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28 mai 2015

Encore une petite pause ...



Difficile de maintenir un rythme trépidant de publications, alors que des obligations diverses me tombent dessus.

Encore une pause, donc, d'une petite semaine. Rendez-vous cette fois le jeudi 4 juin. Et n'oubliez pas - pour les impatients - de visiter les archives du blog en naviguant grâce aux liens permanents et aux libellés, rappelez-vous que vous avez plus de 2.000 articles à disposition !

Merci pour votre fidélité et à bientôt.

J.C

27 mai 2015

Après Ramadi et Palmyre, Bagdad et Damas ?

Les ruines de la cité antique de Palmyre, conquise par l’État islamique

En s'emparant, dans la même semaine, des deux villes de Ramadi en Irak et de Palmyre en Syrie, l'État islamique (EI) a frappé un grand coup stratégique et médiatique. Annoncée sur le déclin après ses défaites à Kobané et à Tikrit, l'organisation jihadiste a complètement inversé la tendance et contrôle désormais un territoire de 300 000 km2 et de 8 à 10 millions de personnes. L'EI a pris l'ascendant des deux côtés de la frontière irako-syrienne et encercle dorénavant les soldats du régime syrien encore présents dans la province de Deir ez-Zor. Face à l'impossibilité d'ouvrir une voie de communication au nord, entre Raqqa et Mossoul, du fait de la présence des peshmergas kurdes, l'EI a revu sa stratégie pour faire le lien entre les deux territoires via la route désertique plus au sud, entre Ramadi et Palmyre. Les défaites conjugués, des deux côtés de la frontière, de l'armée irakienne et de l'armée syrienne renforce le sentiment de puissance alimenté par la propagande de l'EI et permet à l'organisation d'accroître ses ressources énergétiques et militaires : le groupe jihadiste a mis la main sur d'importants dépôts d'armes et s'est emparé de trois champs gaziers dans l'oasis de Palmyre. Comment une organisation jihadiste dont les positions sont quotidiennement bombardées par la coalition internationale a-t-elle pu obtenir de telles victoires dans un laps de temps aussi réduit ? Tant à Ramadi qu'à Palmyre, l'EI a simultanément profité des lacunes stratégiques de ses adversaires et d'un contexte particulier dont il a su tirer avantage.

Double défaite

La prise de Ramadi, capitale de la province d'al-Anbar, résulte d'une double défaite de Bagdad à la fois militaire et, surtout, politique. Militaire parce que l'armée irakienne a, une nouvelle fois, démontré son incapacité à combattre l'EI sans l'aide des milices chiites appuyés par l'Iran ; politique parce que Ramadi était l'un des derniers fiefs sunnites qui résistait encore à l'EI et dont les tribus pouvaient constituer un appui précieux, à l'image de ce qu'avaient pu être les forces de la Sahwa (les reliquats de l'armée de Saddam Hussein) dans la lutte contre el-Qaëda. Alors que le Premier ministre irakien Haïdar al-Abadi avait lancé l'offensive de reconquête de la province d'al-Anbar le 8 avril dernier et que le Centcom (commandement central américain) avait annoncé la reprise de Mossoul pour le mois de mai, Bagdad se retrouve aujourd'hui dans une situation d'urgence où il n'a d'autre choix que de tenter de reprendre Ramadi avec l'aide des milices chiites et contre la volonté des populations locales sunnites.

La prise de l'oasis de Palmyre, joyau inestimable du patrimoine de l'antiquité, fait suite à une dizaine de jours de combats entre les forces du régime et les combattants jihadistes. Ces combats tendent à remettre en question les théories sur les rapports ambigus entre le régime et l'EI, d'autant qu'ils ont permis à l'organisation de s'emparer d'une province éminemment stratégique reliant la ville de Deir ez-Zor à celles de Homs et de Damas. Le régime a perdu des champs gaziers importants et ses troupes sont tombées dans une embuscade alors qu'elles se repliaient sur la capitale. Sans contestation possible, il s'agit d'une défaite importante pour Damas. Le régime était-il incapable de défendre Palmyre ? A-t-il délibérément choisi de ne pas offrir une opposition plus musclée considérant que les risques de destruction du patrimoine archéologique profiteraient à son image aux yeux des Occidentaux ?

