30 juillet 2008

Quelques conséquences désastreuses de l’échange Hezbollah-Israël

Samir Kuntar accueilli dans son village de Abaï,
par le leader druze Walid Joumblat
(photo AFP, 17 juillet 2008)

Il y a quinze jours, j’évoquais « l’échange » qui venait d’avoir lieu avec le Hezbollah, en faisant un « zoom » sur le prisonnier libéré le plus emblématique, le druze libanais Samir Kuntar qui avait assassiné de façon atroce une fillette de quatre ans (lire ici). Très vite, de nombreux sites et blogs se sont fait l’écho du dangereux précédent que constituait cette incroyable transaction - les corps de deux malheureux réservistes, contre des terroristes vivants ... Mais, au-delà du risque à terme que seul l’avenir pourra confirmer, il s’avère que ce cadeau au Hezbollah a déjà eu trois conséquences désastreuses : redonner du prestige au Hezbollah, qui en avait un peu perdu au moment de son « putsh » du mois de mai ; effrayer les « modérés » convaincus que le vent avait tourné en faveur des radicaux ; et gonfler à bloc tous les extrémistes du Monde arabe. En voici quelques illustrations inquiétantes ...

1) Le leader druze Walid Joumblat, qui avait pris des positions en flèche contre le Hezbollah au moment de la guerre de l’été 2006 (revoir sur le blog une de ses interviews télévisées), a adopté « profil bas », en accueillant dans son village natal son compatriote druze, le monstre Samir Kuntar (voir photo).

2) Le même Kuntar n’en finit pas de parader sur les chaînes de télévision arabes, jurant qu’il est prêt à reprendre du service. Dans cet interview de la chaîne Al-Jazeera en date du 26 juillet (voir en lien le clip vidéo sur le site de MEMRI), il glorifie l’assassinat d’Anouar el-Sadate en 1981, menaçant du même sort les autres « traîtres » à la cause arabe !

3) En même temps que les terroriste vivants furent rendus au Hezbollah les corps d’environ 200 tués, et parmi eux (parfaitement identifiés) de combattants non libanais. En faisaient partie ... des Tunisiens, tombés lors des opérations du Hezbollah dans les années 90. Leurs corps ont été rapatriés pour être inhumés en grande pompe dans leur pays natal, ce qui a été l’occasion, dans la presse locale, de les honorer comme « martyrs » et de vilipender « l’ennemi sioniste » ! Lire en liens ici et encore . Une opération menée par les plus acharnés antisionistes de ce petit pays pacifique, et qui contraste, vraiment, avec les marques de réalisme dont j’ai souvent parlé sur le blog ; et en particulier dimanche dernier, en vous faisant découvrir un article bien émouvant publié dans la presse tunisienne !

29 juillet 2008

Des lectures pour les vacances

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Comme c’est devenu maintenant une tradition chaque année en cette période estivale, je vous propose une petite compilation d’ouvrages, à lire en profitant du temps libre que vous aurez, amis Internautes, sur la plage ou ailleurs ...

1. Rappels sur ma compilation de l'été dernier, qui couvrait aussi les années 2005 et 2006.

Vous la trouverez en allant sur ce lien.

2. Livres traités depuis l'été 2007

Les liens ci-dessous vous renverront aux présentations des différentes émissions consacrées à ces ouvrages, avec un petit résumé des questions posées aux auteurs.

"Entre Orient et 0ccident, Juifs et Musulmans en Tunisie (Editions de l'Eclat), publication de la S.H.J.T.
"Mémoires vives" (Editions Bourrin) d’Eric Keslassy et Alexis Rosenbaum
"La nuit afghane" (Editions Hirlé), de Gérard Cardonne
"Iran, le choix des armes ?" (Editions Stock), de François Heisbourg
"Aïcha, la bien aimée du Prophète (Editions Télémaque), de Geneviève Chauvel
"Les musulmans en France" (Editions Robert Laffont), de Bernard Godard
"Idées reçues, le Maroc" (Editions Le cavalier bleu), de Pierre Vermeren
"Le sujet et le mamelouk" (Editions mille et une nuit), de Mohammed Ennaji
"Quand le Moyen-Orient verra-t-il la lumière ?" (Editions Publibook), d’Albert Soued.

De mon côté, j’amènerai comme d’habitude une petite besace de nouveaux livres - que j’aurai le plaisir de vous faire découvrir à la rentrée.

Bonnes lectures !

28 juillet 2008

Tzipi Livni et les frontières d'Israël

En hélicoptère, survolant la frontière de Gaza
avec Barack Obama et Ehud Barak
(photo Ministry of Foreign Affairs, 23 juillet 2008)

En hélicoptère, survolant la frontière libanaise
avec le Ministre italien des Affaires Etrangères, Franco Frattini
(photo Government Press Office, 8 juillet 2008)
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Décidément, Israël n'est pas un pays comme un autre !
Seul pays occidental à être menacé dans son existence même, il a le privilège à la fois d'entretenir des relations fortes avec la plupart des démocraties, et de devoir leur rappeler, régulièrement, qu'il n'a pas comme voisins le Luxembourg ou la Principauté de Monaco ... D'où ces tournées en hélicoptère, où sont amenés pour des "promenades studieuses" les visiteurs de marque, là aux abords du Liban où le Hezbollah prépare soigneusement un "second round" meurtrier, et ici aux abords de la bande de Gaza où le Hamas maintient un fragile cessez-le feu - le temps de se renforcer d'avantage, et d'arroser dans quelques mois l'état juif d'une pluie de roquettes !
Ces deux photos, donc, pour rappeler le souvenir de deux visiteurs récents, Obama le grand favori à la course à la Maison Blanche, et Frattini le nouveau Ministre des Affaires Etrangères italien, pays dont un général commande la FINUL au Sud Liban. J'ai mis aussi le libellé "joli photo" ci-dessous, car ce genre de manifestations de soutien a peu les honneurs de la presse française ou européenne en général ...

Mais, au delà du plaisir de publier à nouveau des photos de la jolie Ministre - favorite des sondages dans son pays, quoique d'après les dernières enquêtes ce serait le leader du Likoud Benjamin Netanyahou qui gagnerait - j'ai trouvé l'évocation de ces randonnées fort viriles en hélicoptère bien à propos : Tzipi Livni vient de "marquer son territoire" de façon appuyée ces derniers jours, en proposant un "gouvernement d'union nationale" pour que le pays affronte les lourdes menaces à venir ; Premier Ministre aux abois, pourchassé par des casseroles à répétition, Ehud Olmert en aurait dit pis que pendre - propos ni confirmés, ni démentis -, affaire d'éliminer une rivale dangereuse ; sur les blogs francophones proches de la droite israélienne - et alors que les élections semblent s'approcher -, on ne dit pas non plus grand bien de la Ministre, accusée à la fois d'être une arriviste et une incapable : en fait, il lui est reproché de dire tout haut ce qu'une majorité d'Israéliens a déjà intégré - à savoir l'impossilité de conserver la majorité des territoires palestiniens ; ce qui ne les empêchera de voter pour les "plus durs" en raison de la montée des périls, Hezbollah et Hamas jouant une fois de plus les agents électoraux du Likoud !
Oui, décidément, Israël n'est pas un pays comme un autre ...

27 juillet 2008

"Entre Juifs et Arabes, une histoire d’amour" : un article élogieux pour Israël … publié dans la presse tunisienne !

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Notre ami Souhail Ftouh m’envoie cet article étonnant publié au début du mois de juillet dans un journal tunisien ...
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Alors que le bruit court d’habitude, dans les milieux de la presse, pour véhiculer une image cruelle d’Israël ; voici une histoire que peu de médias raconteront, surtout dans le Monde Arabe. Elle s’attache particulièrement à montrer l’un des aspects positifs et humanistes de l’Etat hébreu dans toute sa diversité. Preuve qu’il n’est pas nécessairement important d’être un grand quotidien, mais il suffit seulement d’avoir le courage pour exposer l’ensemble de la réalité. L’hebdomadaire arabophone Tunisien ("Qull Nass" = "Tout le Monde") a eu ce courage de publier ce 5 juillet, dans sa première page un titre inédit : « Entre juifs et arabes, une Histoire d’amour»

Titre de première page : Entre Juifs et Arabes une Histoire d’amour !
Détail de l’article de la page 9, rubrique international : « Des Palestiniens vivent avec des coeurs israéliens et des Israéliens avec des organes palestiniens »

« Dernièrement, un nouveau phénomène est constaté en Israël (1) .Un phénomène de solidarité peu connu et unique en son genre entre juifs et arabes .Il s’agit de l’échange des dons d’organes entre eux. Cela pose beaucoup de question sur la nature de cette relation de solidarité qui s’est établie entre deux peuples ennemis dans un pays caractérisé par les images des assassinats et des attentats.

