Notre radio

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27 février 2009

Le blog a quatre ans !


C’était le 27 février 2005 ... n’y connaissant pas grand-chose dans le domaine de la blogosphère - mais découvrant avec gourmandise ces nouvelles « créatures » médiatiques pendre leur envol et se faire connaître grâce à divers « sites portails » - je me lançais dans l’aventure, avec au départ la modeste ambition d’avoir simplement un support Internet pour mon émission.

Pris au jeu, amené à parler d’un sujet (le monde musulman) dont l’actualité est pluri quotidienne - et ne pourrait, de toute manière, être totalement relatée dans ma série qui n'est diffusée que deux fois par mois -, je suis donc « monté » à toute allure dans ce train là, tout autant passionnant que dévoreur de temps ! A ce jour, 955 articles publiés, plus de 123.000 visiteurs - et la plupart depuis le 6 mars 2006, lorsque j’ai ajouté le deuxième compteur (les petits drapeaux qui s’alignent ...).

Selon le jour et l’humeur du moment, il me vient parfois le sentiment de me dire que c’est beaucoup d’énergie pour finalement pas grand-chose : une majorité de lecteurs viennent en effet suite à une recherche particulière sur le Web, et ne s’aventurent guère au-delà d’une page vue - et cela sans parler des abrutis antisémites, facilement repérables aux libellés obsessionnels de leurs recherches, et qui constituent en moyenne 20 % du lectorat. Mais, le plus souvent, en pensant aux témoignages d’autres lecteurs devenus fidèles et qui m’envoient même parfois des « tuyaux », en pensant aux contributions bénévoles dont vous avez pu apprécier les signatures au fil des ans, en constatant qu’il y a aussi chaque jour des « mordus » passant des dizaines de minutes sur mon adresse ... je me dis qu’il me faut continuer, et plus que jamais ! Rappelons aussi les « caps » franchis ces derniers mois : celui des 100.000 visiteurs à la fin août ; celui du record de visites (plus de 5000) en janvier. Tout ceci me conforte donc dans l’envie de continuer, et plus que jamais !

Quelques mots pour finir, à l’attention des visiteurs d’occasion tombés sur cet article, ou des occasionnels un peu distraits :
1. Ce blog reste bien sûr le support de mon émission « Rencontre » sur Judaïques FM, il vous donne des informations sur mes invités et devrait vous donner envie de lire des dizaines d’ouvrages. Mais il a aussi un complément indispensable sur le Web, ma page : http://jean.corcos.free.fr/ , où vous pouvez entendre les enregistrements intégraux de ma série, diffusés ces deux dernières années !
2. Outils extrêmement puissants, les « libellés » en fin de chaque article vous permettent de naviguer, par thème, à travers quatre ans de publications et en vous ouvrant des centaines d’articles : n’hésitez pas à les utiliser, de même que les dizaines de liens - spécifiques à un article, ou permanents - que ce blog vous offre : la lecture de la « blogosphère » juive francophone démontre rapidement que ma propre adresse n’a pas à rougir, à la fois en termes de richesse des références, et surtout d’ouverture d’esprit.

Merci à toutes et tous pour votre fidélité. N'hésitez pas à m'écrire à l'adresse : rencontre@noos.fr.

Et rendez-vous ... pour les cinq ans du blog ! 

J.C

26 février 2009

Robert Ménard, une nouvelle carrière au Qatar … et de la suite dans les idées



Robert Ménard
(photo tirée du site rmc.fr)

Revenons un peu sur le traitement médiatique de l’opération « plomb fondu », en évoquant une personnalité journalistique célèbre - et qui doit avoir de très solides relations parmi ses confrères, car il est quasi impossible de le voir critiqué, même sur des prises de position discutables : Robert Ménard, l’ancien président de l’ONG « Reporters sans Frontières » (RSF).

Robert Ménard a eu droit à une publicité exceptionnelle à l’occasion des manifestations à Paris, l’été dernier, lors du passage de la flamme olympique des Jeux de Pékin : « opération commando » médiatiquement très réussie - et cause d’une grave crise avec la Chine -, je ne l’ai pas trouvée personnellement critiquable, hormis deux réserves illustrant la compromission de son responsable vis-à-vis du « politiquement correct » toujours ambiant ...
1. Personne ne rappelle son passé trotskiste, qui n’a pourtant rien de secret (lire sa biographie sur Wikipedia). A l’époque (il y a une trentaine d’années), personne ne critiquait la Chine, qui n’était pas encore devenue un « ogre capitaliste » et un concurrent dangereux ; pas Robert Ménard, et surtout pas en ce qui concerne la répression au Tibet, dont les victimes étaient bien plus nombreuses qu’aujourd’hui !
2. Jamais l’ex-président de RSF n’a mené la moindre manifestation pour attirer l’attention sur des conflits ayant fait des centaines de milliers (le Darfour) ou des millions (le Congo) de victimes : lui était-il tellement difficile de proposer une « grille de lecture » sur ces guerres, oubliées par tous ses confrères ?

Robert Ménard fut l’invité le 24 septembre 2008 d’une commission du CRIF, celle des « Relations avec les ONG, les syndicats et le monde associatif » à laquelle j’ai l’honneur d’appartenir. Hélas, je ne peux que me rapporter au compte-rendu officiel (et non public) de son audition, n’ayant pas moi-même assisté à cette intéressante audition ! Disons simplement que le président de RSF a défendu sa propre conception de la liberté de la presse, qui devrait être totale à son avis : d’où son opposition il y a quelques années à l’interdiction en France de la chaîne antisémite du Hezbollah, « Al-Manar », mais aussi à la Loi Gayssot contre le négationnisme, ou aux « lois mémorielles ». Pour être tout à fait juste, il faut préciser que Robert Ménard a bien sûr dit qu’il ne partageait pas du tout l’opinion de ces différents « groupes de fous furieux », mais qu’il trouvait inefficace toute législation. Ce qu’il n’a pas, par contre, révélé à son auditoire, fut sa démission de « Reporters sans Frontières » ... quatre jours après, soit le 30 septembre !

Extrait, toujours de Wikipedia :
« Depuis novembre 2008, il occupe les fonctions de directeur d'un centre d'accueil pour les journalistes à Doha au Qatar, doté d'une subvention annuelle de 3 millions de dollars par l'émir. Son conseil d’administration compte notamment Patrick Poivre d’Arvor et Dominique de Villepin. Les détracteurs de l'ancien secrétaire général de RSF s'étonnent de cette reconversion dans un pays qui n'a rien d'une démocratie : le pouvoir y est transmis par hérédité et la presse n'a pas le droit d'émettre des critiques contre la famille régnante et le gouvernement. En outre, des organisations humanitaires (Amnesty International et la Commission des droits des femmes de l'ONU) y déplorent la pratique de la polygamie, de la misogynie, de la flagellation, de traitements proches de l'esclavagisme pour les travailleurs immigrés, de la torture, de la peine de mort. »

Le site portail « Desinfos », en lien permanent, a publié un long article intitulé « Audit sur le sérieux et l’objectivité de l’information en France pendant le récent conflit entre l’état d’Israël et le Hamas à Gaza ». On pourra le lire ici. Je reproduis ci-après l’extrait consacré aux prises de position de Robert Ménard, extrait qui me parait bien éclairé par ma longue introduction ...
Une place à part doit être réservée aux interventions multiples de Robert Ménard sur les antennes du Service public (France 3, France Inter). Ancien président de Reporters sans Frontières (RSF) R. Ménard est aujourd'hui responsable du Centre de Doha pour la liberté de l'information ( !!!) décrit ci-après. La nature de cette institution, son financement et la teneur des déclarations publiques de son directeur général permettent de poser la question de savoir si Robert Ménard n'assume pas désormais les fonctions rémunérées de propagandiste des régimes arabes extrémistes favorables au Hamas.