Improbable, mais pas impossible


Si le régime a essayé de sauver les meubles en déployant sa propagande de rempart contre la barbarie, notamment par le biais du directeur des antiquités, Ma'amoune Abdelkarim, qui a exhorté le monde à se « mobiliser » pour sauver les trésors, il aurait sans doute gagné bien davantage à poursuivre les combats et à vraiment apparaître comme une force capable de résister à l'EI. Au contraire, il apparaît désormais comme une force profondément affaiblie, et ce d'autant plus que ce nouveau revers survient après ses défaites successives dans le Nord face à l'Armée de la conquête, où le régime vient de perdre son dernier bastion à l'intérieur de Jisr el-Choughour. Le régime semble actuellement souffrir d'une perte importante de ses effectifs, d'une dissension interne, et d'un changement de stratégie de la part de ses alliées russe et surtout iranien. Face à l'impossibilité de reprendre tout le territoire syrien, et l'incapacité des milices chiites à mener simultanément la guerre sur les fronts irakien et syrien, l'Iran semble privilégier la défense de la « Syrie utile » quitte à sacrifier le reste du territoire.)

En s'emparant de Palmyre, l'EI a mis la main sur deux sites extrêmement symboliques dont il pourra se servir à outrance pour sa propagande : la prison et le site archéologique. La prison est célèbre pour être l'une des plus dures au monde : elle est notamment connue pour le massacre de centaines de détenus par le régime dans les années 80 et la torture y était pratiquée de façon quasi systématique. En s'emparant de la prison de Tadmor, associée dans l'inconscient populaire des populations syriennes, voire arabes, aux pires heures du régime syrien, l'EI a réalisé un coup machiavélique et ingénieux : il passe pour un sérieux ennemi du régime aux yeux d'une partie de la population et pourra recruter, si la prison n'a pas déjà été totalement évacuée, parmi les détenus islamistes.
Concernant le site archéologique, tous les observateurs se posent aujourd'hui les mêmes questions : l'EI va-t-il détruire le site, et si oui, quand ? Dans ce cas-là, la communauté internationale restera-t-elle les bras croisés ? La coalition internationale n'est pas intervenue jusqu'alors pour ne pas apparaître comme un soutien de Damas et, à moins d'une immense pression populaire, il y a peu de chances qu'elle le fasse par la suite, même si le site commence à être détruit. De leur côté, les jihadistes risquent de détruire en priorité le temple du dieu Baal, qui date de la période anté islamique, sans forcément réduire à néant la totalité du site, dont il pourrait tirer d'importantes ressources par le biais de la contrebande d'objets d'art.

L'avancée de l'EI démontre avant tout l'échec cuisant de la stratégie américaine. Mais il n'empêche qu'en Syrie comme en Irak, ce sont désormais les deux capitales qui sont directement menacées. Ramadi n'est qu'à 112 km de Bagdad et Palmyre ouvre la voie vers Damas. Le scénario des deux capitales encerclées par les jihadistes est encore improbable, mais plus du tout impossible. Dans les deux cas, il donnerait lieu à des combats terribles et marquerait un tournant décisif pour la survie des régimes en question.


Anthony Samrani

L'Orient Le Jour, 23 mai 2015

26 mai 2015

Histoire des Frères Musulmans, de Hassan el Banna à Anaouar el Sadate : Chérif Amir sera mon invité le 31 mai