Cet élan de solidarité entre le peuple israélien et palestinien, s’est caractérisé surtout le 25 mars dernier, après l’acceptation d’une famille d’un soldat juif, appelé Yaniv Pozoarik âgé de 19 ans et sans aucune hésitation de faire un don, du coeur de leur fils, à Salim Louayh, un jeune palestinien âgé de 25 ans (2). Une autre famille arabe, au nord du pays , a aussi accepter de faire des greffes d’organes de leur fils pour sauver la vie de 4 personnes, parmi eux , un jeune juif âgé de 21 ans qui a connu auparavant une grave hémorragie pulmonaire. Aussi une autre famille arabe a aussi fait savoir qu’elle faisait don d’un organe de son fils décédé , ce qui a permit de sauver la vie d’un citoyen juif âgé de 64 ans, après qu’il était en état de mort clinique dans le centre hospitalier de Haïfa. Dans la région de Addid Makker, à coté de la frontière libanaise, vit depuis deux ans Hassan Roga Kiaal, un arabe israélien âgé de 42 ans avec un coeur d’un jeune footballer juif décédé à l’age de 24 ans à la suite d’une crise cardiaque lors d’un match de foot.

Loin des images quotidiennes que nous avons l’habitude de voir, et qui traduisaient la haine entre les Palestiniens et les Israéliens, ce phénomène d’échange d’organes entre ces deux peuples , qui existe réellement en Israël , révèle une véritable valeur de solidarité, unique en son genre, entre deux peuples totalement opposés .

Mais surtout c’est la Loi traditionnelle juive qui exige de sauver toute personne, qu’il soit juif ou arabe lorsqu’il est en état de péril, en présentant cet acte comme le meilleur du monde. Sauver la vie d’autrui est considéré d’ailleurs comme un acte louable chez eux (3).

Ce phénomène de solidarité a ouvert le chemin à un nombre d’habitants de la localité de Tekoa, de vivre en harmonie après le sauvetage de deux arabes israéliens qui ont pu avoir une greffe d’intestins après un don opéré sur une jeune fillette juive décédée dans un accident(4). Cela a permit d’établir un fort lien de solidarité entre les habitants juifs et arabes de cette localité pour devenir aussi vite un symbole d’espoir et de la paix.

Chaque année près de 900 Israéliens, juifs et arabes, attendent une greffe, certains d’eux décèdent faute de don d’organe vital tel qu’un poumon ou un coeur. Quatre pour cent des israéliens disposent d’une carte de donneur. En France par contre, 20 pour cent des familles refusent l’idée de faire un don d’organes pour des questions relatives aux respects de la personne décédée.

Bien que l’islam autorise le don d’organe pour donner la vie à d’autres personnes, la proportion des arabes israéliens donneurs d’organes est faible devant la proportion des donneurs juifs israéliens. Cela remonte certainement à d’autres considérations, comme la peur de se voir reprocher l’étiquette de la trahison ».

Abdelaziz Jridi
Journal « Qull Nass » (« Tout le monde »), le 5 juillet 2008
Traduit par Ftouh Souhail

Notes et traduction de Souhail Ftouh :

(1) C’est très rare dans la presse arabophone de voir apparaître le non officiel de l’état d’Israël. D’habitude on utilise l’expression de « l’entité sioniste » issue de la propagande islamo- baathiste.

(2) Yaniv Pozoarik, un jeune soldat de Tsahal de 19 ans et demi, tué par une balle perdue, tirée par un camarade qui nettoyait son arme, a été inhumé le jeudi 26 Mars 2008 au cimetière militaire de Holon. Hospitalisé dans un état grave à l’hôpital Rambam de Haïfa, le jeune militaire avait subi différentes opérations mais a malheureusement succombé à ses blessures.

(3) C’est une première ici d’offrir une image positive des israéliens. Le plus couramment, ils sont présentés comme des usurpateurs et des ennemis.

(4) Le journaliste tunisien semble certainement tirer cette information d’un article paru dans le journal "Actualité Juive" N° 1020 du 03/04/2008.

25 juillet 2008

"Refuser la burqa, c'est respecter l'islam", par Dounia Bouzar

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Dounia Bouzar est une brillante experte dans une discipline encore inconnue il y a quelques années, puisqu'elle se présente comme "anthropologue du fait religieux". Elle avait été mon invitée à "Rencontre" pour un ouvrage collectif dont elle avait eu la direction, et elle avait eu aussi la gentillesse d'autoriser ici la publication d'une de ses conférences (cliquer sur son nom en libellé). J'aurai aussi le plaisir de la recevoir d'ici la fin de l'année à propos d'un de ses derniers livres. Elle m'a signalé sa réaction au dernier arrêté du Conseil d'Etat en date du 27 juin, refusant la nationalité française à une Marocaine portant la burqa, réaction publiée dans la série "Rebonds" du journal "Libération".
Bonne lecture !
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Des sectes musulmanes profitent de l’ignorance généralisée de l’Occident sur l’islam pour se développer. Alors qu’elles sont interdites au Maghreb, les prédicateurs se nommant «salafistes» endoctrinent des femmes dans l’espoir de multiplier des cellules familiales. Car il s’agit bien de sectes. Ces groupuscules qui se disent musulmans utilisent l’islam pour fabriquer des frontières mentales entre les adeptes et le reste du monde : les non croyants, les croyants non musulmans, mais aussi les autres musulmans qui ne sont pas comme eux. Comment ? En arrachant les individus à tous ceux qui assurent traditionnellement leur socialisation : enseignants, éducateurs, animateurs, parents et même ... imams ! Car il s’agit d’exacerber les différences avec «les autres», c’est-à-dire tous ceux qui n’adhèrent pas à la secte. Et d’exagérer les ressemblances entre «adeptes», jusqu’à provoquer l’amalgame. A l’intérieur du groupe, les uns ne doivent pas se distinguer des autres, le «je» doit devenir un «nous», sans différenciation. Il s’agit de créer l’unité totale entre les adeptes.
Nous retrouvons bien de nombreux critères de la définition de la secte du rapport parlementaire de 1996 (1) : «déstabilisation mentale, rupture induite avec l’environnement d’origine, atteinte à l’intégrité physique, embrigadement des enfants, discours plus ou moins antisocial, troubles à l’ordre public». Depuis la nuit des temps, l’histoire des sectes est la même : ces groupuscules, porteurs de valeurs apparemment religieuses, sont des organes qui se coupent des «Eglises» (2) en même temps qu’elles se mettent à distance de la société dans laquelle elles veulent se répandre. Elles sont une force de rupture puisqu’elles reprochent aux Eglises d’avoir perdu leur authenticité originelle à force de compromis avec la société et d’alliance avec la puissance politique : aucune négociation n’est donc possible avec ceux qui n’appliquent pas les principes fondamentaux du groupe.
La première caractéristique des sectes, également énoncée dans le rapport parlementaire, est bien leur caractère de non assimilabilité puisque tout est fait pour désocialiser l’adepte. Point de surprise, donc, à ce que le Conseil d’Etat estime qu’une Marocaine appartenant à un de ces groupuscules ne requiert pas les conditions suffisantes pour acquérir la nationalité française. Le contraire aurait été inquiétant !
En revanche, que la décision juridique puisse faire l’amalgame entre la religion elle-même et l’appartenance à une secte apparaît très grave. Car l’arrêt du Conseil d’Etat du 27 juin indique bien que Mme M. «a adopté une pratique radicale de sa religion, incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d’égalité des sexes». Voilà encore un exemple où les instances républicaines reprennent au pied de la lettre les définitions de l’islam des intégristes. En serait-il de même si un Mexicain se reconnaissant «serviteur de la Rose-Croix» demandait la nationalité française ? Espérons qu’elle lui soit refusée, mais il ne viendrait à l’idée de personne de spécifier que «M. a adopté une pratique radicale de la religion chrétienne». La terre entière saurait d’un commun accord que le pauvre bougre s’est fait endoctriner par des charlatans.
Ce n’est pas la première fois que la République française laisse les intégristes définir l’islam. Rappelons-nous que déjà, en 2005, un juge avait relaxé un imam salafiste qui appelait à la violence contre les femmes en argumentant que «M. Bouziane s’est limité à expliquer ce que dit sa religion au travers du Coran et [que] le tribunal n’a pas à pénétrer dans le for intérieur de la religion» (3). Plus récemment, le fameux jugement du tribunal de Lille acceptant de considérer que la virginité comme «qualité essentielle» de la mariée pose le même type de questionnement : la justice a-t-elle cru ainsi «respecter les valeurs de l’islam» ? Aurait-elle statué de la même façon pour la requête d’un mari chrétien ou juif ?
La laïcité est là pour lutter contre les systèmes moyenâgeux qui autorisent des hommes à se servir de Dieu pour édicter des lois prétendument divines qui les arrangent ! Faire la séparation entre le profane et le sacré, c’est justement prendre conscience que ce sont toujours des hommes qui parlent au nom de Dieu.
Etre choqué par une burqa, c’est respecter l’islam, puisque cela revient à s’étonner et à être persuadé que la religion musulmane ne peut édicter ce type de conduite archaïque. Relier la burqa à «une pratique» de l’islam, c’est valider la définition de l’islam des intégristes et renforcer leur pouvoir.
A ceux qui ont le sentiment qu’une «double peine» est appliquée à cette femme, il faut rappeler que le seul moyen d’aider quelqu’un à sortir d’un endoctrinement sectaire, c’est d’essayer de le remettre en position de «sujet pensant». Le refus du Conseil d’Etat va obliger Mme M. à élaborer une pensée sur ce qu’elle voulait présenter comme un automatisme de sa religion. Et si elle recommence à penser, elle sera sauvée ...
Dounia Bouzar,
anthropologue du fait religieux, ancienne personnalité qualifiée du Conseil français du culte musulman,
Libération, 18 juillet 2008