France Inter, dimanche 25 janvier, Journal 8H 9H
Intervention de Robert Ménard

Ancien secrétaire général de RSF, aujourd'hui directeur général du « Centre de Doha pour la Liberté de l'information » accuse l'armée israélienne d'avoir « commis des massacres » à Gaza et d'avoir empêché la presse de s'y rendre pour dissimuler les preuves de ses crimes de guerre.
« Et pourquoi ils cachent. Eh bien on le comprend aujourd'hui. Vous avez vu combien il y a de plaintes en ce moment devant la CPI ? Des centaines de gens qui vont porter plainte contre Israël devant la CPI. Or quel est le problème devant la CPI ? Ce sont les preuves. Prenez l'exemple un article « merveilleux » (sic) dans la presse de la famille Smouni : plus de trente personnes tuées par les Israéliens. Mais il faut amener des preuves. Il faut apporter des images ».
Dans sa très longue intervention à l'antenne, Robert Ménard s'est également fait le porte-parole des opinions publiques arabes qui reprochent à l'Occident de soutenir Israël de manière injustifiée et déséquilibrée.
« Vous n'imaginez pas le gouffre entre les opinions arabes et les opinions occidentales. Il y a l'idée, étayée par un certain nombre de réalités, qu'il y a un deux poids deux mesures fantastique, qu'on pardonne tout à Israël et qu'on accepte rien du monde arabe ou si peu, que dix tués du côté israélien cela vaut 1000 tués pour nous du côté palestinien, et ça ils ne l'acceptent pas ».
Il a ensuite pris position pour prendre la défense du Hamas et rejeter in fine la responsabilité du conflit sur Israël en accusant la presse française de taire les véritables raisons du conflit.
« Est-ce que au fond, d'un côté il y a les roquettes du Hamas et de l'autre il y a la réponse d'Israël qu'un certain nombre de gens, n'en déplaise à M. Glucksman, ont jugé disproportionnée. Mais le problème il n'est pas là (...) Le problème il est comment on en est arrivé là ? Pourquoi les gens envoient des roquettes. Pourquoi le Hamas est malgré tout populaire dans sa zone ? Pourquoi il gagne les élections. C'est peut-être parce que au départ il y a une injustice sur laquelle vous ne vous prononcez pas parce qu'elle est celle d'une mauvaise conscience des Occidentaux par rapport à Israël qui fait que l'on se tait sur l'origine de cette guerre ».
Poursuivant son idée, il a accusé les partisans d'Israël d'utiliser le thème de la Shoah pour interdire toute critique à l'encontre d'Israël dans le présent conflit.
Je vais dire quelque chose qui ne va pas faire plaisir à un certain nombre de gens et c'est dommage que Ivan Levaï ne soit plus là, parce que j'aurais aimé le dire devant lui. Il y a une spécificité du conflit israélo-palestinien pour les occidentaux. (...) Comment se fait-il qu'ici, il n'y ait pas par rapport à ça, la révolte qu'il y eut par rapport à la guerre du Vietnam. Parce que ici - et c'est pour ça que je regrette de ne pas le dire devant Ivan Levaï - parce qu'ici, on a sur la lecture quelque chose qui oblitère tout. Chaque fois que l'on montre ça, il y a un certain nombre de gens pour nous rappeler : « Oui, mais il y a eu la Shoah ! Oui, mais il y a eu les camps de concentration, donc Israël et l'armée israélienne, on doit lui pardonner, on doit l'excuser, on doit regarder sa violence qu'avec d'autres yeux qu'on le ferait avec d'autres armées ».

La famille Smouni, 33 morts de la même famille ! La seule maison qui reste debout est celle qui est occupée par l'armée israélienne. Y'a sur les murs, écrit en hébreu « Mort aux Arabes ! ». Imaginez à l'inverse qu'il y ait écrit dans un endroit « Mort aux Juifs », cela ferait un tollé ici que le « Mort aux Arabes ne fait pas ». Je suis bouleversé, dans l'opinion publique, dans les médias, chez les intellectuels, il y a une lecture de ce conflit que nous faisons avec notre mauvaise conscience ».
 

Pour faire bonne mesure

A la fin de l'émission, essentiellement consacrée à la mise en cause d'Israël, Robert Ménard a eu quelques mots de condamnation du Hamas, manifestement destinés à donner à son intervention l'apparence de l'équilibre et de l'objectivité : « Tout ce que je dis là ne justifie en rien la monstruosité d'un certain nombre d'attitudes du Hamas. Mais je n'ai même pas envie de le dire parce que c'est comme si chaque fois il fallait rappeler que le Hamas « c'est ça, et ça Oui, on le sait ! ».
Durée de cette mention destinée à faire bonne mesure : 12 secondes (sur cinquante minutes d'émission).


J.C

25 février 2009

Druzes en guerre pour Israël

Soldats du bataillon druze "Herev" à l'entrainement

«C’est moi, Yossi ! Le Druze qui sera bientôt officier dans les Golanis !»Youssef Muadi, 19 ans, avait passé la plus grande partie de la nuit du 2 au 3 janvier à faire le pitre et à chanter à tue-tête une chanson de son cru pour remonter le moral de ses camarades des troupes d’élite de l’armée israélienne. Nombre de jeunes conscrits de son unité, stationnés à la lisière de la bande de Gaza, n’en menaient pas large, quelques heures avant de pénétrer dans le territoire palestinien. C’est du moins le récit qu’ils en ont fait ensuite à Wafa, la mère de Youssef. Car le jeune homme a été tué deux jours plus tard dans la Bande.
Sur les dix soldats de Tsahal morts lors de l’opération «Plomb durci», deux sont des Druzes. Parlant l’arabe, professant une foi issue d’un islam très hétérodoxe, les Druzes sont environ 120 000 en Israël, un État dont ils sont citoyens à part entière (lire ci-contre). Contrairement aux Arabes israéliens, ils sont soumis, comme les Juifs, au service militaire obligatoire. Ils sont nombreux parmi les soldats de carrière et les forces de police. C’est souvent, pour eux, un moyen de promotion sociale.

Dans son modeste appartement de Haïfa, Wafa, la voix brisée, raconte : «C’était un rigolard, toujours enjoué, toujours à faire des blagues. Tout le monde l’aimait.»«Yossi aimait la vie, les filles, ses amis, le surf et la capoeira», ajoute son père, Samir. Une photo du jeune homme, look branché et yeux malicieux, a été accrochée sur le mur, au milieu du salon, avec la date de sa mort, le 5 janvier 2009. Youssef a été tué avec deux autres soldats de la brigade des Golanis, une unité d’infanterie réputée de Tsahal, lors d’un tir fratricide. Un char israélien a tiré sur une maison abandonnée dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, ne sachant pas que des soldats se trouvaient à l’intérieur. «Au moment de l’explosion il s’est jeté sur son officier pour le protéger. Son officier l’adorait, il l’avait pris sous son aile. Il a été grièvement blessé dans l’explosion et m’a appelé de l’hôpital pour me dire que s’il avait un garçon, il l’appellerait Yossi», raconte Samir, utilisant le diminutif hébreu pour désigner son fils.

Un pacte scellé en 1929

Lorsqu’il a été envoyé à Gaza, le jeune homme avait entamé, depuis neuf mois, son service militaire obligatoire de trois ans. Il voulait absolument servir dans les Golanis, comme son père l’avait fait avant lui. «Depuis l’âge de 15 ans, c’était son rêve», raconte Wafa, qui est institutrice dans une petite ville druze voisine de Haïfa. Son père est d’ailleurs intervenu auprès d’une connaissance, un colonel druze. «Quand il revenait en permission à la maison, il faisait la tournée de ses copains jobnikim [le surnom donné aux jeunes effectuant leur service militaire dans des unités non combattantes, ndlr] et il se moquait d’eux. Dans le bus, en route pour Gaza, il m’a appelé et m’a dit : "Papa, si je fais pas le boulot, qui le fera ?"», se souvient Samir.
«Nous sommes Israéliens. Israël est notre pays. L’identité druze est une appartenance individuelle, mais notre identité collective, c’est d’être Israéliens. C’est une tradition chez les Druzes d’être fidèles au pays dans lequel ils vivent», explique son épouse. Le plus jeune fils Muadi, Amir, 14 ans, a ainsi remporté il y a deux ans un concours national testant les connaissances des jeunes sur l’histoire de Jérusalem, devançant des centaines de candidats juifs. Samir travaille pour le gouvernement israélien comme coordinateur agricole avec l’Autorité palestinienne. Bien qu’arabe, il a adopté la ligne officielle de la majorité juive sur la lutte contre le terrorisme. «Nous ne nous battons pas contre le peuple palestinien, pas même contre l’Autorité palestinienne, mais contre des organisations fondamentalistes qui ne veulent pas de nous ici», estime-t-il, en faisant référence au but déclaré du Hamas de détruire l’État d’Israël.
Youssef a été enterré à Yirka, dans le nord du pays, le foyer des Muadi - l’une des plus grandes familles druzes d’Israël. Construite il y a plus de trois siècles, la maison familiale y est toujours. «L’histoire de la famille est indissociable de celle d’Israël», explique Samir. L’arrière-grand-père de Youssef, Said Muadi, était ainsi l’un des leaders politiques de la communauté. En 1929, il signe un accord avec les responsables sionistes, marquant le début de l’alliance entre Druzes et Juifs contre la majorité arabo-musulmane de l’époque. Au moment de la création de l’État, en 1948, le Premier ministre David Ben Gourion a même rencontré les patriarches de la famille Muadi, raconte Samir avec fierté.
«Israéliens de sang»

