Notre radio

Notre radio

16 avril 2012

Pause sur le blog ... rendez-vous le 1er mai !

Et voilà, le moment est enfin venu de s'accorder une petite pause. Une pause bien méritée, en vérité : des publications sans discontinuer depuis le jour de l'an, déjà 85 articles pour 2012, c'est un rythme bien soutenu comme pour l'année dernière !

Je vous laisse pour de vraies vacances, loin de Paris que je quitterai ... le jour du premier tour des Présidentielles : un rendez-vous que je manquerai, donc, mais je serai présent pour le deuxième tour décisif, le 6 mai. Ai-je besoin de rappeler que, ici comme sur ma page FaceBook, je ne trahirai aucune préférence, réserve journalistique oblige ? A part mon rejet de tous les extrémismes, toujours dangereux pour les Juifs quelques soient les pays, je ne dirai pas pour qui je voterai ou je conseillerais de voter ; mais je commenterai les résultats une fois connu le nom du futur locataire de l’Élysée.

Bonne continuation à chacune et chacun, merci pour vos visites aux lecteurs fidèles ... et rendez-vous le 1er mai.

J.C

15 avril 2012

L'Afrique, nouveau terrain pour l'islam radical ? Marah Saday sera mon invité le 22 avril


Milices djihadistes de "Ansar Dine", Mali


Dimanche prochain, nous allons à nouveau parler de politique internationale, mais cette fois en laissant de côté le monde arabe, si souvent évoqué depuis un an et la vague de révolutions dans ces pays. Nous allons parler de l'Afrique, ce continent largement musulman par sa population, et tellement oublié, négligé par les médias alors même que, depuis des décennies, s'y déroulent des conflits, des déplacements de population, des famines qui ont fait des millions de victimes. Or l'Afrique est revenue sous les feux de l'actualité ces dernières semaines, avec les nouvelles très inquiétantes venues du Mali où l'on craint que - avec la décomposition de l'état -, un grand pays francophone ne tombe sous la coupe de groupes armés islamistes, et que cela ne menace tous les pays du Sahel. Il était donc devenu urgent d'en parler, et pas seulement du Mali puisque j'ai intitulé ce numéro de "Rencontre" : "l'Afrique, nouveau terrain pour l'islam radical ?". Pour essayer d'y voir plus clair, j'ai invité un Africain, expert de la géopolitique de la région, Marah Saday. Marah Saday est originaire de la République démocratique du Congo. Il est le responsable des relations internationales du Parti Socialiste Congolais. Mais il est aussi - et c'est pourquoi je serai très heureux de le recevoir -, un très grand ami d'Israël puisqu'il est le Président du "Mouvement Sioniste Africain", qui a pour but, justement, de promouvoir des liens d'amitié entre le peuple juif et les peuples du continent. Alors ce n'est pas une tache facile, car si l'état hébreu a toujours compté et compte encore des amis là-bas, ses pires ennemis ont développé aussi des réseaux puissants. Et il est inutile de préciser que l'islam radical, djihadiste, constitue un ennemi commun pour lui et pour nous. Nous comptons donc vraiment sur sa connaissance des tous ces pays, pour éclairer nos auditeurs.

Parmi les questions que je poserai à Marah Saday :

- Il était courant de considérer que l'islam qui était pratiqué en Afrique restait vraiment en phase avec les civilisations locales, en particulier avec des traditions maraboutiques, donnant beaucoup d'importance aux enseignements des dignitaires religieux locaux qui étaient, en gros, tolérants et non agressifs : commet expliquer ce développement récent d'un islam intégriste, anti occidental, qui entraine dans la violence une partie de ces sociétés ?

- A propos de la Somalie : depuis 1991, on a connu l'anarchie avec des affrontements entre bandes armées rivales, l'échec de l'intervention des Nations Unies à partir de 1995, et tout cela a donné l'instauration du premier état djihadiste de l'histoire africaine, avec la prise de pouvoir à Mogadiscio des milices des "Tribunaux islamiques" en 2006. Mais l'armée éthiopienne est intervenu, les a chassées, mais elle est ensuite partie ; un nouveau groupe islamiste, les "Al Shabab", fait des attentats terroristes, le gouvernement de transition peine à assoir son autorité, et un autre pays voisin, le Kenya, a envoyé des troupes. Pourquoi ces interventions du Kenya et de l’Éthiopie, craignent-ils pour leur stabilité ? Et surtout, pourquoi n'arrive-t-on pas à éradiquer ces milices islamistes, dans une région tout à fait stratégique puisque c'est la Corne de l'Afrique ?

- Au Mali la situation est extrêmement confuse : l'armée a été mise en déroute par les rebelles du Nord, qui ont pris Tombouctou, Gao, et là on se trouve en fait avec des groupes militaires, mieux armées que les militaires maliens, mais qui ne sont pas forcément d'accord entre eux : il y a des groupes motorisés de l'A.Q.M.I (Al-Qaïda au Maghreb islamique), qui se sont armés depuis des années par le trafic et par une série de prises d'otages ; il y a les Touaregs du M.N.L.A qui ont proclamé le premier état amazigh du continent, l'Azawad, que personne ne reconnait ; et il y a même des Touaregs islamistes, le mouvement "Ansar Dine" : comment voyez-vous le dénouement de cette crise ? Et à votre avis, une intervention militaire occidentale sera-t-elle nécessaire ?

- A propos du Nigeria, ce géant de l'Afrique de l'Ouest, une puissance pétrolière qui a d'ailleurs des liens forts avec Israël depuis des décennies, on  a assisté au cours des derniers mois à des massacres de chrétiens perpétrés par un groupe inconnu, les "Boko Haram", ce qui peut se traduire par "les Occidentaux sont des impurs" : il s'agit de fanatiques islamistes, qui veulent contraindre les non musulmans à abandonner leur religion ou à fuir. Est-ce que l'on peut redouter ce que l'on a connu, il y a plus de 40 ans avec la guerre du Biafra, c'est à dire une guerre civile entre religions ?

J'espère que vous serez très nombreux au rendez-vous, car on néglige trop souvent l'Afrique ... et il s'y passe des évènements importants !

J.C

13 avril 2012

«L'autre atelier du monde» survole la crise


C'est le plus grand pays musulman du monde... et l'économie la plus «hot» d'Asie du Sud-Est. Contradiction?

Non, c'est l'Indonésie. Malgré ses convictions religieuses qui ne sont pas habituellement associées à un grand dynamisme économique, ce pays est l'un des rares qui transcendent la crise économique mondiale.
Économie galopante, dette négligeable, ressources abondantes... même l'intraitable Moody's vient de relever sa note de crédit. Surnommée «l'autre atelier du monde» après la Chine, l'Indonésie est le nouveau «I» qu'il faudra un jour inclure dans le BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).
Le dernier bilan est fort enviable: l'économie indonésienne a enregistré une croissance de 6,5% l'année dernière, un sommet depuis 1996. L'inflation a aussi ralenti en janvier pour revenir à 3,65% en rythme annuel - un exploit dans la mesure où plusieurs pays émergents ont du mal à contenir la hausse des prix à la consommation.