(1) Alain Gest et de Jacques Guyard, «Rapport fait au nom de la Commission d’enquêtes sur les sectes», Assemblée nationale, n° 2468, 1996.
(2) Entendons pour l’islam «des discours officiels des quatre écoles de théologie».
(3) Lire «Après l’affaire Bouziane, ça suffit», du même auteur, le Monde, 24 juin 2005.
Auteur de : L’Islam, l’intégrisme et nous, Plon, 2007.

23 juillet 2008

Les Kadhafi sont des gangsters, ce n'est pas une découverte !

Hannibal Kadhafi
(photo AFP)

Cette affaire ne fait pas encore la « une » de la presse française, mais les journaux suisses en parlent largement ! La brève détention en Suisse d’un des fils du dirigeant libyen, le fantasque « Guide de la révolution » Kadhafi, accusé de violences sur deux domestiques - une Tunisienne et un Marocain - a entraîné une réaction violente à Tripoli, avec un risque de quasi prise de d’otages puisque des ressortissants helvétiques sont en garde à vue en Libye ...

Petits extraits des nouvelles sur le sujet, d’abord.

1) Tiré d’une dépêche AFP signée Alaf Gueblawi :

« Les bureaux des groupes helvétique Nestlé et helvético-suédois ABB ont été déjà contraints de mettre la clé sous la porte, tandis que leurs responsables ont été placés en garde à vue, selon l'agence de presse suisse ATS et le groupe ABB.
La rupture des relations diplomatiques et le départ des sociétés helvétiques de son territoire sont également envisagées, a indiqué à l'AFP le responsable libyen, alors que quelques dizaines de membres des comités révolutionnaires manifestaient leur colère devant l'ambassade de Suisse à Tripoli.
Dans un communiqué remis à l'ambassadeur suisse, les manifestants ont menacé la Confédération de représailles si elle ne présente pas des excuses officielles au peuple libyen et au colonel Kadhafi.» (...)
« Hannibal Kadhafi, le quatrième fils de Mouammar Kadhafi, et sa femme avaient été arrêtés le 15 juillet à Genève, à la suite d'une plainte de deux employés de maison qui les accusent de les avoir frappés.
Le couple avait été libéré deux jours plus tard après le versement d'une caution d'un demi-million de francs suisses (312.500 euros).
Hannibal qui accuse la police de l'avoir maltraité lors de son interpellation, était connu notamment pour ses frasques à Paris où il a été poursuivi en 2005 pour des violences sur sa compagne et interpellé en 2004 pour avoir dévalé les Champs-Elysées à 140 km/h au volant de sa Porsche.
Agé de 32 ans, il dirige la très juteuse société libyenne de transport maritime qui détient un quasi-monopole sur le transport du brut. »

2) Tiré du journal « la Tribune de Genève » :

« Le président Mouammar Kadhafi n'a pas du tout apprécié le traitement réservé à Hannibal à Genève. «Cela d'autant plus que les plaignants sont des étrangers et qu'ils sont d'une catégorie sociale inférieure», explique un fonctionnaire du DFAE. Il est très difficile pour les Kadhafi de comprendre comment la Suisse peut donner autant de crédit aux déclarations de ces deux domestiques. «De plus, leur rapport à la violence est culturellement et politiquement très différent du nôtre», poursuit une source proche du dossier. Fort de constat, Berne essaie de répondre aux questions des diplomates libyens avec une grande prudence pour ne pas envenimer davantage les relations entre les deux pays. «Les Kadhafi sont très irrités, confirme un haut fonctionnaire. Ils se sentent humiliés et veulent maintenant tout savoir sur les circonstances de l'affaire jusque dans les moindres détails. Je suis convaincu que la police a pris un soin extrême pour ne pas offenser Aline et Hannibal. Au Palais de justice, on estime ces accusations «bidon» tout en rappelant que deux gardes du corps des Kadhafi ont été inculpés d'opposition aux actes de l'autorité pour avoir résisté aux gendarmes durant leur arrestation. »
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Enfin, beaucoup plus synthétique et percutant, cet article signé Philippe Souaille lu sur un blog hébergé par « la Tribune de Genève », et dont on rêverait de trouver la même vigueur dans notre presse nationale !

« Les Kadhafi sont des gangsters, ce n'est pas une découverte. Ils pratiquent la rançon avec un art consommé, digne des plus grands pirates barbaresques, mais sans honneur. Du calvaire des infirmières bulgares au récit de Mnemona Hinterman, journaliste de la télévision française qui réchappa d'un viol par le chef d'Etat Lybien en se prétendant impure (en période de règles, donc intouchable), en passant par Lockerbee et l'appareil d'UTA, les monstruosités s'accumulent. Sans oublier les conflits armés du Tchad.
Kadhafi est directement responsable d'autant de morts que l'effondrement des Twin Towers, mais lui en plusieurs fois. Ce qui explique sans doute qu'on lui ait pardonné. Et puis ce n'était pas aux Etats-Unis. Maintenant, la question est: comment va-t-on faire pour tirer d'affaire les deux pauvres citoyens suisses retenus à Tripoli ? Que va-t-on lâcher en échange ? Qui va-t-on envoyer là-bas pour tenter une médiation ? On pourrait essayer Carla, peut-être qu'avec une petite chanson ... Ou Micheline, avec les Trois Cloches ?
Je crois sincèrement qu'il y a des oppositions et des conflits qui se résolvent par la négociation. Et d'autres par la fermeté. Sinon cela ne s'arrêtera jamais. Nos autorités sont décidément bien naïves. Et si le fait de se camoufler en ONG pour libérer des otages retenus depuis 6 ou 10 ans est un crime, comment appeler celui de capturer des innocents pour venger le déshonneur d'un fils à papa très pourri et très gâté ? »

Voilà où nous en sommes ! Une petite année après la libération des infirmières bulgares dont j’avais tellement parlé sur ce blog (voir en libellé), après avoir été reçu en grands pompes par Nicolas Sarkozy, Kadhafi confirme donc qu’il est un voyou. Et que ses nouveaux amis sont soit bien naïfs, soit bien cyniques.

22 juillet 2008

Libertad ... pour Guilad Shalit aussi !

