Notre radio

Notre radio

30 octobre 2009

"Le verrou de l’Asharisme", par Bernard Botturi, 2/3 : choc des civilisations et réaction

Le choc des civilisations :
Rappelons que l’empire arabe avait annexé des villes prestigieuses : Damas, Antioche et Alexandrie, foyers de grandes traditions théologiques chrétiennes et dépositaires de la science helléniste ; Nisibe, Soura, Poumbedita, Mahoza, Bassora, Bagdad, où se situaient les grandes académies juives qui ont finalisé le Talmud, élaboré le Midrash Rabba, les grands corpus halakhiques. Les nouveaux membres de l’Empire, ne voulant point renoncer à leur culture d’origine, se mirent à traduire leurs livres, notamment ceux de la culture grecque et helléniste : Platon, Aristote, Plotin, Proclos, Porphyre, Théophraste, etc. La diffusion de la culture grecque suscita un engouement dans l’ensemble de la communauté musulmane, engouement qui, dans ses applications, remettait profondément en cause l’ordre islamique.

La querelle mutazilite :Le mouvement qui formalisa de façons diverses l’intégration de la philosophie grecque à l’islâm et menaça les fondements de la Sunna fut l’école mutazilite.
Le point de départ fut l’affirmation du libre examen personnel et celui qui lui est corrélatif, le principe du libre arbitre. Les Mutazilites commencèrent à remettre en question les attributs anthropomorphique de Dieu présents dans le Coran (mains, pieds, yeux, oreille, bouche, visage, etc.), en effet si Dieu est « l’Un » absolu, transcendant à tout ce qui est créé, auquel on ne peut rien attribuer qui relève de la création, alors ces attributs doivent être interprétés de façon symbolique, allégorique. La nature de Dieu, parce que transcendante, est inconnaissable, son essence est ineffable on ne peut connaître Dieu que par son existence, ses manifestations ; de sa quiddité on ne peut rien dire, mais en revanche il est possible de parler de sa quoddité en tant que Dieu Créateur. Dieu en tant qu’essence transcendantale, spirituelle ne peut être vu, la vision béatifique promise est à comprendre de façon symbolique, nul ne peut voir Dieu.
Parce que Dieu est l’absolu auquel on peut rien associer, le Coran parce que parole et écrit relevant de la matérialité ne peut être incréé, il s’agit d’une parole, d’écrits créés. Cette affirmation fut une bombe dans le monde musulman, car cela entraînait le fait qu’il ne pouvait y avoir d’égalité, d’identité entre le Coran et la pensée divine ; la pensée divine ne pouvait être prise par un texte, résider dans un texte, le vouloir dire divin était au-delà de l’écrit, insaisissable, donc pour comprendre le vouloir dire divin il est nécessaire d’interpréter le texte, de le casser en tant que texte pour l’ouvrir à diverses possibilités de significations.
Thèse qui ouvre bien sûr la voie au libre examen. Mais le libre examen n’est possible que s’il y a libre arbitre, ce qui allait contre la thèse de prédestination contenue dans le Coran. Pour les Mutazilites, Dieu étant le bien souverain ne peut vouloir le mal, le mal ne peut être que l’oeuvre des hommes, donc l’homme a reçu de Dieu la faculté de poser des actes libres. Si l’homme a été créé libre, alors il est responsable de ses actes et devra en répondre dans l’au-delà.
Thèse qui va à l’encontre du fidéisme du Coran qui promet à tout croyant le paradis, quelle que soit la nature de ses actes. Mais si l’homme est capable d’actes justes, généreux, l’infidèle qui pose de tels actes peut-il être condamné à l’enfer éternel ? Ses actes parce que justes ne font-il pas de lui un musulman en tant qu’observant les prescriptions de justice divine ? Thèse qui remettait en cause une des affirmations mille fois répétées dans le Coran à savoir que le non musulman est voué à l’enfer.
Les diverses thèses Mutazilites furent perçues non seulement comme une subversion de l’islâm, mais aussi comme une remise en cause de l’omnipotence du Califat et de l’autorité de la Sunna (règles de conduites dérivées du Coran, des Hadiths, des Khabars, des Fiqhs adoptées par consensus par les imâms, Muphtis et Ulémas).
La réaction fut aussi radicale que sanglante, l’orthodoxie sunnite s’appuiera sur une union de l’école hanbalite et de celle de « l’Asharisme ».

L’Asharisme :
Du nom d’Abu Hassan Al Ashari (874 - 935) fut l’école qui servit de réfutation du Mutazilisme. Ashari, face à la déferlante mutazilite, va réhabiliter la doctrine traditionnelle par un retour au Coran et à l’enseignement des Compagnons du Prophète. Il va détruire l’exégèse allégorique et symbolique, en insistant sur le fait que le Coran est la consignation / transmission de la parole même de Dieu, oser toucher à la lettre est un blasphème. Il réaffirmera le Coran comme parole de Dieu incréé, éternelle, immuable ; les seuls éléments créés du Coran sont les lettres tracées et l’encre dont il a été écrit.
Dieu est créateur du Bien et du Mal, l’homme n’a aucun pouvoir de libre arbitre, tous les actes qu’il peut poser sont créées de toute éternité par Dieu, dès sa naissance l’homme est prédestiné, il ne peut que s’attribuer des actes (les actualiser) mais ne pas les choisir (car ils sont tous potentiellement créés par Dieu), cette attribution le rend responsable aux yeux de la loi. Tout ce qui se déroule sur Terre est le fruit de la Volonté divine.
La volonté divine face au musulman pécheur est totalement libre pour l’absoudre ou non, les actes ne peuvent prévaloir sur la foi, aucun acte n’est méritoire face à la délibération divine. Même l’intercession du Prophète n’est possible que par une volonté gracieuse de Dieu.
Le libre examen est proprement diabolique car c’est mettre sur le même plan la raison humaine et la pensée divine, la raison est au service du Coran et de ses affirmations qui prévalent sur toute autre démonstration scientifique ou faits établis par la raison.

La réaction de l’asharisme va durablement figer l’islâm sunnite
L’exégèse :
Le Coran tenu une fois pour toute, par les musulmans, comme un texte révélé par Dieu même à Mahomet, par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. C’est un texte descendu directement de la sphère divine, c’est un acte divin sans participation active quelconque du récepteur (Mahomet) qui le reçoit tel quel. Mahomet reçoit le Coran comme un dépôt auquel il n’ajoute rien, Dieu est l’auteur unique du Coran jusque dans les choix de la langue et des mots. À partir du moment où le Coran est considéré comme dépôt de la parole même de Dieu et fixé une fois pour toute dans sa réception, cela barre l’accès à toute exégèse critique, que ce soit critique textuelle, littéraire ou historique.De fait, ce qu’on nomme exégèse musulmane déroute tant les Juifs que les Chrétiens. C’est une exégèse que l’on peut qualifier de traditionaliste. L’interprétation du Coran se fait par le Coran lui-même, lorsqu’il y a contradiction c’est le verset le plus récent qui prime voire abroge un verset plus ancien. C’est ainsi que bien des versets de l’époque mecquoise sont abrogés par des versets médinois, etc. En cas de difficultés il sera fait appel à des hadiths notamment à ceux compilés par Bukhari, Ibn al-Hallaj. Bref quand nous avons affaire à la « science Coranique » nous sommes dans un monde clos, figé car la vérité fut révélée une fois pour toute, vérité qui primera sur tout fait et toute élaboration personnelle si rationnelle soit-elle ... Dieu étant la vérité, le Coran émanation divine ne peut être réfuté dans son moindre mot, car ce serait réfuter la Vérité. Le texte du Coran donne un primat redoutable à un « Vouloir dire » barrant la route à tout « Pouvoir dire » considéré comme innovation dangereuse.


Politique :L’infinie liberté divine et sa toute puissance font de Dieu l’agent du cours du monde, tout est volonté divine, ce qui légitime tout despotisme, le pire des tyrans est voulu par Dieu, ses décrets les plus iniques sont créés par Dieu.

Scientifique :Tout est dans le Coran, la science ne peut que développer que ce qui est dans le Coran, mais certainement pas le contredire ou ajouter des nouveautés ; cela donne par exemple des ouvrages aussi bizarres qu’ahurissant dans son concordisme « la Bible, le Coran et la science » de Maurice Bucaille (Éditions Seghers -1976). Ce qui explique aussi depuis la victoire de l’Acharisme aux XI° et XII° siècle, le déclin scientifique du monde musulman, puis son retrait des diverses découvertes scientifiques. En ce moment, cela se remarque par la faiblesse de la contribution des pays musulmans à la science, le faible taux de traductions de livres étrangers et de revues scientifiques. 