A quelques kilomètres de Haïfa, dans le bourg druze de Daliat-al-Carmel, la vaste maison des Nasereldin bruisse des conversations chuchotées entre des membres de la famille et des amis venus présenter leurs condoléances suite à la mort de Lutfi. Officier de carrière âgé de 38 ans, il est le premier soldat israélien tué à Gaza, par un tir de mortier, au deuxième jour de l’offensive, le 29 décembre. Les doyennes de la famille, revêtues de la tenue traditionnelle de deuil, robes amples noires et foulards blancs, sont assises dans une pièce séparée, avec les enfants. Elles servent du thé à la menthe et du café turc aux visiteurs. Les hommes siègent dans de larges fauteuils alignés le long du mur d’un salon ovale. Le père de Lutfi, Wajiya, 64 ans, est assis à côté d’une photo de son fils, en uniforme, placée sur une table basse à côté d’un bouquet de fleurs séchées. L’imposant sexagénaire, qui parle d’une voix basse et retenue, est peu prolixe sur la personnalité de Lutfi. Il répète cependant à plusieurs reprises qu’il est très fier que son fils ait été tué en «défendant les localités israéliennes proches de la bande de Gaza qui ont souffert pendant huit ans des tirs palestiniens». «Nous sommes partie intégrante de l’État d’Israël, c’est notre pays, nous devons le défendre. Il n’y a pas de différence entre nous et les Juifs. D’ailleurs, ils ne cessent de venir nous voir pour nous présenter leurs condoléances», explique Wajiya, président du mémorial des soldats druzes tués au combat pour la région du Carmel et de la Galilée.

Quelques jours après la mort de Lutfi, le président israélien, Shimon Peres, s’est rendu au domicile des Nasereldin. «Israël est fier de ses Druzes. Vous êtes des gens de paix qui savent aussi être des combattants courageux en temps de guerre», a dit le Président au grand-père de Lutfi, Amal, qui fut député du Likoud (droite) à la Knesset entre 1977 et 1988. Lutfi portait le prénom d’un de ses oncles, lui aussi officier de carrière, tué dans une opération militaire en 1969. Le service dans l’armée ou dans la police est une tradition familiale chez les Nasereldin. Une photo en noir et blanc de Wajiya, longues moustaches et uniforme, est accrochée dans l’entrée, souvenir de ses quinze années de service comme officier dans la police. Un de ses deux fils encore vivants, Shadi, 36 ans, a lui aussi fait carrière dans l’armée, dans une fonction qu’il préfère tenir secrète.
«Même si notre langue maternelle est l’arabe, nous sommes exactement comme les Juifs, nous sommes Israéliens de sang, nous nous sentons très bien ici, en Israël. C’est notre pays», assure Hanan, la veuve de Lutfi, qui tient leur fille Asul, 5 ans, sur ses genoux. «Il y a deux ans, se souvient-elle, Lutfi avait été très fier de représenter l’unité des Golanis pendant la cérémonie du jour de l’indépendance [marquant chaque année l’anniversaire de la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël le 14 mai 1948, ndlr], c’est lui qui tenait le drapeau de la brigade.»

Delphine Matthieussent
© Libération, 3 février 2009

23 février 2009

Mgr Williamson – Youssouf al-Qaradawi ou « les indignations sélectives », suite

J’évoquais dans mon dernier article le caractère à la fois suspect et partiel de la vague d’indignation qui a suivi la levée d’excommunication, par le Pape, de l’Évêque négationniste.

En complément, et comme illustration du « politiquement correct » qui dénonce vigoureusement les antisémites et nostalgiques du nazisme quand ils sont de « bons chrétiens », et jamais lorsqu’ils sont musulmans - et, surtout, lorsqu’ils bénéficient de la formidable caisse de résonance des chaînes de télévision arabes -, je donne ci-dessous les liens vers un article publié sur le site canadien « point de bascule » : on y verra la vidéo d’une émission du prédicateur vedette Youssouf al-Qaradawi, justifiant sans vergogne la Shoah ; et en promettant une autre des mains des Musulmans !

http://pointdebasculecanada.ca/spip.php?article879

Extrait :
Tout au long de l’histoire, Allah a imposé aux [Juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu’il leur a fait - et bien qu’ils [les Juifs] aient exagéré les faits -, il a réussi à les remettre à leur place. C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des Musulmans

Question simple : cette déclaration a été diffusée les 28 et 30 janvier, soit juste après le scandale Williamson et aucun grand média n’en a parlé ! Pourtant, la portée de ce véritable appel au génocide était beaucoup plus grave, car des centaines de millions de téléspectateurs potentiels peuvent être appelés au meurtre par ce genre de déclarations ... Que font les associations antiracistes ? Où sont les défenseurs des « Droits de l’Homme » ? Qu’en disent nos responsables politiques, qui se bousculaient au portillon pour s’indigner des propos d’un nazi en soutane, mais qui semblent pétris de terreur quand il s’agit d’un nazi enturbanné ?

J.C

21 février 2009

Mgr Williamson, ou « un négationnisme peut en cacher un autre »

Mgr Richard Williamson

Depuis la décision du Pape Benoît XVI de lever l’excommunication contre quatre Évêques ordonnés en 1988 par Mgr Lefebvre dont le tristement célèbre Richard Williamson, négationniste anglais aussi virulent que têtu, un tsunami de réactions s’est abattu sur les relations entre les Juifs et le Vatican. Depuis, il y a eu une série de réactions à rebours : déclarations d’amitié du Pape avec annonce officielle de son prochain voyage en Israël ; protestation ferme de l’épiscopat français ; prise de distance même de la « Fraternité Saint-Pie X » vis-à-vis du négationnisme de son trop voyant comparse - à noter cependant qu’il ne faudrait guère se faire d’illusions sur cette mouvance en matière d’antisémitisme : lire à ce sujet l’excellent article publié sur le blog "philosémitisme"

Mon article arrivant avec un certain « retard de phase » par rapport à l’évènement, j’aimerais juste exposer quelques réflexions, l’une directement liée à mon émission, et les autres relevant d’une réflexion plus large.

- Tout d’abord, le hasard du calendrier a voulu que soit diffusée le dimanche 25 janvier mon interview de Vincent Aucante, directeur culturel du Collège des Bernardins et auteur du livre « Benoît XVI et l’islam » (lire ici la présentation de l'émission) : mon entretien fut préenregistré le jeudi 22, soit la veille de la fameuse décision papale qui allait mettre le feu aux poudres ! Bien entendu, le sujet ne fut donc pas évoqué, aléas du différé qui permet de travailler plus confortablement, quitte à être dépassé par l’actualité ... Ceci dit, le sujet concernait les Musulmans et non pas les Juifs, et je dois avouer que ce j’ai lu de l’approche pragmatique et sans illusions du Pape sur le sujet m’avait plutôt séduit - on peut d’ailleurs entendre l’émission sur ma page http://jean.corcos.free.fr/.

- Ensuite, cette « affaire Williamson » devait rappeler au monde juif l’existence d’autres antisémites que ceux qui manifestaient avec violence, appelaient au meurtre et agressaient même physiquement dans la vague de fureur qui succéda à l’opération militaire à Gaza - pour dire rapidement : dans leur immense majorité, des Musulmans, et parmi eux beaucoup d’islamistes mais pas uniquement. Rappel salutaire, alors que - cela va devenir un « marronnier » à force de le redire sur ce blog -, la grande majorité de la blogosphère juive francophone ne veut voir d’antisémites que venant de l’islam, quitte, comble de bêtise irresponsable, à faire la promotion d’une certaine extrême droite !