Manifestation de solidarité pour tous les otages,
présidée par Ingrid Betancourt
(photo : Alain Azria pour l'association "Paroles de Femmes")
Cliquer sur l'image pour agrandir
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C'est une bien sympathique photo souvenir jointe à un mail circulaire que j'ai reçue d'Olivia Cattan, la dynamique présidente de l'association "Paroles de Femmes" !
L'après midi du dimanche 20 juillet, c'était la fête dans les jardins du Trocadéro. Une fête aux couleurs de la Colombie, d'abord, patrie d'origine de l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, prisonnière des FARC pendant plus de six ans et dont la captivité puis la libération - que l'on n'espérait plus - ont ému tous les Français. Mais aussi une fête pour que l'on n'oublie pas les milliers de malheureux prisonniers de tous les terroristes ou mafieux de la planète, et parmi eux Guilad Shalit, lui aussi français et pour lequel l'opinion publique semble beaucoup plus réservée ... Il était donc important que les plus hautes personnalités participent à cette manifestation concert, et Paroles de Femmes (cliquer sur le lien pour relire un récent article) est intervenue en première ligne pour que le sort de Guilad soit évoqué : l'association d'Olivia Cattan s'était, auparavant, fortement mobilisée pour Ingrid Betancourt, et cette dernière, enfin libérée, a soulevé à son tour le portrait du jeune prisonnier du Hamas !
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Mais regardez bien la photo ci-dessus après l'avoir agrandie : portent l'affiche de Guilad Shalit deux amis, membres du bureau de "Paroles de Femmes" et plusieur fois mes invités : Karim Hervé Benkamla et Diagne Chanel. Au centre, on reconnait toute de blanc vêtue Ingrid Betancourt, juste à côté le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, tout à fait à droite sa première adjointe, Anne Hidalgo. Et, parlant au micro, Olivia Cattan.

20 juillet 2008

Lynchage de Ruddy Haddad dans le 19ème : Sammy Ghozlan remet les pendules à l'heure

La manifestation près du lieu de l'agression,
Paris le 22 juin 2008
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Je ne suis pas revenu sur le lynchage du jeune Ruddy Haddad, après en voir parlé au lendemain de cet évènement qui avait beaucoup choqué, dans la communauté juive et bien au delà. En relisant mon article, je me rends compte que j'avais au moins eu raison sur deux points : la confiance donnée aux forces de l'ordre pour retrouver les coupables (qui ont été depuis arrêtés) ; et le caractère antisémite de cette tentative de meurtre (qui a bien été retenu par le procureur de la République). Reste ce que l'on a pu apprendre ou lire depuis (les affrontements entre "bandes" de jeunes dans l'arrondissement ; la rixe avec des jeunes d'origine maghrébine quelques mois auparavant, et qui avait valu une interpellation à Ruddy), autant d'éléments sur lesquels se sont rués les commentaires les plus fiéleux, trop heureux de pouvoir destabiliser d'avantage la communauté juive en faisant oublier les inombrables agressions subies dans cet arrondissement ... Il ne manquait plus que l'horrible Dieudonné, à qui cette affaire a inspiré un nouveau dérapage antisémite !

Il était donc temps de "remettre les pendules à l'heure". Et je vous invite à lire, pour cela, la très claire mise au point publiée dans la rubrique "Rebonds" de "Libération" par mon ami et collègue de Judaïques FM, Sammy Ghozlan.

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«West Side Story» sans Maria

Jadis, dans les années 70, des villes de banlieue parisienne étaient le siège de guerres des bandes. West Side Story sans Maria.
Le 21 juin, le jeune Rudy a frôlé la mort lors d’un passage à tabac sauvage à quinze contre un. Le procureur de la République a ouvert une information judiciaire avec pour chef d’accusation : tentative de meurtre aggravée par le caractère antisémite et violence en réunion avec circonstances aggravantes.Si la violence de l’agression ne fait pas débat, tout semble désormais tourner autour de l’origine de l’agression : antisémitisme versus guerre des gangs. Le procureur a décidé de maintenir la thèse de l’antisémitisme. Il semble de plus en plus, pourtant, qu’il y ait bien une guerre des gangs derrière toute cette histoire. Mais les deux versions sont-elles incompatibles ?
On cherche à nous rassurer, et cela est légitime : à la télévision, cette mère musulmane explique qu’elle travaille au marché avec des Juifs, qu’ils s’entendent très bien. Cette jeune Noire raconte que Juifs, Noirs et Arabes se côtoient tous les jours et qu’il n’y a pas de problème. Cela existe, heureusement.
Mais les Juifs savent qu’il y a un problème. Le shabbat en particulier, les Juifs pratiquants se promènent, traversent le parc des Buttes-Chaumont, vont tout simplement d’un point à un autre. Le jeu : les harceler, les intimider, les empêcher de trouver un banc libre au parc, leur faire sentir que l’espace public n’est pas pour eux. Constamment harcelés, l’insulte étant le plus minime des comportements agressifs, ils refusent pourtant de raser les murs.
Ne soyons pas naïfs pour autant : les tensions intercommunautaires existent, notamment dans le XIXe arrondissement de Paris. Il y a aussi des bandes de jeunes Juifs qui commencent les provocations. Tous ne sont pas des anges. Et si on peut en effet voir une guerre des territoires, il faut aussi avoir le courage de regarder l’autre guerre.
Au début des années 2000, la classe politique avait mis plus d’un an à reconnaître la nature antisémite des actes en alarmante augmentation. Les vérités dérangent. Alors la vieille recette de la communautarisation, du «chacun sa responsabilité» ressort aujourd’hui en guise de description équilibrée de la situation.
Mais la situation est totalement déséquilibrée. Où a-t-on vu des policiers monter la garde devant une mosquée ou une école musulmane ? Non, les policiers montent la garde devant les synagogues et les écoles juives. Car ce sont celles-là qui sont agressées. Que l’on se remette en mémoire quelques cas emblématiques : collège Montaigne, lycée Voltaire, collège de Brunoy. Mais aussi des croix gammées sur une boucherie cachère à Toulouse, la synagogue de la Duchère à Lyon défoncée par une voiture bélier, le passage à tabac de jeunes Juifs de l’Hashomer Hatsaïr en marge d’une manifestation, le coup de poignard d’un Juif à Epinay-sur-Seine ... Et Sébastien Sellam, puis Ilan Halimi, tous deux morts, l’un dans une affaire étouffée tellement elle dérange, l’autre tristement célèbre.
Dans le XIXe, on n’en est pas au coup d’essai. En décembre 2005, triste exemple d’une longue liste, trois jeunes Juifs sortaient de la synagogue rue Henri-Murger et ont été pris à partie par une dizaine de Français d’origine arabo-musulmane et africaine : Yoni, 20 ans, a été frappé au visage, dans le dos, étranglé et aspergé de gaz lacrymogène. Son petit frère a réussi à s’échapper. Trois mois plus tard, David et son frère Ilan, respectivement 15 et 12 ans, sont tabassés après avoir été traités de «sales youpins». Ils connaissaient leurs agresseurs, élèves au même collège qu’eux dans le XIXe. En mars 2007, un enfant de 13 ans est insulté dans le XIXe, «sale Juif, retourne dans ton pays ...», puis roué de coups par cinq individus.
Quel parent laisserait son enfant se faire intimider puis agresser ? Si l’on trouve en effet de plus en plus de Juifs dans des écoles juives, c’est bien parce que certaines écoles publiques n’arrivent plus à protéger des agressions des enfants juifs.
Certains, comme Dieudonné, véhiculent des clichés antisémites recyclés : les Juifs qui ont tout, les privilégiés, des «négriers reconvertis dans la banque» pour résumer cette hauteur d’esprit. Sans compter l’amalgame avec le conflit au Proche-Orient. Il est difficile d’imaginer l’impact de ces propos, précisément chez certains jeunes, dont une partie passe à l’acte sans complexe.
A l’opposé, des hommes et des femmes ne misent pas 1 euro sur la haine, mais tout sur la connaissance de l’autre. L’Amitié judéo-noire, Ni putes ni soumises, les Bâtisseuses de paix, Coexist, Paroles de femmes, et puis l’association Amitié judéo-musulmane créée par Michel Serfaty.
M. Serfaty, rabbin de la petite communauté de Ris-Orangis dans l’Essonne, a été agressé en 2003 par un musulman. Avant de quitter l’audience, M. Serfaty a serré la main de son agresseur : «Ce procès n’est ni le mien, ni le sien. C’est celui de sa culture, de son environnement.» Dans la foulée, le rabbin lance une association : l’Amitié judéo-musulmane de France. En bus, le rabbin et un imam vont dans des banlieues difficiles dans toute la France, à la rencontre de jeunes dans le but affiché de briser les préjugés. Et ça marche.
Mais pour détruire les clichés de haine, il faut avoir le courage de les reconnaître. Sécurisons les lieux où les tensions sont vives, et tournons-nous vite, très vite, vers les bâtisseurs du vivre ensemble.