Les grands industriels de la planète sont impressionnés.

Après les géants japonais de l'automobile qui sont déjà implantés au pays, General Motors et Ford de même que l'indien Tata Motors veulent y construire des usines. Mercredi dernier, Toyota en a rajouté en annonçant un nouvel investissement de 200 millions dans cet immense archipel de 17 500 îles.

Une armée de consommateurs

Comment l'Indonésie fait-elle pour résister aux chocs économiques pendant que ses voisins en souffrent, incluant la Chine?
«L'Indonésie est une exception en Asie», explique Bank of America Merrill Lynch dans une note financière. Même si la croissance ralentissait légèrement en 2012, à un taux annuel de 6%, le pays profite «des investissements étrangers», de ses projets d'infrastructures et d'une «forte consommation domestique», dit le courtier.
Le miracle indonésien, on le doit en effet à une «demande intérieure très robuste» nourrie par 240 millions d'habitants, confirment les économistes de l'OCDE (Organisation de coopération et le développement économiques).
Le produit intérieur brut (PIB) par habitant reste certes faible (4200$US par habitant, selon la Banque mondiale, soit la 157e place mondiale). Mais le quatrième pays le plus peuplé de la planète voit grandir sa classe moyenne: avec 50 millions de personnes, elle dépasse déjà celle de l'Inde et atteindra 171 millions d'ici à 2020, selon la banque britannique Standard Chartered.
Ainsi, la consommation génère plus de la moitié de l'activité économique, rendant le pays moins dépendant des exportations et donc moins vulnérable aux soubresauts venus d'Europe ou des États-Unis. Et pour maintenir cette vitesse de croisière, les autorités ont encore abaissé les taux d'intérêt jeudi dernier, une troisième détente en quatre mois.
Première économie du Sud-Est asiatique, l'Indonésie figurera «parmi les 10 plus grandes puissances en 2020 et les 6 en 2030», prédit Standard Chartered.
L'agence Moody's souligne également que le déficit budgétaire est resté inférieur à 2% du PIB depuis 2001 (contre environ 10% aux États-Unis). La dette publique ne dépasse pas les 30% (plus de 100% pour les États-Unis).

Corruption, inégalités

Évidemment, l'Indonésie n'est pas sans reproches.
Ce pays souffre toujours de son passé sous le régime Suharto. Les Indonésiens ont engagé des efforts ces dernières années pour lutter contre la bureaucratie, les inégalités sociales et la corruption. Mais elle se trouve toujours parmi les 150 pays les plus corrompus, selon Transparency International.
Une autre priorité est de rattraper le retard dans les infrastructures: peu d'autoroutes, toujours pas de métro dans la capitale Jakarta, des liaisons maritimes dangereuses, une production électrique insuffisante... Ces handicaps ont empêché le pays d'attirer des investissements d'envergure, déplorent les économistes.
Depuis peu, les ouvriers indonésiens multiplient aussi les actions spectaculaires pour améliorer un salaire souvent limité à environ 150$CAN par mois. Organisant de grandes manifestations, ceux-ci ont provoqué des embouteillages monstres à Jakarta il y a quelques jours.
Outre les fabricants d'automobiles, les Nike et Samsung de ce monde se sont rués au pays ces dernières années pour profiter des salaires avantageux. Le salaire minimum, qui varie en fonction des provinces, évolue entre 90$ et 200$ par mois en Indonésie, contre une moyenne de 300$ en Chine et 270$ en Inde, selon une étude de la Japan External Trade Organisation.
Or, le dernier coup de force des ouvriers a payé: le gouvernement vient d'accepter de hausser le salaire minimum.
L'Indonésie ressemble donc à la Chine et à l'Inde... d'il y a 10 ou 15 ans. Encore beaucoup de problèmes à régler, mais le «Dragon de Komodo», comme l'appellent ses voisins asiatiques, a un potentiel énorme.

Richard Dupaul
La Presse.ca (Canada), le 13 février 2012

12 avril 2012

Connaissez-vous ce charmant pays (suite) ?



La devinette du mois
- avril 2012

Nouvelle devinette, dans la série inaugurée l'année dernière : il s'agit de deviner un pays musulman d'après l'architecture, typique, de sa capitale ou d'une grande ville.

Celle-là est à nouveau assez difficile ... oui, il s'agit bien d'un pays arabe, et vous aurez deviné probablement qu'il s'agit d'un Émirat du Golfe. Seulement, là, les "monuments" emblématiques sont ces tours en forme de minarets, sur la gauche : mais il ne s'agit pas de minarets, mais de châteaux d'eau ! Comme d'habitude, mails bienvenus à l'adresse du blog : rencontre@noos.fr. Les centaines d'amis de mon réseau FaceBook pourront aussi répondre sur mon page, où je mettrai un lien. Le résultat sera donné avec la prochaine devinette, le mois prochain.

Quand à la devinette précédente, il s'agissait d'Izmir, la grand métropole turque sur les bords de la Méditerranée ! A nouveau, j'ai eu une bonne réponse sur ma page FaceBook, après quelques hésitations, quand même ...

J.C

11 avril 2012

Après-Toulouse : les traumatisés de la victimisation


Rien ne justifie le crime absolu de Mohamed Merah. Il y a au départ chez lui le désir de s’affirmer en exécutant l’autre. Il est vrai que l’exécution du rival est, comme l’atermoiement avec la mort, le ressort de notre condition. Sauf que l’exécution du rival a pour théâtre l’imaginaire, scène de l’exutoire qui conjure nos fantasmes et nous décharge symboliquement de l’élimination du rival. Or c’est le glissement du symbolique et de l’imaginaire au réel qui définit la folie. Aussi, au plan individuel, l’acte de Merah est-il un acte fou.

Et la folie la pire est celle qui paraît raisonnée, froide et qui se justifie par l’idéologie. Derrière l’acte fou, en amont, a été intériorisé par le criminel le statut de victime. Victime de l’Occident perçu persécuteur de l’islam à travers les Croisades, le colonialisme, la spoliation de la Palestine. Ce fallacieux argumentaire rend celui qui y croit un être réactif et non actif.

Quelle différence y a-t-il entre action et réaction ? L’action amène le sujet à considérer son projet comme étant né en soi et pour soi ; il compte sur ses forces pour le concrétiser ; en son geste positif rayonne le oui, vocable de l’affirmation de soi et de l’acquiescement à ce qui vient. Une telle structure instaure la souveraineté du sujet ; elle engendre son pouvoir sans se laisser asservir par l’ascendant de l’autre ; elle donne au sujet son autonomie dans la mesure où il prend conscience que son action est interactive, qu’elle ne s’accomplit pas dans un splendide isolement mais dans la relation intersubjective. Ensuite, l’autonomie et la souveraineté du sujet seront mises à l’épreuve par l’éthique de la relation.

