Notre radio

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23 décembre 2011

Joyeuses fêtes ... et rendez-vous le 1er janvier !



Comment souhaiter beaucoup de bonne choses à des amis lecteurs, qui sont probablement de toutes origines et religions - comme l'auditoire de Judaïques FM, qui est non juif à plus de 50 % d'après les enquêtes ?

La fin de cette année 2011 verra se rencontrer deux fêtes bien joyeuses : Noël pour les Chrétiens, bien-sûr, mais aussi Hanouka pour les Juifs, à partir du mardi 20 décembre et pendant huit jours. Et ensuite, sauf pour les plus orthodoxes - je n'ose écrire "intégristes" -, tous, Catholiques, Juifs, Musulmans, Athées, se retrouveront pour le réveillon du jour de l'an !

Alors, sapin de Noël ou chandelier de Hanouka ? Faisons plaisir à tout le monde, espérons qu'il neigera - pas trop -, et que vous pourrez vous amuser avec des bonshommes de neige comme ceux de cette illustration : en attendant, on pourra oublier un peu et la fréquence juive, et le monde musulman, sujet inépuisable. Mais surtout je pourrai me reposer un peu, avant de vous retrouver à la rentrée.

Bonnes fêtes à toutes et tous, et rendez-vous le 1er janvier 2012 !

J.C

21 décembre 2011

Un chercheur israélien invite les dirigeants juifs français à faire le choix d’un « judaïsme moins exclusif »

Dov Maïmon


« La culture juive semble avoir une place importante dans le monde intellectuel français, que ce soit au niveau littéraire, philosophique, cinématographique ou musical, et Paris s’est imposé comme un lieu de créativité juive. De plus, le monde religieux juif est en pleine effervescence. Nous trouvons tous les soirs plus de cent cours de Torah et de Talmud. Le 17e arrondissement à lui seul est le plus grand rassemblement de juifs d’Europe. Enfin francité oblige, Paris est devenu en vingt ans la capitale mondiale de la gastronomie cachère. »

C’est par ces mots que Dov Maimon, directeur de recherche au Jewish People Policy Institute (JPPI) a débuté son intervention le 20 novembre lors de la convention nationale du Conseil représentatif des juifs de France, et intitulée « Les juifs de France en 2030 ». Après cet état des lieux – « les juifs de France sont la troisième plus importante communauté juive au monde, après Israël et les États-Unis » –, le chercheur a bousculé son auditoire par deux constats.

Absence de projet

Contrairement aux « dirigeants américains, australiens ou anglais » qui « construisent des scénarios et proposent des plans d’intervention intégrés », « les juifs français sont inquiets pour le futur, se plaignent et critiquent les dirigeants, mais ne prennent que peu d’initiatives personnelles pour lancer des projets novateurs », a observé le directeur de ce centre de recherche basé à Jérusalem.
À la lumière des enquêtes statistiques dans différents pays d’Europe, d’Amérique et d’Océanie, il apparaît que « les Français en général, et les juifs français en particulier, ne se pensent pas dans 20 ans et un grand nombre n’est pas convaincu que leurs enfants continueront à vivre ici. Dans un tel contexte, il n’y a bien entendu pas de réflexion sur le long terme, pas de plans de carrière pour les cadres communautaires, pour les rabbins – et cela n’encourage pas les vocations des plus brillants de nos jeunes – et les organisations – toutes bien intentionnées – n’ont pas de projet commun. Les symptômes dont la rue juive se plaint (absence d’activités pour les 18-30 ans, manque de représentativité des institutions, guerres internes, absence de plans de carrière pour les professionnels, blocage des initiatives de terrain, désaffection de 70 % des jeunes) témoignent d’une absence de projet. »

Le problème des mariages mixtes

Surtout, le directeur du Jewish People Policy Institute regrette une « polarisation » de la communauté juive française. Les « juifs qui étudient le Talmud et qui fréquentent les synagogues sont de plus en plus nombreux – et on ne peut que se réjouir de ce revivalisme » mais  « ne totalisent qu’une petite minorité des 700 000 ou 500 000 juifs de France ». Les « juifs qui ont un lien même ténu avec la synagogue, à savoir ceux qui viennent à la prière de la Ne’ila du jour de Kippour » ne seraient que 150 000. À l’inverse, « les 80 % d’autres ne trouvent pas leur place dans les institutions ».
« Nos études, a affirmé Dov Maimon devant les responsables juifs de France, montrent qu’ils s’intéressent à leur identité mais veulent du judaïsme en environnement non-juif, ne veulent pas être séparés des non-juifs, et l’identité juive centrée sur le culte, la Shoah, l’antisémitisme et la défense d’Israël ne les motive que moyennement. Un grand nombre de jeunes juifs ont du mal avec ce modèle et à défaut d’une tente où on les accepterait tels qu’ils sont, ils choisissent par défaut ou par choix, l’assimilation. »

Le choix d’un judaïsme moins exclusif et plus diversifié

Pour le chercheur israélien, le choix de « privilégier le noyau communautaire au détriment des autres modes d’engagement juif », qui constitue le principe organisationnel qui régit les institutions juives de France, notamment depuis la création du Consistoire central israélite par Napoléon, « n’est pas forcément approprié à la postmodernité ».
« Ce modèle où les enfants de mariage mixte sont les laissés pour compte des structures éducatives juives était probablement adapté quand le taux de mariage mixte était infinitésimal mais cette politique est-elle adaptée aujourd’hui ? », s’interroge-t-il avant d’interpeller vigoureusement les dirigeants communautaires juifs : « Si aujourd’hui presque rien n’est fait pour les jeunes juifs de 18 à 35 ans, si l’on n’encourage pas ni ne finance les initiatives les plus audacieuses d’engagement juif nous avons toutes les chances de perdre les forces d’influence du judaïsme français ».
« Je noterais simplement que les communautés qui ont fait le choix d’un judaïsme moins exclusif et plus diversifié ces quinze dernières années, celles qui ont fait le choix de diversifier l’offre d’engagement juif et de faire de la place aux jeunes, ont vu leur taux de mariage mixte baisser », a conclu le chercheur.
Le Jewish People Policy Institute est un centre d’étude stratégique, basé à Jérusalem, qui se consacre aux problématiques liées à l’avenir du peuple juif. À la demande du premier ministre israélien, il a rédigé, « après de nombreuses interviews d’acteurs majeurs juifs issus du monde entier, un rapport pour essayer de voir ce que pourraient être en 2030 le peuple juif en général et le judaïsme européen aujourd’hui ». Le JPPI accompagne dans plusieurs grandes capitales des exercices de prospectives. Un groupe de ce type « se réunit depuis plusieurs mois » à Paris, a indiqué son directeur.

