Notre radio

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28 février 2013

Le « Keffieh Juif », entre mode et politique


Trois créateurs parisiens ont lancé l’i-kef, accessoire de mode empruntant au keffieh arabe autant qu’à la symbolique juive.

Un matin en semaine, on retrouve Dorothée et ses associés au café Prune, à deux pas du Canal St-Martin. La jeune femme tient, soigneusement empaquetés dans un sac, quelques modèles des ses i-kefs, accessoires de mode empruntant aux traditions et sentant bon le métissage culturel. Autour de nous, les regards sont incrédules. L’accessoire de mode éveille les curiosités jusqu’ici ramollies par les douces ondes de Nova en fond sonore. Sitôt le rectangle de tissu passé autour de mon cou, quelque chose se passe…

L’ i-kef, c’est quoi ? En trois mots, « un keffieh juif » nous répondent ses créateurs. Et de poursuivre, « il arrive parfois que la réponse heurte l’auditeur »… Cela peut se comprendre. Foulard bimillénaire porté par les paysans des Proche et Moyen-Orient, la fonction première du keffieh, très loin de la portée symbolique qu’il a ensuite pu revêtir, était de protéger les visages de l’action conjuguée du soleil et du sable. Rapidement, le port du keffieh va se généraliser jusqu’aux citadins qui porteront sobrement le rectangle de tissu bicolore. Mais la trajectoire du cousin du chèche (beaucoup plus long et provenant d’Afrique du Nord) ne s’arrête pas en si bon chemin. Indissociable du combat émancipateur palestinien, le keffieh surgira dans l’imaginaire collectif sous l’impulsion du leader historique de l’OLP, Yasser Arafat. Comme d’autres portent le chapeau melon, l’écharpe rouge ou bien la chemise blanche, Arafat ne quittait jamais son bout de tissu bien à lui ; le keffieh va alors prendre une dimension hautement politique.

Peu a peu commercialisé en Europe, le keffieh devient dans les années 80 et 90 un marqueur de « rebellitude ». A l’extrême gauche et dans les milieux anarchistes, il fleurit à toutes les manifestations jusqu’à tristement coïncider avec l‘irruption de la seconde Intifada. Malaise. Les tenants de l’i-kef enchainent. Ils nous expliquent qu’« ils en avait marre de la récupération politique systématiquement belliqueuse du keffieh ». Dès lors, consécutivement à la tentative de réinterprétation du keffieh par le créateur Nicolas Ghesquière pour Balenciaga, courant 2011, les trois amis vont chercher une manière de donner au bout de tissu une autre signification « porteuse d’un message de paix que l’on n’entend pas forcement en France »

C’est l’entrechoc des symboles qui sera choisi. Dessiné par l’artiste urbain Jonathan Elhaïk, L’i-kef emprunte, en effet, beaucoup des codes du keffieh (la taille et le motif), en y apportant quelques touches originales, par jeu. Des étoiles de David parsèment ainsi le motif et le mot Shalom (à la fois « bonjour » et « paix », en hébreu) y figure en bonne place. Le fond et la forme correspondent : brassage des cultures, mélanges des traditions. La cible, elle, est toute trouvée : les nomades urbains.

En plus d’un i-kef rouge et d’un modèle noir, il existe un keffieh bleu ciel et blanc rappelant les couleurs du drapeau d’Israël. Sur un des cotés du rectangle de tissu, on peut lire la fameuse phrase prononcée par Theodore Herzl « Im Tirtzou ein zo Agada » (« Si vous le désirez, ce ne sera pas un rêve »). Une phrase symbolique qui résume à elle seule l’esprit du projet sioniste en même temps que l’audace des trois créateurs de l’i-kef. Une phrase que l’on retrouve également dans le film The Big Lebowski des frères Coen, référence chérie par les trois concepteurs du keffieh juif.

En attendant de se trouver un ambassadeur, la marque base le gros de sa communication sur deux modèles, Keren et Yassine, histoire de souligner la nécessité du dialogue entre les peuples. Une stratégie qui s’avère payante. Récemment, une vente organisée dans le Marais par le biais d’un pop-up store a permis de consolider la popularité du projet : « Peu de méfiance et beaucoup de curiosité » résument nos entrepreneurs. « Des gens sont mêmes venus troquer leurs keffiehs contre des i-kef ! »

Laurent-David Samama

Lesinrocks.com, 23 octobre 2012

27 février 2013

Le blog fête ses huit ans !


