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30 janvier 2014

Nadia Wahdan, peintre égyptienne



Une toile sur la Toile
- janvier 2014

Encore une femme peintre du monde arabe, une Égyptienne cette fois-ci ...

Elle s'appelle Nadia Wahdan, et son travail que j'ai découvert sur le Web m'a réellement plu.
D'abord en raison du peu que je connais de sa personnalité : musulmane pieuse, elle porte le "Hijab" comme vous le verrez en tapant son nom sur Google. Cela ne l'empêche pas d'évoquer une Égypte plurielle, et où certaines femmes - certes beaucoup moins nombreuses qu'avant - ne portent pas le voile.

Ainsi ce tableau, très "kitch" : on croirait une scène d'un film avec Farid el Attrache, avec deux amoureux habillés à l'Européenne. Ceci étant, elle peint aussi des femmes voilées, jeunes, moins jeunes ... pour avoir une idée de son travail, visitez sa "galerie virtuelle" sur ce lien

Bonne visite !

J.C


27 janvier 2014

La galaxie Alain Soral : de l'extrême droite néo-traditionaliste catholique aux néo-Frères musulmans

Alain Soral

Le relatif succès d'Alain Soral sur l'Internet est l'un des symptômes d'une crise des idéologies contemporaines, laquelle se traduit par des alliances et des contre-alliances objectives et/ou subjectives inattendues.


Elles se nouent entre différentes factions idéologiques, que tout a priori sépare. Il règne un tel confusionnisme moral et intellectuel, sur fond d'une mondialisation qui suscite un doute protéiforme, que les thèses les moins rationnelles trouvent preneurs. C'est précisément Alain Soral, lui-même passé de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, qui constitue le pôle fixateur de ces thèses, de même que de cet amalgame improbable.


La presse s'épanche beaucoup ces derniers temps sur le geste dit de "la quenelle" et ses significations subversives, tantôt antisémites tantôt trivialement vulgaires, popularisées par Dieudonné, Alain Soral et leurs acolytes. Mais bien peu de cas est fait des transactions collusives entre la galaxie Soral et certains membres de mouvements catholiques néo-traditionnalistes ou intégristes et des membres de l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), à l'instar de Camel Bechikh, président de l'association Fils de France, Albert Ali ou l'imam recteur de Bordeaux, Tareq Oubrou, qui est leur mentor théologique. 


Le dispositif d'Alain Soral est élaboré en matière de communication publique. Il s'inscrit dans ce qu'il est convenu d'appeler en sociologie le média-activisme. Il s'efforce habilement d'associer les contraires, de capitaliser sur les récriminations des uns et des autres, en lénifiant pour ce faire les antagonismes réels, aux fins d'apparaître, en dernier lieu, comme le "Réconciliateur" des Français de toutes origines : ethniques, religieuses et sociales. Il sait ainsi user des fragilités identitaires d'une partie de ses concitoyens, notamment musulmans, et de la force de conviction de ses amis de confession musulmane (C. Bechikh et Albert Ali) pour créer de l’adhésion autour d'un discours à la fois inclusiviste et exclusiviste. Comment procède-t-il ? Il use précisément de registres discursifs composites qui intègrent des éléments de langage profane et scientifique, ainsi qu'une dimension eschatologique et sotériologique opportunément œcuménique, où domine une vision déterministe et manichéenne de l'Histoire, avec, d'un côté, les gentils, et, de l'autre, les méchants.


Par ailleurs, il y ajoute de façon systématique une touche antisémite. Pour ravir la clientèle traditionnelle (habituellement âgée entre 18 et 35 ans) du prédicateur suisse Tariq Ramadan, le président d'Égalité et Réconciliation rappelle à dessein les liens idéologiques et structurels objectifs de ce dernier avec la monarchie autoritaire du Qatar, qu'il interprète cependant à sa façon, en le présentant à cet égard comme "un agent de l'Empire" (sic), faisant "partie du système de domination" (sic), un "membre de l'oligarchie mondialiste", "le musulman au service de l'hyperclasse nomade", etc. Cependant, sur le plan sociétal et de la dénonciation du sionisme, les deux se rejoignent largement, ce qui explique que les publics peuvent être à maints égards interchangeables. Les références doctrinales de C. Bechikh et d'A. Ali sont les mêmes que celles du prédicateur suisse : Hassan al-Banna, Yûsuf al-Qaradhâwî, etc. 