La Croix, 12 décembre 2011

Nota de Jean Corcos :
Cet article du quotidien catholique national peut sembler "décalé", sur le blog d'un journaliste juif dédié au monde musulman : et pourtant ...tout se tient. La même frilosité que dénonce ce chercheur israélien - par ailleurs religieux, et travaillant à l'Université Hébraïque de Jérusalem - se retrouve dans l'attitude vis à vis de l'islam français, ressenti en majorité et sans nuances comme d'abord une menace. Le fait de ne même plus se projeter dans l'avenir, qui est parfaitement diagnostiqué, s'explique par un défaitisme et une paranoïa difficile à combattre ; car le discours à la mode chez les Juifs français, c'est celui de "l'islamisation" programmée et inévitable de notre pays. Un discours dominant contre lequel je m'inscris bien entendu, et qui explique le libellé "à contre courant" associé à cet article !

19 décembre 2011

Rediffusion de mon interview de Richard Sitbon le 1er janvier

Serez-vous levés "aux aurores" le 1er janvier à 9 heures 30 ?

Oui, pour ceux qui n'auront pas réveillonné ... Dommage pour les autres, qui rateront la rediffusion de mon interview de Richard Sitbon diffusée le 18 septembre dernier.
Je vous en rappelle le sujet : "L'économie d'Israël et le Moyen-Orient", un entretien où mon invité a fait plein de révélations à mes auditeurs ! Cliquer sur son nom en libellé pour retrouver la présentation.

Hélas, nous avions un peu joué de malchance pour cet entretien, diffusé exceptionnellement à 10 heures 30 en raison des contraintes de l'actualité, puis "coupé" pour les dernières minutes : raison de plus pour entendre, cette fois, l'intégrale ! 

J.C

18 décembre 2011

Lettre aux salafistes égyptiens: «Que n’enterrez-vous vives les femmes pour avoir la paix ?»

En Égypte, la déferlante électorale islamiste a remis au centre du débat politique et social la question du statut des femmes et de leurs libertés. Nous reproduisons ici, traduit de l’arabe, cet article du quotidien égyptien Al Masri El Youm (12 décembre 2011) dans lequel l’écrivaine Fatma Naout s’élève contre l’« obsession du corps féminin » chez les salafistes. « Dans le cerveau d’un salafiste, y a-t-il autre chose que les femmes ? » s’interroge-t-elle.

« Si les femmes cessaient d’exister, les salafistes, de même, cesseraient d’exister », s’est exclamé un jour une médecin égyptienne (…). Habituellement, les êtres humains sont heureux d’être au cœur des discussions d’autrui. Ce n’est pas le cas des femmes avec les salafistes : elles se sont lassées d’être l’unique sujet de leurs thèses, leur obsessionnelle préoccupation. Toutes les fetwas salafistes consacrent une idée et une seule, que les femmes - et le simple bon sens – rejettent, à savoir qu’une femme n’est qu’un corps, une enveloppe charnelle non douée de raison, un instrument de plaisir, un foyer de tentation ambulant (…).

Allumez la télévision, sélectionnez n’importe quelle chaîne, à n’importe quel moment de la journée et vous verrez un salafiste épiloguer sur les bikinis, les shorts, les cheveux, et promettre d’apprendre aux touristes étrangères les bonnes mœurs, les vertus du voile sur cette terre vertueuse, notre terre. La vérité est qu’une touriste en short ne pense nullement à ce à quoi pensent les hommes atteints du syndrome de la « conscience hypertrophique du corps (féminin) ». (…) Tout ce qu’elle désire c’est communier avec la nature, que sa peau absorbe les rayons du soleil, source de vie. On retrouve ici toute une philosophie du retour à la nature, comparable à celle de la nutrition diététique à base de légumes et de fruits frais et non de conserves, de fritures et autres aliments cancérigènes, qui tiennent une bonne place sur la table des honorables Arabes. (…) Ce qui traverse l’esprit des hommes lorsqu’ils voient le corps  d’une touriste en short est le signe de maladies dont les femmes ne soupçonnent pas l’existence et, surtout, dont elles ne portent aucune responsabilité.

Une voiture nous sert de moyen de locomotion mais elle peut aussi écraser des enfants sur les routes. On ne peut, pour autant, interdire les voitures au prétexte qu’elles fauchent les jeunes existences. On peut, par contre, apprendre à bien conduire. C’est pourquoi l’islam nous recommande la pudeur, non pas d’ensevelir vives les femmes. Y a-t-il vertu sans lutte contre soi-même, contre la tentation du péché ? Soignez vos maladies, la concupiscence de vos hommes au lieu d’apprendre aux autres (…) à haïr la nature comme nous l’avons haïe (…) pour nous voir sombrer dans les fléaux du cancer, de l’insuffisance rénale, de l’hépatite, de l’ostéoporose, de l’obésité, des pathologies cardiologiques, des embolies cérébrales et autres maladies de ce tiers-monde qui fait ripaille de junk food et, apathique, se vautre des heures durant devant la télévision, qui hait la marche, la natation, bref toute pratique sportive et n’a pas plus de respect pour l’Autre qu’il n’en a pour la nature.

Il est vraiment triste que la vue des cheveux dévoilés d’une femme tourmente les salafistes alors que ne les tourmente point le spectacle d’un enfant fouillant, pieds nus, les poubelles, avec les chiens et les chats, à la recherche d’un quignon de pain. Nous ne les avons pas entendus émettre de fetwas en faveur des enfants errants qui bondent les rues d’Egypte et qui se reproduisent pour donner naissance à d’autres, comme eux prédestinés à la mendicité et à la délinquance. En revanche, on nous rebat les oreilles, jour et nuit, avec ces vociférations à propos des cheveux des femmes, de l’interdiction pour elles de porter des hauts talons, de l’impudeur de leur voix (sauf quand elles l’accordent à Hizb el Nour !), de leur incompétence, de la nécessite de les battre et de les rabrouer pour les garder sur le droit chemin.

Plus on est obsédé par une chose, plus on l’interdit, enseignait Michel Foucault. Les salafistes sont-ils si hantés par les femmes que leurs fetwas n’ont plus qu’elles pour objet ? N’y a-t-il rien, dans le cerveau d’un salafiste, sinon elles ? Messieurs les salafistes savent-ils combien de femmes, en Égypte, pourvoient aux besoins de leurs enfants, époux et parents ? Pourquoi vous échinez-vous à défigurer l’islam (…), à en donner une image aussi réductrice, comme si son message ne portait que sur les femmes, leurs cheveux et leurs corps ? Taisez-vous donc un peu, vos paroles vous condamnent et font offense à la vie. Ou alors enterrez vives les femmes pour que le monde n’appartienne  plus qu’à vous. Ainsi, trouveriez-vous la paix, enfin, et nous aussi.

Traduit de l'arabe par : Yassin Temlali
Source : site "Maghreb émergent", 14 décembre 2011

16 décembre 2011

Connaissez-vous ce charmant pays (suite) ?



La devinette du mois
- décembre 2011

Nouvelle devinette, dans la série inaugurée il y a quelques mois : il s'agit de deviner un pays musulman, d'après l'architecture, typique, de sa capitale ou d'une grande ville.