Alors que la réaction est serve de la décision de l’autre. Celui qui l’illustre réagit à l’action de l’autre. La réaction appartient à l’esclave dont l’acte dépend de l’action du maître. Elle est gouvernée par le non. Détectable sur le mode négatif, son régime demeure la rébellion et la désobéissance. C’est elle qui nourrit l’humanité du ressentiment (Nietzsche).

Cette humanité s’invente victime pour se venger, par réaction, du bourreau. Nihiliste, elle consume sa vie à dire non à toute proposition raisonnable qui exalte le progrès moral et matériel. Et le sujet, déjà fou pour avoir rabattu le symbolique et l’imaginaire sur le réel, devient encore plus fou en intériorisant le statut de victime qui le conduit au ressentiment et au nihilisme. Un tel sujet, à l’instar de Merah, renaît à lui-même froide machine à tuer dès qu’il s’articule à une idéologie qui encadre son traumatisme originel.
Pareil système le confirme dans son dysfonctionnement. L’individu ainsi atteint se trouve conforté par le sceau communautaire qu’appose sur sa peau l’idéologie à laquelle il adhère. Dans le cas de Merah, l’idéologie convoquée est celle de l’islamisme jihadiste prôné par Al-Qaeda. En agissant à Montauban et à Toulouse comme meurtrier capable de tuer même des enfants sur le parvis de leur école, Merah dans sa solitude signe son appartenance à une communauté utopique, disséminée, déterritorialisée. Il justifie son acte par la loi archaïque du talion pour assouvir sa vengeance de victime contre ceux qui peuplent la sphère du supposé bourreau. Il se découvre postmoderne en confirmant sa solitude par l’appartenance à une communauté à laquelle il est attaché virtuellement, dans la dissémination et la déterritorialisation, c’est-à-dire selon les coordonnées où se situent Al-Qaeda et le mécanisme du Web, réseau, filet, toile qui réactivent le virtuel.

Cette forme est la dernière que revêt l’idéologie totalitaire. L’islamisme n’a plus de lien avec la religion, foi et cultes mêlés. Il est la maladie qui exploite le sujet traumatisé pour le mobiliser vers un destin meurtrier. C’est l’ultime avatar que connaît l’idéologie totalitaire où la référence archaïque s’accorde avec la condition postmoderne. Ainsi le cercle se ferme : le point de la fin se confond avec celui du commencement. Cette forme de roue donne l’illusion au criminel de traverser l’intégralité du temps, de la Création à l’Apocalypse.

Pour prévenir et guérir cette maladie, nous devons nous maintenir vigilants afin d’empêcher ce processus malin qui conduit à la légitimation du meurtre le plus abject, celui qui déshonore l’humain en attentant aux innocents, défiant les préceptes qui bornent l’instinct de violence, du commandement biblique : «Tu ne tueras point» au constat coranique qui dit que celui qui tue une âme innocente c’est comme s’il avait tué l’humanité au complet.
Nous avons à obstruer la porte qui mène au corridor de la victimisation sur quoi ouvre la chambre du ressentiment mitoyenne de celle du nihilisme. L’action pédagogique de nos Etats, de nos institutions, de nos médias, de nos sociétés civiles devra être veillée par une telle vigilance psychique et éthique. N’oublions jamais que, où que nous nous trouvons, ici, ailleurs, en Tunisie comme en France, les criminels, salafistes & co, ces traumatisés de la victimisation, rôdent parmi nous.

Abdelwahab Meddeb,
Libération, le 2 avril 2012

10 avril 2012

Des musulmans contre l'islam radical


 Manifestation du 25 mars 2012, photo Jean Corcos

Plusieurs associations de musulmans de France appellent à une marche républicaine le dimanche 15 avril à Paris, à partir de 15 heure, pour "dire non au radicalisme religieux", ont-elles annoncé lundi dans un communiqué. Cette marche partira de la place de la Bastille jusqu'à celle de la Nation, à l'appel, parmi d'autres, de la Conférence des Imams, de l'Institut des peuples, de l'Association des anciens combattants Français musulmans et de l'association Changeons de regard.

Les associations musulmanes, qui "refusent tout amalgame entre les musulmans de France et les actes de terroristes qui sont commis en leur nom", auront "une pensée toute particulière pour les familles des victimes des crimes commis sauvagement à Montauban et à Toulouse" et leur apportent "tout leur soutien et leur solidarité". Elles "invitent tous les Français à se réunir autour de valeurs communes, autour de la France laïque, une et indivisible".

Nota de Jean Corcos :
Cette manifestation sera "une première", et on a assez reproché à la "majorité silencieuse" des musulmans de ne jamais marcher dans la rue pour dénoncer les horreurs de l'islam radical. Ceci étant, il serait malhonnête de dire que l'on n'a pas vu, dans le passé, de manifestants musulmans participer à des marches "plurielles", contre le terrorisme. Ainsi, j'ai participé à la marche du 25 mars à l'appel de l'UEJF, de la LICRA et de SOS Racisme, le dimanche suivant l'attentat de Toulouse. Un spectacle réjouissant était de voir, ensemble, des scouts de toutes les religions ... voir cette photo, où on voit défiler des jeunes musulmanes en hijab !

09 avril 2012

Les ambitions démesurées d'une micro-monarchie

Doha, capitale du Qatar


La scène se déroule le 23 juin 2009 dans le salon d'apparat de la mairie de Paris. Le tapis rouge est déroulé devant son Altesse Sérénissime Hamad Ben Khalifa Al-Thani, le monumental émir du Qatar. Dehors, la police parisienne est sur les dents. Des hélicoptères sillonnent le ciel de la capitale et les voies sur berge sont cadenassées. La conversation entre Bertrand Delanoë et son hôte glisse sur la boulimie d'investissements du micro-Etat qui, en l'espace de quelques mois, est entré au capital de poids lourds européens comme Porsche, Suez et la banque Barclays. Tamim, le prince héritier, fils chéri de l'émir, intervient avec un sourire sibyllin : "Il faut que vous compreniez, en ce moment nous rachetons nos chevaux aux Egyptiens et nos perles aux Indiens."
Le Qatar : un nabot par la taille (11 500 km2) et la population (1,7 million d'habitants, dont 85 % d'expatriés), un mammouth par la force de frappe diplomatique et économique. Gavé de devises par son industrie gazière, l'une des plus performantes au monde, la presqu'île du golfe Arabo-Persique pratique une politique d'intervention tous azimuts.
Ces derniers mois, il a non seulement raflé l'organisation de la Coupe du monde de foot 2022 et racheté le PSG, ses deux faits d'armes les plus connus en France, mais il a aussi investi un milliard de dollars (755 millions d'euros) dans des mines d'or en Grèce, pris 5 % de la banque Santander au Brésil, le plus gros établissement financier d'Amérique latine, renfloué les studios de cinéma Miramax mis en vente par Disney et placé un autre milliard de dollars dans un fonds d'investissement en Indonésie.
Parallèlement, le Petit Poucet qatari montait au front des révolutions arabes, en envoyant ses avions de chasse Mirage et ses forces spéciales à la rescousse des rebelles libyens et en sonnant la charge contre Bachar Al-Assad, le tyran de Damas. Un activisme débordant, avec dans le rôle du porte-voix, la chaîne Al-Jazira, rouleau compresseur médiatique, à l'avant-garde de la stratégie d'influence développée par Doha.