Bernard Botturi

28 octobre 2009

"Le verrou de l’Asharisme", par Bernard Botturi, 1/3 : de la conquête à l’établissement de la Charia

Bernard Botturi


 Introduction :
J’ai eu la chance de faire la connaissance de Bernard Botturi grâce à FaceBook, mon réseau comprenant maintenant plus de 400 personnes dont des journalistes, écrivains, personnalités politiques ... et intellectuels indépendants comme lui ! En fait, il est un peu « inclassable », et comme moi il a eu un métier sans rapport avec ses passions. Diplômé en psychologie clinique et en neuropsychologie, il a fait toute sa carrière dans le domaine médico-social. Mais il a aussi obtenu de nombreux diplômes dans des domaines aussi différents que l’épistémologie des sciences physiques et mathématiques, l’histoire de l’antiquité et la philosophie, option « civilisations musulmanes » ! C’est bien sûr sur ce sujet que nous-nous sommes retrouvés. Actuellement à la retraite, il prépare un livre sur ce sujet, et il a écrit ce long article intitulé « le verrou de l’Asharisme », dont il a bien voulu accepter la publication ici. Un texte long, exigeant, loin des articles superficiels que l’on peut lire ici ou là !
Je l’ai divisé en plusieurs parties, afin d’en faciliter la lecture.

 
L’islâm à conquête du monde :À partir de l’an 634, le second calife Omar I° (calife de 634 à 644) lance les troupes arabes à l’assaut du monde environnant. L’empire Sassanide s’effondre, les provinces Byzantines de Syrie, d’Égypte, d’Arabia sont annexées. À sa mort il laisse un empire qui comprend la Cyrénaïque, l’Égypte, la péninsule arabique, la Syrie, l’Arménie, le Caucase, l’Iraq, la Perse. Après diverses guerres de succession, les Califes de la dynastie Omeyyades (661 à 750) vont continuer l’expansion de l’Empire qui ira de l’Espagne aux portes de la Chine et de l’Inde.

La construction de l’idéologie impériale :Dès la mort de Mahomet, l’islâm va être secoué par de multiples guerres internes. Le premier Calife Abou Bakr avait du lutter pour éviter l’apostasie des Arabes. Son successeur, Omar, fut assassiné dans des circonstances sombres, de même Uthman le troisième Calife, et le dernier des califes dits « légitimes » Ali en 661.
Lorsque Muawiya I° fonde la dynastie des Omeyyades, l’islâm va connaître des grandes dislocations : les Kharidjites rejettent l’autorité des Califes, puis en 681 se crée le schisme Chiite. En 750, Abou Al Abbas fait massacrer le clan des Omeyyades, le seul survivant ira se réfugier en Espagne. Ce massacre signe la dislocation de l’Empire en trois califats : Abbasside (Syrie, Iraq, Iran, Arabie, Arménie, Caucase, Pakistan, Afghanistan, Kirghizie, Ouzbékistan), Fatimide (Égypte, Cyrénaïque, Soudan), Omeyyade (Espagne) et d’autres royaumes : Aghlabides (Algérie, Tunisie), Idrisside (Maroc). Nouveaux états aux frontières changeantes selon le sort des armes, qui peu à peu céderont le pouvoir aux Seldjoukides puis aux Ottomans.

Un Coran officiel :Les turbulences du pouvoir ont amené les Califes (cumulant pouvoir temporel et religieux) à stabiliser l’islâm. Le premier artisan fut Uthman, qui établit une première recension officielle du Coran par ordre de longueur des Sourates. Dans la foulée, il fait brûler toutes autres variantes ou versets et sourates déclarés suspects ; cette compilation officielle fut contestée par les partisans d’Ali, qui feront plus tard le schisme chiites et qui clameront que le Coran de Mahomet était trois fois plus important que le Coran officiel. Et c’est seulement en 943, sous le Califat Abbasside de Al Muttaqi, que s’impose le Coran que nous connaissons établi par Ibn Moujahid.

La consolidation de la Sunna par les Hadiths :Une fois le Coran stabilisé, il fallait en faire une lecture officielle afin de créer une tradition orthodoxe (Sunna) ; pour cela les Califes eurent recours aux Hadiths (témoignages d’un événement ou d’une parole lié au Prophète ou à ses Compagnons de la première heure). Les Hadiths permettent d’argumenter tel ou tel verset du Coran, d’y éclaircir des contradictions des points obscurs, et surtout à partir d’eux pourront s’établir les traités théologiques, juridiques, les règles éthiques s’imposant à tous. Les Hadiths auront une légitimité aussi grande que le Coran et l’un et l’autre se légitimeront de façon réciproque. Là aussi il a fallu faire un tri officiel des Hadiths. Le Calife Al Mutamid demanda à plusieurs savants d’établir des recueils officiels. Deux recueils devinrent la base de la tradition officielle (la Sunna) établi l’un par Al Bukhari (810 - 870), l’autre par Muslim ibn Al Hajjaj (819 - 875). Ces deux recueils éliminèrent les différents hadiths qui, d’une manière ou d’une autre, pouvait remettre en cause le pouvoir du Califat et des dizaines de milliers de hadiths (certain parlent de deux cent mille hadiths) circulant n’en furent retenus qu’à peine 10 000 si l’on cumule ceux retenus par les deux auteurs. Les Hadiths sont classés par thèmes, permettant de traiter l’ensemble de la vie religieuse, sociale, économique, intellectuelle, privée. La lecture de la table des matières du recueil de Bukhari donne le vertige, toute la vie humaine est passée au crible de façon hyper scrupuleuse, avec un flot continu de permis et d’interdits. Ces hadiths permettront l’élaboration d’une doctrine totalitaire et réactionnaire au sens propres des termes : tout est remis entre les mains du Calife chef absolu, guide de la vie spirituelle et temporel et tout nouveau problème doit toujours être résolu en référence à ce qui fut. Le retour au passé source de la Vérité sera la voie de réponse à tout et pour tout.

Un Mahomet officiel :Mahomet apparaît très vite comme étant le modèle du croyant, donc il était nécessaire de faire une biographie (Sira) officielle qui ne puisse que conforter le despotisme des Califes et le conservatisme de la Sunna. Il existait une première biographie (Sira) de Mahomet rédigée en 750 par Ibn Ishaq, mais celui-ci était d’une part Shiite et d’autre part partisan du libre arbitre, ce qui était absolument réprouvable pour les Califes Abbassides. Sa biographie fut révisée par Ibn Hisham (mort en 834) et éditée en 830 ; bien entendu cette Sira est conforme à la Sunna naissante. Au fur et à mesure que les corpus des hadiths se stabilisaient, la Sira du Mahomet fut reprise par Al Waqidi, Ibn Sad et enfin par Jafar al Tabari (829 - 923). Tabari, savant féru de la science du Hadith et du droit islamique, établira une Sira en accord avec la Sunna, Sira qui sera la source de toute une légende dorée au service de l’édification des fidèles dans les prescriptions de la Sunna.

Des lois une fois pour toute :Le Coran, les Hadiths, la Sira étant maintenant revêtus du sceau de « l’authenticité » officielle, il était nécessaire d’en déduire des lois qui puissent donner au gouvernement des Abbassides un pouvoir indiscutable.

La Charia :La charia ou « voie droite » fut élaborée par le recueil des divers versets coraniques et hadiths contenant des prescriptions juridiques et éthiques. Ce corpus ne pouvait répondre aux exigences de l’empire de façon satisfaisante, en effet en même temps que des territoires étaient annexés, les conquérants durent faire face à des institutions, des lois spécifiques, des moeurs propres aux peuples colonisés ; cette rencontre mis les juristes face à des situations non prévues par la Charia et auxquelles il fallait bien répondre afin d’asseoir l’islamisation de la société. Les divers Califes abbassides commandèrent aux juristes des codes de jurisprudence afin de pouvoir faire appliquer de façon rigoureuse l’ordre islamique dans l’ensemble de la vie sociale de l’Empire. Cinq jurisconsultes vont élaborer des Fiqhs (codes de droit musulman) à partir de la Charia ; la charia ou ensemble des préceptes et lois révélée par Dieu au sein du Coran, jusqu’alors n’était considéré que comme un droit purement théorique sans application réelle, laissée à l’arbitraire des juges.

Vont apparaître cinq écoles de droit et de jurisprudence :L’école Malékite, fondée par Malik Ibn Anas (715 - 795)
L’école Hanéfite, fondée par Abou Hanifa (mort en 797)
L’école Chaféite, fondée par Al Chafï (mort en 820)
L’école Hanbalite, fondée par Ahmad Ibn Hanbal (780 - 855)
L’école Zâhirite, fondée par Dawud ben `Alî al-Isfahânî (815 - 884).
La rédaction de ces codes va commencer à partir du VIII° siècle pour s’achever au IX° siècle. De ces cinq écoles ne subsisteront que les 4 premières, l’école Zâhirite n’ayant été adoptée que par les seuls Califes almohades (dynastie musulmane d'origine berbère qui domina l'Afrique du Nord et l'Espagne aux XIIe et XIIIe siècles), alors que les 4 premières resteront en vigueur jusqu’à maintenant avec des fortunes diverses. Tout théologien de la Sunna se réfère au moins à l’une de ces écoles, afin d’éviter la domination d’une école sur l’autre, la Sunna ayant toujours eu soin d’établir une tradition du « juste milieu » excluant les positions extrêmes contradictoires. Au fil du temps l’influence des écoles s’est répartie de façon géographique :
L’école Malékite, principalement établie dans le Maghreb et dans l’Afrique noire.
L’école Hanbalite, présente dans l’Arabie Saoudite, prend une place qui dépasse largement son aire géographique d’origine notamment par l’influence des saoudiens et des frères musulmans dans le monde islamique.
L’école Hanéfite, prédomine en Turquie, Pakistan, Afghanistan et Chine.
L’école Chaféite ; s’est imposée en Égypte, Indonésie, Malaisie.
Les divers Fiqhs que l’on nomme hâtivement Charia, divergent essentiellement quant à la place du jugement personnel du juriste, ouvrant plus ou moins la voie à des casuistiques permettant d’atténuer la sanction encourue, en la contextualisant dans les circonstances et par la recherche des différentes causes liées à ces circonstances. Mais tous les Fiqhs se référent à la Charia en tant que corpus de lois intangibles, irréformables car issues de la volonté divine même. 