Sammy Ghozlan,
Président du Bureau National de Vigilance contre l'Antisémitisme
Liberation, 17 juillet 2008

17 juillet 2008

Sous le crâne de Samir Kuntar ...

Samir Kuntar dans sa cellule, la veille de sa libération
(photo A.P, le 15 juillet 2008)
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Que se passait-il, précisément, sous le crâne de Samir Kuntar au moment où un reporter de l’Associated Press prenait ce cliché dans sa cellule, à la veille de l’échange de « prisonniers » avec le Hezbollah ? Difficile de faire parler davantage son regard bovin, ou d’imaginer des sentiments derrière son imposante moustache de « beauf », version moyen-orientale. Connaissant son crime et voyant sa tronche, on aimerait le qualifier de boucher - mais ce serait insulter la corporation des bouchers ... Dans le « Haaretz » du 15 juillet, Bradley Burston (lire l'article en anglais sur ce lien) souligne, justement, qu’il s’agit d’un tel monstre que le qualificatif de terroriste serait trop aimable. Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore lu - rendons pour une fois hommage aux agences de presse qui auront rappelé le raid terroriste de 1979 où il avait fini par être capturé -, ce jeune (à l’époque) « militant » de 16 ans et demi appartenant au « Front de Libération de la Palestine » avait été condamné à plusieurs siècles d’emprisonnement pour le meurtre brutal de presque toute une famille que la destinée avait mis sur son chemin, les Haran qui vivaient dans la petite ville côtière de Nahariya, à quelques kilomètres de la frontière libanaise ... Regardez bien la photo ci-dessous : tous sont mort victimes des « héroïques combattants palestiniens » : le père Danny, la fille aînée de 4 ans, Einat (le crâne fracassé contre un rocher par le sinistre Kuntar), après avoir assisté au meurtre de son père ; et la cadette, Yaël, 2 ans, ayant suffoqué sous la main de sa mère qui voulait l'empêcher de pleurer dans leur cachette, alors que les tueurs fouillaient leur appartement : « je me souvenais de ma mère, me racontant comment elle se cachait des nazis sous la Shoah », devait raconter Smadar Haran.

La famille Haran, quelques semaines avant le drame :
Einat à gauche, Danny le père et Yaël à droite

29 ans ont passé depuis, le plus clair de la vie de Kuntar ... D’après son frère, Bassem, « Il a étudié par correspondance et décroché un diplôme en sciences humaines d'une université israélienne », explique-t-il. L'un de ses sujets de recherche était « les contradictions entre sécurité et démocratie en Israël ». Les cours n'étant dispensés qu'en hébreu, le combattant libanais a, en outre, appris la langue de l'ennemi. « Il a eu 96 sur 100 au test de langue », précise son frère (source : article de « La Libre Belgique »). Là-dessus, il faut aussi noter que JAMAIS Samir Kuntar n’aura manifesté le moindre regret pour son crime de jeunesse. Et surtout, surtout, qu’il a écrit une lettre de remerciements à Hassan Nasrallah, proposant de rejoindre le mouvement dans son combat contre les « Sionistes » !

Il n’y a pas de mots suffisants pour exprimer l'amertume éprouvée après l'échange d'hier, échange pour obtenir, hélas et seulement, deux cercueils peints en noir, et lever enfin l’incertitude sur le sort d’Ehud Goldwasser et d’Eldad Reguev. Incertitude maintenue jusqu’au bout par le Hezbollah, avec un sadisme insupportable. Mais cela n’est peut-être pas le pire : en apprenant hier qu’Abou Mazen, le président de l’Autorité Palestinienne avait envoyé ses félicitations à la famille de Samir Kuntar ; en voyant les festivités déployées au Liban pour le « retour au pays » de ce monstre, avec en tête de gondole le nouveau chef de l’état, Michel Suleiman - si bien reçu à Paris il y a quelques jours ; en voyant le même sinistre Kuntar, non content d'avoir été libéré à l'issue d'un tel chantage, parader devant la foule de Beyrouth en promettant mille souffrances à Israël ; on ne peut qu’éprouver, malheureusement, les pires doutes sur les chances d’une paix avec les Arabes ...

P.S : je n’ai pas encore enlevé les photos défilant des deux malheureux kidnappés de Tsahal (voir en colonne de droite) : reste en effet toujours prisonnier Guilad Shalit, enlevé quelques semaines avant eux ; prions pour qu’il ne connaisse pas le même sort !

16 juillet 2008

Hommage à "notre" Grand Rabbin, Joseph Haïm Sitruk, par Souhail Ftouh



Le Grand Rabbin Joeph Haïm Sitruk

Notre ami Souhail Ftouh m'a envoyé cet hommage émouvant au Grand Rabbin de France, écrit juste après les dernières élections du 22 juin dernier, qui ont vu les instances dirigeantes du Judaïsme français choisir de mettre un terme à ses trois mandats successifs. Une candidature de trop ? Je suis resté fidèle - pour cette joute électorale comme pour d'autres, internes à notre communauté ou d'importance nationale - à mon devoir de réserve journalistique, m'interdisant de dire ici qui avait ma préférence, ou ce que je pensais du vainqueur. Mais cet hommage à Joseph Haïm Sitruk va bien au delà : c'est une page de l'histoire des Juifs de France, longue de 21 ans, qui s'achève ; il est particulièrement marquant, venant d'un jeune musulman dont les fidèles lecteurs ont pu apprécier, souvent, l'audace ; et puis c'est aussi un message d'amitié d'un fils de la Tunisie à un autre fils, illustre, de cette terre à laquelle je reste tellement attaché ... Bonne lecture !
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Le dimanche 22 juin a été élu le Grand Rabbin de France. Environ 315 électeurs ont décidé de l'avenir du judaïsme français en choisissant M. Gilles Bernheim, le Grand Rabbin de la Synagogue de La Victoire, comme nouveau Grand Rabbin de France : nous lui souhaitons plein succès.
Mais nous tenons ici à rendre hommage au candidat sortant , le Grand Rabbin de France Joseph Haïm Sitruk (né Joseph Sitruk à Tunis , le 16 octobre 1944) qui était, depuis 21 ans, le premier juif « tune » à la tête de la première autorité morale et religieuse juive de France et qui a gardé une part importante de ses racines plongées dans le terroir juif tunisien (1).

M. Joseph Sitruk, qui s’est présenté cette année pour la quatrième fois consécutive au poste de Grand Rabbin de France, a présidé le Grand Rabbinat près de 21 ans, avec sagesse et respect des uns et des autres. Pendant toute cette période, il a guidé sa communauté avec lucidité et c’est pour cela que tout le monde lui est reconnaissant aujourd’hui, au moment de son départ. Même en dehors de la France, nous étions toujours très attentifs aux interventions du rabbin Sitruk qui furent, en autres, diffusés sur la Télévision Française Juive (TFJ). Le Grand Rabbin de France possédait un art de la séduction et un talent très prononcé pour attirer un grand public même au-delà du public juif. C’est un rabbin populaire plein d’humour. Le Grand Rabbin de France, Joseph Sitruk, est un homme qui a su convaincre avec ses anecdotes et sa fidèle réputation de débuter ses cours avec une histoire de circonstance, extraite de la Torah.

Malgré sa force physique qui s’est affaiblit ces dernières années, M. Joseph Sitruk est un homme animé par une véritable Paix intérieure qui lui a permis de continuer à oeuvrer inlassablement pour l’unité, l’ouverture et la transmission. C’est un grand rabbin qui a marqué l'Histoire contemporaine, et qui a été, durant 21 ans, le garant du renouvellement du projet de la communauté juive. Son ouverture d’esprit l’avait amené d’ailleurs à s’intéresser à tous les courants du judaïsme, acquerrant ainsi la réputation d’un homme de consensus.

D’autres part, il a accompli des efforts considérables pour transmission de la mémoire de la Shoah (2) et le rayonnement de la communauté juive. Il a donné une importance particulière au développement de l’étude de la Torah dans ses communautés et en particulier, à sa découverte précoce chez les jeunes.