Formule devenue classique pour mes fidèles lecteurs : "Et voilà, ...". Et voilà venu le moment de fêter un nouvel anniversaire du blog.

Contrairement aux six ans et aux sept ans qui m'avaient inspiré un titre amusant, pas de trouvaille cette année : huit ans, c'est déjà impressionnant pour un blog dont la majorité des homologues n'a pas cette "durabilité".

L'énergie dépensée à le maintenir vivant ne fait pas l'objet, avouons-le, de longs débats intérieurs ; je me dis simplement que ce modeste journal en ligne a son utilité, d'autant plus que le "discours dominant" dans la blogosphère juive francophone n'a pas changé. Je peux donc reprendre sans y changer une virgule ce que j'écrivais il y a juste un an à propos de ma volonté de m'en démarquer " non par coquetterie, non par esprit de contradiction, mais parce que ce discours traduit - et je ne suis pas le seul à le penser - un appauvrissement inquiétant de la réflexion et de la culture de son lectorat."

Cette marée montante intolérante, simpliste et extrémiste - qui ne traduit pas l'état d'esprit dominant ni dans l'électorat israélien, ni dans les grandes institutions de notre communauté -, a peu à peu occupé les leviers de commande de la "pensée internet", permettant d'inonder tout un chacun de messages dans lesquels je ne me reconnais pas. Voici ce que je disais en ouverture de ma petite conférence au "Limoud", dont je vous parlais la semaine dernière :
"Pour entendre ce qui se dit dans la communauté juive aujourd'hui - et je pense aux propos échangés dans des lieux communautaires, des synagogues, et même dans ma propre famille proche ; pour lire ce que l'on trouve dans l'écrasante majorité des sites et blogs juifs francophones ; mais aussi pour voir ce qu'écrivent des amis sur FaceBook, par exemple, pour lire aussi ce que je trouve comme messages circulaires dans ma boite mail chaque matin, et bien la cause est entendue : les Musulmans de notre pays sont un danger, à la fois pour les Juifs et pour la France ; ils sont de plus en plus nombreux (...) je suis frappé par le fait que le concept "d'islamisation de la France" qui est devenu un classique de l'extrême-droite, tourne en boucle dans notre communauté, et pratiquement sans réactions. Toujours dans ce discours là, et bien la majorité des Musulmans de France serait, sournoisement et par son silence, supporter des Djihadistes qui ont déclaré la guerre à la fois à l'Occident et à Israël."

Pour moi est donc arrivé le moment de m'inscrire, plus nettement encore, contre ce nivellement par le bas. Bousculer les a priori, cela peut être simplement le fait de publier des informations qui dérangent, parce qu'elles "déconstruisent" les stéréotypes. Les stéréotypes d'une "bien pensance de gauche" qui hait Israël - et bien sûr je ne m'y reconnais pas ; mais aussi d'une nouvelle "bien pensance de droite" qui fait de l'islam la cause unique des problèmes de notre société. D'où les articles publiés sous le libellé "à contre courant", et qui sont et qui seront de plus en plus nombreux, et vous encourageront d'abord à réfléchir. Réfléchir, comme je l'espère vous y encouragent aussi, mes invités à la radio aussi divers par leurs origines, par leurs parcours ou par leurs sensibilités ; réfléchir, comme vous y invitent aussi les éditorialistes amis de Judaïques FM, eux aussi d'opinions différentes mais dans le fond complémentaires, dans une des seules stations pluralistes de la Communauté. Ceci étant dit, bien sûr, sans être autiste vis à vis des questions de fond que nous pouvons nous poser vis à vis de l'islam de France : le refus de presque tous ses intellectuels de reconnaitre qu'il existe aujourd'hui un antisémitisme musulman virulent - colporté par la plupart des médias du monde arabe et distillé par des prêcheurs de haine sous couvert de textes religieux détournés -, est devenu également insupportable ; et peut-être n'ai-je pas été assez incisif avec certains invités pour les forcer à se positionner là-dessus.

