il légua toute sa fortune à l'Institut Pasteur qui naquit à son époque ; il créa les premiers "restos du cœur" à Bordeaux ; il offrit une statue de Guillaume Tell à Lausanne et une statue de Jeanne d'Arc en France. Il fit construire des synagogues à Paris, rue Buffault, à Arcachon, à Bruyères, à Tours, à Vincennes, à Tunis et à Lausanne; Juif authentique, fier de ses origines et fidèle donc à la "Tsedaka" en aidant les siens, il ne fut pas un communautariste étroit car il était soucieux de faire le bien pour tous ses contemporains : un modèle pour notre triste époque, non ?

Jean Corcos