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30 juin 2014

Rudolf Swoboda, orientaliste de génie

Une toile sur la Toile
- juin 2014
Encore un grand peintre oublié hormis sauf bien sûr par quelques experts, Rudolf Swoboda (1859-1914) artiste autrichien.
On en trouvera une brève biographie sur ce lien, la version en anglais de Wikipedia étant un peu plus complète que celle en français. 

Cette toile est intitulée "Marchand de tapis au Caire", elle date de 1885. Admirez la finesse de tous les détails et la luminosité incroyable qui éclaire les personnages et les objets ... on s'y croirait !

J.C
 
 


29 juin 2014

Jean-Pierre Filiu : «Le danger d’un 11 Septembre européen est réel»



Interview

Jean-Pierre Filiu, de Sciences-Po, pointe la montée en puissance des intégristes de l’EIIL en Syrie.
Très bon connaisseur de la Syrie, Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris (1), est considéré comme un des meilleurs spécialistes d’Al-Qaeda.

Que signifie cette implication d’un jihadiste revenu de Syrie ?

Je crains que cela ne soit qu’un début. Depuis des mois, je mets en garde contre l’émergence d’un «jihadistan», aux confins de l’Irak et de la Syrie, sous l’égide d’Abou Bakr al-Baghdadi et de son Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Ce jihadistan est beaucoup plus dangereux que ne l’était l’Afghanistan taliban de 1996 à 2001, du fait de sa proximité avec l’Europe et de l’impossibilité de contrôler le flux des va-et-vient, notamment au travers de la Turquie. L’EILL ne combat plus le régime de Bachar al-Assad et peut donc se concentrer sur l’intégration des «volontaires» étrangers dans les groupes de combat. Ils servent souvent de chair à canon, mais ils sont aussi astreints à recruter des compatriotes et des amis via les réseaux sociaux, ce qui explique la progression exponentielle des départs vers la Syrie. Aujourd’hui, la radicalisation se fait moins par la fréquentation de sites jihadistes que par Facebook. Certains jihadistes sont aussi formés pour être opérationnels une fois de retour dans leur pays d’origine. D’où le risque croissant, dans un futur proche - on y est peut-être déjà -, d’autres attentats similaires en Europe.

Al-Badghadi est il le nouveau Ben Laden ?

Il veut en effet s’imposer comme le chef du jihad mondial et, donc, supplanter le successeur de Ben Laden, Ayman al-Zawahiri, à qui il a toujours refusé de prêter allégeance. Les groupes de combattants ou les cheikhs qui se rallient à lui sont de plus en plus nombreux au Moyen-Orient et au delà. Pour consolider son éviction d’Al-Zawahiri, Al-Baghdadi doit organiser un attentat majeur dans un pays occidental, ce dont Al-Qaeda a été incapable depuis une décennie. Barack Obama a affirmé la semaine dernière devant les cadets de West Point qu’un 11 Septembre n’est plus possible aux Etats-Unis. Il a probablement raison, d’autant que les jihadistes américains en Syrie ne sont qu’une poignée. En revanche, le danger d’un 11 Septembre européen est toujours plus réel. Al-Bagdhadi veut prendre en otages les musulmans européens, à la faveur d’un climat politique toujours plus dégradé, comme l’a montré lors des européennes la poussée d’un vote populiste et xénophobe. Il mise sur un engrenage de haine, voire des représailles de type raciste, pour accroître la radicalisation d’une partie des jeunes musulmans. L’Europe ne peut pas espérer être tranquille avec un volcan comme la Syrie à ses portes.

La clé du problème est-elle en Syrie ?