Celle-là est un peu difficile : une grande ville avec des buildings modernes, bâtie au pied de grandes montagnes où il neige en hiver ... on est loin du Maghreb, vous l'aurez deviné !
Comme d'habitude, e-mails bienvenus à l'adresse du blog : rencontre@noos.fr. Les centaines d'amis de mon réseau FaceBook pourront aussi répondre sur mon page, où je mettrai un lien. Le résultat sera donné avec la prochaine devinette, le mois prochain.

Quand à la devinette précédente, il s'agissait de Manama, la capitale de l’Émirat de Bahreïn, reconnaissable à sa célèbre "place de la perle", haut lieu de manifestations depuis le début de cette année. Un ami m'a écrit pour me dire qu'il avait trouvé ... comme pour la devinette précédente !

Petite info, pour finir : découvrant une nouvelle fonctionnalité sur blogger, je publie cette photo en "format extra large", et j'ai repris toutes les illustrations des devinette précédentes. Pour ceux qui aiment les voyages et qui ne partiront pas pour les fêtes de fin d'année, il est donc possible de feuilleter un bel album, simplement en cliquant sur le libellé "la devinette du mois 2011" en fin d'article ...

J.C

15 décembre 2011

Azerbaïdjan : assassinat d'un écrivain critique envers l’Islam, et visé par une fatwa iranienne


L'éminent journaliste et écrivain azeri Rafiq Tagi a été poignardé, il y a quelques jours, à Bakou, révèle Amnesty International. L’écrivain azerbaïdjanais été assassiné à Bakou.

L’attaque pourrait être liée à un article critique, qu’il avait publié en 2006, envers l'islam et Mahomet qui lui avait valu une fatwa de mort (un décret religieux).

Le fils de l'ayatollah iranien cheikh Mohammed Fazel Lankaranie,  qui avait émis la fatwa,  a félicité l'assassin de l’écrivain azeri. Le site de l’ayatollah Fazel Lankaranie a qualifie le meurtre de Rafiq Tagi, décrit comme un apostat, d’exécution et de juste châtiment. Le fils de l’ayatollah a  félicité le peuple d'Azerbaïdjan pour cet assassinat et s’est  réjouit que « la main d’allah se soit manifestée chez les musulmans et ait envoyé en enfer cet homme malfaisant qui a insulté le prophète ».
 «Une grande gratification sera assurément accordée par Le Tout-Puissant à celui qui a exécuté la sentence et fait plaisir aux musulmans. Les ennemis de l’islam doivent comprendre que les jeunes gens honorables ne laisseront personne dénigrer les valeurs saintes de l’islam et exécuter les intrigues de l'impérialisme mondial et du sionisme ; ils puniront pour leurs actes honteux tous ceux qui trahissent leur religion. Je rends hommage au monde musulman, et en particulier au peuple de l'Azerbaïdjan et à la mémoire de l'Ayatollah Uzma Lankarani - l'homme qui a émis la fatwa de mort contre l’impie», indique le  fils de l'ayatollah iranien  dans sa déclaration .(1)

Homme courageux  selon les avis de tous, Tagi  avait publié au début du mois de novembre 2011  un article qui critiquait vivement le gouvernement iranien et se moquait des menaces de Téhéran envers l’Azerbaïdjan. Il a toujours plaidé pour un Azerabaïdjan étroitement lié à l’Europe.

Le Président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, n’a pas encore réagit à l’assassinat de l’écrivain. Cependant  des graves conséquences  pourraient résulter sur les relations entre l’Azerbaïdjan et l’Iran. L’Iran qui  reste le principal État soutien du terrorisme s’était dissociée de ce crime. L'ambassade d'Iran à Bakou a nié toute implication dans l'assassinat. Selon les observateurs ce crime signale la présence en Azerbaïdjan d'agents iraniens prêts à commettre des assassinats et d’autres crimes.
Plusieurs rapports journalistiques  ont déjà  révélé les activités secrètes de l'Iran  en Azerbaïdjan  qui est des pays les plus stratégiques en cas d’éventuels attaques préventives contre l’Iran nucléaire.

Ftouh Souhail,
Tunis , le 6 décembre 2011


13 décembre 2011

Eugène Tommasi, peintre méconnu

Le mariage marocain,
toile de Eugène Tommasi

Une toile sur la Toile
- décembre 2011 

Quelqu'un connait-il Eugène Tommasi ?

Je sais seulement qu'il s'agit d'un peintre italien. Il a sans doutes vécu à la belle époque des orientalistes ... Mais rien sur sa biographie, ni en cherchant sur un moteur de recherche, ni sur Wikipedia : informations bienvenues, donc, à l'adresse du blog !

Sinon, j'avoue avoir été séduit à la fois par les couleurs et le mouvement des personnages. Une toile pleine de gaité, comme un mariage certes, mais qui fait aussi un peu oublier l'actualité bien agitée du monde arabe.

J.C

12 décembre 2011

"Il faut que le "printemps arabe" retrouve d'urgence un second souffle !" par Driss Ksiskes


Aujourd'hui en Tunisie, demain en Egypte, après-demain au Maroc et le surlendemain en Libye - si la charia n'en décide pas autrement -, plusieurs espèrent que les révolutions et semi-révolutions amorcées ici et là serviront de matrice fertile pour qu'y voie le jour la démocratie. Il est admis qu'octroyer un bout du gouvernail à des courants plus ou moins fondamentalistes est un passage obligé pour paver la route à la démocratie politique.

Mais face à ce mélange de cynisme et d'optimisme, plusieurs défenseurs de la démocratie montrent du doigt un paradoxe inquiétant. Comment accepter que cette rude bataille pour la liberté, la dignité et la pluralité, concepts déclencheurs du "2011 arabe" et matriciels pour instaurer une culture démocratique, profite à des courants politiques qui n'y adhèrent qu'à moitié, quand ils ne s'y opposent ? Dire cela ne saurait justifier une quelconque phobie révolutionnaire. Cela devrait, au contraire, aider à mieux préserver les acquis révolutionnaires des aléas qui les guettent.

Se référant à un tout autre contexte historique, Alexis de Tocqueville nous apprend que, autant les moments révolutionnaires sont chargés d'émotions et de surprises, autant les moments postrévolutionnaires sont plombés par moult raisons et contraintes qui réinvestissent les idées conservatrices et les refaçonnent dans un moule novateur.
La leçon de Tocqueville nous apprend que la révolution, même quand elle est réussie a priori, ne nous assure pas une rupture nette avec l'ordre ancien, autocratique. Certes, les moments révolutionnaires peuvent générer de nouvelles Constitutions, relativement plus équitables, ou des élections à même de faire émerger des élites plus représentatives.

Mais rien ne prouve, dans le cas des pays concernés, qu'ils peuvent garantir un exercice moins surveillé de la liberté, une pluralité sans centre autoritaire qui la phagocyte, ni même des canaux visibles de débat et de concertation qui n'excluent pas les marginaux et les bannis du système. Or, ne l'oublions pas, ce sont là les ingrédients déclencheurs de la flamme révolutionnaire ayant rendu possibles ces révolutions.
Il est donc clair que le renversement des autocraties politiques n'est pas une fin en soi et qu'il exige un second souffle, plus long, plus patient, capable de s'attaquer aux autocraties culturelles et religieuses. Celles-ci sont capables de se régénérer et surtout susceptibles de relégitimer autrement les autocraties politiques. Normal, elles en sont le foyer initial, si vivant depuis la mise à mort de la liberté d'interprétation des canons sacrés (al-ijtihad) dans le monde "arabo-islamique".