Je poursuivrai donc ici et à la radio - mais franchement, était-il nécessaire de le rappeler de façon rituelle ? - dans une vigilance soutenue face à l'antisémitisme nouveau ; et avec une solidarité non négociable vis à vis du droit à la vie et à la sécurité de l'état d'Israël, qui risque de naviguer dans une passe très dangereuse dans les prochains mois.

Merci d'avoir lu cet édito un petit peu long ; merci à toutes et tous pour votre fidélité ; et rendez-vous pour les neuf ans du blog !

Jean  Corcos


25 février 2013

Un ex-diplomate iranien sur une chaine de télévision : "S'il a la bombe, l'Iran l'utilisera contre Israël"

La traduction originale
- février 2013


Un diplomate iranien qui a fait défection en Norvège en 2010 a mis en garde Israël vendredi  :  si les Iraniens acquièrent la bombe, ils s'en serviront contre l’État juif.
 
Dans une interview avec la chaîne israélienne Channel 2 TV, Mohammad Reza Heydari, l'ancien consul d'Iran à Oslo, qui a démissionné et a obtenu l'asile politique, il ya trois ans, a déclaré que "Si l'Iran a encore du temps, il va acquérir les connaissances nécessaires pour construire une bombe nucléaire dans l'année ». Interrogé pour savoir si il utiliserait la bombe contre Israël, il a dit:« Si l'Iran arrive au point où il a une bombe atomique, il  l'utilisera certainement contre Israël ou tout autre pays ennemi ».
Heydari - qui a fait défection peu de temps après qu'on lui ait demandé d'identifier son fils dans les photos prises au cours des manifestations qui ont suivi l'élection de 2009, dans laquelle le président Mahmoud Ahmadinejad a été réélu - dit que le régime de Téhéran vise à développer deux ou trois bombes. Il verrait les armes nucléaires comme une «assurance» pour garantir sa survie.
Les dirigeants du régime "croient que quand ils auront une bombe nucléaire, les autres commenceront à se comporter à leur égard comme ils le font vers la Corée du Nord", a déclaré M. Heydari. "C'est un fait acquis que, la façon de penser dominante là-bas est de protéger leur propre sécurité, et celle de personne d'autre", a-t-il ajouté.

"Ils ont fait une affaire personnelle de se préparer idéologiquement à l'arrivée de "l'imam caché", et il préparent le terrain de façon pratique pour cela ; dans ce but, ils sont prêts à verser beaucoup de sang et à détruire de nombreux pays".

Heydari, qui était auparavant en poste à "Téhéran Imam Khomeini International Airport" en tant que représentant du ministère iranien des Affaires étrangères, a déclaré que, pendant qu'il y travaillait, il a remarqué que les groupes du Hezbollah venaient en Iran acquérir une formation et  la ramener au Liban, sous les auspices de les Gardiens de la Révolution. Il a dit que le Hezbollah a eu des contacts avec des groupes terroristes en Irak et en Afghanistan, ainsi que les Talibans et Al-Qaïda, avec lequel il avait des liens étroits.
Heydari, qui a ensuite servi en tant que diplomate iranien en Géorgie, en Allemagne et enfin en Norvège, a dit qu'il savait que des avions civils arrivaient d'Amérique du Sud, sans passagers mais avec des armes et du matériel pour le programme nucléaire. Il a parlé au cours de l'entretien de l'uranium acheté par le  Venezuela  et transporté vers l'Iran.
"Le Venezuela pourrait acheter de l'uranium à partir d'un autre pays, et après cela, il l'envoie en Iran par des vols civils", a déclaré M. Heydari. Il a suggéré que l'uranium ait été acheté à "la Mafia."
Il a également dit qu'il avait été contacté lorsqu'il servait comme diplomate, pour tenter de recruter des scientifiques occidentaux, en leur promettant de gros salaires, et qu'il avait personnellement organisé la venue en Iran de dizaines de personnels nord-coréens du nucléaire.  Il a dit que l'Iran a utilisé le courrier diplomatique pour importer des documents relatifs à son programme nucléaire.
 