Nous allons parler dimanche prochain d'un livre extraordinairement riche d'enseignements. Cet ouvrage s'intitule "Histoire secrète des Frères Musulmans", il est publié aux éditions Ellipses, et préfacé par Alain Chouet ancien directeur de la sécurité de la DGSE et Eric Denécé directeur du Centre Français pour le Renseignement. J'aurai le plaisir de recevoir son auteur, Chérif Amir. Chérif Amir, mes auditeurs fidèles s'en souviennent peut-être, avait déjà été reçu deux fois en mai puis en novembre 2011, on était alors aux débuts de la révolution qui venait de renverser le Président Hosni Moubarak, et il nous avait déjà parlé de son pays, l'Egypte. Il était alors un jeune docteur en géopolitique de l'Université Paris VIII, déjà passionné par les religions et leur impact sur les conflits du Moyen-Orient, et il avait commencé à compiler une large documentation sur les Frères Musulmans : ce travail est en quelque sorte couronné par son premier livre, et cet ouvrage est tellement dense qu'on le traitera en deux émissions. Dimanche 31 mai, nous parlerons de l'histoire de cette confrérie politico-religieuse, depuis le père fondateur, Hassan el Banna jusqu'à Anouar el Sadate, assassiné en 1981. Puis, dans la seconde partie de notre entretien qui sera diffusée le 14 juin, nous évoquerons tout ce qui s'est passé depuis Moubarak jusqu'à l'Egypte d'aujourd'hui, qui s'est enfin débarrassée, grâce à son nouveau Président le Maréchal El Sissi, de l'emprise des Frères Musulmans.

Parmi les questions que je poserai à Chérif Amir :

-        Est-ce que la "stratégie des étapes" définie par le père fondateur de la confrérie en 1928, ne marquait pas déjà une différence avec une autre stratégie, celle de déclencher tout de suite le djihad et qui semble avoir été envisagée par ses successeurs ?
-        Le deuxième père fondateur des Frères Musulmans est indiscutablement Sayyed Qotb, qui du point de vue de sa production littéraire - 24 livres, exégèse coranique en 30 volumes - a clairement inspiré le Djihadisme contemporain. Vous avez développé ses pensées à partir de trois notions : al-Jahili'ya ; al Hakemiah ; et Dhijad. Pouvez-vous les résumer en quelques minutes ? La littérature de Sayyed Qotb n'est-elle pas une sorte de "Mein Kampf" islamique, avec l'objectif de soumettre le monde entier au "Dar el Islam", la notion traditionnelle de coexistence avec le "Dar el Harb" n'existant plus ?
-        Que s'est-il passé au moment du coup d'Etat du 23 juillet de 1952 ? Les "Officiers libres" interdisent tous les partis, sauf les Frères Musulmans : d''ailleurs deux d'entre eux, Nasser et Sadate sont des Frères Musulmans. Pourtant tout va mal tourner rapidement pour la Confrérie, ils seront mis hors la loi, Sayyed Qotb lui-même sera emprisonné puis pendu en 1966, pourquoi ?
-        On découvez, par votre livre, que les premiers groupes djihadistes commettant des attentats et des actions armées étaient nés en fait plus de 20 ans avant Al-Qaïda, en Egypte sous Sadate dans les années 1970 : Hezb al Tahrir al Islami, qui tente un coup de force dès 1974 ; Gamaat al Jihad al islami, qui établit tout de suite une succursale chez les Palestiniens, c'est le mouvement du Jihad islamique ; enfin, Takfir al Hijra. Comment expliquer l'aveuglement de Sadate, qui va emprisonner des centaines de membres des Frères Musulmans quand ils vont lui reprocher la Paix avec Israël, mais qui va ménager les djihadistes, alors que c'est une fatwa du chef spirituel du Jihad islamique, Omar abdel Rahman, qui va justifier son assassinat le 6 octobre 1981 ?
-        Vous n'aimez pas le président égyptien assassiné, qui s'était mis à dos beaucoup de couches de la société et en particulier les Coptes qu'il avait persécutés. Mais surtout, vous avancez que Anouar el Sadate, héros de la paix avec Israël, se voyait en nouveau Calife : cela semble étonnant, car le simple fait de se rapprocher des Juifs rendait de toute façon impossible une telle démarche ?
-        La Confrérie des Frères Musulmans a soutenu la révolution islamiste en Iran en 1979, puis elle a fait profil bas, surtout avec la guerre Irak-Iran des années 80 où il ne fallait pas fâcher l'Arabie Saoudite qui se sentait menacée. Pourriez-vous résumer les points de convergence et de divergence entre les idéologies islamistes sunnites et chiites ? Et, au vu de ce qui se passe en ce moment, avec cette guerre à outrance en Syrie, en Irak, au Yémen, comment voyez-vous  les rapports entre les deux pour le proche avenir ?