Clientélisme ambiant
Le 2011 arabe, qui a redonné espoir à nos sociétés et élargi la sphère publique en leur sein, peut très vite s'essouffler si une deuxième génération de révolutions, plus ritualisées, plus ancrées dans les pratiques sociales, ne voyait pas le jour. Celles-ci auraient pour mission de déconstruire les discours et agissements des notabilités dirigeantes ou expertes, des élites autosuffisantes, faussement modernistes, et des imams producteurs de fatwas.

Pourquoi ? Parce que chacune de ces forces inhibitrices peut faire main basse sur les nouvelles formes de gouvernance, d'information et d'orientation, pour imposer sa tutelle, morale ou intellectuelle, infantiliser les sociétés et limiter le nouveau périmètre de la liberté et de la justice décidé par le haut.

J'entends par là liberté d'opinion, d'expression et de conscience, comme j'évoque par le mot "justice" l'équité sociale, judiciaire, ethnique et culturelle. Car il serait périlleux que la démocratie représentative, déjà en crise là où elle est née (en Occident), engendre chez nous des majorités qui prennent en otage les droits et libertés de minorités d'appartenance ou de conviction qui ne feraient pas allégeance à l'idéologie dominante.

Je comprends ces libéraux ou laïques, hier du côté des rojos (socialistes et apparentés), qui appellent à voter vert (islamiste), arguant que ces derniers seraient les moins corrompus et les mieux à même de rompre avec le clientélisme ambiant. Mais j'ai plus de mal à comprendre la passivité de ces mêmes soi-disant "libéraux" qui ne montrent pas assez de détermination pour descendre sur le terrain défendre, face aux conformistes de tout poil, la modernité sociale et culturelle.
Normal, ils sont plusieurs, membres de l'élite, économique, intellectuelle, à avoir accepté, des années durant, une modernité tronquée, mièvre, contre un confort social protégé par des despotismes bienveillants.
Maintenant, ils n'ont plus le choix. S'ils favorisent la modernité politique, ils se doivent de se battre, par les idées, les propositions, la créativité, l'investissement et la participation citoyenne, pour que prenne racine dans le réel une modernité pleine et entière dans un espace public sécularisé qui n'exclue personne ni ne limite la liberté de quiconque.

En auront-ils le courage, la volonté ? J'en doute fortement. Et je crains, vu cette couardise ambiante, que la démocratie promise dans nos pays ne se transforme - si ce n'est pas déjà le cas - en slogan tapageur, vendeur, sans ancrage culturel, juste brandi à l'occasion de chaque passage aux urnes. La montagne des "indignés" aurait alors accouché d'une souris. Rien de plus !

Driss Ksiskes,
Le Monde, 26 novembre 2011


Depuis octobre 2002, il est rédacteur en chef du magazine "Tel quel" au Maroc
Driss Ksikes, écrivain et journaliste, rédacteur en chef du magazine marocain "Tel quel"

10 décembre 2011

Tunisie : l'hiver islamiste après la révolution de jasmin ? Shiraz Sayah sera mon invitée le 18 décembre

Manifestation de femmes tunisiennes
(photo Zoubeir Souissi, Reuters)

Nous allons revenir pour ma prochaine émission en Tunisie. Il y a en effet un an, le 17 décembre, un jeune marchand ambulant du nom de Mohamed Bouazizi s'immolait par le feu dans la région pauvre et oubliée de Sidi Bouzid, pour protester contre la persécution policière : en l'espace de quelques semaines, on allait voir quelque chose d'inouï, la première révolution populaire dans un pays arabe, révolution qui allait balayer en quelques semaines le régime dictatorial du président Ben Ali. Tous les observateurs, y compris la majorité des amis tunisiens avec qui j'ai conservé un contact continu, insistaient sur le caractère à la fois laïc, spontané et éloigné du spectre islamiste de cette révolution. Or quelques mois plus tard, à l'issue d'une période de transition finalement bien encadrée malgré quelques troubles, c'est le parti Ennahda (en arabe : "La Renaissance"), présenté aujourd'hui par les mêmes observateurs comme "islamiste modéré", qui a été le grand vainqueur des élections du 23 octobre, en obtenant environ 40 % des suffrages. Comment l'expliquer ? Pour en parler j'aurai le plaisir d'avoir mon invitée au téléphone depuis Tunis, il s'agira de Madame Shiraz Sayah. J'ai fait sa connaissance grâce à mon réseau FaceBook. Fille d'un ancien ministre connu du président Habib Bourguiba, elle faisait partie de l'opposition au régime de son successeur, et elle s'est réjouie de sa chute. Pourtant, dans un appel sous sa signature et que j'ai publié dans mon blog quelques jours après la fuite de Ben Ali, elle dénonçait déjà les intégristes, assimilés à l'extrême-droite, ainsi que l'extrême gauche, et elle disait : "Entre les deux, il y a cette majorité (silencieuse jusque là) démocrate, laïque, libérale, moderne qui est à l'origine de cette révolution. Cette révolution ne doit pas lui être usurpée." Que s'est-il passé ? 

Parmi les questions que je poserai à Shiraz Sayah :

- Plus de 100 partis politiques étaient en lice, or il était évident qu'avec un tel morcellement, les laïcs allaient être laminés face au mouvement Ennahda qui lui était très bien implanté. Résultat, les islamistes ont récupéré 90 sièges, seuls 3 autres partis en ont obtenu plus de 10, une quinzaine un seul siège et les autres aucun élu. Pourquoi cette division ? Était-ce du aux égos inconciliables de leurs leaders ? Et comment interpréter le fait que la moitié des citoyens n'aient pas été voter ?
- On connait les deux partis qui sont près à travailler avec Ennahda. D'un côté il y a le Congrès pour la République, dont le leader M. Moncef Marzouki est présenté, souvent, comme l'héritier du courant youssefiste, panarabiste et donc opposant virulent à la ligne du président Habib Bouguiba . De l'autre côté, il y a le mouvement Ettakatol, qui serait un peu l'héritier du courant ancien de M. Mestiri, c'est à dire l'aile gauche de l'ancien néo-Destour. Comment expliquez vous que des personnalités en théorie progressistes acceptent de travailler avec un parti religieux ?
- La question de fond, maintenant que Ennahda est arrivé au seuil du pouvoir, est de savoir si oui ou non ses leaders ont changé. Aujourd'hui, ils se présentent comme des "islamistes modérés", ils disent que leur modèle c'est l'A.K.P au pouvoir en Turquie. Alors on peut ressortir les déclarations anciennes de Rached Ghannouchi, rappeler par exemple qu'il réclamait la Charia comme constitution, ou qu'il se revendiquait de Sayed Qotb le théoricien des Frères Musulmans - d'ailleurs il a été accueilli triomphalement chez nous, en France, lors du meeting annuel de l'U.O.I.F qui est une émanation des Frères Musulmans. Alors, qui croire ? Et avez-vous des exemples précis et récents démontrant qu'ils n'ont pas changé ?
- On a appris que les principaux partis politiques tunisiens avaient décidé l'interdiction dans la constitution de toute "normalisation des relations avec l'entité sioniste". Alors outre la phraséologie utilisée - qui nous ramène des décennies en arrière, car enfin la Ligue Arabe a accepté le principe d'une paix avec Israël sous certaines conditions - on se demande si, indépendamment de relations diplomatiques pleines et entière qui ne peuvent pas être établies en ce moment, la Tunisie n'est pas en train d'insulter l'avenir. En plus, les citoyens juifs tunisiens qui ont de la famille en Israël, ou leur propre familles là-bas qui revenait au pays pour des pèlerinages, vont avoir peur de se réunir : qu'en pensez-vous ?