Bernard Botturi

26 octobre 2009

Jacques Attali et l’antisémitisme, par Gérard Akoun

Le « Haaretz » a publié, dans son édition du 16 octobre, une interview de Jacques Attali dans laquelle il déclare à propos de l’ampleur de l’antisémitisme en France, je cite « c’est un non problème, ce n’est pas un problème au niveau national, c’est un mensonge, je pense qu’il s’agit de propagande, de propagande israélienne », fin de citation.

On peut s’étonner d’une telle déclaration de la part d’un connaisseur aussi avisé de la société française ; il ne peut ignorer la multiplication des actes antisémites, qu’il s’agisse de menaces verbales ou d’exactions plus ou moins graves que subissent des membres de la communauté juive.
La France n’est pas antisémite, il n’y a pas d’antisémitisme d’État, ce sont des évidences et Jacques Attali, présenté par le journaliste comme « un intellectuel juif français arrivé d’Algérie à l’age de douze ans », n’a pas tort de se donner en exemple de réussite et d’intégration dans la société française des juifs rapatriés d’Algérie, même si, sa modestie dut-elle en souffrir, elle soit assez exceptionnelle. Mais dans l’ensemble, les juifs sont bien intégrés dans la société française, et - bien que cela n’ait pas été facile pour la grande majorité d’entre eux -, ils ont eu des réussites remarquées dans les différents secteurs sociétaux, qu’ils soient économiques, culturels ou même politiques.

Pourquoi des lors, au sein de la communauté juive, ressentir une inquiétude que semble ignorer Jacques Attali ? Il se garderait autrement d’affirmer, je cite « Des juifs français achètent des appartements en Israël comme des anglais achètent une maison dans le sud de la France, pour les vacances » fin de citation. Pour les vacances bien sur, mais aussi parce qu’on ne sait jamais ... les juifs ont été suffisamment échaudés !
Deux raisons à cette inquiétude, la première l’antisionisme, la seconde une forte communauté musulmane en mal d’intégration.
La première, l’antisionisme, nouvel avatar de l’antisémitisme : on n’est plus antisémite, on est antisioniste, c’est tellement plus progressiste ! On est contre Israël, contre sa politique envers les Palestiniens, on tente de boycotter les produits qui ont le label israélien ; l’extrême gauche, le Parti Communiste, les Verts lancent des appels en ce sens, et on voudrait aussi boycotter dans les instances internationales les chercheurs et les intellectuels israéliens, qui le plus souvent sont opposés à la politique de leurs gouvernants. Tout le monde a le droit, bien sur, de critiquer Israël, de manifester contre sa politique, mais, comme par hasard, ce combat ne s’élargit pas à d’autres pays. On ne condamne pas, on ne boycotte pas, on ne manifeste pas, ou si peu, contre le traitement que la Chine fait subir aux Tibétains, aux Ouïgours, la Russie aux Tchétchènes, le Soudan aux habitants du Darfour, certains pays d’Europe centrale à leur tziganes et la liste n’est pas exhaustive. Bizarre, non ?
La seconde raison, une communauté musulmane importante, dix fois plus importante que la communauté juive, cinq à six millions de personnes, travaillée par des extrémistes islamiques qui font des juifs les responsables des difficultés de son intégration, en puisant dans un Coran mal digéré des arguments pour justifier leur antisémitisme. Il faut bien parler d’un antisémitisme musulman contrairement à Jacques Attali, certes différent de l’antisémitisme chrétien, mais qui puise souvent ses clichés aux mêmes sources. La quasi totalité des écrits antisémites se trouvent sur les rayons des librairies du Proche et du Moyen Orient, et sur Internet. Il suffit qu’une minorité au sein de la communauté musulmane française, 1% cela fait 50000 personnes, soit contaminée par cette prose ou par le discours de certains prêcheurs en eau trouble pour rendre la vie des juifs très difficile dans certains quartiers, dans certains établissements scolaires sur tout le territoire national.

Certains juifs s’interrogent, dans l’immédiat, non pas sur leur propre avenir en France, mais sur celui de leurs enfants, la tentation de l’Alya existe, mais l’inquiétude sur la situation d’Israël aussi. Les juifs sont partagés, mais pour le moment dans leur grande majorité, ils ont confiance dans les pouvoirs publics, et dans l’action qu’ils mènent pour défendre les valeurs de la République.
Les propos de Jacques Attali surprennent, s’est-il fait piégé par les journalistes du « Haaretz », comme Alain Finkielkraut précédemment ? Ce n’est pas impossible.

Gérard Akoun
Judaïques FM 94.8, le 22 octobre 2009

24 octobre 2009

Une enfance brisée au pays des Ayatollahs : Firouz Nadji-Ghazvini sera mon invité le 1er novembre


Dimanche prochain, nous allons parler à nouveau de l’Iran aujourd’hui, mais en laissant de côté la crise du nucléaire, les menaces de guerre avec Israël, la géopolitique, bref tout ce dont vous entendez parler depuis des années sur la fréquence juive. Nous allons penser surtout au peuple iranien, et à l’oppression épouvantable qu’il subit dans la République Islamique. Pour en parler, j’ai choisi comme invité un intellectuel iranien en exil, Firouz Nadji-Ghazvini. Il est né sous le règne du Shah, dans une famille plutôt aisée puisque son père était général et qu’il a fait ses études en Europe. Revenu en Iran, il a très vite été passionné de littérature, de poésie surtout, il a publié très jeune des recueils de poèmes qui ont été censurés par le régime de l’époque. Mais ce n’était rien à côté de la République Islamique qui allait prendre le pouvoir en 1979, et là, suite au renversement de Chapour Bakhtiar qui avait plutôt sa sympathie, il a pris le chemin de l’exil. Il a même milité à Paris dans l’entourage du malheureux Bakhtiar, assassiné en 1991 par un commando de tueurs commandité par les Ayatollahs. Il ne lui reste que des souvenirs dont il a fait des romans, « Neige sur Téhéran » et « Les anges ne reviendront pas », publiés aux éditions Denoël. Nous allons parler de son dernier roman « Le Trèfle bleu », publié aussi chez Denoël, qui est un petit livre d’environ 150 pages que l’on lit un peu comme un conte de fées, puisque l’héroïne est une enfant ; mais c’est un conte de fées bien triste parce qu’il finit avec la mort de cette enfant de 12 ans ; et puis hélas, pas seulement un conte, puisqu’il est inspiré d’un fait réel. Le livre décrit, au travers les yeux d’une toute jeune adolescente, l’atmosphère étouffante d’une petite ville des bords de la Mer Caspienne : dans les vitrines, les mannequins en plastique dont on retire les seins, les produits de maquillage retirés des rayons, l’enterrement dans la cour de l’école des ossements de « martyrs » de la guerre d’Irak, et les discours hypocrites de tous les Iraniens, qui surenchérissent à cause de la terreur ...

Parmi les questions que je poserai à Firouz Nadji-Ghazvini :

- Quand s’est passé ce fait réel et tragique, l’histoire d'une jeune fille de 12 ans violée par des miliciens Bassidjis, et qui a été exécutée après avoir été jugée comme prostituée ?
- Quelles sont lois de la Sharia imposées aux femmes du pays par ce régime totalitaire ? A quel âge sont-elles considérées comme majeures, donc pouvant être épouses contre leur volonté ?
- Dans son livre est évoquée une amie juive de l’héroïne, Atafeh, une petite juive exilée avec toute sa famille après la révolution islamique : l’auteur évoque le silence de plomb après leur départ ; que savent les Iraniens de cet exode massif de leurs anciens compatriotes ?
- Que pense-t-il de la demande de Téhéran d’échanger la malheureuse universitaire Clotilde Reiss contre l’assassin de Chapour Bakhtiar ?

Soyez nombreux à l’écoute dimanche prochain 1er novembre !