Sans aucun doute. Les programmes de prévention, comme ceux que vient de lancer la France, tout comme les mesures de contrôle vis-à-vis de ceux qui reviennent, ne sont que des palliatifs. Il faut prendre le mal à la racine, car le nombre des volontaires partant combattre en Syrie continue d’augmenter et le pire est à venir. L’inaction de la communauté internationale en Syrie a créé la situation actuelle où les intérêts stratégiques d’Al-Baghdadi - dont les jihadistes ne combattent que leurs anciens alliés révolutionnaires - et ceux de Bachar al-Assad - dont les sbires ne combattent plus les jihadistes - s’alimentent réciproquement. Le «boucher de Damas» se pose comme le rempart contre Al-Qaeda, avec le soutien des Russes et un écho croissant dans les opinions occidentales. Si, après avoir abandonné tacitement les Syriens luttant contre le régime, les Occidentaux les abandonnent ouvertement, le choc en retour sera terrible. Cela ne peut qu’alimenter la rhétorique de ces groupes et leur dénonciation de l’hypocrisie des Occidentaux. Combattre le jihadisme en envoyant des drones contre Al-Bagdhadi ne sera pas non plus efficace. Seule la coalition anti-Bachar lutte efficacement contre l’EIIL. Et seul un succès de la révolution syrienne peut nous prémunir face à ce danger qui monte.

(1) Dernier livre paru : «Je vous écris d’Alep», Denoël, 158 pp., 13,50 €.

Recueilli par Marc Semo

Libération, le 1er juin 2014

26 juin 2014

L’Irak et la vengeance de l’histoire : le retour du califat

Le califat abbasside de Bagdad, dans sa plus grande étendue

Près de trois ans après le départ des troupes américaines, l’Irak est plus que jamais menacé d’implosion. L’Etat islamique en Irak et au Levant a déjà, du moins symboliquement, effacé la ­frontière avec la Syrie. 