Un sujet qui me tient particulièrement à cœur, puisqu'il s'agit de mon pays natal ... et qui, je l'espère, vous intéressera aussi : soyez nombreux à l'écoute !

J.C



09 décembre 2011

Comment le Qatar a acheté la France (et s'est payé sa classe politique)

 Hamad Bin Khalifa Al-Thani  et Ségolène Royal lors d'un forum  «Démocratie, Développement et libre échange» à Doha, en avril 2008. REUTERS


Le Qatar qui vient de racheter la majorité du capital du PSG, qui intervient militairement aux côtés des Occidentaux en Libye et qui organisera la Coupe du monde de football en 2022 est à peine un Etat. Etabli sur une petite presqu'île de 11.437 km2, un peu plus grande que la Corse, à l'est de l'Arabie saoudite, son territoire désertique est invivable l'été quand les températures oscillent entre 40 et 50 degrés.
L'émirat a obtenu son indépendance en 1971. Il compte 1,5 million d'habitants dont 200.000 seulement sont des citoyens qataris. Leur revenu par tête est tout simplement le plus élevé de la planète. Ils ne payent pas d'impôts, disposent de transports et d'un système de santé gratuits et pour la plupart n'ont tout simplement pas besoin de travailler, la main d'œuvre immigrée est là pour cela.
La vraie raison de la notoriété et du poids économique et politique de ce micro Etat se trouve sous la terre et sous la mer: le pétrole et plus encore le gaz naturel dont ce pays est le troisième producteur au monde. Cela permet au Qatar de gérer le plus grand fonds souverain de la planète, QIA (Qatar Investment Authority), dont les avoirs des différentes entités approchent les 700 milliards de dollars. Les Qataris sont riches à la naissance et assez rapidement inquiets.
Alternance de coups d’Etat
Leur obsession est de préserver et protéger ce qu'ils ont, c'est-à-dire l'indépendance et l'existence même d'un Etat féodal dirigé par un émir qui change au gré des coups d'Etat. Le dernier en date, en juin 1995, a permis à l'actuel émir, Hamad bin Khalifa al-Thani, de déposer son père qui était en vacances en Suisse et qui lui-même avait chassé son cousin du pouvoir en février 1972.
Il a failli y avoir un autre coup d'Etat en juillet 2009, mais il a échoué. «Les Qataris s'achètent en permanence des assurances-vie ou ce qu'ils croient être des assurances-vie, explique un banquier français installé depuis des années à Doha, la capitale de l'émirat. Ils ne font pas dans la finesse et dans la subtilité, mais ils sont très forts. Ils pensent non sans raison que tout s'achète.»
La survie étant sa préoccupation permanente, le Qatar cherche sans cesse des alliés, des obligés et toute forme de reconnaissance: diplomatique, économique, financière, et sportive... Il est le conseiller, le financier, le partenaire, l'intermédiaire de tout le monde ou presque: des Etats-Unis et d'Israël, de l'Arabie saoudite et de l'Iran, de l'Autorité palestinienne, du Hamas, de la Grande-Bretagne, de la France, de la Syrie, du Liban…
Le Qatar a eu l'habileté de se doter d'une arme de politique internationale exceptionnelle, la chaîne de télévision d'information continue la plus influente du monde musulman, al-Jazeera. Elle couvre tous les pays, sauf un… le Qatar. Et sa bienveillance plus ou moins grande avec les régimes dépend aussi parfois des intérêts de l'émir comme le montrent certaines dépêches secrètes, révélées par Wikileaks, de la diplomatie américaine.
L’addition des biens acquis ne gêne personne
Dans la stratégie d'influence du Qatar, la France occupe une place à part. D'abord parce que les Qataris la connaissent très bien: ses institutions, son personnel politique, ses entreprises, ses forces et ses faiblesses. Ils viennent pour bon nombre d'entre eux en France tous les étés quand ils fuient les grandes chaleurs. Le Qatar aime tellement la France, qu'il a décidé de se la payer... au sens propre.
De se payer sa classe politique, ses grandes entreprises, sa fiscalité, ses grandes écoles, son patrimoine immobilier, ses footballeurs… Et cela ne semble gêner personne. La simple addition des liens établis en France par le Qatar et des intérêts acquis a pourtant de quoi inquiéter.
Car le Qatar n'est pas vraiment un pays fréquentable. C'est une monarchie absolue construite sur une rente. Il n'y a pas de partis politiques et encore moins de démocratie. Le régime de l'émir est fragile même si les révolutions arabes semblent ne pas l'avoir affecté. Il est très difficile d'obtenir des informations sur la tentative de coup d'Etat de juillet 2009. Des militaires de haut rang alliés à une puissance étrangère auraient été arrêtés avant de passer à l'acte.
Doha fait preuve d'une attitude pour le moins ambiguë à l'égard de l'islamisme chiite iranien et plus encore sunnite. C'est le seul pays wahhabite en-dehors de l'Arabie saoudite. C'est un pays où plus des trois quarts des résidents ne sont pas des nationaux et où les minorités iranienne, chiite, pakistanaise, immigrés de pays arabes, pourraient un jour se révolter, prendre le pouvoir, agir pour une puissance étrangère.
Alors Doha tente de jouer un jeu diplomatique subtil consistant à être dans tous les camps en même temps. En février 2010, le Qatar aurait signé un pacte de défense avec la Syrie et l'Iran tout en ayant sur son sol une base militaire américaine depuis la première guerre du Golfe.
Le Qatar a été l'organisateur avec le président syrien Bachar el-Assad, de la visite triomphale de Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, au Liban en juillet 2010. L'émir du Qatar s'est rendu en Israël lors d'une visite secrète en mars 2010. Et selon toujours des sources Wikileaks, le Qatar fait preuve d'un considérable laxisme concernant le financement du terrorisme à partir de son sol.
Tout cela n'empêche pas nos hommes et nos femmes politiques de se succéder en rangs serrés au Qatar. On peut citer pêle-mêle parmi les habitués des séjours à Doha: Dominique de Villepin, Bertrand Delanoë, Philippe Douste-Blazy, Rachida Dati, Ségolène Royal, Fadela Amara, Claude Guéant, Jean-Louis Debré, Gérard Larcher, Hubert Védrine, Frédéric Mitterrand, Hervé Morin, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Baudis, Jack Lang…