- Mais - et c’est là que tout devient passionnant -, tout se passe comme si les grands médias établissaient un rideau étanche entre « un négationnisme qui ne passe pas » et un « négationnisme dont on ne parle pas ». Le premier, clairement condamné, est celui d’un Européen, catholique, antisémite et niant la Shoah. Le second ... recouvre en fait plusieurs facettes du négationnisme ! Il y a par exemple celui concernant le 11 septembre, et dont on sait qu’il fait des ravages sur le Web, à en juger par les réactions incroyables de soutien suscitées par les propos de Jean-Marie Bigard (lire sur le blog). Or j’ai appris, grâce à un site remarquable et spécialisé dans les « théories du complot » (« Conspiracywatch ») que parmi les supporters du délirant « les Twins ont été détruites par la CIA » figure ... l’horrible Mgr Williamson : lire d'urgence l'article, avec une vidéo de l'Evêque négationniste en pleine forme ! Mais il y a aussi le négationnisme de la Shoah largement répandu dans tout le monde arabe, et dont - curieuse cécité - nos journalistes nationaux ne parlent pratiquement jamais. Ceci sans parler de cet autre pays dans lequel la négation de la Shoah fait office de vérité historique, la République Islamique d’Iran, qu'une formidable campagne de lobbying nous pousse à accepter comme nation fréquentable (voir en particulier les immondes caricatures sur la Shoah présentées lors d’un concours international de dessins à Téhéran, et publiées sur le site « iran-resist » en lien permanent).

- Convergence de tous les antisémites obsessionnels, les négations de la Shoah ET du 11 septembre sont vraiment le marquage ADN des extrémistes de notre époque : seulement, le premier négationnisme semble plus « politiquement incorrect - sans soutes parce qu’il salit la mémoire de Juifs assassinés il y a plus de soixante ans, donc qu’il n’est pas trop difficile de défendre ; tandis que le second semble moins scandaleux, les « coupables » désignés par cette autre théorie du complot étant, depuis longtemps, présentés comme les « vilains » de notre époque (Israël, États-Unis).

- Au final - et même si je dois avouer diverger souvent quant à ses vues toujours très sombres de l’avenir du Judaïsme français -, je dois avouer complètement partager le point de vue de Shmuel Trigano, qui trouve bien suspecte cette empathie soudaine des médias pour les Juifs ... petit extrait de son dernier article :
« Nous avons pu assister, en ce début février 2009, à un phénomène idéologique étonnant. Les médias sont passés sans transition d’une violente hostilité envers Israël à un concours de vertu pour condamner la réhabilitation par le pape d’un évêque intégriste osant nier la réalité de la Shoah. Comme s’il n’y avait aucune contradiction entre la peinture judéophobique d’un Israël stigmatisé pour sa cruauté supposée envers les enfants et les civils et l’indignation que l’on puisse prétendre que les Juifs n’ont pas été victimes des nazis. L’accusation du meurtre rituel commis sur des enfants est un classique de l’antisémitisme. Ces manifestations paradoxales ne sont pas contradictoires. Elles sont au contraire l’illustration même de la nouvelle judéo phobie ou, si l’on veut, du « nouvel antisémitisme ». Elles fonctionnent en effet de concert, l’une soutenant et compensant l’autre. L’exaltation de la mémoire de la Shoah vient authentifier la moralité et la pureté de l’accusation disproportionnée d’Israël que j’ai analysée dans mon précédent blog. C’est ce qui explique pourquoi il est impérieux pour cette idéologie que cette mémoire soit sacralisée et défendue scrupuleusement contre ses négateurs. Elle exalte un peuple mort pour mieux accabler un peuple vivant (...) »

Lire la suite sur le blog de Shmuel Trigano

J.C

20 février 2009

De bonnes nouvelles pour les défenseurs de la paix et la justice

Qui a dit que les dirigeants du Hamas échapperont éternellement de la justice ? L'association "Avocats Sans Frontières" et d'autres ONG viennent de décider pour la première fois de porter plainte auprès du procureur de la Cour pénale internationale (CPI), siégeant à La Haye, contre les principaux dirigeants du Hamas pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Maître Gilles William Goldnadel, président de l'AFS, vient donc de franchir une étape courageuse et très attendue.

Les dirigeants politiques et militaires du mouvement Hamas, coupables de crimes de guerre seront poursuivis au tribunal de la Cour Pénale Internationale de La Haye. Une requête au Président français sera déposée par "Avocats Sans Frontières", soutenue par d'autres O.N.G. aux fins de voir le Chef de l'État français saisir le Procureur près la Cour Pénale Internationale de La Haye, conformément à ses prérogatives.
A la suite de son communiqué en date du 13 janvier 2009, l'Association « Avocats Sans Frontières » a précisé ci-après, les cinq griefs légaux qui seront utilisés auprès du Procureur près la Cour Pénale Internationale, à l'encontre des dirigeants politiques et militaires du mouvement Hamas, coupables de crimes de guerre :
1-Viser délibérément la population civile israélienne.
2-Tirer des missiles et des obus à partir de zones civiles (écoles, hôpitaux ...).
3-Utiliser des symboles humanitaires tels que des ambulances pour tenter de jouir de l'impunité - recruter, former des enfants à la guerre, les utiliser comme boucliers humains.
4-Appeler publiquement au génocide ou à l'assassinat pour des raisons religieuses ou raciales (charte du Hamas).

Toujours dans le cadre de la poursuite des chefs du mouvement intégriste , Irwin Cotler l'ex Ministre de la Justice du Canada et le professeur de droit à l'Université Mac Gill à Montréal a relevé récemment 5 crimes de guerre et un crime contre l'humanité perpétrée par le Hamas. Selon le professeur Cotler l'idéologie du Hamas et ses tactiques militaires sont des cas d'étude par excellence comme exemples de violation de la loi internationale. Il a noté au moins 6 violations de la loi. Ce sont les quatre mentionnés ci-dessus, plus les deux suivants :
- Recruter, former des enfants à la guerre, utiliser les enfants comme bouclier humain est un crime de guerre
- Attaquer systématiquement des civils pendant plus de 8 ans est un crime contre l'humanité.
De très bonnes nouvelles en perspective à annoncer à tous les hommes et les femmes libres de la planète qui sont exaspérés par la haine et la barbarie prônée par le Hamas. Il est important aujourd'hui, pour tous ceux qui attendent une paix juste et durable au Proche Orient, de dénoncer les crimes de guerre perpétrés par les « nazislamistes » du Hamas. Il appartient à la communauté internationale, en particulier aux États signataires des Conventions de Genève et aux organisations de citoyens de soutenir et d'encourager cette initiative. Les chefs du Hamas ne doivent pas rester impunis. Les dirigeants du Hamas pourront être déférés devant la CPI s'il y a une vraie volonté de la part des Nations, comme il a été fait à propos du Darfour et en République démocratique du Congo, enquêtes qui, elles, ont abouti à plusieurs inculpations.
Le Collectif « Arabes Pour Israël » s'adressera par une lettre de soutien à l'Association Avocats sans Frontières et il proposera de se joindre aux efforts visant à traduire les dirigeants du Hamas devant la justice pénale internationale.

Collectif "Arabes Pour Israël"http://arabespourisrael.unblog.fr/

19 février 2009

Israël : campagne et après campagne

Quelque part en Israël ...
(photo de Jacques Guenoun)

Pour les lecteurs nouveaux du blog, j'aimerais d'abord rappeler qui est mon ami Jacques : jeune étudiant, il a fait partie de la poignée de soutiens bénévoles qui m'ont aidé, aussi bien dans l'aventure de l'émission que dans celle du blog. C'est ainsi qu'il a fait la transcription littérale d'anciens numéros de "Rencontre", et qu'il a réalisé - alors que notre station Judaïques FM n'était pas encore équipée pour numériser les enregistrements - les premiers "podcasts" de mes émissions. Pour en savoir un peu plus sur lui, cliquer sur son nom en libellé.

Il a fait son alya il y a déjà plusieurs années, et m'a envoyé il y a quelques semaines de très belles photos d'Israël, dont celle-ci et j'ai souhaité la partager avec vous : cliquez sur l'image pour l'agrandir, tout respire le calme - bien loin de l'agitation de Jérusalem, où doit être constitué le gouvernement au cours des prochaines semaines !
"Campagne et après campagne", le titre était donc tout trouvé pour ce post : avec son système électoral absurde et un manque de majorité claire aux lendemains des élections de la semaine dernière, nous allons connaitre de pénibles tractations : essayons d'oublier, en admirant la nature de ce si joli pays ...