Alain Soral, Camel Bechikh et Albert Ali (disciples pourtant initialement formés par la littérature de T. Ramadan qu'ils ne remettent toutefois jamais en cause) manifestent volontiers leur proximité et sympathie réciproques qui relèvent de la communauté élective et affinitaire. Le premier relaye d'ailleurs fréquemment les interventions des seconds, qu'il loue pour leur "patriotisme" (sic). Qu'est-ce qui peut donc bien lier des individus aux parcours et aux ancrages idéologiques différents, alors même qu'Alain Soral revendique les racines chrétiennes de la France, fait la promotion d'un nationalisme ethniciste, estimant par ailleurs que seul le Front national se distinguerait des partis traditionnels dans son rapport spécifique à l'identité française ?


A cette question plusieurs éléments de réponse qui sont autant d'hypothèses explicatives. Il faut bien comprendre que chacun des groupes d'acteurs poursuit des fins et des moyens qui peuvent quelquefois diverger. Elles convergent néanmoins sur l'essentiel. Pour Alain Soral, revendiquer les racines chrétiennes de notre pays, insister sur l'identité et la souveraineté de la France, dénoncer "l'immigrationisme" (sic) et "le droit-de-l'hommisme" (sic), c'est, de façon stratégique, faire pièce à ce qu'il appelle "le mondialisme", qui aurait intérêt à supprimer les frontières des nations et à faire le jeu du "gouvernement mondial" qui cultiverait le dessein inavoué d'installer sa capitale à Jérusalem (sic). Derrière "mondialisme" et "gouvernement mondial" se cacherait, tel un grand marionnettiste, "une communauté organisée", c'est-à-dire juive et sioniste cosmopolite qui soumettrait les États-nations européens, en particulier la France, de race blanche et de tradition catholique pluriséculaire.


La révolution française de 1789 serait l'œuvre d'une franc-maçonnerie vouant une haine viscérale à l'encontre de la fille aînée de l'Église. Les références d'Alain Soral au prédicateur musulman d'origine indienne, Imran Hosein (1942), auteur de Jérusalem dans le Coran, qui allie eschatologie et histoire, remplit une double fonction : d'une part, elle permet d'attirer à soi un lectorat musulman ou récemment ré islamisé, qui devient alors une clientèle potentielle des réseaux d'Égalité et Réconciliation, et, d'autre part, elle légitime et potentialise théologiquement et politiquement un anti-judaïsme et un anti-sionisme radical. Dans l'ensemble de ce dispositif, le juif fait effectivement souvent office de figure repoussoir et de "causalité diabolique".


Haoues Seniguer,

Le Huffington Post, 22 décembre 2012



Haoues Seniguer est chercheur au Groupe de Recherches et d'Études sur la Méditerranée et le Moyen Orient (GREMMO) et enseignant à l'IEP de Lyon. Il est diplômé d'un 3ème cycle en Histoire de la philosophie et langages et titulaire d'un doctorat de science politique. Il est spécialiste de la question des rapports entre religion et politique, du monde arabe et musulman. Il travaille à la déconstruction des préjugés racialistes et des idéologies exclusivistes, en oeuvrant au dialogue critique des religions et des cultures.


26 janvier 2014

Ravalement (suite)



Le blog a, comme vous l'avez constaté au fil des ans, subi plusieurs "rafraichissements" en matière de présentation. Il a va ainsi des supports virtuels ... comme des immeubles ... voir l'illustration !

Ces modifications concernent l'affichage, les liens, etc. Mais il me faut, maintenant, me replonger dans les archives. En effet, la plupart des visiteurs arrivent suite à une recherche sur le Web et donc atterrissent sur une publication ancienne - hélas, souvent les mêmes, il suffit de consulter le "Top 10" en colonne de gauche. Cependant, une fois réalisé que ce blog était associé à une émission, il est logique aussi de penser que beaucoup se penchent sur des "numéros" anciens, avec les textes de présentation.