 J.C

23 octobre 2009

« Moyen-Orient : Le Loup et l’Agneau » par Michel Gurfinkiel

Introduction :
Michel Gurfinkiel est un chroniqueur et journaliste de grand talent, dont beaucoup de mes lecteurs connaissent le blog (voir en lien permanent). Je ne partage pas toutes ses analyses, et en particulier son soutien régulier à toutes les « droites » (qu’elles soient américaine, européennes ou israélienne) ; et j’ai eu l’occasion de m’en expliquer avec lui, fort courtoisement, lors d’une interview diffusée au début de cette année (podcast à écouter sur le site http://jean.corcos.free.fr). Cependant, je ne peux qu’applaudir des deux mains à cet article, remarquablement documenté sur le soit-disant « Droit au retour » des réfugiés palestiniens, qui aurait une base légale du fait d’une résolution de l’Onu : il s’agit pour moi de la question fondamentale empêchant toute avancée diplomatique, contrairement à ce que dit le « politiquement correct », qui se focalise sur les implantations israéliennes en Cisjordanie ; une demande récurrente, pour laquelle l’Autorité Palestinienne n’a pas bougé d’un millimètre, quelles que soient les gouvernements de Jérusalem, de Yasser Arafat à Mahmoud Abbas et ce depuis l’ouverture des négociations ; et qu’il faut enfin voir en face, et savoir rejeter fermement avec des arguments solides : merci à Michel Gurfinkiel !
J.C

La résolution 194 de l’Onu passe pour fonder le « droit au retour » des Palestiniens. Surprise : en fait, elle dit exactement le contraire. Mais l’Onu ne relit plus ses textes.
« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront noir ou blanc ... », disait La Fontaine dans Le Loup et l’Agneau. C’est vrai, aujourd’hui comme hier, des tribunaux civils ou criminels. Et des assemblées qui prétendent arbitrer entre les nations.

La résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies, adoptée le 11 décembre 1948, passe pour fonder le « droit inaliénable du peuple palestinien au retour dans sa patrie ». Or il suffit de lire cette résolution - et plus précisément le paragraphe 11, le seul qui traite, en fait, de la question des réfugiés - pour constater qu’elle dit le contraire. Voici le texte authentique, tel qu’on peut le consulter dans n’importe quel ouvrage spécialisé - ou sur internet : « L’Assemblée générale résout que les réfugiés qui désireraient retourner dans leurs foyers et vivre en paix avec leurs voisins puissent être autorisés à le faire dès que possible, et que ceux qui choisiraient de ne pas rentrer puissent être indemnisés pour la perte ou la détérioration de leurs biens par les gouvernements ou autorités responsables, conformément aux principes de la loi internationale et en équité. »

Première observation : l’Assemblée générale ne fait qu’exprimer un souhait. Elle obéit, ce faisant, à la Charte des Nations Unies, qui distingue entre les résolutions de l’Assemblée, non contraignantes, et celles du Conseil de Sécurité, qui le sont. A supposer que le paragraphe 11 ait effectivement préconisé le retour sans condition des Arabes palestiniens ou de leurs descendants dans leurs foyers d’avant 1948 - ce qui n’est pas le cas -, Israël aurait donc parfaitement pu de ne pas en tenir compte.

Deuxième observation : l’Assemblée ne précise pas si les réfugiés sont juifs ou arabes. Elle sait en effet, au moment où elle passe la résolution 194, que des déplacements de population se produisent dans les deux communautés de Palestine, que certains pays arabes ou islamiques sont en train d’expulser leurs populations juives, et que selon toute vraisemblance des expulsions analogues se produiront dans d’autres pays arabes ou islamiques à brève échéance (Selon les estimations communément admises, près de 700 000 Arabes palestiniens auraient été déplacés pendant le conflit de 1947-1948. En regard, plus de 1,5 million de Juifs auraient été déplacés en Palestine même ou expulsés du monde arabe et islamique des années 1920 aux années 1980.)

Troisième observation : l’Assemblée lie tout retour de réfugiés, arabes ou juifs, au désir de « vivre en paix avec les voisins ». Ce qui exclut ceux qui, parmi les personnes déplacées, prétendraient rentrer dans leurs anciens foyers afin de poursuivre la guerre ou toute autre activité hostile ou subversive. Remarque de pure forme ? Non, précision importante. Les pays arabes ont en effet affirmé, dès l’été 1948, que le retour éventuel des réfugiés arabes ne serait qu’un moyen d’annuler la victoire militaire d’Israël, et de détruire cet Etat. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Muhamad Salah al-Din, a présenté cette stratégie avec une remarquable clarté dans une interview au quotidien Al-Misri, le 11 octobre 1949, onze mois après l’adoption de la résolution 194 et huit mois environ après la signature des armistices israélo-égyptiens de Rhodes : « Chacun sait et comprend que les Arabes, quand ils exigent le retour des réfugiés en Palestine, veulent que ces derniers rentrent chez eux en maîtres du pays et non en esclaves. Pour être tout à fait clair, ce retour signifie la liquidation de l’Etat d’Israël ».

Quatrième observation : la résolution 194 ne parle pas d’un droit au retour collectif mais de droits individuels. Et pour cause : le retour global de populations déplacées au cours de conflits ou d’autres crises n’est pas un droit au regard de la loi internationale, c’est à dire un principe à la fois absolu, dont la violation constituerait un crime, et universel, s’appliquant à n’importe quelle population. Parce qu’il serait inapplicable. La question a été définitivement réglée, en termes théoriques, par la Convention internationale sur les Droits civils et politiques, adoptée en 1966. Ce texte réaffirme, à la suite la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, que « nul ne peut être arbitrairement privé de son droit de rentrer dans son pays ». Mais Stig Jagerskiold, l’un des commentateurs faisant autorité, note, dans une étude parue en 1987 : « Ce droit ne s’applique qu’à des individus faisant valoir leurs droits individuels. Il n’y a jamais eu ici aucune intention de répondre aux demandes des masses humaines qui ont été déplacées par suite d’une guerre ou d’un transfert politique de territoire ou de population, tels que la transplantation de populations ethniquement allemandes d’Europe de l’Est pendant et après la Seconde Guerre mondiale, la fuite des Palestiniens de ce qui allait devenir Israël, où l’exode des Juifs des pays arabes. Quels que soient les mérites de diverses revendications "irrédentistes", ou ceux des masses de réfugiés qui désirent retourner dans les pays où ils ont vécu originellement, la Convention ne traite pas de ces problèmes, et ne peut être invoquée pour asseoir un "droit au retour". ».

Peut-on être plus clair ? Pourtant, l’idée que la résolution 194 a reconnu le « droit au retour » des réfugiés arabes palestiniens s’est imposée dans les esprits. Pour de simples raisons numériques : à l’Onu, les Etats islamiques et ceux qui les soutiennent automatiquement sont majoritaires depuis la fin des années 1960 ; dans l’économie mondiale, le poids des pétrodollars arabes ou iraniens n’a cessé de croître ; démographiquement, le monde islamique et le tiers-monde l’emportent sur le monde dit occidental ; au sein même d’un Occident en régression, les minorités issues du tiers-monde ne cessent de se renforcer. Que pèse Israël, face à de tels arguments ? Et que vaut encore le droit ? La Fontaine avait bien raison : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vont rendront noir ou blanc ».

© Michel Gurfinkiel, 2009

21 octobre 2009

Plus de 11 % des visiteurs de mon blog viennent du Maghreb !


Comme l’ont remarqué les lecteurs réguliers, des dizaines de petits drapeaux s’empilent en partie droite de la page d’accueil et donnent, pays par pays, le total des visites - depuis le 6 mars 2006 précisément, date à laquelle j’ai implanté le logiciel "neoworx". La répartition entre visiteurs d’origine s’étant maintenant bien stabilisée, voici quelques informations intéressantes (calculs faits à partir des données de ce jour, 21 octobre) :
- sur un total de près de 149.000 visiteurs, moins des deux tiers venaient de France, et plus de 35 % de pays étrangers ;
- l’ordre pour les visiteurs étrangers semble maintenant immuable : en un la Belgique ; talonnée par le Maroc ; en troisième position la Tunisie ; suivie de près par le Canada, l’Algérie étant à la cinquième place. Pour les cinq suivants, on a, dans l’ordre : les États-Unis ; Israël ; la Suisse ; l’Allemagne et le Royaume-Uni ;
- sans surprise, donc, on trouve sur les dix premiers pays étrangers classés ici, trois pays totalement francophones (les anciennes colonies d’Afrique du Nord) ; trois qui le sont en partie (Belgique, Canada, Suisse). Plus surprenant, par contre, le score relativement modeste obtenu en Israël, pays où vivent des centaines de milliers de francophones : décevant pour un blog "juif", mais pas étonnant vu la "concurrence" de nombreux autres blogs de langue française, à la fois plus directement connectés à l’actualité du pays, et - hélas - souvent "faucons" !
- Mais si la langue est donc l’explication principale à ce classement, il n’empêche que je suis heureusement surpris de constater le pourcentage important de visiteurs venus du Maghreb ... Plus de dix-sept mille en environ19 mois, soit le tiers des visiteurs étrangers et plus de 11 % du total !
Heureuse surprise, si on pense à quelques données : ce sont des pays où il ne reste quasiment plus de Juifs ; dans l’un d’entre eux (l’Algérie), les préjugés antisémites ont été cultivés depuis des décennies ; ce sont des États membres de la Ligue Arabe, et donc hostiles à Israël - même si cette hostilité est variable selon le pays, et relativement modérée par rapport aux voisins proches de l’État hébreu.