J.C

18 février 2009

Blogs et dissidence au Proche Orient : la conquête d’un nouvel espace

L’association « le Cercle » (site : http://www.le-cercle.fr/) a pour objectifs :

- d’établir des passerelles de discussion avec les décideurs de politique étrangère.
- d’organiser des rencontres avec les étudiants voués à devenir les leaders politiques, hauts fonctionnaires et diplomates de demain.
- de préparer pour ces différents publics des voyages au Proche Orient afin d’y découvrir les réalités quotidiennes.

- de mener des actions de sensibilisation sur le Proche Orient auprès de l’opinion publique.

J’avais eu comme invité son président, Fabrice Chiche, c’était en janvier 2007, et nous avions parlé d’une mémorable soirée à Sciences Po, dénonçant la menace nucléaire iranienne et les menaces de destruction de l’état Israël proférées par la République Islamique.

« Le Cercle » organise une nouvelle manifestation très intéressante au même endroit, le thème sera cette fois la « cyber dissidence » ... La contestation dans divers pays au Proche Orient prend en effet une ampleur sans précédent sur les blogs. Internet est devenu un espace privilégié pour formuler des critiques face à certains régimes au Proche Orient. Ainsi, en Iran, en Syrie, au Liban ou bien encore en Egypte, les gouvernements ont décidé de bloquer l’accès à certains sites et utilisent, à leur tour, Internet pour leur propre propagande. Ces médias permettent- ils une véritable évolution de la liberté d’expression ?

Deux experts de la région interviendront :

Abdulhamid Ammar - Fondateur et Directeur de la « Tharwa Foundation »
Ammar Abdulhamid est considéré par le New York Times comme « l’une des voix les plus importantes du mécontentement de la nouvelle génération syrienne ». Il a témoigné auprès du Congrès des Etats-Unis et analyse fréquemment la situation au Proche-Orient dans divers journaux et chaînes de télévision aux Etats-Unis et en Europe.

Dr Mina Nima - Professeur Associé au Département des Etudes Africaines et Orientales de l’Université de Londres
Mina Nima a notamment publié en 2007, avec le soutien du « German Marshall Center », un rapport intitulé « Blogs, Cyber-Literature and Virtual Culture in Iran ».

Les intervenants, experts de ces nouveaux outils de communication, répondront à ces différentes questions au cours de l’atelier-experts qui sera animé par Fabrice Chiche et Nuno Wahnon Martins.
Mardi 24 Février 2009 - De 14h45 à 16h45
Sciences Po. Paris - 27 Rue Saint Guillaume - 75007 Paris - Salle 13 

J.C

16 février 2009

Ecoutez Mohamed Sifaoui sur le Web

J’avais programmé mon interview de ce journaliste franco-algérien bien connu avant l’opération israélienne à Gaza, et j’avais intitulé à l’origine l’émission : « Résister aux islamistes, d’Alger à Paris ». On lira sur le lien sa présentation.

Pour les auditeurs n’ayant pu l’entendre le 11 janvier dernier, voici un « player » qui vous permettra d’écouter ce numéro de « Rencontre » particulièrement marquant : la guerre n’était pas finie à Gaza, et Mohamed Sifaoui n’a pas eu peur de dire à mon micro des propos « non politiquement corrects » à propos du Hamas, et de la meilleure façon de gagner contre lui : bonne écoute !

J.C

15 février 2009

Du nazisme à l’islamisme : Boualem Sansal sera mon invité le 22 février


C’est une émission tout à fait exceptionnelle que je vous propose pour dimanche prochain. Déjà enregistrée, elle m’a permis d’abord d’avoir au téléphone notre invité depuis l’Algérie, un pays bien fermé pour ce genre d’interviews. Une émission exceptionnelle surtout, en raison de la qualité et du courage de notre invité, le romancier Boualem Sansal.
Boualem Sansal a eu une formation d'ingénieur, cela a été son métier pendant longtemps. C’est à l’âge de 50 ans qu’il a publié son premier roman, « Le serment des barbares », et puis il y a eu « Poste restante », une lettre ouverte adressée à ses compatriotes, là les ennuis ont commencé et il a été limogé en 2003 de son poste de haut fonctionnaire. L’année dernière, en janvier 2008, les éditions Gallimard ont publié son roman « Le village de l’Allemand ou le journal des frères Schiller », une œuvre bouleversante que j’engage tous les lecteurs du blog à acheter d’urgence. J’en avais déjà parlé à la sortie du livre, en mettant en lien une vidéo interview de l’auteur sur le site « téléobs » (cliquer sur son nom en en libellé). Jamais, à ma connaissance un écrivain, de culture musulmane, étant né et ayant vécu sa vie d’adulte dans un pays arabe, avait parlé de la Shoah avec autant de force et de conviction que Boualem Sansal. Et il a d’ailleurs été salué et applaudi, pour cela, lors d’une soirée poignante au Mémorial de la Shoah le 11 décembre dernier, où j’ai eu le bonheur de parler avec lui.
Quelques mots de présentation rapide de la trame de ce livre : il raconte l’histoire imaginaire, mais basée en partie sur un fait réel, d’un Allemand, ancien SS en fuite après la guerre qui avait été envoyé par Nasser comme expert militaire auprès du F.L.N, pendant la guerre d’indépendance. Après 1962, cet Allemand change de nom, Hans Schiller devient « Si Hassan », un bon musulman qui se marie avec une fille du pays et devient le Cheikh d’un village nommé « Ain Deb », la « source de l’âne ». Ses deux fils ont de drôles de prénoms composés, « Rachel » pour « Rachid - Helmut » et « Malrich » pour « Malek - Ulrich », et ils sont venus très jeunes vivre en banlieue parisienne ; le premier a réussi et est ingénieur, comme l’auteur ; et le deuxième n’a pas fait d’études et vit une existence minable dans une cité. Tout bascule au milieu des années 90, avec le massacre par les islamistes du G.I.A d’une partie du village, dont les parents des deux jeunes franco-algériens : et là, en trouvant une malle de vieux papiers dans leur maison, Rachel le fils aîné découvre que le père respecté par tous ses voisins a été un monstre ayant participé de près à la solution finale.

Parmi les questions que j’ai posées à Boualem Sansal, et auxquelles il a apporté des réponses surprenantes par leur courage :

- Quel a été l’accueil fait à son roman en Algérie, et comment sont considérés les Juifs et la Shoah ?
- pourquoi avoir pris comme héros de jeunes franco-algériens, est-ce qu’il pense que c’est dans la jeunesse issue de l’immigration et vivant en Europe, que se joue finalement cette guerre contre les islamo fascistes ?
- lors de la fameuse soirée au Mémorial de la Shoah, on l’a interpellé à propos de ce parallèle fait entre les massacres en Algérie pendant les années 90 et la Shoah : que répond-il à ces critiques ?
- toujours lors de cette soirée, il nous a dit à propos des islamistes : « ce sont des fascistes, les fascistes ne s’arrêtent pas aux paroles, ils veulent mettre la théorie en pratique ». Alors, quand un islamiste, Ahmadinejad dit qu’Israël sera détruit prochainement, est-ce qu’il faut le craindre ?  

J’espère que vous serez nombreux à l’écoute, et surtout à acheter son roman qui est par ailleurs une vraie oeuvre littéraire, admirablement bien écrite ! 

J.C

14 février 2009

Single muslim sur le Web


J'ai découvert cette publicité tout à fait par hasard, en surfant sur le site Technorati (la petite icone verte en colonne de droite du blog). Pour rappel, Technorati surnommé "la Rolls des blogs", est le répertoire sans doutes le plus complet du WEB 2 : il donne pour chaque adresse (dont la mienne), les liens y conduisant et le rang mondial en termes de fréquentations ; et j'ai déjà, à plusieurs reprises, évoqué cette référence pour parler de mon propre audimat.


Une fois passé un court moment de stupeur, je me suis posé quelques questions à propos de cette publicité, et j'aimerais vous faire partager ma réflexion.


1. Alors que le "communautarisme" commence à avoir mauvaise presse en France et ailleurs en Europe, une telle annonce ne semble pas du tout censurée sur un site portail ... américain ! On notera aussi que l'internet matrimonial fait sa pub partout, le site "meetic" alternant avec "singlemuslim" sur Technorati.