PLUS GRAND GISEMENT DE GAZ NATUREL

Pour comprendre ce qui fait courir la dynastie Al-Thani, il faudrait donc, comme le soufflait Tamim, remonter à l'époque des perles et des chevaux, les deux "mamelles" historiques du pays. "Dans la psyché des Qataris, la perle est quelque chose de fondamental, explique un conseiller du maire de Paris. Il y a, chez eux, un vrai ressentiment historique, un besoin de revanche sur ces voisins, cheikhs arabes ou maharajas indiens, qui l'ont copieusement pillé." Dans les années 1980, alors jeune prince héritier, le cheikh Hamad fait une autre expérience amère. Lors d'un voyage en Europe, un douanier à l'aéroport lui agite son passeport sous le nez, goguenard : "Mais c'est où ça, le Qatar ? Ça existe vraiment ?" Mortifié, le futur émir aurait juré de faire très vite connaître son confetti de terre.
Son arme sera le North-Dome, le plus grand gisement mondial de gaz naturel, à cheval sur les eaux territoriales du Qatar et de l'Iran. Son père, l'émir Khalifa, redoutait que la mise en valeur de cette manne n'agace justement la République islamique. Il craignait aussi de braquer l'Arabie saoudite, sourcilleux patron des micro-Etats de la péninsule.
En 1995, à l'âge de 43 ans, l'impétueux Hamad profite d'un séjour en Suisse de son pusillanime de père pour le déposer et lancer son royaume dans un processus de modernisation à marche forcée. Instruit par les déboires du Koweït, le jumeau pétrolier du Qatar envahi par les troupes de Saddam Hussein en 1990, le jeune monarque veille à assurer ses arrières. Un an après son putsch de palais, il lance Al-Jazira. A la fois professionnelle et populiste, bête noire des rivaux du régime, comme l'Egypte de Hosni Moubarak et l'Arabie du roi Fahd qui avaient critiqué le coup d'Etat de 1995, mais beaucoup plus conciliante avec ses alliés comme la Libye de Mouammar Kadhafi -, avec qui l'émir partage une même détestation des Saoud - la nouvelle venue s'impose comme la caisse de résonance planétaire de la diplomatie de Doha.

ÉQUILIBRISME DIPLOMATIQUE

En 2003, nouvelle rupture : le Cheikh Al-Thani ouvre son pays au Pentagone, qui installe dans les sables du Qatar ce qui va devenir la plus grande base aérienne américaine en dehors des Etats-Unis. La tête de pont de ses opérations en Irak et en Afghanistan. Dans les années 1990, l'émir avait aussi noué un début de lien diplomatique avec Israël, pays avec lequel il restera en contact jusqu'à l'offensive de Tsahal contre la bande de Gaza, en janvier 2009.
Soucieux de ne froisser personne, le Qatar se transforme dans le même temps en terre d'accueil des opposants islamistes aux régimes en place dans le monde arabe : du prédicateur libyen Ali Al-Salibi à l'Algérien Abassi Madani, en passant par le télé-coraniste égyptien Qaradawi et le Tunisien Rached Ghannouchi, le patron d'Ennahda, futur vainqueur des législatives tunisiennes... Sans oublier Oussama Ben Laden, l'ennemi public numéro un de l'Oncle Sam, dont les messages audio sont retransmis sur Al-Jazira. Objectif de ce jeu d'alliance à 360 degrés : tenir à bonne distance Riyad et Téhéran, et surtout s'assurer un accès ininterrompu au détroit d'Ormuz, passage obligé de ses exportations de gaz naturel liquéfié. "Le Qatar est assis sur un tas d'or mais il se sait très fragile, analyse un diplomate français. Pour continuer à exister, il a compris qu'il doit se faire connaître et reconnaître."
Le Qatar aurait pu en rester là. Continuer son numéro d'équilibriste diplomatique tout en plaçant sa fortune dans des bons du trésor américain ou des projets immobiliers sans valeur ajoutée, comme dans l'ex-Europe de l'Est, où il achète des morceaux de ville entiers. Une stratégie de bon père de famille, avisé mais sans aucun rayonnement dans les capitales occidentales. Témoin, la morgue de Bertrand Delanoë, en 2006, lorsque le Qatar Investment Authority (QIA), bras financier de l'émirat, classé au douzième rang des fonds souverains les plus riches de la planète, avait tenté une première approche du PSG. Le maire de Paris avait fustigé "ces fonds exotiques ", allant jusqu'à émettre des doutes sur "l'origine des capitaux".

BUSINESS ET TOUR VERTIGINEUSE

Tout change avec la crise financière de 2007-2008. En quelques mois, les grands trésoriers de la planète se retrouvent à court de liquidités. La Russie et la Chine étant jugées infréquentables, c'est vers le Golfe que les multinationales en mal de cash choisissent de se tourner. Chance pour le Qatar, son industrie gazière arrive à maturité au même moment. Le méga-complexe de liquéfaction de Ras Laffan, à 80 km au nord de Doha, voit défiler les méthaniers. "C'est à partir de ce moment que le Qatar s'est mis à investir dans des marques prestigieuses comme Suez, Vinci ou Harrods et que sa cote s'est envolée, explique un banquier qui a travaillé pour le Palais. Sans la crise, on en serait resté à la situation de 2006."
Le QG de cette métamorphose est situé dans une tour vertigineuse, surmontée d'un dôme de verre bleuté, qui domine la baie de Doha. La Qatar Holding, la branche du QIA en charge des investissements dans le secteur industriel, y occupe quelques étages. C'est là qu'ont afflué des dizaines de banquiers étrangers, laissés sur le carreau par la faillite de Lehman Brothers, à l'été 2008. "C'est l'une des rares institutions du pays dont les employés bossent comme des malades", sourit un familier de West Bay, le quartier des affaires de Doha.
Un activisme qui s'explique facilement : alors que dans l'émirat voisin d'Abou Dhabi, le processus de décision est dilué entre une multitude de frères et demi-frères, au Qatar, la stratégie se décide entre quatre personnes : l'émir, son fils Tamim, de plus en plus associé à la marche du pays, une de ses épouses, la fringante Cheikha Mozah à la tête de la Qatar Foundation, et le premier ministre, Hamad Ben Jassem Al-Thani, patron du QIA. "Dans un pays normal, le business va vite et le gouvernement est lent, explique un homme d'affaires qatari. Ici, c'est le contraire. Les hommes d'affaires courent en permanence après l'autorité publique."