"Si les Etats-Unis et les pays occidentaux pensent que l'Iran appartient à l'Axe du Mal, comme Georges W. Bush l'avait dit, et qu'il aide les terroristes internationaux, ils doivent renverser ce régime", a déclaré M. Heydari. Il a dit que, avec de suffisamment fortes sanctions, comme la fermeture de toutes les ambassades iraniennes à l'étranger et l'interdiction de quitter le pays pour les ministres iraniens, sous la menace de leurs arrestations, il serait possible d'aider le peuple." Pour obtenir des résultats, a-t-il dit, l'Iran doit être traité "comme le régime d'apartheid en Afrique du Sud."
 
Heydari a décrit son ascension dans les rangs du Ministère des Affaires étrangères, en disant qu'il était considéré comme fidèle au régime parce qu'il avait participé à la guerre Iran-Irak, et qu'il y avait été blessé. Il a dit que bien qu'il n'était pas lui-même un homme religieux, lui et les autres employés du gouvernement avait été chargés de "faire respecter les principes religieux", de  "prier plusieurs fois par jour, de jeûner quand c'était obligatoire, de se faire pousser sa barbe, et d'être "habillés comme des hommes du Hezbollah."
Il a dit qu'il a progressivement commencé à se rendre compte qu'il n'était pas "seul" - que de nombreux autres employés ministère des Affaires étrangères faisaient semblant d'être religieux et idéologiquement fidèles au régime.
Il a été affecté comme consul en Norvège en 2008. En 2010, il a démissionné et il est resté à Oslo, puisque, dans un endroit strictement surveillé par les autorités norvégiennes.
Au cours de l'entrevue, M. Heydari a affirmé que cinq autres diplomates iraniens - à Bruxelles, Londres, Genève, Milan et Paris - avait fait défection récemment.
 
L'interview a été négocié par une femme juive iranienne qui a immigré en Israël il y a 13 ans, et l'a organisé avec les autorités de sécurité de la Norvège. Elle a eu lieu dans un hôtel d'Oslo ; Heydari avait insisté pour un lieu public. Heydari a reconnu que ses proches restés en Iran lui ont demandé de ne pas s'exprimer publiquement, mais il a dit qu'il se sentait l'impératif de parler, et il n'a eu aucun problème à ce que l'entretien soit visionné en Israël.

TIMES OF ISRAEL 
 25 janvier 2013


Traduction : Jean Corcos

24 février 2013

Dinet, ou l'Orient enchanté ...

"Jeux de fillettes, l'Alilou", toile d'Etienne Dinet (1904)

Une toile sur la Toile
- février 2013 
C'est la deuxième fois que je publie sur ce blog une reproduction d'une toile d'Etienne Dinet.

Cet artiste eut une destinée assez fabuleuse : tout à fait au diapason de la grande passion orientaliste qui accompagna l'aventure coloniale - et dont nous avons parlé, il y a quelques semaines, avec mon invité Pierre Vermeren à propos de son livre sur l'historiographie du Maghreb (voir ici) - il poussa très loin sa passion des populations et paysages de l'Algérie : amoureux du pays, il se convertit à l'Islam et devint ... Nasreddine Dinet ! Mort à Paris, il fut enterré à Bou Saâda ; et plusieurs musées algériens renferment une partie de son œuvre.

Pour en savoir plus sur sa vie, lire cet article ; et à propos de cette peinture, si charmante et colorée, on lira sur ce lien la présentation du catalogue correspondant à sa vente aux enchères !

J.C

22 février 2013

Polio : le Pakistan victime du poison taliban

Militants talibans dans les zones tribales du Pakistan

Neuf vaccinateurs ont été tués par des insurgés à Karachi et dans le nord-ouest du pays, régions où cette maladie virale demeure endémique.

Ils surgissent sur des motos, tirent, tuent et disparaissent. Leurs cibles, ce ne sont pas cette fois des officiers de police ou de l’armée, mais des personnes engagées dans la campagne de vaccination contre la poliomyélite. En une semaine, neuf d’entre elles ont été assassinées à Karachi ou dans les régions tribales pachtounes du nord-ouest du Pakistan, forçant les autorités à suspendre temporairement leurs activités.