L’histoire ne se répète pas. Elle se venge dans l’ancienne Mésopotamie. L’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), un mouvement sunnite dérivé d’Al Qaida qui s’est emparé le 10 juin de Mossoul, une ville de 2 millions d’habitants au nord de l’Irak, puis d’une série de villes en se rapprochant de Bagdad, s’est fixé comme objectif de rétablir un califat, à cheval entre l’Irak et la Syrie, et d’instaurer la charia sur un territoire allant de la Méditerranée à la frontière iranienne.
Du moins dans un premier temps. Car, comme le fait remarquer Myriam Benraad, responsable du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord du think tank European Council on Foreign Relations( ECFR), un califat calqué sur celui des Omeyyades (661-750) a vocation à établir son contrôle politique sur l’ensemble du monde musulman. « Ce qui, en d’autres termes, signifie se débarrasser des chiites » (l’autre branche de l’islam majoritaire en Irak et rivale des sunnites).
La première conséquence de cette avancée foudroyante est – symboliquement du moins – d’effacer les frontières tracées par les puissances coloniales, française et britannique, après la Première Guerre mondiale. Deux puissances qui se partageaient les « dépouilles » de l’Empire ottoman en obtenant un mandat pour le Royaume-Uni sur l’Irak et la Palestine, et un autre pour la France sur la Syrie et le Liban.
L’EIIL, « daech » selon l’acronyme en arabe, est en fait né en 2006 en Irak, en pleine occupation américaine, en fédérant différents groupes djihadistes et des tribus sunnites. L’organisation s’est lancée ensuite en Syrie où elle se heurte actuellement à de fortes résistances, notamment de groupes sunnites rivaux comme le Front Al Nosra, mais aussi aux forces de Bachar Al Assad soutenues par le Hezbollah libanais.
A ce jour, l’EIIL, qui a ajouté à son nom initial « Levant » (pour Grande Syrie), regroupe quelques milliers de combattants (environ 6.000 en Irak et de 3.000 à 5.000 en Syrie, dont plusieurs milliers d’étrangers, notamment des Français). Il exerce son contrôle – ou du moins s’est implanté – sur des zones allant de Falloujah à Mossoul, en s’enfonçant jusqu’à Alep en Syrie. Et cette présence pourrait ne pas être qu’éphémère, en dépit de vraisemblables réactions de la population aux terribles exactions commises par le groupe dirigé depuis 2010 par le très discret Abu Bakr Al Bagdadi. Pour Myriam Benraad, leur présence n’a d’ailleurs pas commencé cette année mais remonte à 2006, dans la province sunnite d’Al Anbar. Certes, l’Etat islamique est considéré comme un mouvement terroriste par Bagdad, Washington et presque toutes les capitales du globe. Mais il parvient à monopoliser la contrebande pétrolière et à prélever des impôts sur les populations locales. Il a aussi largement bénéficié de la réaction des populations sunnites, excédées par la politique d’exclusion menée à leur égard par le gouvernement du Premier ministre chiite Nouri Al Maliki.
Près de trois ans après le retrait des dernières troupes américaines d’Irak, il s’agit là d’une autre vengeance de l’histoire. Contre les ambitions américaines, celles-là. Après la chute en 2003 de Saddam Hussein qui s’appuyait sur la minorité sunnite dont il était issu, les autorités d’occupation américaines ont misé sur les chiites, majoritaires, et les Kurdes au nord, avec comme idée que ces deux communautés avaient été victimes de la minorité sunnite et du régime dictatorial. Ces deux communautés, selon Myriam Benraad, devaient être les garants de la démocratie aux yeux des Américains. En lançant ses troupes à l’assaut de l’Irak, sous le faux prétexte de la présence d’armes de destruction massive, George W. Bush proclamait vouloir y établir une démocratie exemplaire pour le reste du Moyen-Orient. Dans leur aveuglement, les Américains ont lancé une politique de « débaasification » pour chasser de l’administration les membres du parti Baas de Saddam Hussein. Cette erreur, qui a plongé le pays dans le chaos, n’a pas été la seule. L’administrateur américain Paul Bremer a par ailleurs dissous en mai 2003 l’armée, dont on retrouve des soldats dans les rangs de l’EIIL. La formation d’une nouvelle armée irakienne a été un autre échec. Elle est aujourd’hui incapable de maintenir ses positions devant l’avancée des combattants islamistes, abandonnant des armements dans sa fuite, comme à Mossoul.
Aujourd’hui, l’Irak est plus que jamais menacé d’implosion. Au nord, les Kurdes (environ 7 millions sur 36 millions d’Irakiens) ont poursuivi leur marche vers plus d’autonomie. A peine Mossoul tombé, les peshmergas, les milices kurdes, se sont emparés de Kirkouk sans coup férir, marquant leur territoire dans cette ville que se disputent la Région autonome kurde et Bagdad.
Et l’histoire n’est pas terminée. Comme ce fut le cas sous l’occupation américaine, l’Irak est menacé aujourd’hui d’une guerre civile. Le grand ayatollah chiite Ali Sistani a appelé les Irakiens à prendre les armes pour résister à l’offensive des milices sunnites. L’ultime vengeance de l’histoire est de faire de l’Iran chiite un allié désormais objectif des Etats-Unis face à la montée des périls sunnites. Certes, il ne peut – encore – s’agir que d’un rapprochement de façade. Mais les Etats-Unis ont déjà, grâce à George W. Bush et à sa guerre en Irak, supprimé le pire ennemi de l’Iran – Saddam Hussein. L’offensive de l’Etat islamique marque en tout cas la fin d’une forme de nationalisme arabe et le grand retour de la Fitna, la guerre au sein de l’islam… 

Jacques Hubert-Rodier
Editorialiste de politique internationale aux « Echos »
18 juin 2014

25 juin 2014

Galerie d'invités (suite)



D'autres urgences, et donc un retard que je vous prie d'excuser ... je m'étais promis de remettre régulièrement à jour - à peu près à chaque 15 du mois -, la galerie d'invités que vous pouvez parcourir en visionnant les petites icones, en bas de la colonne de gauche sur ce blog.
Retard rattrapé, donc. Hasard des patronymes, les invités dont les noms commencent par la lettre K étaient vraiment trop nombreux, on complètera donc leur liste la prochaine fois !

Voici donc les portraits de : Latifa Ibn Ziaten, Stéphane Juffa, Rachid Kaci, Mohamed Kamli, Bernard Kanovitch, Randa Kassis, Habib Kazdaghli, Serge Klarsfeld et Khalis. 

Avec aussi, bien entendu, le lien sur l'émission associée en cliquant sur chaque image, à condition bien sûr que cette émission ait été présentée sur le blog, donc ait été diffusée à partir de 2005.

Bon surf !

J.C