SAUTER DANS LE TRAIN DES RÉVOLUTIONS ARABES

Arrive la dernière étape de l'ascension de la start-up Al-Thani : 2011 et les "printemps arabes". Despote éclairé, le cheikh Hamad n'a pas de passion particulière pour la démocratie. Mais son désir d'être du bon côté de l'Histoire, le positionnement marketing d'Al-Jazira – "la voix des sans-voix" – et surtout, l'impuissance de ses pairs arabes qui laissent un espace à prendre, l'ont incité à sauter dans le train des révolutions. "Le Maroc est trop loin, l'Algérie trop sénile, l'Egypte paralysée par sa révolution, l'Irak enfoncée dans la crise et l'Arabie engluée dans les calculs de succession, résume un diplomate français. Il y avait un vide et les Qataris l'ont occupé." Du pur opportunisme, donc : un peu comme si la France et l'Allemagne faisaient faillite et que la Slovénie se retrouvait à piloter l'Europe.
Combien de temps cette business-diplomatie tapageuse peut-elle encore durer ? Mise sur orbite par la volonté d'un homme et quelques accidents de l'Histoire, la fusée qatarie subira un jour ou l'autre des accidents contraires qui l'obligeront à redescendre sur Terre. Dans le monde arabe, par exemple, "l'interventionnite" du clan Al-Thani suscite une exaspération croissante.
Venu mi-janvier assister aux célébrations du premier anniversaire de la révolution du jasmin, l'émir a été conspué par des milliers de Tunisiens qui l'ont accusé d'être le complice d'un plan américain visant à remodeler le Proche-Orient au profit du camp islamisto-sunnite incarné par les Frères musulmans égyptiens. Quelques jours plus tôt, l'émir avait été renvoyé de Mauritanie par son homologue, Mohamed Ould Abdel Aziz, ulcéré que son royal invité lui ait enjoint de dialoguer avec son opposition... islamiste.
A force de se faire le chantre de la démocratisation, le pacha de Doha a dû annoncer des élections législatives pour 2013. Le courant ultra-conservateur salafiste, dominant dans la société qatarie, pourrait lui signifier son peu d'entrain à cohabiter en 2022 avec des supporters de foot éméchés. Sans compter les risques de coup d'Etat, une valeur sûre aux pays des perles. Conclusion de la politologue Fatiha Dazi Héni : "La famille Al-Thani est loin d'être à l'abri d'un effet boomerang."

Benjamin Barthe
Le Monde, 26 février 2012

06 avril 2012

Had Gadia (un chevreau), par André Nahum



Dans deux jours, vendredi soir exactement, débuteront les fêtes de Pessah.

Pessah, c’est la sortie d’Égypte,  la libération d’un peuple jusque là  asservi.
Pessah c’est le bonheur de passer de l’esclavage à la liberté.
Un évènement  majeur qui est rappelé quotidiennement dans nos prières et dont, selon la Haggada,  Eleazar ben Azaria  et Ben Zouma, illustres rabbins du Talmud demandent de se souvenir tous les jours et toutes les nuits de notre  vie.
Un évènement par lequel  débute l’existence de ce peuple juif, tant décrié, tant nié aujourd’hui.
Pessah, une fête religieuse ? Oui, mais aussi une fête nationale et une fête universelle. Un soulèvement d’esclaves, le premier qu’ait connue l’humanité, bien avant Spartacus.
Alors pendant ces huit jours de fête, mettons une parenthèse à tous les problèmes qui nous assaillent.
Ahmadinejad, le Hezbollah et le Hamas 
L’irrésistible montée de l’Islamisme dans le monde.
Les Frères Musulmans  en Égypte, Ennahda en Tunisie et les Salafistes partout, Al-Qaida qui après s’être  confortablement installée en Afghanistan, dans les zones tribales du Pakistan, au Yémen, en Somalie, dispose  maintenant d’un territoire en Afrique en occupant  la moitié nord du Mali.

Mettons entre parenthèses la vigoureuse entreprise de délégitimation d’Israël, la montée de l’antisémitisme, dont nous venons d’avoir à Toulouse la preuve dramatique. 
Mettons tout cela entre parenthèses.

Mais, Pessah, c’est aussi l’héroïque révolte du ghetto de Varsovie, un combat sans espoir de quelques centaines de jeunes Juifs, presque  mains nues  contre des divisions allemandes surarmées. Ils sont l’honneur de notre peuple et par leur sacrifice ont assuré sa pérennité.
Ne les oublions jamais !

Après les quatre  verres de vin rituels, après  la lecture de la Haggadah, après le repas, nous chanterons une contine, « Had Gadia », « Un chevreau » dont j’entends encore les paroles que traduisait mon grand-père père dans le judeo-arabe de ma lointaine  enfance  et qui peuvent se résumer ainsi :   un chevreau que m’a acheté mon père  pour deux flouss. Un chien l’a mordu . Un bâton  a frappé le chien. Le feu a brulé le bâton . L’eau a éteint le feu. Le taureau a bu l’eau. Le « shohet » a égorgé le taureau. L’ange  de la mort a tué le shohet et le Saint-Béni- Soit-il a tué l’ange de la mort.
Comme pour  enseigner à nos enfants et petits enfants que le méchant trouvera toujours plus méchant que lui et le fort, plus fort que lui, mais que  le dernier mot appartiendra à  la justice divine. 

Hag Saméah !
Excellentes fêtes à tous dans la joie et la paix
Et à la semaine prochaine

André Nahum
Judaïques FM, le 4 avril 2012

05 avril 2012

Etre laïque en terre d'islam


Face à l'islam, les Français vivent dans l'illusion d'une équation magique selon laquelle la République équivaut à la démocratie qui équivaut à la laïcité qui équivaut à l'égalité des sexes qui équivaut à la modernité qui équivaut à l'Occident qui équivaut au christianisme. L'équation, mal posée, est insoluble. Aucun de ses termes ne résiste à l'analyse de terrain.

Donnons un point à Brice Hortefeux, à l'époque ministre de l'intérieur. Un musulman, "quand il y en a un, ça va, c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes". En effet, ils ne sont pas deux à penser la même chose ! D'un point de vue politique, l'islam n'existe pas. Il est un vocabulaire politique islamique issu de la théologie, de la philosophie, du droit musulmans. Mais chacun de ses mots est polysémique.

De même, il y a des partis qui se réclament de l'islam. Les uns sont conservateurs et néolibéraux, les autres étatistes et/ou révolutionnaires, et tous sont nationalistes, donnant aux intérêts de l'Etat-nation la priorité sur ceux de la communauté des croyants. Un militant algérien l'avait expliqué au jeune historien et sociologue Maxime Rodinson, lors d'une Fête de L'Humanité, entre les deux guerres : "L'Oumma et L'Huma, c'est la même chose ."
Et cette même chose relève de l'utopie. En conséquence, les conflits qui déchirent les sociétés islamiques sont internes à celles-ci. Ils opposent les musulmans entre eux, plutôt que ceux-ci à l'Occident. Ainsi du Pakistan, de l'Afghanistan, de l'Irak, ou encore, dans le contexte des "printemps arabes", de la Syrie, de l'Egypte, de la Libye.