Intrigue. C’est la première fois depuis l’émergence des talibans sur la scène pakistanaise que des attaques coordonnées visent une campagne antipoliomyélitique. Or, cette maladie virale, qui peut entraîner la paralysie, voire la mort, demeure endémique dans ces régions. Une preuve de la radicalisation constante des insurgés talibans, soutenus par la frange la plus extrémiste du clergé pakistanais, qui voit dans les vaccinations une intrigue de l’Occident.
Cette campagne ciblait notamment le million d’enfants n’ayant pas été vaccinés lors de la vaste opération menée au début de l’automne, qui avait permis d’immuniser 32 millions de personnes à travers le Pakistan. Or ce million manquant est concentré dans le nord-ouest du pays et à Karachi.
L’assassinat des neuf vaccinateurs, dont plusieurs adolescents bénévoles, a finalement provoqué une réaction des courants les moins rétrogrades du clergé, dont le Conseil des oulémas pakistanais - regroupant, selon ses affirmations, 24 000 mosquées -, qui a dénoncé ces tueries. «Aucune coutume, et pas davantage l’islam, ne permet ou ne légitime cela. Loin de commettre quelque chose d’illicite, ces filles étaient au service de l’humanité et de l’islam», a ainsi déclaré Tahir Ashrafi, qui est à la tête de cette organisation.

Espions. Même si les talibans ont démenti être derrière ces neuf crimes, leurs commandants (dont le terrible Hafez Gul Bahadur), ont constamment dénoncé les campagnes de vaccination comme faisant partie d’un complot de l’Occident destiné à rendre stériles ou à diminuer la virilité des musulmans, et les vaccinateurs comme étant des espions.
Autre accusation qui fait mouche dans les régions tribales, largement illettrées : les vaccins sont suspectés de contenir du «gras de porc». Des commandants rejettent aussi la vaccination pour protester contre les tirs réguliers de drones américains dans les zones tribales. «Certains éléments que l’on appelle talibans, mais c’est un terme très générique, se sentent menacés par la présence de gens qui circulent dans leur quartier pour vacciner les enfants», a indiqué le Dr Guido Sabatinelli, chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Pakistan.
Ce qui frappe aussi, c’est que la source de l’infection vient de la province du Khyber Pakhtunkhwa (l’ex-Province de la frontière du nord-ouest) et des zones tribales pachtounes, largement contrôlées par les talibans et difficilement accessibles aux autorités sanitaires. Viennent ensuite les quartiers pauvres de Karachi, où 90% des cas sont recensés parmi des familles de cette ethnie, notamment celles qui ont fui l’insécurité des régions frontalières. Néanmoins, grâce à de précédentes campagnes de vaccination, le nombre de cas de polio recensés sur l’ensemble du Pakistan est tombé de 1 920 en 2002 à 650 en 2011, 198 l’an passé et 56 cette année. Mais l’infection s’est propagée en Chine, où l’on a diagnostiqué l’an dernier plusieurs cas pour la première fois en plus d’une décennie.
Ce qui a aussi décuplé l’hostilité des talibans à l’égard de la campagne, c’est «l’affaire Shakil Afridi», le médecin pakistanais condamné à trente-trois ans de prison sous l’accusation d’avoir participé à une fausse campagne de vaccination contre l’hépatite organisée par la CIA en 2011 afin de s’assurer de la présence d’Oussama Ben Laden à Abbottabad (nord-ouest du Pakistan).

Porte-à-faux. Reste que le soutien de certains imams pakistanais à la vaccination pourrait à nouveau mettre les talibans en porte-à-faux vis-à-vis de la population, comme cela s’était produit après la tentative d’assassinat contre l’écolière Malala Yousufzai. Selon une enquête du Centre d’études sur les zones tribales, le soutien des habitants de ces régions aux «étudiants en religion» est tombé de 50% en 2010 à 20% en mai 2012.
Dans l’Afghanistan voisin, où la polio est endémique, les talibans semblent moins hostiles aux campagnes de vaccination. Un volontaire et un étudiant ont cependant été assassinés en décembre à l’est de Kaboul, par un tueur non identifié.

Jean-Pierre Perrin

Libération, 20 décembre 2012