2. Le "look" des sympathiques célibataires invités à se rencontrer indique clairement que ce site s'adresse en priorité aux Musulmans orthodoxes. On pourrait, à cet égard, comparer aux photos assez "cools" des jeunes garçons et filles illustrant des sites juifs de rencontre par Internet, dont on trouve les pubs sur des sites de journaux israéliens.


3. Par contraste, aussi, je n'ai jamais vu le pendant juif ou chrétien de "single muslim" faire sa publicité sur un site "neutre". Comme quoi il y a des "communautarismes" plus ou moins complexés !


4. Prosélytisme subliminal ? Je trouve que la jeune femme sur cette photo a des traits assez européens, comparés au look moyen-oriental de son futur mari ...


5. Mais on peut aussi avoir une lecture plus optimiste, et au final moins négative de cette publicité ! Tout d'abord, le fait que des jeunes musulmans fondent un foyer en utilisant le Web pour se rencontrer va tout à fait à l'encontre des traditions, mariages arrangés et absence de liberté au féminin : que du progrès ! Ensuite, si "singlemuslim" a mis cette pub sur Technorati, c'est parce que des études de marché ont du montrer que beaucoup de jeunes Internautes musulmans fréquentent ce site portail ; donc, qui sait, vont chercher d'autres sons de cloche que celui des sites intégristes !


En tout cas, j'ai trouvé finalement assez amusante cette publicité et j'ai voulu la publier ... le soir de la Saint Valentin, fête par ailleurs dénoncée avec fureur par les imams obscurantistes en terre d'islam !

J.C

13 février 2009

Présentation du Collectif « Arabes pour Israël »

Introduction :
Je reproduis ci-dessous un message reçu de ce Collectif d’intellectuels, qui écrivent anonymement.
J.C


Nous sommes un collectif indépendant qui réagit en conformité avec ce que nous appelons « la nouvelle prise de conscience » des intellectuels arabes libres. Ce Collectif lutte contre la désinformation que subit l’État d'Israël, le seul État libre du Proche Orient qui est cerné par la jalousie, plus qu'aucun autre État sur terre.

Le Collectif Arabes Pour Israël est une initiative qui œuvre contre la propagande anti israélienne émanant des lobbies islamistes, gauchistes, écolos et communistes. Le Collectif « Arabes Pour Israël » lutte contre les dés-informateurs travaillant au profit de ces ramassis de diables assoiffés de sang, qui utilisent leurs propres enfants comme boucliers humains et matière à propagande.
Nous estimons que « l'anti israélisme » qui affecte la couverture de la presse internationale demeure très préjudiciable pour le public arabe mal informé. Si un pays d'aussi petite taille que l'État d'Israël est aujourd'hui encore confronté à des difficultés dans la région, c'est à cause de la désinformation et la diabolisation dont il est l'objet. En soixante années d'existence, ce pays n'a cessé de surmonter la haine, l'antisémitisme, la violence terroriste et la pire adversité.
Nous pensons que ce conflit revêt plusieurs aspect : idéologique, historique, géographique, politique ... et que la guerre se mène sur plusieurs fronts : une guerre des mots, de l'information, une guerre sur le terrain, une guerre contre l'antisémitisme, contre le prosélytisme, le négationnisme, l'islamisation, une guerre contre la bêtise humaine, l'ignorance et l'indifférence.

Cela ne nous empêche pas de croire à bel avenir pour Israël, d'être solidaire avec nos frères et sœurs là-bas, et de toujours nous sentir concernés, et souvent outrés, lorsque nous lisons dans les journaux ou voyons à la télé des articles ou des reportages qui falsifient toujours la vérité dès qu'il s'agit du conflit au Moyen-Orient.
Nous constatons ces dernières années que les Israéliens, ne sont plus écoutés. Leur propos sont soit détournés vu la désinformation planétaire dont ils sont l'objet depuis trop longtemps, soit, pire, ils sont tués pour les faire taire. Alors, la balle est dans notre camp et celle de ceux qui pensent comme nous.
Manifestement, nous ne réussirons jamais à nous faire entendre et comprendre, car il y a une telle couche de haine contre les Juifs du monde entier, et contre Israël en particulier, que faire évoluer les consciences est un travail titanesque. Sans oublier les manipulations, la malveillance et la bêtise monumentale des journalistes « gauchistes » dans les médias, qui « rajoutent une louche supplémentaire » à l'anti-sémitisme et l'anti-sionisme délirants et sans vergogne auxquels nous sommes confrontés maintenant.

Le jour où le monde aura repris ses marques, et surtout son bon sens et sa logique, peut-être que les choses iront mieux, au lieu d'essayer de discuter à tout prix avec des fous criminels.
Pour le Collectif « Arabes Pour Israël » le droit d'Israël de vivre en paix est une cause essentielle qui mérite l'adhésion de tous les démocrates arabes, sinon on risque de voir un glissement vers la barbarie au Proche-Orient, mais aussi ailleurs dans le monde, avec des conséquences douloureuses pour toute notre planète.

Shalom Aleichem , Salam Aleikum

Collectif « Arabes pour Israël »

12 février 2009

Tzipi devant Bibi – ou le récit d’une soirée électorale sur Judaïques FM

Benjamin Netanyahou et Tzipi Livni
(photo Reuters)

Comme je vous l’annonçais dans mon dernier post, j’ai eu le plaisir de vivre en direct les résultats des élections israéliennes sur le plateau de Judaïques FM, en compagnie des deux directeurs d’antenne Vladimir Spiro et Gérard Akoun, de mon vieil ami et complice André Nahum, et avec en direct Daniel Haïk notre correspondant à Jérusalem.

Proportionnelle oblige, les « sorties des urnes » annoncées par les différentes chaînes de télévision se sont avérées assez fiables pour le classement des partis en lice - avec une légère surestimation des « grands partis » et en corollaire une minoration de certains « petits », mais l’essentiel était connu dès 21 heures, donnant lieu à des commentaires que vous avez du entendre et réentendre depuis deux jours :
- la surprise de Kadima, arrivé en tête de peu (28 sièges), alors que l’on prévoyait le Likoud (27 élus) en première position ;
- la « vague » (15 députés) et non pas « le raz de marée » d’Israël Beitenou, le parti d’Avigdor Lieberman, présenté la veille dans nos médias nationaux comme le symbole d’un pays ayant déjà basculé dans l’hystérie sécuritaire et le racisme anti-arabe ;
- l’échec cuisant des travaillistes, arrivés quatrième avec 14 mandats ;
- à nouveau, la démonstration de l’inefficacité du système électoral israélien basé sur la proportionnelle absolue, et qui a donné une Knesset presque impossible à gouverner sauf gouvernement d’Union Nationale : si on considère la possibilité de rassembler une majorité « proche de son camp », c’est Benjamin Netanyahou qui devrait être désigné par le chef de l’état pour former un gouvernement (ce qui serait bien constitutionnel, d’après le professeur de droit Claude Klein qui s’est exprimé sur notre radio) ; si on considère le parti vainqueur de l’élection, ce serait Tzipi Livni !

Invité à donner mes impressions « à chaud », j’ai exprimé une opinion plutôt optimiste qui a été confortée par la suite par différents interviewés : les élections ont mis en tête une femme, ce qui a une certaine portée symbolique dans une région marquée par un archaïsme moyenâgeux ; et la leader de Kadima a brillamment mené la diplomatie de son pays depuis trois ans, cela s’étant traduit par des soutiens internationaux remarquables au moment de la dernière opération de Gaza contre le Hamas (André Nahum devait même dire que les Israéliens ont voté plus pour la diplomatie que pour la force, symbolisée par le leader travailliste Ehud Barak, ministre de la défense sortant). Le géopolitologue Frédéric Encel, que j’allais interviewer un peu plus tard, allait nuancer mon propos : oui, le « standing » diplomatique d'Israël s’est beaucoup redressé grâce à Tzipi Livni, mais les Israéliens - toutes tendances confondues - ne le perçoivent même pas, encore imprégné du fameux « personne ne nous aime ... ».