L'islam est un mot-valise qui n'interdit en rien aux musulmans concrets d'être des adeptes de la laïcité, pas plus que le christianisme ne prédisposait les chrétiens à le devenir. Mais la laïcité est elle-même une catégorie vide de sens politique précis.
En France, elle désigne la séparation pragmatique des cultes et de l'Etat, au nom d'une conception universaliste de la citoyenneté. En Turquie, elle signifie son antipode : la subordination politique et bureaucratique du religieux à l'Etat, dans le contexte d'une définition ethnoconfessionnelle de la citoyenneté.

Encore faut-il se garder de figer chacune des deux trajectoires dans un modèle anhistorique. La France demeure habitée par une représentation ethnoconfessionnelle de l'appartenance à la nation, comme l'a démontré la collaboration de Vichy avec les nazis après cinquante ans d'antisémitisme républicain, et comme le rappellent aujourd'hui les propos nauséabonds de ministres au détriment des Français de confession ou d'origine familiale musulmane, voire juive.

Dans le même temps, des Turcs plaident en faveur d'une refondation universaliste de leur République afin qu'elle assure l'égalité réelle des droits à tous les citoyens - une mue dont la reconnaissance du génocide des Arméniens est le prix d'entrée. La plupart des pays du Moyen-Orient se situent à la confluence de ces deux modèles de laïcité et de citoyenneté, pour avoir été successivement des provinces ottomanes et des colonies françaises ou britanniques. Il en est de la sorte en Algérie, en Tunisie, en Egypte, au Liban, en Syrie, en Irak. Mais cela est aussi vrai de la Grèce, des républiques de l'ancienne Yougoslavie ou d'Israël... Derechef, l'islam explique moins que ne le fait l'histoire, et notamment le passage d'un monde impérial inclusif de l'aire ottomane à un monde d'Etats-nations fonctionnant selon des logiques d'exclusion.

Un autre distinguo s'impose. La laïcité est une politique publique, relative à l'organisation légale ou administrative des champs religieux et politique. La sécularisation est un processus social de dissociation des affaires de la cité et des convictions religieuses. La laïcité de l'Etat, alla franca ou alla turca, n'est pas une condition nécessaire à la sécularisation de la société, ainsi que le démontre l'expérience des régimes occidentaux confessionnels, du Maroc ou de la République islamique d'Iran.

De même, elle n'exclut pas l'arrivée au pouvoir, par le biais des urnes, d'un parti islamique, comme en Turquie et en Tunisie, sans que cette alternance remette obligatoirement en cause le caractère laïque des institutions ni la sécularisation de la société. C'est que les électeurs ont souvent voté pour ces partis selon des raisons non religieuses, par exemple pour sortir les sortants et renvoyer l'armée dans ses casernes en Turquie, ou pour rompre avec l'ancien régime en Tunisie.
Autrement dit, il n'est de laïcité, en terre d'islam, que par rapport à des histoires et des contextes singuliers, au regard des pratiques ou des stratégies effectives des acteurs sociaux. D'une situation à l'autre, cette idée est un élément de la domination politique et de la distinction sociale, en bref un langage de classe.

En outre, pour une minorité de musulmans qui, pour être minoritaires, n'en sont pas moins respectables ni moins musulmans, elle est accolée à certaines libertés publiques, comme celles de la conscience ou du gosier. Et, pour une majorité d'entre eux, elle est le nom respectable de l'islamophobie dans laquelle se vautre désormais l'Europe.

Dès lors que la laïcité est un "événement", historiquement situé, plutôt qu'une "essence", pour reprendre la distinction du philosophe Gilles Deleuze sur ce que doit dire un concept, elle n'entretient pas, avec le politique ou le religieux, un rapport fixe. L'islam a été peu présent dans le déclenchement des "printemps arabes". Il s'y est vite (ré)inséré. Mais n'énonçons pas ces recompositions selon un jeu à somme nulle.

D'abord, parce que les armées, ou les régimes sous tutelle militaire, ont, la main sur le coeur de la laïcité, beaucoup concédé à l'islam pour lutter contre la gauche ou les revendications régionalistes, notamment en Algérie, en Egypte et en Turquie, dans les années 1960-1990.

Ensuite, parce que les mobilisations de 2011 ont fourni aux jeunes militants laïques et islamistes l'opportunité de lutter ensemble, de partager l'espace public au prix de compromis mutuels, et d'imposer aux aînés de leurs camps respectifs de nouvelles visions de la cité. Selon le politologue marocain Mohamed Tozy, devrait en découler une offre islamique d'Etat séculier, dont le vocabulaire musulman, prompt à effaroucher les opinions occidentales, avec ses notions de "charia" ou de "califat", pourrait ne rien dire d'autre qu'Etat civil de droit, bonne gouvernance et privatisation de la solidarité sociale.

L'idée hexagonale de laïcité n'a pas aidé les Français à admettre l'iniquité des Etats moyen-orientaux qui s'en réclamaient ni à pressentir l'éclosion des "printemps arabes". Elle menace maintenant de les faire passer à côté des recompositions en cours. Le vrai problème a moins trait aux rapports de la religion et du politique qu'à la relation au néolibéralisme des partis issus de l'islamisme.

Si les peuples dits arabes ou musulmans ont apporté la preuve de leur capacité à secouer le joug de l'oppression politique, ils n'ont pas encore - pas plus que les Européens - su apporter une réponse à la crise structurelle qui frappe l'économie mondiale. Certes, la Turquie de l'AKP caracole avec ses 8 % de croissance. Mais pour combien de temps, et en quoi ce succès est-il reproductible sous prétexte d'islam ?
Quid du prétendu miracle tunisien qui n'était qu'un mirage, sans même parler de la vulnérabilité du décollage du Maroc, des trompe-l'oeil pharaoniques du Golfe ou des piètres performances de l'Egypte et de la Syrie ?

La question à laquelle sont confrontés les musulmans, islamistes et laïcistes confondus, est sociale et non religieuse. Et, pour la résoudre, le "petit père Combes" (il avait préparé le projet de loi de séparation de l'Eglise et de l'Etatqui sera votée en 1905) leur sera moins utile que l'économiste Keynes.

Jean-François Bayart, 
directeur de recherche au CNRS
Le Monde, 29.11.11

04 avril 2012

Pas d'émission dimanche prochain



Notre radio Judaïques FM respecte scrupuleusement les fêtes du calendrier juif ... et ce blog aussi, naturellement.

La fête de Pessah débute le 6 avril au soir, avec le premier Séder. Les deux jours suivants, ainsi que ceux correspondant à la clôture des huit jours - vendredi 13 et samedi 14 - sont donc "yom tov" (sans parler naturellement des deux Shabbats qui y sont compris déjà).
En bref : pas d'émission le dimanche 8 avril, rendez-vous le dimanche 22. Et bien sûr, pas de publication ici pour toutes les dates correspondantes ...

Pessah Sameah à tous mes amis de la communauté juive, en France et ailleurs !

J.C

03 avril 2012

Un muezzin, représentation rare !