Comme vous le voyez, un programme extrêmement dense pour cet entretien : et j'espère que vous serez nombreux au rendez-vous !

J.C

22 mai 2015

Les droits des femmes turques sont-ils en régression ?

Femmes manifestant à Ankara contre le gouvernement, juin 2013

L'égalité homme-femme est « contraire à la nature humaine », a déclaré le président turc, Recep Tayyip Erdogan, lundi 24 novembre. Cette phrase est-elle symptomatique d'un durcissement de la condition des femmes en Turquie depuis la prise de pouvoir de l'AKP, en 2002 ?
La sociologue turque Gaye Petek, contactée par LeMonde.fr, souligne qu'il y a douze ans, les choses étaient sensiblement différentes. « Peut-être pour faire plaisir à l'Europe au moment où Erdogan voulait vraiment l'intégrer », suppose-t-elle. 
Ces dernières années, la Turquie rétropédale sur les sujets de société. « Il y a un retour à la morale religieuse de la société et la question des femmes arrive en premier lieu », estime Mme Petek.
« Restriction de l'alcool, critiques de la liberté de s'habiller... Ce sont des petits pas, explique-t-elle. Erdogan semble être un homme qui a une stratégie de petits pas pour faire passer la pilule, pour que la Turquie devienne de plus en plus morale, religieuse, restrictive. »
  • Une volonté de durcir l'avortement
En Turquie, l'interruption volontaire de grossesse est autorisée depuis 1983 jusqu'à dix semaines de grossesse. Pourtant, Recep Tayyip Erdogan a comparé en 2012 l'avortement à un « meurtre » et a clairement exprimé sa volonté de le rendre illégal au-delà de la quatrième semaine de grossesse.
Le maire d'Ankara, Melih Gökçek, tenait des propos plus durs encore, en juin 2010, comme le rapporte sur son blog Etienne Copeaux, chercheur associé au Groupe de recherche et d'études sur la Méditerranée et le Moyen Orient (Gremmo) du CNRS :
« Le ministre de la santé a révélé que chaque année 100 000 avortements étaient opérés. Cela signifie que chaque année, on pratique 100 000 assassinats. Et pourquoi un enfant pâtirait-il de la faute de sa mère ? C'est la mère qui a fauté, qu'elle se donne la mort ! »
Selon le président Erdogan, l'avortement empêche la Turquie d'accroître sa population et de compter parmi les dix économies les plus puissantes du monde, malgré les exhortations régulièrement adressées aux femmes de « faire trois enfants »
N'était pas parvenu à interdire l'IVG, l'AKP a mis en place une nouvelle stratégie, visant à saper l'accès effectif des femmes aux services d'avortement. La société turque des gynécologues et obstétriciens affirme que l'IVG a récemment été retirée des services en ligne proposés par les hôpitaux. L'accès aux services d'avortement devient compliqué, a fortiori si celui-ci doit être discret.
Il s'agit d'un « mouvement de fond », analyse la journaliste indépendante Ariane Bonzon. Cette spécialiste de la Turquie relève également que la majorité des plannings familiaux ont été fermés ces dernières années, et que depuis 2011, le « ministère de la femme » a été rebaptisé « ministère de la famille et des affaires sociales ». 
Autre fait alarmant, la pilule du lendemain n'est plus distribuée sans ordonnance, ce qui rend son usage quasiment impossible dans les petites villes et villages sans cabinet médical, précise la journaliste. 
  • Une hausse des violences faites aux femmes
Avec 200 femmes assassinées en 2014, le plus souvent par leur conjoint, le statut des femmes en Turquie est en régression. Rien qu'au mois de juin, 17 femmes ou jeunes filles ont été tuées, et 56 autres ont été blessées, majoritairement par leur époux ou des membres de leur famille. Pour un sixième d'entre elles, les violences étaient liées à une demande de divorce, rapporte l'agence de presse turque Dogan.