J’ai questionné Jacques Bendelac, auteur du livre « Des Arabes israéliens » (éditions Autrement) sur le vote arabe, alors que suite à l’opération de Gaza - supportée par plus de 90 % de la population juive - il y avait eu chez cette minorité des manifestations inquiétantes de soutien au Hamas, puis des appels au boycott des élections : il a souligné la stabilité dans ce secteur, tant en terme de participation électorale, que de vote : environ 60 % pour les listes arabes (elles ont obtenu 11 sièges au total) et 40 % pour les partis « sionistes » (cela a du profiter en particulier à Kadima au détriment des travaillistes, l’étiquette de « criminel de guerre » accolée à tout le gouvernement par les médias arabes de l’extérieur ayant, semble-t-il, moins affecté la ministre sortante).

Mon ami Claude Sitbon, écrivain et sociologue israélien, devait souligner des éléments non relevés par les grands médias qui focalisent tout sur le conflit israélo-palestinien : un point positif - la chute des partis religieux orthodoxes communautaristes, comme le Shass ; et un point négatif, le fait que la campagne électorale n’ait pas du tout abordé les problèmes sociaux, alors que la crise économique mondiale commence à faire des ravages dans le pays. Au-delà du tassement des partis religieux (16 députés au total), et du fait que maintenant on retrouve - ce qui est beaucoup plus sain - des pratiquants et des laïcs dans tous les partis, j’ai relevé aussi avec satisfaction la baisse d’audience des formations « idéologiques », Meretz à l’extrême gauche (3 députés), ou représentants de l’idéologie du « Grand Israël » (7 élus) : il y a aujourd’hui une majorité écrasante de formations acceptant, en théorie, le principe d’un état palestinien ... mais pas dans n’importe quelles conditions de sécurité !

J’ai questionné François Géré - le directeur de l’institut français d’analyse stratégique, qui était venu nous rejoindre dans le studio -, en lui demandant ce qu’il pensait du scénario « d’Union Nationale » des deux côtés (israélien et palestinien) afin de forcer une solution de compromis, vu que l’on encourageait beaucoup, en coulisses, un rapprochement Hamas-Fatah pour supprimer la « nuisance » islamiste : il nous a dit ne pas croire à une réconciliation côté palestinien ; mais, côté israélien, il a insisté sur la nécessité d’avoir un gouvernement stable (donc à large majorité) pour être l’interlocuteur d’une administration Obama qui va fortement s’investir sur ce dossier, et dès 2009.

Les interviews des deux personnalités politiques françaises furent sans surprise : Pierre Aidembaum, maire socialiste du 20ème arrondissement, devait répondre à ma question « mais où est passée la gauche israélienne ? » : « en grand partie chez Kadima » ; tandis que Claude Goasguen, député et maire UMP du 16ème arrondissement, ne cachait pas sa préférence pour un gouvernement de droite, sous la direction du « libéral » Bibi - une hypothèse annoncée comme certaine, depuis Jérusalem, par l’ami de ce dernier, Meyer Habib, vice-président du CRIF !

En conclusion, je ne peux que reprendre à mon compte l’avis sage et sincèrement exprimé par André Nahum, un avis partagé par tout notre plateau : face aux immenses défis auxquels sera confronté Israël, à commencer par l’Iran et une administration américaine moins systématiquement favorable, la moins mauvaise solution serait une coalition des « grands partis », non otages des extrémistes en tous genres ... la seule solution pour avancer vers la Paix, clé de l’avenir d’Israël : mais Netanyahou l’acceptera-t-il ? On peut en douter.

J.C

06 février 2009

Rendez-vous le 12 février …et les 8 et 10 sur Judaïques FM


Voici revenu le moment de prendre une petite pause, le blog ayant été régulièrement réactualisé depuis à peu près trois mois - et l’actualité ayant été fort agitée ces dernières semaines. Je resterai à Paris, mais cela me fera du bien de « lever le pied » une petite semaine pour ce qui est des publications, ici comme sur ma page Face Book.

La semaine prochaine sera marquée par les élections en Israël, et j’espère vous donner mes impressions ici, dès jeudi prochain. Mais auparavant, et pour les auditeurs à l’écoute, j’aurais eu le plaisir de participer à la soirée électorale dans le studio de Judaïques FM : j’aurais en effet l’honneur de figurer parmi les « plateau » de journalistes, chargés d’interviewer « à chaud » des personnalités, au fur et à mesure que les résultats tomberont.

Autre rendez-vous, déjà annoncé : le direct programmé ce dimanche 8 février avec Michel Gurfinkiel.

Rendez-vous donc sur les ondes les 8 et 10 février, et sur le blog le jeudi 12 !

J.C

05 février 2009

Tunisie : un antisionisme hélas encore à l’honneur (suite)

J’évoquais hier les hommages appuyés rendus par la presse tunisienne suite au décès de Georges Adda, lui-même juif et s’étant réclamé toute sa vie d’un antisionisme radical - comprendre : réclamant la destruction pure et simple de l’état d’Israël.

L’opération militaire à Gaza a exacerbé le ressentiment anti-israélien dans le pays, et je peux apporter un témoignage personnel : je vous avais parlé il y a quelques mois de ma récente nouvelle aventure sur le Web, cette fois sur Facebook : j’ai eu très vite le bonheur de compter dans mon réseau de nombreux Tunisiens, et malgré ces évènements presque tous sont resté des « amis » : mais certains d’entre eux avaient adhéré à des « groupes » comme « Arrêter le génocide à Gaza », ou avaient changé leur photo de profil pour un drapeau palestinien ... J’ai eu aussi des échanges toujours courtois, mais fermes, avec certains, mais sans que cela ne rompt le fil entre nous.

Après cette guerre, les plus virulents des « pan arabistes » se sont manifestés bruyamment : ainsi le doyen des avocats de Tunis, Maître Béchir Essid, s’est déplacé à La Haye le jeudi 22 janvier, où il a déposé avec sept autres avocats ( français et belges ) une plainte contre Ehud Olmert, Ehud Barak et Tzipi Livini dans le bureau de Monsieur Marc de Lyon, le président de l’unité des informations et des preuves, auprès du procureur général de la Cour Pénale Internationale .

Le doyen des avocats de Tunis, dans un entretien au quotidien tunisien « El Chourouk » daté du 23 janvier 2009 a précisé qu’il a chargé l’avocat tunisien Nasser Seddik de suivre l’affaire à La Haye dans le but de « traduire les responsables politiques de l’entité sioniste à la justice internationale ». La plainte du doyen tunisien accusait les hauts responsables de l’état hébreu de « crimes de guerre » et « crime contre l’humanité. » 

J.C

04 février 2009

Tunisie : un antisionisme hélas encore à l’honneur ...

Georges Adda (1916-2008)

Les lecteurs de ce blog, les auditeurs de mon émission comme les nombreux amis tunisiens que j’ai pu connaître au fil des années, savent que j’ai toujours eu à cœur de souligner les avancées de leur pays, qui apparaît à bien des égards comme un des pays arabes les plus ancrés dans la modernité : condition féminine, progrès économiques, refus des sirènes pan arabistes, puis islamistes, ouverture sur l’Occident et le reste du Monde, la petite Tunisie est un exemple - surtout par rapport à ses voisins directs, mais cela est une autre histoire ...

La question des relations avec Israël est l’exception qui confirme la règle, et j’ai déjà évoqué - voir sur ce lien - combien ce sujet faisait débat dans le pays, entre les « réalistes » (même dans le fond hostiles à l’existence d’un pays juif au Moyen-Orient, mais l’acceptant faute de mieux), et les plus farouches défenseurs du nationalisme arabe souhaitant ouvertement sa disparition, toujours au nom de « la défense des Palestiniens opprimés », mais totalement indifférents à d’autres oppressions ou à ce que serait le malheur de cinq millions d’Israéliens après la destruction de leur pays. Il y a des Tunisiens qui n’ont pas peur d’exprimer publiquement le souhait d’une normalisation, et les lecteurs du blog auront ainsi successivement découvert les prises de position de Souhail Ftouh et d’Adnen Hasnaoui. A noter que ce souhait est en cohérence avec la ligne officielle de la diplomatie tunisienne, qui a déjà établi des relations diplomatiques « de bas niveau » avec Israël entre 1996 et 2000, et qui serait prête à les reprendre après la conclusion de la Paix. Une position qui a été confirmée à l'occasion de la récente guerre entre Israël et le Hamas, où la Tunisie (comme l’Égypte, l'Arabie Saoudite et l'Autorité Palestinienne) a refusé de participer à un sommet arabe à Doha dont les invités vedettes étaient Khaled Meshaal et son sponsor Mahmoud Ahmadinejad !