Une toile sur la Toile
- avril 2012 

Pour tout voyageur en terre d'islam, l'appel du Muezzin pour la prière, cinq fois par jour du haut d'un minaret de mosquée, fait partie des souvenirs indélébiles.

Or cette voix, puissante, parfois même ensorcelante, qui chante les paroles rituelles en même temps qu'elle les égrène, n'a presque jamais été associée - dans notre imaginaire occidental - à une figure humaine. Le grand peintre orientaliste Jean-Léon Gérôme l'a fait, dans cette toile étonnante où l'on se met dans la perspective du Muezzin et du panorama que LUI voit, en hauteur : et le résultat est tout à fait saisissant !

Pour en savoir plus sur ce peintre,  emblématique du Second Empire qui  composa des scènes orientalistes, mythologiques, historiques ou religieuses, aller sur ce lien.

J.C 

02 avril 2012

Vu du monde arabe, Mohamed Merah n'est pas français, musulman ou algérien : c'est un psychopathe



De l'Algérie à la Palestine, la vision du monde arabe sur la fusillade de Toulouse et l'arrestation de Mohamed Merah diffère de l'interprétation qui en a été faite en France. Le tueur islamiste devient la "patate chaude" qu'Orient et Occident se renvoient

Atlantico : La presse du monde entier a largement couvert la fusillade de Toulouse et la traque de Mohamed Merah. Comment le monde arabe a-t-il réagi lui à cette affaire ?