Rendre hommage à Joseph Haïm Sitruk, c’est aussi rendre hommage à un homme amoureux de l’hébreu, cette Langue que D. a donnée au peuple juif (3). Joseph Haïm Sitruk était un rabbin résolument moderne qui a maîtrisé les nouvelles technologies d’informations et de communication. C’était aussi un rabbin très dynamique (une centaine de conférences par an) et toujours soucieux de consolider et d’innover. Leader spirituel du judaïsme français, M. Joseph Sitruk, est un homme d’une grande pudeur et dignité. La Sagesse et l'Intégrité qui le caractérisent lui ont permis de faire avancer l’avenir du Grand Rabbinat de France. Durant vingt et un ans de « règne », M. Joseph Sitruk a dirigé avec lucidité une communauté moderne qui a toujours fait preuve d’une grande ouverture d’esprit et d’un respect aux valeurs républicaines (4). Par sa parole et par son enseignement éclairé, il a réussi à élever le niveau intellectuel et spirituel de ses ouailles, loin de l’obscurité, du dogmatisme et la langue de bois qui caractérisent d’autres discours religieux.

Son respect infini de la personne humaine, a fait de lui un Homme de foi, de dialogue et d’ouverture (5). Un humaniste attaché aux valeurs de fraternité, de liberté et d’égalité ... militant courageux et déterminé du rapprochement entre les communautés (6). On se rappelle qu’en Tunisie, il a fait une participation brillante à un colloque intitulé: "Le dialogue des religions d’Abraham pour la tolérance et la paix" et organisé dans le cadre de la « Ben Ali pour le dialogue des civilisations et des religions ». Chaque voyage de Joseph Haïm Sitruk à sa terre natale était porteur d’espoir et d’optimisme. Homme de foi, et de dialogue, il a toujours exhorter les hommes de religions différentes à se respecter et s'entraider. Son accueil cordial et chaleureux en Tunisie montrait à quel point, le Grand Rabbin J.H Sitruk bénéficie de respect et d’estime. Rares sont les dirigeants communautaires qui ont eu un tel charisme au niveau international.

Nous prions pour lui souhaiter une très bonne santé et j’espère qu il priera pour nous. Nous aurons encore beaucoup de choses à apprendre de sa Torah, de sa sagesse, de ses qualités morales, de ses conseils et de sa direction. Il a consacré sa vie à la défense des valeurs universalistes et au respect de l’être humain.

Nous lui devons tout notre respect en Tunisie pour l'immensité de son savoir et ses efforts pour illuminer le monde par sa sagesse.

Que D. le bénisse dans toutes ses entreprises. Amen!

Souhail Ftouh,
Tunis
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Notes :

(1) Dans son Livre : Rien ne vaut la vie : mémoires et réflexions de Joseph Haïm Sitruk (Bibliographie -Daniel Radford) il évoque ses souvenirs d’enfance à « Tunis, une ville que l’on porte en soi».
(2) Voir par exemple son intervention « La Shoah » en K7, REFERENCE 93069.
(3)Voir son intervention : « L'Hébreu, cette Langue que D.ieu nous a donnée » en K7 REFERENCE, 93054.
(4) En 2003, Joseph Sitruk avait été élevé au rang de Commandeur de l’Ordre national du Mérite. Le 16 mars 2007, il reçoit aussi la distinction de Commandeur de la Légion d’honneur.
(5) Voir son intervention « Le Respect de l'Autre » en K7, REFERENCE 93046.
(6) Dans son livre, cité plut haut, il nous rappelle que « Juifs, Chrétiens, Musulmans, une évidence s’impose, ce qui nous rapproche est plus grand que ce qui nous sépare ».

15 juillet 2008

Mezri Haddad s'interroge sur ce que sera l'Union pour la Méditerranée voulue par Nicolas Sarkozy

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Mon ami le philosophe tunisien Mezri Haddad - que les lecteurs du blog et auditeurs de Judaïques FM commencent à bien connaître - s'est interrogé dans les colonnes du journal "le Figaro", sur les chances de succès de l'Union pour la Méditerranée. Une réflexion bien d'actualité, au lendemain du premier sommet de l'U.P.M et que je vous invite à découvrir !
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Désormais, il ne s'agit plus de l'Union méditerranéenne mais de l'Union pour la Méditerranée (UPM). Par-delà cette inflexion terminologique, que recèle cette nouvelle dénomination ? Un abandon de l'ambition française originelle ou un changement sémantique dans la continuité stratégique ? Une chose est certaine, ce projet géopolitique majeur n'est plus exclusif mais inclusif : il ne concerne plus uniquement les pays des rives nord et sud de la Méditerranée, mais l'ensemble des États du Sud ainsi que tous les membres de l'Union européenne. L'Allemagne a réussi à imposer ses exigences en phagocytant le projet initial, mais la France n'a pas pour autant perdu la face.
Et pour cause : en dépit des rivalités de leadership entre une Allemagne tournée vers l'est et une France regardant vers le sud ; nonobstant le refus ou la réticence de certains pays arabes de s'associer à une union où Israël est géographiquement concernée, la déclaration de naissance de l'UPM sera bel et bien annoncée le 13 juillet prochain, lors du sommet des chefs d'États à Paris. Mais, suffit-il de naître pour exister ? Bien des questions demeurent en suspens : va-t-on définitivement abandonner le processus de Barcelone, lancé en 1995, et son excroissance, dialogue 5 + 5, initié en 2003 précisément pour relancer un partenariat euroméditerranéen agonisant faute de moyens et d'ambitions réelles ? Va-t-on au contraire ne pas tenir compte de l'échec de ce processus, en choisissant de le réactiver moyennant quelques améliorations cosmétiques ou tactiques ? D'une part les énormes investissements qui seront injectés dans certains ex-pays de l'Est que l'URSS a laissé exsangues, désormais futurs membres de l'UE, et d'autre part les investissements dans les pays du Sud, futurs membres de l'UPM, sont-ils conjointement possibles et compatibles ? En d'autres termes, l'UE a-t-elle les moyens de cette double ambition ? Quels seront les projets prioritaires de l'UPM ? Quels vont être ses instruments institutionnels, son mode de gouvernance et ses moyens financiers ? Comment cette Union va-t-elle surmonter son principal talon d'Achille, à savoir tous ces conflits actuels ou potentiels : israélo-palestinien, syro-israélien, algéro-marocain sur la question du Sahara occidental, hispano-marocain sur la question de Ceuta et Melilla, hispano-britannique sur la question de Gibraltar, turco-grec sur la réunification de Chypre, libano-libanaise ... ? Et les États-Unis d'Amérique dans tout cela ? Ne voient-ils pas dans l'UPM un projet alternatif à leur éphémère et bien chaotique Grand Moyen-Orient ?
Déjà en 1989, dans ses Mémoires des deux rives, Jacques Berque, le précurseur de l'unité méditerranéenne, se demandait s'il n'y avait pas «quelques paradoxes à préconiser une construction méditerranéenne au moment où le pays (Liban) qui aurait dû en offrir l'exemple privilégié s'effondre dans la destruction. Il faut l'avouer, entre la Palestine occupée, le Liban suicidaire et Chypre en trois morceaux, la Méditerranée fournit au monde un lugubre échantillonnage d'erreurs et de châtiments». Malgré ses obstacles consubstantiels que les bonnes volontés finiront par vaincre , l'idée d'Union pour la Méditerranée reste mobilisatrice et porteuse d'espérance. C'est toujours par des vues utopiques que s'accomplissent les grands desseins. N'est-ce pas sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale que les bases de l'UE ont été jetées ?
Néanmoins, pour que l'UPM soit un projet d'avenir et qu'il soit profitable à l'ensemble des protagonistes, afin qu'il infléchisse la marche d'un monde unipolaire et de plus en plus menacé par les conflits régionaux et par le terrorisme, pour qu'il devienne un instrument de développement, de pacification et de concorde, il faut qu'il soit un projet de civilisation. Bien plus qu'à l'émergence d'une nouvelle zone d'échange économique ou d'un nouveau bloc géopolitique, c'est à la naissance, ou plutôt renaissance, d'une civilisation méditerranéenne que nous devons tous travailler. Renaissance, car les racines existent et elles sont carthaginoise, grecque, romaine, juive, chrétienne, islamique. Quoi qu'en ait dit Paul Valéry, les civilisations ne sont pas mortelles. «Qu'est-ce que la Méditerranée ? s'interrogeait Fernand Braudel. Non pas une mer, mais une succession de mers. Non pas une civilisation, mais une succession de civilisations entassées les unes sur les autres.»
La Mare Nostrum a été, en effet, un carrefour des civilisations et le berceau des trois grandes religions monothéistes. Cette «machine à civilisations», selon Paul Valéry, peut redevenir un grand bassin d'échange interculturel et de dialogue interreligieux, la source d'une civilisation résolument humaniste et universaliste, radical antidote au choc des civilisations conjecturé par Huntington. Mais cette civilisation ne peut pas voir le jour sans la construction graduelle, par le changement des mentalités, d'une véritable identité commune méditerranéenne. L'Union doit pouvoir se réaliser sur la base d'un même repère identitaire et d'un même sentiment d'appartenance, celui a une histoire partagée et a un avenir commun. C'est encore Braudel qui écrivait : «Avoir été, c'est une condition pour être.»
Mezri Haddad,
Le Figaro, 23 juin 2008
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11 juillet 2008