On n’en est donc que plus surpris et déçu en découvrant le concert de louanges qui a salué à Tunis la disparition de Georges Adda, lui-même Tunisien juif, ancien responsable du Parti Communiste local et disparu fin septembre l'année dernière.
Quelques mots de présentation, à partir des biographies que l’on peut trouver sur Wikipedia :
Georges Adda était né en 1916. Il a fait partie de cette génération de Juifs qui, en Tunisie ou ailleurs, ont vécu le triomphe du communisme en URSS puis dans une partie du monde comme l’annonce de temps messianiques, enkystant ensuite cet idéal de jeunesse au plus profond de leur être, malgré l’Histoire et ses démentis sanglants. A cet idéal s’en ajoutait un autre et que l’on peut respecter, celui d’un Tunisien révolté par l’injustice coloniale et engagé pour libérer son pays : il a payé cet engagement de plusieurs années de prison, et il est naturel que ses compatriotes lui en aient été reconnaissants. L’écrasante majorité de la communauté juive du Pays a, elle, suivi d’autres voies qui l’ont conduite en gros pour moitié en France et pour l’autre en Israël ; et Souhail Ftouh a donné un remarquable historique de son glissement progressif vers le déracinement, au cours des décennies du Protectorat : j’invite les lecteurs à lire la série de ses articles en archives, à partir du 17 juin 2008.
Mais revenons à Georges Adda : avec un minimum d’ouverture d’esprit, on peut parfaitement comprendre qu’il ait refoulé totalement la part juive de son identité ; le fait de s’être senti d’abord tunisien n’était ni méprisable, ni discutable et il a d’ailleurs été le choix de la petite minorité qui y est restée. Mais les autres citoyens tunisiens juifs n’ont pas - dans leur écrasante majorité - exprimé des sentiments hostiles à Israël ou « aux Sionistes », bref à cette autre écrasante majorité du peuple juif ! Georges Adda, lui, a profité de sa notoriété locale pour publier de nombreux articles incendiaires où il réclamait la « libération totale de la Palestine ». Se présentant comme un « juif tunisien antisioniste », il a été salué comme tel après son décès dans la presse locale, ainsi dans la revue économique "Businessnews". Pire encore, ont été reproduits aussi à cette occasion des articles de lui, où était purement et simplement niée l’existence du peuple juif.

Son fils, Serge Adda (lire sa biographie toujours sur Wikipedia) partageait la même aversion du Sionisme, et les mêmes convictions « progressistes » avant de rallier le régime tunisien, de faire une brillante carrière à la télévision ayant même pris une dimension internationale avec la direction de TV 5 Monde, jusqu’à sa mort prématurée en 2004. Ainsi, Georges Adda qui eut une vie très longue, connut le pire des malheurs avant de disparaître, et de voir disparaître avant lui bien de ses idéaux : seul resta, étrangement, cette rage contre l’indépendance hébraïque retrouvée.

Il est d’usage, dans la tradition juive, de ne pas insulter les personnes qui viennent de disparaître, et à nouveau ce n’est pas sa fidélité à la Tunisie qui interpelle dans son cas, ni même ses convictions antisionistes : non, ce qui me choque personnellement, ce sont ces éloges adressés à un « bon juif », considéré comme tel justement parce qu’il avait rejeté sa part juive en lui. Et ces éloges résonnent tristement, et font sérieusement douter d’une normalisation proche entre la Tunisie et Israël. 

Jean Corcos

Une nouvelle traduction du sigle "Hamas"


Le sourire du mois
- février 2009

Un petit dessin qui en dit plus qu'un long discours ... et une nouvelle traduction du sigle "Hamas", celle là en anglais mais dont le sens est simple : "cachés parmi les mosquées et les écoles" !

J.C

02 février 2009

Quel bilan pour la politique américaine au Moyen Orient après Georges W. Bush ? Michel Gurfinkiel sera mon invité le 8 février

Michel Gurfinkiel
(photo tirée de son blog)

Mon invité sera dimanche prochain une voix connue des auditeurs de la fréquence juive, puisqu’il s’agira de Michel Gurfinkiel. Fils d’un ancien déporté au camp d’Auschwitz, ce journaliste et écrivain a été d’une fidélité absolue, à la fois aux commandements de la Torah puisque c’est un Juif pratiquant, et à des convictions très fortes en faveur de ce que l’on appelle - avec une certaine condescendance - des « valeurs de droite » : attachement à la religion ; libéralisme économique ; solidarité avec les États-Unis ; défense passionnée de la sécurité d’Israël ; autant de convictions qui en France, aujourd’hui, sont plutôt mal vues. Il préside l’Institut Jean-Jacques Rousseau, spécialisé dans les questions stratégiques et géopolitiques. Rédacteur en chef de "Perspectives" puis de "Valeurs Actuelles", il collabore aussi à de nombreuses revues américaines proches du courant « néo conservateur » comme "The Weekly Standard" ou "The Wall Street Journal". Il a été aussi un auteur prolixe, citons parmi ses derniers ouvrages "Le Roman d'Israël" (Editions du Rocher) et "Un Devoir de Mémoire" (Alphée/ Jean-Paul Bertrand). Mais nos auditeurs connaissent surtout Michel Gurfinkiel pour la chronique qu’il tient chaque dimanche chez nos confrères de RCJ. On peut retrouver ses chroniques sur son blog, en lien permanent sur le mien.
Je l’écoute, régulièrement, et je dois avouer que je n’ai pas été tout à fait sur la même longueur d’onde que lui quand il a pris parti, de façon nette, pour le camp républicain à l’occasion des dernières élections américaines qui ont vu le retour des Démocrates aux affaires. J’ai donc trouvé que le moment était opportun pour en débattre, alors que l’on peut maintenant dresser le bilan de l’administration de Georges W. Bush et que Barack Obama vient de prendre ses fonctions.

Parmi les questions que je lui poserai :

- A propos de l’Afghanistan, les Démocrates ont dit que c’est la guerre en Irak, inutile, qui avait plombé l’effort américain sur l’autre front, et Obama a promis non seulement de renforcer l’effort américain là bas, mais même de faire d’avantage pression sur le Pakistan si nécessaire : en quoi est-ce une mauvaise politique ?
- Ne peut-on pas juger sévèrement l’aventure irakienne, alors que l’Amérique a paradoxalement renforcé l’Iran en mettant les Chiites au pouvoir, et que cette guerre a renforcé le courant pacifiste aux USA ?
- A propos de l’Iran, Georges W. Bush n’est pas arrivé à freiner la course vers l’arme nucléaire : faut-il s’inquiéter du désir de dialogue de la nouvelle administration ?
- A propos d’Israël, la politique de la Maison Blanche sera-t-elle, dans le fond moins favorable ? Et ne faut-il pas craindre un affrontement, avec le retour probable de Netanyahu au pouvoir ?

Merci d’être nombreux à l’écoute dimanche prochain !

J.C

01 février 2009

Audimat record pour le mois de janvier !

Un graphique vaut mieux que de longs discours ... Comme le présente bien ce graphique tiré de mon logiciel "sitemeter" hier soir, l'audience de ce blog a explosé au cours du mois de janvier, brisant le "mur" des records précédents : au total, 5.080 visites pour 7.375 pages ouvertes !

Des chiffres à comparer à la moyenne mensuelle pour l'année 2008 ( 3.516 visites et 5.191 pages).

Comment expliquer ce record, qui n'est pas lié à la reprise d'un ou de plusieurs articles particuliers sur d'autres sites à forte audience ? Bien sûr par l'actualité, très lourde, avec l'opération militaire israélienne à Gaza et son onde de choc, en France et dans le Monde : manifestations de protestation, réactions de soutien, activité diplomatique, agressions antisémites ... nombreux ont été les Internautes, sympathisants ou hostiles, à atterrir ici à partir d'une recherche liée.

Deux exemples :

- J'ai constaté que le sujet "relation Tunisie-Israël" m'amenait de très nombreux visiteurs tunisiens, certainement hostiles à toute normalisation et qui ont donc trouvé ici la reproduction d'un article d'un journal local en langue française, publié il y a un an et demi et qu'ils auraient très bien pu découvrir ailleurs !

- Google a de nouveau confirmé l'excellente position du blog dans les classements de recherche : au 1er février, numéro 14 sur 73.200 pour "Charte du Hamas", numéro 18 sur environ 6.570.000 pour "Islam radical" ! 

J.C