Karim Emile Bitar : Avec une certaine lassitude, voire avec de l’exaspération et de la colère d'observer une nouvelle fois un individu se réclamant d’Al Qaida prendre en otage les musulmans et commettre les crimes les plus ignominieux en prétendant agir pour défendre la cause palestinienne. A ce titre, l’une des réactions les plus rapides et les incisives fut celle de Salam Fayyad, premier ministre de l’autorité palestinienne, qui a déclaré : "Il est temps que ces criminels cessent de faire du commerce avec leurs actions terroristes au nom de la Palestine, ou de prétendre à une victoire pour les droits des enfants palestiniens, qui ne demandent qu’à vivre une vie normale". Ce même point de vue se retrouvait chez la plupart des éditorialistes de la presse arabe, aussi bien chez les « modérés » que chez les « radicaux ». Tout le monde a conscience que ce type de terrorisme ne peut que rejaillir très négativement sur l’ensemble du monde arabe.
Cela est d’autant plus regrettable qu’Al Qaida était globalement en perte de vitesse, avec la mort de Ben Laden et  avec le déclenchement des révolutions arabes. Al Qaida n’a jamais réussi à percer auprès des masses arabes, et en dehors de franges extrémistes assez minoritaires, il y a une quasi-unanimité dans la réprobation de l’horreur de Toulouse, réprobation qu’ont exprimé beaucoup de chefs religieux et de responsables politiques. Par ailleurs, les quotidiens panarabes comme Al Hayat, Al Sharq Al Awsat et Al Quds Al Arabi ont publié plusieurs articles et tribunes évoquant les problèmes de l’intégration, du déracinement et des dérives radicales. Quant aux sites Internet de la mouvance djihadiste, ils étaient quelque peu dans l’expectative, ne sachant pas si Merah était vraiment membre d’Al Qaida ou s’il fanfaronnait.
Meriem Amellal : Le monde arabe ne représente pas un bloc uni et il y a rarement une opinion commune à tous les pays… Dans ce monde arabo-musulman, il y a incontestablement une catégorie de la population qui soutient ce genre d’action contre l’Occident considéré comme un agresseur qui envahit des pays musulmans comme l’Irak ou l’Afghanistan, et dont les soldats tuent la population (l’affaire récente du soldat américain qui a tué 16 villageois étaye leur discours). Ce discours est propagé par des courants  islamistes et relayé par leurs sympathisants qui soutiennent ce genre d’action. D’un autre côté, beaucoup au sein du monde arabe croient en une réelle menace terroriste en Occident et ne sont pas étonnés de voir l’émergence de ce genre d’individus. Enfin, une autre opinion est partagée par beaucoup de personnes : celle du complot. La théorie fait son chemin y compris sur les réseaux sociaux. Beaucoup s’interrogent sur le moment de cette attaque, en pleine campagne électorale. Ils s’interrogent  sur ces supposées failles au sein des services de renseignements réputés pourtant si efficaces… Mais parmi les réactions majoritaires, il y a aussi le sentiment d’effroi provoqué par ces tueries et celui de la peur des conséquences sur les musulmans.
Le père de Mohamed Merah a déclaré vouloir enterrer son fils en Algérie, son pays d'origine. Comment le pays a-t-il vécu la tragédie ?
Karim Emile Bitar : C’est en Algérie que la tonalité de la presse est la plus acerbe. Les journaux algériens sont choqués de voir les médias français rappeler systématiquement les origines algériennes de Merah alors que celui-ci est né en France et qu’il ne connaît rien à l’Algérie.
L’influent Quotidien d’Oran a écrit : "En insistant sur l’origine algérienne de Mohamad Merah (…), la France externalise le crime et se lave les mains de toute responsabilité. Au risque de mettre tous les musulmans du pays à l’index. » Mais cette critique n’a pas empêché la presse algérienne de pointer du doigt la responsabilité de l’idéologie salafiste, de faire le parallèle avec les dérives sanglantes de l’Algérie des années 1990 et de considérer que le combat contre l’islamisme radical devait se poursuivre et être renforcé.
Meriem Amellal : L’Algérie est incontestablement le pays le plus touché. D’abord en raison de la proximité historique avec la France, ancienne puissance coloniale. Certainement aussi parce que l’auteur des tueries est "français d’origine algérienne" et que l’on craint l’amalgame. Un amalgame pas simplement entre islamisme et islam mais aussi entre Algérien et terroriste. Enfin, l’Algérie est touchée car les Algériens ont vécu dix années de terrorisme islamiste d’une extrême violence.
L’image de Merah qui poursuit des enfants dans la cour d’une école pour les tuer à bout portant est malheureusement une scène banale dans un pays où ont eu lieu des massacres de villages entiers (Bentalha). Les Algériens se souviennent de femmes enceintes éventrées et de fœtus enfournés… Des actes barbares qui dépassent l’entendement. De la part de certains Algériens, il y a de la compassion, de  la solidarité. J’ai pu en parler avec une victime du terrorisme à Alger, cette personne m’a dit : "Je me fiche que ces enfants soient juifs, israéliens, ou français…Ce sont des enfants…j’ai revécu l’horreur, j’ai de nouveau ressenti cette douleur, celle d’une mère, personne ne mérite ce sort. J’ai pensé très fort aux mamans des enfants." Enfin, n’oublions pas les autres victimes. Deux d’entre elles étaient d’origine algérienne. Certains ont même repris la métaphore biblique d’Abel et Caïn en référence à Abel Chenous, l’un des soldats tués par Merah.
 Les populations expriment-elles des craintes vis-à-vis d'un éventuel amalgame ?
Karim Emile Bitar : C’est la hantise des peuples arabes et encore plus des Arabes vivant en occident. Un journal tunisien a écrit : "A cause de lui, les Arabes et les musulmans seront regardés comme des terroristes. Sa gloire est notre désarroi et notre désespoir".
Meriem Amellal : Les craintes d’un amalgame sont évidemment importantes mais elles sont plus vives chez les Arabes et musulmans de France  que dans les pays d’origine. Car dans ces pays les conséquences sont surtout symboliques. Or, en France, en Europe ou aux États-Unis, cet amalgame peut se traduire concrètement par une montée de l’islamophobie et une augmentation d’actes racistes. Dernier exemple en date : samedi une Irakienne de 32 ans a été battue à mort aux États-Unis et l'hypothèse soulevée est clairement celle d'un crime raciste.
Pour le monde arabe, Mohamed Merah est-il Français, Algérien, musulman, islamiste ?
Karim Emile Bitar : Pour la presse arabe, Merah est d’abord un psychopathe et doit être considéré comme tel. Mais il est en effet significatif de voir la presse française le présenter comme Algérien alors que les médias arabes rappellent constamment qu’il est né à Toulouse, qu’il ne connaît strictement rien ni à la religion ni à la culture des mondes arabes et musulmans. Les uns et les autres se rejettent Merah comme une patate chaude. Les médias arabes refusent que l’on se serve de Merah pour jeter l’opprobre sur leur culture et faire le procès de leur religion. Quant à la France, elle est également gênée, tant le phénomène Merah met en lumière certaines failles de son modèle d’intégration.
Quant à Merah lui-même, c’est un peu l’incarnation du terroriste postmoderne, un paumé, un loser, une petite frappe fascinée par la violence, ayant de surcroît des antécédents psychiatriques et qui projette son mal-être dans des fantasmes contradictoires, voulant tantôt rejoindre la légion étrangère et tantôt assassiner froidement des militaires ou des enfants. D’après ce que l’on sait à ce stade, il ne rechignait pas à boire de l’alcool ou à faire la fête.
 Encore une fois, on voit que le côté religieux n’est qu’un habillage, que l’islam est instrumentalisé. 
Meriem Amellal : Tout dépend du point de vue. Les personnes qui suivent les courants islamistes pensent qu’il est musulman et qu'il est devenu un martyr. D’autres diront qu’il est algérien. Mais beaucoup préfèrent dire que c’est un tueur. Du côté de l’Algérie, la presse s’est faite l’écho de la population exaspérée par les précisions de l’origine de Mohamed Merah, notamment par le ministre de l’Intérieur français. Un mot d’ordre a été donné sur les réseaux sociaux pour préciser systématiquement l’origine hongroise  de Nicolas Sarkozy dans l’édition du lendemain. Cette proposition a rencontré un franc succès. Il faut aussi préciser que pour beaucoup d’Algériens Merah était français. Pour eux, il est "le pure produit" de la France. Et contrairement à ce qu’affirme Marine Le Pen, cet événement ne reflète pas l’échec de l’immigration mais celui de l’intégration.  
Comment l'assaut des forces spéciales françaises a-t-il été vécu ? 
Karim Emile Bitar : Sur l’assaut, les questions soulevées furent quasiment les mêmes que celles que l’on s’est posé en France. Quant à la réprobation, il n’y en a pas vraiment eu, puisque les questions sensibles (le symbole de Ben Laden, la souveraineté du Pakistan, etc…) étaient absentes.
Pensez-vous que cette affaire soit de nature à exacerber les haines entre le monde arabe et l'Occident ?
Karim Emile Bitar : Il est certain que cette affaire va conforter tous les préjugés ancestraux et apporter du grain à moudre à tous ceux qui s’en tiennent aux grilles de lectures culturalistes ou  identitaristes, ceux  qui estiment qu’il existe une essence islamique, une sorte de « gène de l’islam » et que la religion dont Merah se revendique est le facteur qui explique tout. Mais tous ceux qui creusent un peu plus le sujet, tous ceux qui refusent de voir dans la religion un sésame explicatif universel, tous ceux qui veulent aller au-delà des caricatures et du simplisme vont vite se rendre compte que Merah n’est nullement représentatif de « L’Orient »,  pas plus que le tueur norvégien Anders Breivik n’est représentatif de « L’Europe », pas plus que le sergent américain Robert Bales (qui a tué 17 civils dont des enfants en Afghanistan) ne représente « l’Occident. 
« Islam » et « Occident » sont des catégories génériques et englobantes qui obscurcissent la vision et n’expliquent rien. Chacune d’entre elle englobe tout et son contraire. Loin d’être les représentants de deux pôles opposés, Merah et Breivik sont en quelque sorte des jumeaux psychiques, des obsédés de l’identitaire qui sont mal dans leurs peaux à une époque caractérisée par une grande interdépendance entre cultures et civilisations. La haine antijuive de l’un nous rappelle la haine antimusulmane de l’autre, deux paranoïas, deux raisonnements binaires, deux simplismes.
Ce n’est pas en dissertant sur les relations entre l’islam et l’occident qu’on trouvera une explication à ces phénomènes complexes. Il serait plus judicieux d’affiner les analyses, d’étudier le rôle que jouent des pays comme l’Arabie Saoudite et le Pakistan, de se demander comment un citoyen Français né à Toulouse peut en arriver là, d’analyser les conditions géopolitiques, idéologiques et financières qui ont permis le développement du salafisme et du wahhabisme, et de combattre toute idéologisation du phénomène religieux. L’erreur à ne pas commettre est de militariser la « guerre contre le terrorisme », qui ne fait que nourrir et démultiplier le terrorisme. Ce combat pour être efficace doit être du ressort de la police et des services de renseignement. En France, nonobstant quelques failles ponctuelles, ces services font remarquablement bien leur travail et ont déjoué nombre d’attentats au cours des quinze dernières années.
Meriem Amellal : Pas plus qu’elles ne le sont déjà. Je pense qu’il ne faut pas s’interroger sur l’après Merah mais l’avant Merah. Comment est-il possible qu’un jeune Français, qui se sent français (ne se faisait-il pas appeler Youssouf al Farançi, ne voulait-il pas être enterré en France ?) ait basculé ? Comment expliquer qu’il ait été fasciné par des modèles politiques à l’opposé des principes de notre République ?  Indépendamment de son enfance difficile, car heureusement tous ces jeunes que l’on continue de qualifier, y compris, nous, médias, de "français d’origine", ne deviendront pas tous des Mohamed Merah.

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud,
Atalantico.fr, 29 mars 2012

01 avril 2012

Mais où est passé Stéphane Hessel ?

Le sourire du mois
- avril 2012


Sourire jaune vu l'actualité récente ... mais ce n'est pas un "poisson" en ce 1er avril: juste l'occasion de cracher notre mépris à cette "grande conscience" encensée par les médias, si bavard malgré son grand âge, et tellement silencieux quand cela l'arrange !

J.C