Un pays pas fréquentable, mais très fréquenté par les politiques français

Trois semaines après son élection en 2007, le premier chef d'Etat arabe reçu à l'Elysée par Nicolas Sarkozy était l'émir Hamad bin Khalifa al-Thani. Un mois et demi plus tard, le 14 juillet 2007, il assistait au défilé sur les Champs-Elysées au côté du président de la République. Les liens étroits tissés par Nicolas Sarkozy avec l'émir quand il était ministre de l'Intérieur et faisait former les forces de l'ordre qataries ont été fructueux.
Cela s'est traduit, pour la partie visible, par le rôle déterminant du Qatar dans la libération en juillet 2007 des infirmières bulgares détenues en Libye par Kadhafi et plus récemment par la participation symbolique du Qatar à l'intervention militaire occidentale contre le même Kadhafi, seul pays arabe à le faire.
Illustration toutefois du double jeu permanent du Qatar, l'émirat a aussi joué un rôle dans l'affaire al-Megrahi, la libération en août 2009, soi-disant pour raisons médicales, de l'un des auteurs libyens de l'attentat de Lockerbie.
Parmi les actuels et anciens membres du gouvernement, Claude Guéant en tant qu'envoyé spécial de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati dont la sœur travaille pour le procureur général du Qatar et Fadela Amara ont multiplié les voyages dans l'émirat. A une époque, quand elle était Garde des sceaux, Rachida Dati se rendait jusqu'à deux ou trois fois par mois au Qatar.
Le Qatar soigne Sarkozy, mais pas seulement: des proches de Chirac (qui en tant que président de la République s'était rendu 9 fois en visite officielle à Doha) et des socialistes bénéficient aussi de son attention et de ses faveurs.
Le Qatar est le principal client du cabinet d'avocat de Dominique de Villepin. Le contrat stipulerait que les déplacements de l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac à Doha se font dans les avions de l'émir. Ségolène Royal s'est elle vu offrir un dîner en son honneur à l'ambassade du Qatar le 27 mars 2008.

La bataille d’Areva et les réseaux Sarkozy

Autre démonstration du poids de l'émirat dans la vie politique française, il a obtenu le vote à l'Assemblée et au Sénat au début de l'année 2008 d'un statut fiscal exorbitant pour ses investissements en France. Les investissements immobiliers ne sont pas imposables sur les plus-values et les résidents qataris en France ne payent pas l'ISF pendant leurs cinq premières années de présence. Le groupe d'amitié entre la France et le Qatar compte 49 députés à l'Assemblée nationale...
Le Qatar a passé des accords de défense avec la France qui assure la formation des marins de sa flotte de guerre et de ses policiers et lui a fourni une grande partie de son matériel militaire, notamment des mirages 2000. Le Qatar a obtenu ou veut obtenir l'ouverture d'antennes à Doha de quelques-unes de nos plus prestigieuses grandes écoles comme HEC, Saint-Cyr ou l'Ecole nationale de la magistrature.
Les grandes entreprises françaises sont évidemment très présentes à Doha, notamment dans la défense et l'énergie: Total, GDF-Suez, EDF, Veolia, Vinci, Air Liquide, EADS, Technip… ont raflé des contrats importants. Mais le Qatar est aussi et avant tout un investisseur. Le fonds souverain du Qatar est actionnaire ou cherche à le devenir, de groupes stratégiques comme Lagardère (défense et presse), Veolia environnement (services collectifs), Suez (énergie, services collectifs), Vinci (BTP), et du coté des tentatives répétées CMA CGM (shipping) et surtout Areva (nucléaire).
La partie qui s'est jouée il y a quelques mois autour du capital d'Areva illustre bien le poids et l'ambition des Qataris en France et la façon dont ils procèdent et dont leurs réseaux fonctionnent. En l'occurrence, ils ont joué sur les liens étroits et anciens entre Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée, François Roussely, président du Crédit Suisse France et Henri Proglio, PDG d'EDF et proche de Nicolas Sarkozy.
Ces trois hommes se connaissent très bien. François Roussely a précédé Claude Guéant à la direction de la police nationale et Henri Proglio à la présidence d'EDF. François Roussely a été chargé par le gouvernement de rédiger un rapport sur l'avenir du nucléaire et, ce qui ne semble gêner personne, conseille le Fonds souverain du Qatar qui est client et actionnaire du Crédit Suisse et souhaite ardemment entrer dans le capital d'Areva.

Paris, la tête de pont qatarie

Il a fallu une intervention conjointe du Premier ministre François Fillon, de la ministre de l'Economie Christine Lagarde et d'Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva, pour empêcher in extremis l'entrée à la fin de l'année 2010 du Qatar dans le capital du fleuron français du nucléaire.
«Avec les Qataris, c'est toujours du donnant-donnant, explique sous le couvert de l'anonymat un Français qui a longtemps vécu au Qatar, connaît bien la famille régnante et a vu défiler à Doha une bonne partie de la nomenklatura française. Parfois, il y a un grain de sable in extremis comme dans l'affaire Areva, mais c'est l'exception, ils préparent bien leurs coups.»
L'immobilier donne également une bonne mesure de l'influence qatarie. L'émir possède un palais de 4.000 m2 à Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine) et l'hôtel d'Evreux, place Vendôme ainsi que deux autres hôtels particuliers attenant. Le fonds souverain détient à Paris des hôtels de luxe (Majestic et Royal Monceau).
Mais ce sont les travaux du frère de l'émir lors de la restauration de l'hôtel Lambert, joyau du XVIIe siècle situé sur l'île Saint-Louis, racheté en 2007 aux héritiers du baron Guy de Rotschild, qui ont fait un peu de bruit. Des travaux considérables et illégaux qui ont provoqué une polémique. Pour y mettre fin, Christine Albanel, alors ministre de la Culture, n'avait pas saisi la Commission nationale des monuments historiques, mais un Comité scientifique… créé spécialement.
Et pour finir donc le sport et le football qui pour le Qatar semblent être le moyen idéal pour obtenir enfin la reconnaissance et le statut qu'il cherche frénétiquement. Le recrutement de Zinedine Zidane pour plusieurs millions d'euros afin vanter les mérites de la candidature à la Coupe du monde de football de 2022 du plus petit pays au monde l'ayant jamais organisé — qui ne s'est jamais qualifié pour cette compétition et de surcroit à un climat inadapté à la pratique de ce sport en été… — a été couronné de succès.
La controverse qui a suivi et les lourds soupçons de corruption de la Fifa n'y ont rien changé. Après le Royaume-Uni, l'Allemagne à son tour vient pourtant de contester le choix du Qatar et demande que la candidature soit rééxaminée. Peu probable.
L'intérêt du Qatar pour le football ne s'arrête pas à l'organisation de la Coupe du monde et à l'achat pour ses clubs de joueurs européens en fin de carrière payés à prix d'or. Les clubs de football européens deviennent aussi des proies, celui de Malaga en Espagne, le FC Barcelone dans une moindre mesure, et donc maintenant le Paris Saint-Germain, le seul grand club de la capitale française dont Nicolas Sarkozy est un supporter affirmé. Il se dit de façon insistante que l'Elysée n'aurait d'ailleurs pas ménagé ses efforts pour convaincre l'émir de donner au PSG les moyens de nouvelles ambitions. Mais quelle en sera la contrepartie?