Alors, comment expliquer ces visites ? Comme je l’ai souvent évoqué ici, l’autre logiciel de suivi ("sitemeter") permet d’identifier le libellé des recherches conduisant à mon adresse : 15 à 20 % ont des motivations antisémites (lire ici). Or, ce type de recherche est minoritaire pour les visiteurs marocains, algériens ou tunisiens, même s’il n’est pas inexistant ... Les recherches portent plutôt sur des sujets intéressant directement l’histoire contemporaine de leurs pays respectifs, avec comme mots-clé : "Oufkir", "Hassan II", "Kabylie", "Bourguiba", "Guerre de Bizerte" ; souvent, ce sont des photos publiées ici - et bien placées par "Google" -, qui attirent la curiosité : et celle-ci se traduit parfois par de nombreuses pages ouvertes !

En résumé, quelques milliers de visiteurs n’annoncent pas plus une réconciliation historique qu’une hirondelle ne garantit le printemps : mais le fait qu’un blog intitulé "RencontrejudaïquesFM" ait tant de visiteurs maghrébins est porteur d’espoir, ne serait-ce que parce que, par la magie d’Internet, des publics hostiles peuvent si facilement "lire autre chose" !

J.C

18 octobre 2009

Inquiétante Turquie, par André Nahum

Le Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan
Bonjour,

Lundi dernier furent annulées les manœuvres aériennes qui devaient impliquer l’OTAN, l’Italie , la Turquie et Israël, après que le gouvernement d’Ankara fit savoir qu’il n’acceptait pas la présence d’avions israéliens au prétexte que ceux-ci avaient bombardé les Palestiniens à Gaza. Le même jour, dix ministres turcs se sont rendus en Syrie pour siéger au sein de la toute nouvelle commission stratégique entre les deux pays qui a vu le jour il y a un mois, et l’on vient d’apprendre que la semaine passée se sont déroulées des manœuvres communes turco-syriennes du côté d’Ankara.
Par ailleurs, selon le journal « Sabah », Monsieur Erdogan a dit ce même lundi devant un public de chefs religieux : « (...) quand les bombes au phosphore pleuvaient sur les enfants innocents de Gaza, l’ensemble du monde, l’ensemble de l’humanité, observaient dans leurs fauteuils confortables et leur havres de paix.... de temps en temps dans des forums de discussion internationaux, le mot de « terreur islamique » commença à être utilisé et on s’efforça de rejeter la faute sur les Musulmans et l’islam ».
Ceci, joint à l’évidente progression des sentiments antisémites, anti-minoritaires et anti-occidentaux ne laisse pas d‘inquiéter. En effet, le journal turc « Millyet » cité par le « Courrier international » note « une hausse perceptible de l’antisémitisme, confirmée par un sondage financé par l’Union européenne, ainsi que la baisse de tolérance de la population turque à l’égard de « l’autre ». Il ressort de cette enquête qu’un tiers des Turcs ne souhaitent pas vivre aux cotés d’individus appartenant à des minorités. Seulement 15% des sondés pensent que les juifs se sentent liés à la république turque et 48% ne le croient pas. Pour la sociologue Nilufer Narli, ces préjugés suscitent et surtout dans le cas de l’antisémitisme « une hostilité qui confine de plus en plus à la diabolisation d’un groupe précis ... qui endosse tous les défauts et se trouve alors complètement déshumanisé ».
La Turquie qui vient pourtant de se rapprocher spectaculairement de ses ennemis héréditaires, les Arméniens, qui est membre de l’OTAN, qui souhaite entrer dans l’Union Européenne, semble vouloir s’éloigner d’Israël et de l’Occident pour se rapprocher de l’Iran et d’autres pays musulmans : jusqu’où ira le gouvernement d’Ankara dans sa lancée ? Qu’est donc devenu l’héritage de Mustafa Kemal ? Voilà une jolie victoire pour Ahmed Ahmadinejad, dont on commence à se demander sérieusement si sa haine obsessionnelle d’Israël et des Juifs ne serait pas dictée par des origines juives soigneusement cachées, que vient de révéler le « Daily Telegraph ».
En Israël, on fait le dos rond, on ne souhaite pas envenimer la situation et on fera tout pour préserver ce que l’on peut préserver de l’alliance turque, parce que comme le dit Ehoud Barak, la Turquie est une grande puissance jouant un rôle clé au Moyen-Orient, et parce que son virage à 180 degrés - comme ce fut le cas de l’Iran il y a trente ans - serait extrêmement grave pour l’État hébreu ...Tout en gardant le profil bas, on fait remarquer cependant à Jérusalem que les deux parties ont autant intérêt à préserver ces relations, en rappelant notamment l’importance des ventes d’armes israéliennes sophistiquées à la Turquie, et du tourisme israélien dans ce pays, sans parler du soutien constant d’Israël devant le Congrès américain. Et si l’on veut être optimiste, on peut espérer que les « islamistes modérés » qui gouvernent la Turquie , tout en multipliant les manifestations ostentatoires comme on pouvait malheureusement s’y attendre, n’ont pas, ou pas encore, l’intention de faire de leur pays une république intégriste à l’iranienne ...

André Nahum, 
Judaïques FM, le 14 octobre 2009

16 octobre 2009

Un homme reste un homme ...

   
Le sourire du mois
- octobre 2009

Bon, on aimerait n’avoir même pas à commenter cette photo, et simplement sourire sans avoir à argumenter;

Et pourtant ! Le « politiquement correct » est devenu tellement pesant, qu’il va falloir :
- d’abord, noter - par rapport à l’inévitable accusation de « racisme anti-musulman » - qu’elle est tirée d’un site arabe (voir en bas à droite de la photo) ;
- ensuite, rappeler que le passage d’une jeune et jolie femme attire partout et toujours quelques regards de convoitise, surtout venant d’un groupe d’hommes seuls, qui visiblement s’ennuient en attendant un spectacle ;
- rappeler également que le « racisme » serait justement d’imaginer que ces hommes, noblement vêtus comme dans leurs Émirats d’origine, seraient justement de bois à cause de leur tenue ;
- et enfin dire -pour enfoncer définitivement le clou - que dénoncer une telle photo sous le prétexte qu’elle serait « islamophobe », serait prendre à notre compte le discours pernicieux que trop d’amis des intégristes nous vendent ici : immoralité occidentale opposée à la soit disant « pureté islamique » ! 

J.C

13 octobre 2009

Beyrouth, nid d'espions

La capitale du Liban est au centre de la guerre du renseignement que se livrent les services syriens, le Hezbollah, le Mossad, la CIA et beaucoup d'autres.
La guerre froide avait le Berlin de John Le Carré ou la Vienne du Troisième Homme. La guerre clandestine qui se livre au Moyen-Orient a Beyrouth pour capitale. Espions occidentaux et agents iraniens, services de renseignements syriens et activistes du Hezbollah, Mossad, CIA et autres agences s'y livrent une guerre opaque dans laquelle les victoires sont parfois claironnées. Les défaites jamais.
Dans cette guerre de l'ombre, les services de renseignements israéliens ont subi, cette année au Liban, l'un des plus importants revers de leur histoire. Comme il se doit, ils n'ont pas commenté le démantèlement de leur plus grand réseau d'espionnage dans un pays arabe. Les chiffres sont pourtant sans précédents. Plus de soixante-dix Libanais ont été inculpés d'espionnage au profit d'Israël ces derniers mois. Une quarantaine de suspects ont été placés en détention. Une trentaine d'autres agents supposés sont toujours recherchés par les autorités libanaises. Certains ont réussi à fuir, prenant l'avion vers une destination inconnue, ou ont franchi la frontière entre les deux pays, toujours techniquement en guerre depuis 1949. D'autres ont cessé leurs activités.
À la différence des maîtres espions des romans, les membres de ces réseaux appartiennent à l'univers moins glamour du renseignement de terrain. Celui des petites mains, des cellules anonymes chargées de glaner des informations fragmentaires, de préparer des dossiers d'objectif ou de suivre les mouvements quotidiens de l'adversaire. Parmi ces agents, certains dormants depuis des années, toutes les communautés libanaises sont représentées : chrétiens, sunnites, chiites, originaires du Sud-Liban, de la Bekaa ou de Beyrouth.
«Certains travaillaient pour Israël depuis des années, parfois depuis les années 1980», explique le général Achraf Rifi, directeur général des Forces de sécurité intérieures libanaises, qui ont effectué une bonne partie des arrestations. «Ils ont été recrutés, ajoute-t-il, pour des motifs variés : financiers, idéologiques ou psychologiques. On a même des cas de chantage, sexuels ou autres. Mais le principal facteur de ce recrutement a été la longue occupation israélienne du Sud-Liban, qui a mis en contact des Libanais avec les Israéliens, et qui a, d'une certaine façon, rendu acceptable les relations avec eux».
«Une chose est sûre, c'est un beau coup de filet, commente une source diplomatique occidentale à Beyrouth. Il est possible que, depuis leur semi-échec pendant la guerre de 2006, où ils s'étaient appuyés sur leurs renseignements aériens et technologiques, les Israéliens aient un peu trop demandé à leurs réseaux, leur faisant prendre plus de risques pour reconstituer leurs listes de cibles. Mais ces arrestations sont surtout le fruit d'un travail sans précédent des forces de sécurité libanaises.»
Comme dans toutes ces affaires, l'écheveau est difficile à démêler. Particulièrement au Liban, où le Hezbollah, État dans l'État, entretient ses propres services de contre-espionnage, collaborant parfois avec les agences de l'État encore remplies d'agents et d'officiers pro-syriens, mais dirigés, depuis le retrait de Damas, par des sunnites fidèles à Rafic Hariri, notamment les Forces de sécurité intérieure.
«Un élément déclencheur est certainement la prise de conscience par le Hezbollah de l'ampleur de la pénétration israélienne», souligne le diplomate. Organisation clandestine, opaque et paranoïaque, qui base sa sécurité sur le recrutement chiite de ses cadres, le Hezbollah subit, en février 2008, un coup dur avec l'assassinat à Damas d'Imad Moughniyeh, chef de sa branche militaire. Attribué au Mossad, l'attentat met au travail le contre-espionnage du mouvement.
À la fin de l'année 2008, les premières arrestations commencent. En novembre, deux frères sunnites sont capturés par le Hezbollah. Originaires de la ville d'al-Marj, dans la vallée de la Bekaa, Ali et Youssouf Jarrah sont accusés d'espionner depuis vingt ans pour Israël. On retrouve en leur possession du matériel photographique et vidéo, et un système GPS dissimulé dans leur véhicule. La voiture, équipée pour prendre des photos, aurait été fréquemment garée au poste frontière de Masnaa, sur la route entre Beyrouth et Damas, par laquelle transitent les responsables du Hezbollah. Muni d'un passeport israélien, Ali Jarrah se rendait, via Chypre ou la Jordanie, en Israël pour y être briefé et entraîné. Selon des sources libanaises, il aurait aussi été envoyé en reconnaissance dans le quartier de Damas où Moughniyeh a été assassiné.