Faisant moi-même l'exercice, j'ai réalisé que les modifications successives de présentation avaient impacté la lisibilité des textes. Dit autrement, il m'est impossible d'avoir une fonte/taille de caractères homogène pour l'ensemble ; mais, pire encore, certaines publications rebutaient franchement la lecture avec une taille de lettres trop petites !

Je me suis donc attaché à corriger cela, en priorité donc pour les articles présentant mes émissions depuis 2005 (voir les liens permanents en colonne de droite), ce qui est quand même la partie primordiale du blog ; et j'en ai profité, à l'occasion, pour tout relire, corrigeant ici une faute de frappe, là une faute d'orthographe, bref rendant au moins aussi parfaits que possible plus de 230 articles sur ... près d'environ 1.900 !

C'est donc une tache immense, qui ne se fera pas rapidement et qui ne sera certainement pas achevée à la fin 2014 ; mais je continuerai petit à petit, par respect pour vous, amis lecteurs !

J.C

23 janvier 2014

Lettre ouverte à la Directrice générale de l'UNESCO, par Boualem Sansal



Alger, 17 janvier 2014 

Madame la Directrice générale,

Je vous adresse cette lettre pour vous dire ma surprise et ma gêne suite à votre décision d’annuler l’exposition intitulée « les 3500 ans de relations entre le peuple juif et la Terre Sainte», à la préparation de laquelle votre honorable institution a activement participé et a accepté d’héberger dans ses locaux en son siège à Paris, et cela m’avait renforcé dans ma décision et ma fierté de faire partie du Comité d’honneur de cette exposition aux côté d’aussi éminentes personnalités que M. Elie Wiesel, Mme Esther Coopersmith, Père Patrick Desbois, Lord Carey de Clifton, M. Irvin Cotler.

Il semble, à ce que je sais, que votre décision a été prise à la demande du Groupe arabe auprès de l’UNESCO qui a considéré qu’une telle exposition ferait du tort aux négociations de paix et aux efforts déployés par le Secrétaire d’État américain John Kerry et nuirait à la neutralité de l’UNESCO.

J’ai personnellement du mal à croire qu’annuler une exposition culturelle au siège mondial de la Culture et de la Science sert la paix et favorise les négociations de paix en cours. C’est pour le moins préjuger du contenu de cette exposition et c’est sûrement introduire une difficulté de plus dans ces négociations. Cette annulation peut être perçue comme un boycott et donc à une prise de position politique. En Tant qu’écrivain, j’ai la faiblesse de croire que c’est la libre expression qui sert la paix, c’est la confrontation des idées, c’est le dialogue avec l’Autre, et en tant qu’algérien, je sais combien l’absence de démocratie dans nos pays arabes empêche la paix et nourrit la violence. Éteindre le feu dans sa maison est, me semble-t-il, plus urgent que d’aller combattre des expositions culturelles à l’autre bout du monde.
C’est avoir une vision étriquée de la neutralité d’une institution que de demander à celle-ci de ne rien faire avec l’Autre. La neutralité ne veut rien dire, une institution comme l’UNESCO n’a pas à être neutre, elle doit tout donner à voir, les expositions des uns et des autres, les croyances et les cultures des uns et des autres. C’est par là qu’un dialogue tenant compte des réalités des uns et des autres peut s’établir et être profitable.

Le Groupe arabe peut aujourd’hui fêter sa victoire, il a fait annuler une exposition au motif que c’est l’exposition de l’Autre et il donne ainsi à entendre que l’UNESCO, enfin objective et neutre, est acquise à sa cause. On aimerait maintenant l’entendre sur les dénis démocratiques qui se passent dans leurs propres pays et qui, ces trois dernières années seulement, ont fait quelques centaines de milliers de morts.

Je suis désolé, Madame la Directrice générale, de voir votre nom associé à une affaire qui finalement cause du tort à tout le monde.

Je vous prie de croire en l’assurance de ma haute considération.

Boualem Sansal

Publié sur le site du CRIF, 21 janvier 2014

Nota :

Suite à la mobilisation contre cette lamentable décision et aux interventions d'associations et de personnalités de plusieurs pays, la Directrice Générale de l'UNESCO a finalement décidé de "reporter" l'exposition au mois de juin.