Eric Leser
Slate.fr, le 6 juin 2011

08 décembre 2011

Nigeria : la secte islamiste qui fait peur

Victimes de la secte des Boko Haram (Nigeria)


C'est l'un des pires cauchemars des services de renseignement. Et il est en train de se matérialiser. Au Nigeria, la secte islamiste Boko Haram (ce qui signifie "l'éducation occidentale est un péché" en haoussa) est en train non seulement de monter en puissance et de se radicaliser, mais surtout de devenir un centre puissant de l'arc du terrorisme qui va de la Mauritanie à la Somalie.

Ainsi Abdelkader Messahel, le vice-ministre algérien des Affaires maghrébines et africaines, vient de révéler ce que beaucoup d'experts craignaient : ce mouvement armé, né dans le nord-est (musulman) du pays le plus peuplé d'Afrique (160 millions d'habitants), a tissé des liens avec les milices islamistes somaliennes shebab, adeptes de feu Ben Laden, mais aussi avec le groupe salafiste Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), dominé par les anciens du GIA algérien et actif en Algérie et dans le Sahel. ""Nous avons acquis la certitude qu'il y a coordination entre Boko Haram et Al-Qaida", a déclaré mi-novembre le vice-ministre.

Des liens avérés avec Al-Qaïda
Les preuves ? Les enquêteurs ont fait "parler" les téléphones portables trouvés sur les dépouilles des tués lors de l'affrontement armé du 8 janvier dernier après la prise en otage de deux jeunes Français au Niger (qui s'était soldée par la mort des deux hommes). Ils ont retrouvé la trace d'un intermédiaire entre Boko Haram et Aqmi, déjà répertorié par les services de renseignement.
L'enquête a aussi révélé qu'un Nigérien, déjà soupçonné de connivence avec les ravisseurs, avait fait ses études à Maiduguri, une ville du nord-est du Nigeria réputée être une des bases stratégiques de la secte Boko Haram. Ces liens avérés expliqueraient, selon les experts, la radicalisation de la secte nigériane qui recourt désormais à des attaques suicides alors qu'elle se contentait jusqu'à récemment d'attentats à l'explosif. Ainsi, le 26 août dernier, visant pour la première fois la communauté internationale, un kamikaze de Boko Haram au volant d'une voiture piégée percutait le bureau des Nations unies à Abuja, la capitale du Nigeria, faisant plus de 20 morts.

Les morts se comptent par centaines
Lors des attaques régulièrement lancées par la secte contre des commissariats, des églises ou des prisons dans le nord, les morts se comptent par centaines. Outre la montée de la violence, le développement de la nébuleuse terroriste d'Al-Qaida hors du Sahel inquiète car il correspond au retour des combattants subsahariens (pro-Kadhaf) de Libye, ainsi qu'à l'arrivée d'armes lourdes en provenance des arsenaux pillés de ce pays.

En visite en novembre au Nigeria, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a fait une offre de coopération aux autorités nigérianes dans le cadre de la lutte antiterroriste. Donnée pour mourante par certains experts, la nébuleuse Al-Qaïda n'a peut-être pas dit son dernier mot.

Jean-Baptiste Naudet
Le Nouvel Observateur, 24 novembre 2011

07 décembre 2011

L'exode des Chrétiens d'Orient

Cliquer sur l'image pour agrandir

Une illustration vaut mieux qu'un long discours ... sur cette carte, publiée sur le site de l'hebdomadaire "Paris-Match", les pourcentages de Chrétiens dans les populations des principaux pays à majorité musulmane du Moyen-Orient ; pourcentages actuels, comparés à ceux (fond rouge) à ce qu'ils étaient au début du siècle dernier.
Quelques commentaires :
- la population copte d’Égypte semble rester enracinée dans le pays ; d'après Chérif Amir, universitaire égyptien qui a été dernièrement mon invité à la radio, ils seraient nettement plus de 10 % ;
- stabilité aussi en Jordanie, où la monarchie hachémite protège cette minorité ;
- par contre, chute nette au Liban, où les Chrétiens ont perdu leur domination politique ; en Syrie, où le différentiel démographique joue à plein en faveur des Musulmans - en attendant, peut-être, un exode important lorsque le régime s'effondrera ;
- forte diminution aussi chez les Palestiniens, liée à l'explosion démographique des Musulmans, en particulier chez les descendants de réfugiés ;
- et enfin - effet surtout du génocide arménien, puis de l'expulsion des Grecs dans les années 20 - quasi extinction de la minorité chrétienne en Turquie. 

J.C 

05 décembre 2011

L’islamisme modéré : un leurre ?


En Tunisie, au Maroc et certainement en Égypte avec des pourcentages plus importants encore, les islamistes sont les grands gagnants de ces premières élections libres. L’ouverture démocratique leur permet de tirer avantage de leurs actions caritatives à l’égard des plus pauvres, des moins instruits au sein de leurs  populations respectives, mais aussi d’une opposition sans compromission à l’égard des dictatures. Pour cela ils ont été torturés, emprisonnés pendant de longues années ou même assassinés : mais ils ne luttaient pas en faveur de la démocratie, mais en faveur d’un régime islamiste.  Les "printemps arabes"  leur ont permis de sortir de la clandestinité ou d’une semi clandestinité et de réapparaître au grand jour. Ils étaient les mieux organisés, ils disposaient de moyens financiers importants, ils ont donc pu être présents  dans toutes les circonscriptions, contrairement à ceux qui avaient été à l’initiative des révolutions, et qui inorganisés, sans expérience et sans moyens financiers,  se sont lancés dans la bataille électorale en rangs  dispersés.  Les partis islamistes ont su aussi attirer à eux des franges de la société qui ne leur étaient pas naturellement favorables, en se réclamant d’un programme qui respecterait le pluralisme démocratique et les libertés.
S’ils sont les grands vainqueurs  dans tous ces scrutins, ils ne disposent pas pour autant de la majorité absolue et sont donc obligés de former des gouvernements de coalition avec des partis démocratiques. Je vais m’attacher à examiner, particulièrement,  la situation en  Tunisie, parce que dans ce pays, contrairement au Maroc et à l’Égypte, il n’y pas de roi ou d’armée pour interférer avec le  fonctionnement démocratique. C’est là qu’on pourra le mieux mesurer la sincérité des islamistes, leur volonté réelle de respecter les libertés démocratiques et vérifier si les soupçons de double jeu sont fondés ou non.  