Entre 2002 et 2009, 4 063 femmes ont été assassinées pour cause « d'honneur », précise le chercheur Etienne Copeaux, en se fondant sur des données diffusées par le ministère turc de la justice. Il s'agit d'une hausse de 1 400 %. Durant cette même période, 15 564 inculpations ont été dénombrées pour assassinat et violence faites aux femmes, mais seules 5 700 personnes ont été condamnées. 
  • Encore peu de femmes actives
Dans son discours du 24 novembre, le président Erdogan estimait que les hommes et les femmes ne pouvaient pas être considérés comme égaux, car ils étaient incapables d'occuper la même profession :
« Vous ne pouvez pas demander à une femme de faire tous les types de travaux qu'un homme fait, comme c'était le cas sous les régimes communistes. Vous ne pouvez pas leur demander de sortir et de creuser le sol, c'est contraire à leur nature délicate. » 
Dans les faits, environ 69 % des hommes ont un emploi rémunéré, contre 28 % des femmes, estime l'OCDE. En termes de niveau d'études, 36 % des hommes sont diplômés du deuxième cycle du secondaire ou équivalent contre 27 % de femmes.
  • Mixité et liberté vestimentaire épinglées
En novembre 2013, Recep Tayyip Erdogan, alors premier ministre, s'inquiétait de la mixité entre les jeunes : « Personne ne sait ce qui se passe dans les résidences étudiantes. Peut-être qu'il s'y passe des choses douteuses. »
Rapidement, il se justifiait : « Nous sommes garants des enfants que nous confient leurs parents. En tant que gouvernement conservateur et démocratique, nous devons intervenir, expliquait-il, clamant qu'il avait « donné des instructions au préfet. Une forme de contrôle sera mise en place, d'une manière ou d'une autre. »
Le Hürriyet Daily News avait alors tiré la sonnette d'alarme : « Beaucoup d'étudiants et leurs parents s'inquiètent maintenant de raids policiers, qui pourraient venir les déloger au nom de la moralité. » Si elle n'a pas constaté de phénomènes de raids, Gaye Petek juge qu'auparavant « il y avait un certain laxisme quand deux personnes de sexe opposé voulaient se loger ensemble. Maintenant, le contrôle est bien plus strict. »
En octobre 2013, la tenue vestimentaire des femmes turques était également incriminée. Après avoir porté un décolleté à la télévision, une présentatrice très populaire, Gözde Kansu, avait été licenciée de la chaîne. Le lendemain, un porte-parole de l'AKP précisait dans Hürriyet :  « L'animatrice d'un jeu hier portait une robe qui n'était pas acceptable. Nous ne nous mêlons pas de la vie des gens mais c'était trop. »
  • Une mobilisation civile inconstante
Les propos de Recep Tayyip Erdogan sur l'avortement ont fait beaucoup réagir en 2012, poussant les femmes à défiler massivement dans plusieurs villes de Turquie. En juillet 2014, une vague de mobilisation a animé les réseaux sociaux lorsque le vice-premier ministre Bulent Arinç a conseillé à la gent féminine de ne pas s'esclaffer en public pour « conserver sa décence à tout moment ». Les femmes turques s'étaient alors joyeusement prises en photo en diffusant de larges sourires sur Twitter.
La dernière déclaration du président Erdogan, lundi 24 novembre, ne semble pas déclencher de mobilisation massive. Selon la sociologue Gaye Petek, les jeunes filles turques sont moins conscientes de leurs droits que leurs aînées, car elles les considèrent comme des acquis. « Tout dépendra de la capacité de la jeunesse à se mobiliser, prédit-elle. Après toutes les avancées qu'ont connues les femmes dans ce pays, c'est dramatique d'être maintenant dans cette situation. »

Marine Messina
Le Monde, 27 novembre 2014