L'Europe et l'ONU ont raison de prendre Ahmadinejad au sérieux, par Michel Taubmann

Tir d'un missile "Shihab 3",
dont la portée couvre tout le territoire d'Israël
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Voici une tribune publiée dans le journal "Le Monde" il y a déjà plus de quatre mois, mais qui n'a pas pris une ride, hélas ! L'Iran vient d'opposer une fin de non revevoir aux dernières propositions des Occidentaux, refusant même la suspension temporaire de ses activités d'enrichissement d'uranium. Alors que les Etats Unis semblent bien hésitants, brandissant la menace militaire comme dernier recours, tout en laissant filtrer des messages insinuant qu'Israël aurait tort d'utiliser une frappe préventive ; alors que dans le Golfe, les manoeuvres militaires de la République islamique répondent à celles de la Vème flotte et de ses alliés ; et alors que les Ayatollahs semblent très surs de leur force, puisqu'ils viennent de menacer de "brûler Tel Aviv" en cas d'attaque contre leurs installations nucléaires !

Oui, il faut vraiment prendre Ahamdinejad au sérieux, comme nous y invite Michel Taubmann.

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Avec l'Iran, la crise n'est pas terminée. Loin de là ! Contre toute attente, le Conseil de sécurité de l'ONU a voté, lundi 3 mars, à l'unanimité moins une voix, celle de l'Indonésie, de nouvelles sanctions contre l'Iran. Ce vote est révélateur de l'inquiétude croissante de la communauté internationale.

En effet, le rapport remis le 22 février au Conseil de sécurité par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) contredit celui des agences américaines de renseignement, qui semblait conclure que la République islamique avait suspendu son programme nucléaire militaire depuis 2003. Or, Mohamed ElBaradei, le directeur de l'AIEA, s'il salue certains efforts de transparence, constate que la République islamique est loin d'avoir levé tous les soupçons concernant "la nature exacte" de son "programme nucléaire".
De son côté, le directeur général adjoint de l'AIEA, Olli Heinonen, aurait apporté, dans le cadre d'une réunion de l'Agence à Vienne, des preuves très détaillées de l'existence d'un programme nucléaire à finalité militaire. Selon ces informations, la République islamique aurait notamment fabriqué une ogive nucléaire et mis en place un centre de mise à feu de missiles pouvant porter une charge atomique.
Par ailleurs, les Moudjahidins du peuple, organisation d'opposition en général bien informée - elle a révélé en 2002 le programme nucléaire poursuivi clandestinement par l'Iran depuis plusieurs années, à l'insu du monde entier -, affirment l'existence d'une usine de production de têtes nucléaires à Khojir, au sud-est de Téhéran. Possédant déjà 3 000 centrifugeuses en rodage, l'Iran pourrait, selon les experts, passer rapidement à un taux d'enrichissement de l'uranium de 90 %-95 %, nécessaire à la production de l'arme nucléaire.
La volonté du pouvoir islamique de se doter de l'arme atomique est évidente. La principale incertitude concerne l'état d'avancée du projet. Les plus pessimistes font remarquer que la mise en place de centrifugeuses de deuxième génération (P2) permettrait à l'Iran de fabriquer une arme atomique ... avant la fin 2008. Les plus optimistes se raccrochent à l'idée d'un grand bluff mené par le régime des mollahs afin d'obliger les Etats-Unis à reconnaître l'Iran comme puissance dominante du Moyen-Orient.
Cette perspective paraît rassurante. Mais elle fait fi de la nature du régime iranien et traite à la légère le président Ahmadinejad. Le refus de l'existence d'un Etat juif sur ce qui est considéré comme une terre d'islam constitue un des fondements essentiels du régime islamiste installé à Téhéran. Ce refus a été répété par chacun des prédécesseurs d'Ahmadinejad, y compris le réformateur Khatami, président du pays entre 1997 et 2005. Le slogan "Mort à Israël !" est scandé chaque année à l'occasion de la Journée d'Al-Qods (l'appellation arabe de Jérusalem), durant laquelle de grands défilés sont organisés dans les villes d'Iran.
Mais il ne s'agit pas seulement d'un slogan de la rue. On a pu l'entendre crié aussi par les dignitaires du régime dans le bureau même du Guide suprême le jour de l'investiture de M. Ahmadinejad. Existe-t-il beaucoup de pays où une cérémonie officielle s'achève par un appel à la destruction d'un autre pays ?
Ahmadinejad n'est pas un chef d'Etat ordinaire, tout comme ce régime n'est pas un régime ordinaire, soumis à la rationalité rassurante de l'Occident. Entré très jeune dans les services secrets de la République islamique, Mahmoud Ahmadinejad a fait ses classes en participant à la répression des opposants à l'intérieur du pays et à leur traque à l'étranger.
Il a ensuite gagné ses galons à la tête de commandos de miliciens bassidjis, agressant violemment les manifestations étudiantes et les mouvements réformateurs pendant le "Printemps de Téhéran". Contrairement à ses rivaux, le conservateur Rafsandjani et le réformateur Khatami, plus pragmatiques, Ahmadinejad, fidèle à la ligne de l'imam Khomeyni, refuse tout compromis.
Certains se rassurent en le présentant comme une "marionnette". Il est vrai que le Guide suprême Ali Khamenei l'a poussé vers le pouvoir. Dans ce système théocratique, il peut théoriquement le destituer du jour au lendemain. Mais depuis son élection en juin 2005, Ahmadinejad a conquis une stature internationale qui le distingue de tous ses prédécesseurs. Il est aujourd'hui, sans doute, l'Iranien le plus connu au monde depuis l'ayatollah Khomeyni.
Ses diatribes répétées contre Israël et l'Occident, ses propos négationnistes mais aussi son soutien au Hezbollah pendant la guerre de l'été 2006 l'ont rendu extrêmement populaire dans le monde arabe. Sa visite en Arabie saoudite pendant le pèlerinage de La Mecque cet hiver et son voyage en Irak ce week-end attestent du rôle de puissance régionale qu'il entend faire jouer à l'Iran.
Est-il toujours une "créature" du Guide ? Peu importe. Il est en tout cas la voix et le visage que s'est donnés la République islamique, engagée dans un bras de fer avec la communauté internationale. Il avance en brandissant dans une main le Coran - ou plus précisément une interprétation apocalyptique du Coran en rupture avec la tradition chiite - et dans l'autre la bombe, ou plus précisément la menace de l'arme atomique. Il y a quelques jours il a qualifié l'Etat d'Israël de "sale microbe" et d'"animal sauvage".
Peu auparavant, un de ses proches, le commandant en chef des gardiens de la révolution, Muhammad Ali-Jaafari, avait employé l'expression de "tumeur cancéreuse". Ce vocabulaire rappellera aux juifs le temps où les nazis les comparaient à des poux ou à des rats. Il est caractéristique du langage totalitaire. Un haut dignitaire du régime iranien, Hassan Rohani, ancien responsable du dossier nucléaire, a dénoncé publiquement les "provocations" verbales du président Ahmadinejad en politique étrangère. Il n'est pas le seul à s'inquiéter !
Lundi 25 février, l'Union européenne a condamné ses propos contre Israël. Et le vote du Conseil de sécurité témoigne que la communauté commence à prendre Ahmadinejad au sérieux.

Michel Taubmann, journaliste,
rédacteur en chef de la revue « le Meilleur des mondes ».