Vaste coup de filet

En janvier 2009, le Hezbollah capture deux autres suspects. Joseph Sader, employé à l'aéroport de Beyrouth, est enlevé alors qu'il se rend à son travail. Interrogé, il aurait révélé avoir eu la même fonction de renseignement dans un aéroport par où transitent émissaires et diplomates de tout le Moyen-Orient. Un garagiste de Nabatiyeh, ville chiite du Sud-Liban, est le quatrième agent arrêté par le Hezbollah. Marwan Fakir était un concessionnaire automobile qui fournissait des véhicules au mouvement chiite. Il aurait aussi utilisé ses talents de garagiste pour installer des dispositifs de localisation sur des voitures que le parti lui donnait à réparer. Ces affaires ne sont que le préliminaire du vaste coup de filet qui va suivre, celui qui implique les services libanais.

Un général libanais recruté par Israël

En mai 2009, les arrestations commencent. Le général Adib Alam, officier chrétien à la retraite, ancien de la Direction du renseignement militaire, est interpellé avec sa femme et son neveu. Selon les médias libanais, il aurait reconnu avoir été recruté par les services israéliens en 1998. Ses employeurs l'auraient convaincu de prendre sa retraite pour monter une agence de recrutement de domestiques asiatiques. Grâce à cette couverture, Adib Alam voyageait en Grèce, à Chypre et en Italie, où il rencontrait ses officiers traitants. Il aurait fourni des informations sur le Hezbollah et sur les mouvements internes de l'armée libanaise. Il avait aussi accès au département des passeports, source d'information capitale.
Mansour Diab, un colonel sunnite originaire du Akkar, région du nord du Liban, est à son tour convaincu de liens avec Israël. Ce commando Marine avait été l'un des héros de la prise d'assaut du camp de réfugiés de Nahr el-Bared, blessé à l'épaule au cours de l'attaque à l'été 2007. Il aurait été recruté par le Mossad pendant ses stages aux États-Unis. Un autre colonel, Shahid Toumiyeh, lui aussi originaire du Akkar, est arrêté avec un retraité des douanes. Puis Nasser Nader, suspecté d'avoir organisé la surveillance du quartier de Dahieh, le bastion du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, dévasté par des bombardements israéliens d'une grande précision en 2006.
Cette vague d'arrestations est d'autant plus inhabituelle que les cellules d'espionnage, selon les règles en usage, n'étaient constituées que de deux ou trois personnes au maximum. Elles travaillaient de façon autonome et cloisonnée, et ne se connaissaient pas entre elles. «Nous avons réussi à percer un secret technique, qui nous a permis de détecter ces cellules, se contente d'expliquer le général Rifi. Certains ont envoyé des messages à leurs agents traitants israéliens leur disant qu'ils se sentaient repérés. Ils se sont vu répondre qu'il ne fallait pas s'en faire. Et nous avons commencé les arrestations. D'autres vont suivre. Ceux qui ont réussi à fuir ont en tout cas cessé leurs activités.»

«Un outil d'enquête extraordinaire»

L'histoire de ce «secret technique» semble, quant à elle, liée à une autre affaire. «Le secret en question remonte à l'enquête sur l'assassinant de Rafic Hariri, déclare une source diplomatique à Beyrouth. Les FSI libanaises se sont alors vu confier par des services occidentaux un puissant logiciel capable d'analyser des dizaines de milliers d'appels téléphoniques, et d'en déceler les anomalies. Comme, par exemple, des téléphones portables qui ne s'activent qu'à certains moments. Ou qui ne communiquent qu'avec un ou deux numéros. C'est un outil d'enquête extraordinaire.» Le responsable de ce programme est un brillant officier, spécialiste des systèmes informatiques, le capitaine Wissam Eid. «Il est vraisemblable qu'il a découvert beaucoup de choses grâce à ce logiciel, dit une source libanaise qui souhaite rester anonyme, comme la plupart des interlocuteurs. Notamment sur les communications du Hezbollah ...» Le capitaine Eid en savait-il trop ? Avait-il découvert des implications du Hezbollah dans l'attentat contre Rafic Hariri ? Toujours est-il que le 25 janvier 2008, sa voiture blindée est pulvérisée par un véhicule piégé, et le capitaine tué sur le coup. Son système a, depuis, permis un autre coup de filet. Portant un des plus graves coups à Israël dans une guerre sans héros.

Adrien Jaulmes,
envoyé spécial à Beyrouth
Le Figaro, 17/09/2009

Nota de Jean Corcos :
Nous n’avons pas évoqué ce sujet en détails lors de ma dernière émission avec Chawki Freiha, journaliste franco-libanais responsable du site d’information « mediarabe.info » (en lien permanent). Pourtant, je me souviens qu’il avait évoqué les Chiites arrêtés pour espionnage en faveur d’Israël, ainsi que ceux qui avaient boudé les urnes lors des élections, refusant leurs suffrages au Hezbollah. Preuve que, malgré ce « coup dur », l’État juif n’a pas que des ennemis farouches au Liban !

12 octobre 2009

Ben Laden dévoilé : Mohamed Sifaoui sera mon invité le 18 octobre


Dimanche prochain, j’aurai le plaisir de vous retrouver pour une émission un peu particulière, puisque nous allons évoquer une bande dessinée. Cet album s’intitule « Ben Laden dévoilé », je vous en ai déjà sur mon blog et il est publié aux éditions 12 bis. Les dessins sont du talentueux Philippe Bercovici ; mais l’auteur est un journaliste tout à fait sérieux, qui a enquêté depuis une vingtaine d’années sur l’idéologie islamiste et le terrorisme : Mohamed Sifaoui. C’est la deuxième fois que je le reçois sur le plateau de Judaïques FM, et nos auditeurs doivent se souvenir d’une interview marquante que j’avais réalisée en janvier dernier, et déjà nous parlions des islamistes avec le Hamas. Rappelons brièvement que Mohamed Sifaoui est un journaliste franco-algérien, réfugié politique en France après avoir échappé par miracle à un attentat meurtrier contre son journal, « Le Soir d’Algérie ». Venu en France, il est resté fidèle à une ligne très claire, en publiant six ouvrages contre l'islam radical et le terrorisme qu’il inspire. Son album, tout en étant porteur d’une forte charge humoristique - difficile à retranscrire à la radio, où par définition on ne peut pas voir des planches de dessins - est d’abord une enquête, qui nous raconte la triste épopée d’Oussama Ben Laden depuis sa naissance à Ryad en 1957, jusqu’à sa traque à la frontière pakistano-afghane et en culminant, bien sûr, par les méga attentats du 11 septembre. Il met en scène d’ailleurs des personnages tout à fait authentiques, chefs d’état, complices d’Al-Qaïda, terroristes réels qui ont réalisé des attentats suicides, et leurs caricatures sont dessinées avec beaucoup d’humour. Mais c’est plus qu’un récit, parce que, au passage, il tord le cou à un certain nombre de modes très en vogue dans le « politiquement correct » de certains médias parisiens, et qui nous ont vendu des rumeurs abjectes comme « Ben Laden agent de la CIA », « Le 11 septembre est un mythe », « les islamistes sont des résistants », et autres ignominies ...