Rached Ghannouchi le chef d’Ennahdha, le parti qui va former le prochain gouvernement, a déclaré, je cite, « Ennahdha va laisser aux gens leur liberté totale : libres dans leur vêtements, libres dans ce qu’ils mangent et boivent. Il est du droit de la femme de se vêtir comme elle veut. Le double langage ne mène pas loin. Ceux qui le pratiquent finiront par être démasqués. Et d’ailleurs très rapidement, puisque les Tunisiens retourneront aux urnes dans un an. Je le répète donc pour la millionième fois : il n’y aura aucun retour en arrière quant aux droits acquis, aucune remise en question du code du statut personnel ».

Cela semble clair et net, mais de la parole aux actes, il y a souvent un gouffre dans lequel vont s’abimer les meilleures intentions, d’autant que Rached Ghannouchi n’occupera pas de poste de responsabilité. Je ne pense pas que des décisions gouvernementales ou constitutionnelles puissent être adoptées pour remettre en cause les libertés dont jouissent les tunisiens et en particulier les femmes. Par contre les islamistes, pourraient faire pression au sein de la société civile pour vider de leur contenu ces libertés et les rendre obsolètes.   Des «  étudiants » tunisiens ont séquestré le Doyen d’une  Faculté en exigeant de lui : 
 - Qu’il transforme une partie des locaux de la Faculté en mosquée
- Qu’il soit, pour donner l’exemple en sa qualité de Doyen, présent tous les jours, à la première prière du matin.
- Qu’il mette fin à l’interdiction du voile islamique pendant les cours et les examens.
- Qu’il mette à l’étude les conditions d’abolition de la mixité dans les cours et qu’il institue le monopole de la langue arabe pour les thèses.
Voila ce que, déjà, certains en viennent  à réclamer  à Tunis. L’information a pu circuler, mais que se passe-t-il dans les autres villes ou les villages de Tunisie ? Les gouvernements dirigés par les islamistes  éviteront bien sur d’édicter des lois qui les mettraient en porte à faux par rapport à leur discours démocrate-islamique, mais ils pourraient soutenir, encourager une islamisation rampante, « volontaire » de la société.

A propos des bars et de la consommation d’alcool, le même Ghannouchi disait il y a quelques années «  les bars fermeront quand ils n’auront plus de clients, cela ne se fera pas du jour au lendemain, ce sera peut être l’affaire d’une génération. L’objectif n’est pas tant l’interdiction que la suppression de la demande ». Ce  propos illustre bien ce que serait la stratégie des islamistes « modérés » pour arriver à leurs fins. Les démocrates, les modernistes, les laïques ont une année devant eux pour convaincre les Tunisiens, y compris ceux qui vivent en France et qui ont voté Ennahdha, que  dans "démocrate- islamique", il faut privilégier démocrate.

Gérard Akoun 
Judaïques FM  94.8, le 1er décembre 2011

Nota de Jean Corcos :
Le Doyen de Faculté dont parle Gérard Akoun est une personnalité que mes auditeurs connaissent bien, puisqu'il s'agit du professeur Habib Kazdaghli que j'ai eu souvent à mon micro, et la dernière fois juste après la révolution tunisienne (cliquer sur son nom en libellé). Je profite de cet article pour lui exprimer solidarité et soutien, alors qu'il a subi et risque de subir la violence des salafistes.     

04 décembre 2011

L'automne islamiste, par André Nahum

André Nahum

Introduction :
Je reprends sur mon blog le billet de mon ami André Nahum, lu au micro de notre station mercredi dernier. Demain, je publierai, sur quasiment le même sujet, l'édito de mon autre collègue et ami de la radio, Gérard Akoun. Les deux partagent mon inquiétude, notre inquiétude à tous ... mais en même temps, en lisant entre les lignes, vous reconnaitrez les différences à la fois d'analyse et de tempérament, le second étant un peu plus optimiste que le premier : bonne lecture, et faites-vous une opinion !
J.C

Il est là, il est bien là l’automne islamiste et l’on tremble en pensant à ce que pourrait être son hiver.

Au fur et à mesure que les dirigeants des pays arabes tombent les uns après les autres, on assiste à la résistible ascension des mouvements intégristes dits “modérés”.

Cela a été vrai en Tunisie, pays le plus ouvert et le plus éclairé du monde arabe où le parti Ennahda fait plus de 41 % des voix et dirigera le prochain gouvernement, cela est vrai au Maroc où “Justice et développement” est arrivé en tête aux élections législatives, cela sera probablement vrai demain en Égypte où les différentes manifestations avec leurs slogans anti-juifs et anti-israéliens ne laissent présager rien de bon.

A qui le tour maintenant ?

Libye ? Syrie ? Jordanie ?

Sans parler du Liban, déjà tombé dans l’escarcelle de l’Iran par Hezbollah interposé.
Si au Maroc on peut espérer que le roi est en mesure de contenir les appétits de ses intégristes, quid en Tunisie et en Égypte ?

Il y a deux ans je me suis rendu à Tunis sans problème avec mon passeport recouvert de nombreux tampons israéliens et j’ai eu l’agréable surprise de trouver dans mon hôtel un important groupe de touristes israéliens reçus avec chaleur.

Mais c’était hier.

Aujourd’hui on laisse entendre qu’il sera spécifié dans la nouvelle constitution que la Tunisie ne reconnaitra jamais “l’entité sioniste” et que toute relation de quelque nature que ce soit avec elle sera strictement interdite et durement sanctionnée.

Le numéro deux de Ennahda n’a-t-il pas déclaré récemment qu’ils allaient délivrer Jérusalem et détruire Israël ?

Pourtant des forces laïques et démocrates existent.

Lorsqu’il y a peu, des centaines de manifestants, filles en niqab , garçons en Kamis (tuniques) et barbes, ont envahi les locaux de l’Université de la Manouba en criant « Allah Akbar » pour réclamer le droit des filles en niqab à passer leurs examens, la non-mixité des cours et l’interdiction pour des professeurs hommes ou femmes d’enseigner au sexe opposé, ils se sont heurtés à d’autres étudiants aussi déterminés qui lançaient : « islamiste, dégage ! ».

En Égypte, on ne rêve que de dénoncer le traité de paix avec Israël, on hurle “mort aux Juifs” et “mort à Israël, on sabote pour la neuvième fois dans un Sinaï hors contrôle, le gazoduc qui fournit le gaz à l’état hébreu comme d’ailleurs à la Jordanie.

Oui, une puissante lame de fond, un tsunami, submerge l’ensemble du monde arabo-musulman, risquant de balayer sur son passage les opposants à l’Islam intégriste si on ne leur vient pas en aide.

En face, une Amérique résignée et une Europe en miettes auxquelles l’Histoire n’a rien appris, sont prêtes à composer en toute bonne conscience avec les islamistes, du moment qu’ils se proclament “modérés”, feignant d’ignorer que le danger est là, présent et réel, même si le loup est déguisé en agneau.

Le nier, revient comme dit le proverbe, à vouloir cacher le soleil avec un tamis.

Ce ne serait pas la première fois !

André Nahum,
Judaïques FM, 30 novembre 2011