Parmi les questions que je poserai à Mohamed Sifaoui :

- Pourquoi a-t-il écrit dans son introduction « le rire peut être un excellent remède contre la terreur dans laquelle les extrémistes veulent nous plonger » ? Et pourquoi cet étrange sous-titre « La B.D attentat contre Al-Qaïda » ?
- J’ai relevé dans cette B.D le Ben Laden milliardaire grâce à son père, et qui finalement s’est raccroché aux wagons de la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan, tout simplement en apportant beaucoup d’argent ; c’est la force de la bande dessinée que de représenter ce soit disant pieux chef du Djihad sortir une mallette pleine de dollars, toujours au bon moment : quand a-t-il corrompu des dirigeants arabes au cours de sa trajectoire, lesquels et comment ?
- Autre sujet sensible, les islamistes et le sexe : génie de la bande dessinée, on peut faire apparaître les pensées intimes des personnages grâce à des bulles ; et c’est ainsi que l’on voit dans l’album tous ces nobles barbus, depuis le père de Ben Laden jusqu’à ses émules, qui ne rêvent que de posséder toutes les jeunes femmes qu’ils croisent, tout en leur imposant, bien sûr, burqas ou niqabs : est-ce que cette hypocrisie est vraiment la règle pour l’ensemble des sociétés du Golfe ?
- L’album met en scène aussi des tristes personnages comme Thierry Meyssan, et il fait dire à ce triste imposteur : « de toute façon les gens me croiront car ils n’aiment pas l’Amérique » ; est-ce vraiment une maladie française incurable, que cet anti-américanisme ? Et deuxième question, à propos de l’album, est-ce que des « complotistes » l’ont attaqué dans les médias ?

Soyez nombreux à l’écoute dimanche prochain !

J.C

11 octobre 2009

Laurent Murawiec (zal), in memoriam



J’ai éprouvé, comme beaucoup, un grand choc en apprenant la disparition mercredi dernier 7 octobre de Laurent Murawiec (1951 - 2009) ; disparition prématurée, après un courageux combat contre le cancer, d’un analyste politique brillant que j’aurais donc rencontré, pour la première et dernière fois de ma vie, à l’occasion d’une interview il y a près de six ans.

J’avais intitulé l’émission « Faut-il désaoudiser l’Arabie », et pour ce numéro de « Rencontre » diffusé le 25 janvier 2004, nous avions parlé de son livre « La guerre d’après » (Editions Albin Michel). Dans cet essai au vitriol contre la monarchie saoudienne, l’auteur s’interrogeait sur ce que devrait être, justement, la suite à mener au renversement de Saddam Hussein en Irak : il pensait que tous les assauts subis par les démocraties occidentales, et dont le 11 septembre avait été le révélateur - terrorisme, idéologie islamiste, déstabilisation du Moyen Orient, assauts contre Israël - trouvaient leur source dans ce pays là, le plus riche donc le plus dangereux car ses « lobbies » en Occident réduisaient au silence toute critique. Assis sur les plus grandes réserves de pétrole de la planète, les Saoudiens avaient pu, selon lui, financer à la fois le FIS et le GIA, les Talibans et le Hamas, tout en passant pour de bons amis de l’Occident. Antisémites farouches, ayant imposé une société moyenâgeuse et réfractaire à toutes nos valeurs, ils étaient selon Laurent Murawiec nos vrais ennemis ... A ce sujet on notera aussi l’extrême discrétion de cet homme de conviction à propos de ses origines : ayant perdu une partie de sa famille dans la Shoah, soucieux évidemment de l’avenir d’Israël, il plaçait son engagement et son travail sur le terrain de la défense des démocraties, et non d’un communautarisme étroit.

On aura compris qu’avec de telles analyses mon invité ne s’était pas fait que des amis. Français d’origine et totalement iconoclaste sous nos latitudes, il aura construit sa carrière aux États-Unis où il avait rejoint ce que l’on appelé le courant de pensée « néo-conservateur », dont les « think tank » furent écoutés par l’administration de Georges W. Bush - du moins tant que le projet de « new Middle East » et de démocratisation à marche forcée du Moyen-Orient restait dans « l’agenda », soit en gros, pendant le premier mandat de l’ex-président américain. « Senior international policy analyst » de la « RAND corporation » jusqu’en 2002, il en fut brutalement exclus après avoir défendu son point de vue sur ce puissant allié de Washington. Il rejoignit ensuite le « Hudson Institute », plus proche de ses idées - voir sur leur site l'hommage qui lui est rendu. Collaborateur du site d’information israélien francophone « Menapress », il y écrivait des analyses aussi polémiques dans la forme, que solidement argumentées sur le fond : sa dernière publication, il y a quelques mois, était une attaque au vitriol contre Barack Obama - qui, cruelle ironie du destin, reçut le Prix Nobel deux jours après sa disparition. On lira aussi, en lecture libre sur leur site une biographie complète de cet auteur, ainsi que l’hommage de Guy Millère.
Il me reste donc le souvenir de cette émission. La « logistique », particulièrement difficile car il fallait organiser le rendez-vous à distance depuis les États-Unis, trouver un moment correspondant à l’un de ses passages à Paris. Et puis la découverte d’un homme encore jeune, qui me fit penser à un colosse souriant. Je me souviens très bien de son sens de la répartie, quand je lui avais demandé - bien dans mon rôle « d’avocat du diable », qui contredit gentiment les invités tout en essayant de faire entendre des avis différents - s’il « ne poussait pas le bouchon trop loin » : « non », me répondit Laurent Lurawiec, « je place le bouchon juste où il faut ». Près de six ans après, je pense à son sourire et à la force qui s’en dégageait. Je pense aussi à ces autres voix disparues dont il ne me reste que des enregistrements - Jacques Hassoun, Semih Vaner, André Chouraqui : vous pourrez relire les hommages déjà rendus en cliquant ci-dessous sur le triste libellé « in memoriam » ... 

J.C

09 octobre 2009

Des grands espaces pour rêver un peu !

"Notables à Méhari, se rendant à un mariage"
Huile sur toile de Vincenzo Marinelli (1878)

Une toile sur la Toile
- octobre 2009

Encore une toile orientaliste, pour donner de l'aération au blog et rêver un peu ... à de grands espaces, même si cette illustration fait un peu « vignette » : il suffit de cliquer sur la photo pour agrandir.

Le mois dernier, cette série vous avait amenés en Algérie avec une œuvre d’un peintre de l’école belge : voici maintenant un orientaliste de l’école italienne évoquant l’Égypte du 19ème siècle. Vincenzo Marinelli (1820-1892), fut un ami du Khédive Saïd Pacha d’Égypte, et il peignit des tableaux pour lui et sa famille. Cette toile, de taille modeste (54,5 x 106 cm) bien qu’elle évoque les grands espaces du désert, figurait au catalogue d’une vente à l’Hôtel Drouot, en mars 1995.

J.C

07 octobre 2009

Le Maccabi Haïfa sur "Al Jazeera Sport"

Pour la première fois de l'histoire, une télévision arabe a retransmis une rencontre disputée par une équipe israélienne. La chaîne Al-Jazeera, détentrice des droits TV pour la Ligue des champions dans le monde arabe, a diffusé ce mardi 15 septembre 2009 le match Maccabi Haïfa - Bayern Munich. Pour cette première journée de la Ligue des Champions, le Bayern de Munich et le Maccabi Haïfa, ont joué au stade de Ramat Gan, près de Tel Aviv.

La Fondation du club sous le nom de Maccabi Haïfa remonte à 1913. En 1993 eut lieu sa première participation à une Coupe d'Europe (C2) (saison 1993/94). En 1998, le Maccabi Haïfa crée la surprise et élimine le Paris Saint-Germain au premier tour de la Coupe des Vainqueurs de Coupes. Il atteint les quarts de finales de cette compétition. En 2002, le Maccabi Haïfa devient le premier club israélien à atteindre la phase de poule de la Ligue des Champions, et bat par la même occasion Manchester United (Angleterre) sur le score de 3 à 0 et l'Olympiakos Le Pirée (Grèce) sur le même score. Puis, lors du troisième tour de qualification de la Ligue des Champions en 2006, le club tient tête à Liverpool à Anfield Road, en marquant le premier but. Le club est notamment connu pour avoir vendu de nombreux bons joueurs à des clubs européens. Il a gagné la réputation de « tremplin vers l'Europe ». Le 25 août 2009, l'équipe israélienne parvient à se qualifier à nouveau pour la phase de poules de la compétition reine du continent, grâce à un double succès sur le Red Bull Salzbourg (1-2 ; 3-0).

Mardi 15 septembre, à Tel Aviv, lors de la première journée de la phase de poules de la Ligue des champions c’était la première occasion pour les téléspectateurs arabes de découvrir cette équipe. Jusqu'à l'année dernière, les droits télévisés de la Ligue des Champions étaient détenus par le bouquet à capitaux saoudiens ART. La chaîne Al-Jazeera Sport, détentrice des nouveaux droits TV pour la Ligue des champions dans le monde arabe, a fait un choix courageux lorsqu’elle a retransmis le match. C'est la première fois qu'une télévision arabe retransmet une rencontre de C1 disputée par une équipe israélienne. Le match était commenté en anglais. Jamais auparavant un match impliquant un club israélien ou l'équipe nationale, quelle que fut la compétition, n'a été diffusé sur une chaîne arabe (1).

Le responsable d'Al-Jazeera, chaîne basée au Qatar, ainsi que les responsables du bouquet arabe ont relevé un grand challenge auprès du public arabe. Pour sa première expérience en matière de couverture et de diffusion des matches de la Ligue des champions européenne, le bouquet arabe Al Jazeera Sport a entamé « la saison » par le match Maccabi Haïfa-Bayern Munich. 150 millions des téléspectateurs arabes ont pu suivre Al Jazeera Sport ce mardi 15 septembre. Et nombreux sont parmi ce nombre qui s’attendent à ce que la chaîne qatarie retransmettra le reste des rencontres du Maccabi Haïfa. En effet, l’on se souvient que lors de la guerre de Gaza, il y a quelques mois, la chaîne d’informations Al Jazeera n’avait pas hésité à interviewer en direct d’Israël des responsables militaires israéliens. Al Jazeera Sport étant un bouquet thématique relevant du même groupe, ses décideurs ont fait preuve de pragmatisme et ils ont décidé de mettre les préjugés de côté car il y a du business avant tout.

La qualification du club israélien pour la phase des poules de la plus prestigieuse et la plus suivie des compétitions de clubs, a incité désormais d’Al-Jazeera Sport, détentrice des nouveaux droits TV, de diffuser les exploits sportifs israéliens dans les foyers arabes. Pour une fois donc, les intérêts financiers des investisseurs arabes convergent avec les intérêts de la minorité voulant la paix avec les israéliens.

Le Maccabi Haïfa, petit Poucet du groupe A en Ligue des Champions, est sur le point de devenir l’ambassadeur d’une image positive d’Israël à travers le vaste monde arabe. Il est aussi véhiculaire de l’endurance des survivants de la Shoah : les Allemands ont souffert sous la chaleur estivale de Tel Aviv, face à la vivacité des Israéliens, invaincus à domicile depuis novembre 2008.

Ftouh Souhail,
Tunis


(1) Récemment la réforme de la Ligue des champions menée par le président de l’UEFA, Michel Platini, était contestée par les clubs dits «grands» puisque ladite réforme permet à des clubs issus des «petits» championnats de se hisser à la phase des poules, elle l’était encore plus dans certains pays puisqu’un club israélien est parvenu à se qualifier.

Le Maccabi Haïfa est aussi vainqueur du Championnat d'Israël de football : 1984, 1985, 1989, 1991, 1994, 2001, 2002, 2004, 2005, 2006, 2009. Il est aussi vainqueur de la Coupe de la Ligue d'Israël de football : 1994, 2003, 2006, 2008 mais seulement finaliste de la Coupe d'Israël de football pour 2009.

05 octobre 2009

"Ben Laden dévoilé" : la dédicace sympa de Mohamed Sifaoui

Cliquer sur l'image pour agrandir

J’ai déjà évoqué ici la sortie de la B.D évènement de Mohamed Sifaoui, « Ben Laden dévoilé » (lire ici). Il sera mon invité le 18 octobre, et je vous présenterai prochainement cette interview.

J’ai bien entendu lu son album, qui se présente plus comme une enquête journaliste illustrée (et engagée !) que comme une bande dessinée divertissante - nous en reparlerons. Mais en attendant, je voulais partager avec vous la dédicace très sympa qu’il m’a faite ! En fait, le dessin et la bulle sont prévues, sur chaque exemplaire, pour personnaliser le petit mot de l’auteur : et j’ai trouvé très flatteur le texte choisi par Mohamed Sifaoui en ce qui me concerne !

J.C

02 octobre 2009

De Villepin et Ahmadinejad, vedettes de l’actualité

Dominique de Villepin et Mahmoud Ahmadinejad
(photo tirée d'un article du site "iran-resist" du 20 novembre 2008)

Les hasards du calendrier ont mis la semaine dernière deux personnalités en « tête de gondole » de l’actualité ...

Le sinistre Mahmoud Ahmadinejad, d’abord, qui a récidivé dans le registre de la provocation haineuse, avec successivement de nouvelles déclarations négationnistes (à l’occasion de la journée « Al-Qods », le 18 septembre), puis un discours à l’antisémitisme transparent devant l’Assemblée Générale des Nations ; ceci sans parler, bien sûr, de la menace nucléaire qui semble - mais gardons-nous de tout triomphalisme - provoquer enfin une prise de conscience partagée (la déclaration commune Obama - Brown - Sarkozy au sommet du G 20 à Pittsburgh).

Dominique de Villepin, ensuite, à l’occasion de l’ouverture du long procès qui vient de s’ouvrir devant le Tribunal Correctionnel de Paris, pour juger les prévenus de la ténébreuse affaire Clearstream. Tous les observateurs ont relevé le pénible « règlement de comptes » entre le Président de la République et l’ancien Premier Ministre, et je ne m’aventurerais pas à considérer le prévenu le plus célèbre de cette affaire comme un « coupable », comme l’a fait Nicolas Sarkozy dans son lapsus malheureux. Mais, à lire les commentaires ici et là, force est de constater que ceux qui haïssent le second considèrent, instinctivement, que le premier ne peut qu’être innocent. Et dans cette haine, il y a une dimension obsessionnelle que l’on retrouve presque toujours : « Sarkozy haïssable parce que trop proche des Américains », avec son corollaire : « Villepin sympa parce qu'il veut éloigner la France des USA et de l’OTAN » - et revient alors l’inévitable référence à son fameux discours de 2003 à l’ONU, contre la guerre en Irak !

Oui mais ... jusqu'où ? Jusqu’où peut aller ce regroupement anti-américain qui réunit des gens de droite et de gauche, des alter mondialistes et des orthodoxes du Gaullisme d’antan, des trotskystes et des « extrême centristes » à la Jean-François Kahn ? Jusqu’à considérer que, au bout du voyage, mieux vaut s’entendre avec un nazi comme Ahmadinejad qu’assumer une solidarité des démocraties - et accessoirement, éprouver un minimum d’inquiétude pour la survie d’Israël ? Et c’est là que cette photo, prise à l’occasion d’un voyage de Dominique de Villepin à Téhéran en novembre dernier, est lourde de signification : personne ne lui a fait de reproche pour ces sourires et ces poignées de main, alors qu’il n’était pas mandaté par son gouvernement ; pire encore, beaucoup de partisans de ce peut-être candidat à la présidentielle de 2012 lui sont encore plus acquis ... à cause de genre de fréquentations !

J.C

01 octobre 2009

« Rétablissez des relations avec Israël » : une lettre ouverte d’Adnen Hasnaoui au Président Ben Ali

Introduction :
Adnen Hasnaoui est un journaliste tunisien courageux, militant à la fois des Droits de l’Homme et pour la Paix israélo-arabe. J’avais parlé en octobre 2008 (cliquer sur ce lien) de sa plainte déposée contre Mahmoud Ahmadinejad devant les tribunaux de son pays. Depuis, nous sommes restés en contact, et il fait partie de mon réseau sur FaceBook, où nous échangeons souvent.
Il vient de publier sur son blog, en langue arabe, une lettre ouverte au Président Ben Ali, à l’occasion de la Journée mondiale de la paix, le 21 septembre. Cette lettre
(article original) appelle au rétablissement des bureaux de liaison entre la Tunisie et Israël. Et j’en reproduis, ci-dessous, la traduction réalisée par mon ami Souhail Ftouh.

J.C

Lettre ouverte à Son Excellence le Président de la République de Tunisie Monsieur le Président Zine El Abidine Ben Ali

Salutations distingués.

Objet : à l'occasion de la Journée mondiale de la paix qui coïncide avec le 21 Septembre, 2009, je voudrais Monsieur le Président, attirer votre attention sur l'importance de la réouverture du bureau des intérêts de la Tunisie à Tel-Aviv à l'appui des efforts internationaux pour avancer et instaurer une paix juste et durable dans cette partie du monde.
La Tunisie a été et restera pour toujours une oasis de paix et un facteur de stabilité et de progrès dans la région, et les Tunisiens sont à l'avant-garde dans la défense de la liberté et la paix.
Monsieur le Président,
Il est indiqué dans votre discours à l'occasion du cinquante-troisième anniversaire de l'indépendance, que « la politique étrangère de la Tunisie est caractérisée par sa modération et son ouverture, si bien qu'elle doit contribuer activement aux efforts déployés pour la paix et la sécurité, la stabilité et le développement global de tous les peuples de la terre » et que « la Tunisie a joué un rôle actif dans le processus de paix au Moyen-Orient, depuis l'organisation de la Conférence de Madrid à travers les diverses étapes par lesquelles les Palestiniens accéderont à l'indépendance, et la création de l'Autorité nationale palestinienne, et les initiatives ultérieures et conférences visant à parvenir à un règlement, pour mettre fin au conflit dans la région et à rétablir la paix, la sécurité et la stabilité ».
Monsieur le Président,
Je suis sûr que la décision de fermeture du bureau israélien était liée à protestation de ce qu'a subi le peuple palestinien, mais en ces jours, la réouverture de ce bureau serait un nouveau mécanisme qui offrira à la Tunisie la possibilité de défendre en mieux les droits palestiniens, en s'appuyant sur une diplomatie direct à Tel-Aviv pour faire valoir ses droits.
Et à vous le bon choix, Monsieur le Président

Adnen Hasnaoui,
Tunis le 18 septembre 2009
traduction Souhail Ftouh