Le Monde, 7 mars 2008

09 juillet 2008

Rediffusions de l'été

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Comme tous les ans à la même période, notre station va prendre, doucement, ses quartiers d’été.

Producteurs et animateurs en vacances. Auditeurs, pour les plus chanceux, éloignés pour quelques semaines de la pollution et de la grisaille parisiennes ... Il est par ailleurs bien difficile de trouver des invités à cette période, les auteurs souhaitant promouvoir un livre récent préférant, naturellement, passer à la rentrée !

Je propose donc une série de rediffusions pour celles et ceux qui seront à l’écoute à ces dates - petit rappel : notre fréquence est en région parisienne le 94.8 FM ; normalement, vous devez pouvoir nous entendre aussi, partout dans le monde, sur le site Internet http://www.judaiquesfm.com/.

Voici la programmation, les liens indiqués vous renvoyant à la présentation de chaque émission sur le blog :

- Dimanche 13 juillet :
« Le Pakistan après l’assassinat de Benazir Bhutto »
Invitée : Coline Tison

- Dimanche 27 juillet :
« Esclavage, pouvoir et religion dans le monde arabe »
Invité : Mohammed Ennaji

- Dimanche 10 août :
« Lutter contre les préjugés antisémites à l’école »
Invitées : Samia Essabaa et Josiane Sberro

Bonne écoute. Rendez-vous pour ma prochaine émission, le dimanche 24 août.
D’ici là, et hormis une pause d’une quinzaine de jours le mois prochain, le blog fonctionnera aussi sur un mode plus estival ... avec des publications un peu plus espacées !

08 juillet 2008

L'attentat de la rue Jaffa : une question de parole, d'images et de justice

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Tout d’abord une information, publiée par nos excellents confrères de « Guysen » et qui est tout à fait officielle :

« Hossam Dawiyat, l'ouvrier palestinien qui a tué trois Israéliens et blessé des dizaines mercredi en fonçant sur des voitures avec un bulldozer dans la rue Yaffo, a agi seul et n'appartenait à aucune organisation islamiste radicale. C'est ce qu'a annoncé dimanche le porte-parole de la police Micky Rosenfeld, au terme de l'enquête ».

Le « massacre à la pelleteuse » du mercredi 2 juillet a donc été le fait d’un Palestinien isolé, ce qui n’enlève rien bien sûr à son caractère horrible. A ce sujet, il faut aussi signaler, hélas, les tentatives ahurissantes de le présenter comme l’innocente victime d’un assassinat, les voitures écrasées et le bus renversé étant le fait ... d’un accident de la circulation - lire l'article sur le site de l'UPJF. Quelles étaient les motivations de cet assassin improvisé ? Isabelle-Yaël Rose revient en détails sur cette affaire, sur laquelle elle avait commencé à enquêter dans les heures qui suivirent cette nouvelle tragédie ayant endeuillé Jérusalem. Etablissant un parallèle hardi avec « l’affaire Al-Dura », elle réclame la même exigence de vérité dans les deux cas [*]. Et elle écrit, fort justement, que « c'est cet attachement à la vérité qui a probablement protégé Israël, en tant que société, pendant ces 60 ans de guerre ».
Bonne lecture !

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Il a fallu sans aucun doute beaucoup de courage aux journalistes et citoyens qui ont exprimé leurs doutes quant à la version qui nous avait donné de ce qui est devenu « l'affaire Al-Dura ». Ils avaient contre eux le poids des mots - ceux de Charles Enderlin - celui des photos, montées par son cameraman, qui conditionnèrent non seulement les politiques, les opinions publiques, mais la quasi-totalité du monde. Pourtant, grâce à leur obstination, la vérité de « l'affaire » est peut-être en train d'apparaître. Et si elle n'apparaît pas encore dans toute sa clarté, qui est peut-être perdue à tout jamais tant la parole et les images matraquées peuvent déformer les faits jusqu'à produire une nouvelle et fausse réalité, le combat de ces quelques uns aura au moins eu pour mérite de poser les bonnes questions.
Sans doute la France et le monde médiatique n'ont-ils pas encore osé en tirer toutes les conclusions. Mais la justice française aura eu le mérite d'examiner le dossier en son âme et conscience. L'affaire Al-Dura aura ainsi mis en lumière les ressorts de ce qu'on ne peut appeler que propagande, qui est toujours détestable d'où qu'elle vienne. Et de montrer que si la cause des Juifs et des Israéliens est juste, c'est parce qu'elle ne badine pas avec la vérité des faits. C'est cet attachement à la vérité qui a probablement protégé Israël, en tant que société, pendant ces 60 ans de guerre. C'est cet attachement à la démocratie et à la justice, aux exigences d'une morale et d'une éthique non seulement universelles mais également profondément juives, qui justifient l'amour que les Israéliens - mais pas seulement eux - portent pour Israël : un peuple ne peut s'aimer, et n'est aimable, que si l'image que lui renvoie le récit qu'il fait de son histoire est conforme à la vérité. C'est pourquoi il faut souvent oser traverser les paroles et les images pour sinon dire la vérité, du moins pour s'interroger et se mettre à sa recherche. Dans le contexte passionnel et douloureux que tout le monde sait.

La semaine dernière, un résident de Jérusalem Est a provoqué un choc très profond en Israël - tant parmi les Arabes que parmi les Juifs - en lançant une pelleteuse contre des civils qui traversaient la rue Jaffa. Son acte a provoqué la mort de trois personnes. Depuis, un portrait de l'homme a été dessiné par les journaux : celui-ci était connu de la police pour des affaires de drogue, de vol, et de coups et blessures. Cependant, les services de sécurité intérieurs - le Shin Bet - ne sont pas parvenus à établir un lien entre le criminel et des organisations terroristes, qu'elles poursuivent des objectifs politiques ou religieux - voire les deux. Plus encore : l'homme, à ce niveau de l'enquête, a été décrit comme ne fréquentant ni mosquées ni mouvements palestiniens, ce qui semble indiquer une motivation - si l'on peut effectivement parler de motivation - personnelle derrière l'acte abominable qu'il a perpétré. En tous les cas, il ne semble pas avoir été mû par une idéologie ou des buts politiques déterminés.
L'obscurité qui entoure les motifs de l'acte a conduit la famille à envisager l'hypothèse d'un accident de la circulation qui aurait mal tourné. Ou d'une influence de la drogue. En gros, nous serions devant l'acte d'un déséquilibré. Certains ont également souligné l'influence perverse de la propagande islamiste et palestinienne qui plutôt que d'utiliser les écoles et les médias largement financés par l'Union Européenne pour propager des discours de réconciliation et de paix fait usage de ces canaux formateurs d'opinions pour déverser, encourager, et cultiver la haine. Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir un poste de télévision ou un manuel scolaire.

Juste après l'attentat, la Knesset a voté deux propositions de loi, soumises au parlement suite à l'attentat qui avait pris pour cible une école talmudique il y a quatre mois. Les deux propositions de loi ont été votées, mais doivent encore être examinées par la Cour suprême qui ne devrait vraisemblablement pas s'y opposer. La première loi vise à retirer la citoyenneté ou la résidence permanente à la famille de tout terroriste qui aurait agit contre Israël. La seconde propose de détruire la maison de la famille. Par ailleurs, une action est envisagée pour interdire l'érection d'une tente de deuil, tradition qui est souvent utilisée pour faire l'apologie du terroriste et de son acte. L'Etat envisage encore de supprimer tous les droits sociaux dont bénéficie la famille du terroriste. Les propositions de lois, si elles ont été motivées par l'attentat contre la yeshiva, ont été votées par la Knesset dans un contexte particulier, à chaud, qui plus est dans une atmosphère d'élections, sans qu'aucun débat véritable n'ait été initié par les députés, soucieux de ne pas déplaire à l'opinion. Rappelons à titre d'exemple que ce sont l'armée et le Shin Bet qui avaient eux-même recommandé de ne plus détruire les maisons de la famille des terroristes dans un rapport qui indiquait que cette mesure s'apparentait non seulement à une punition collective mais était surtout improductive pour décourager le terrorisme. Ces nouvelles lois sont peut-être justifiées. Mais le climat général dans lequel elles ont été votées, l'absence de débat public et de pluralisme, où un éventuel opposant aurait été dénoncé comme « collaborateur » et « traître» par certains partis qui instrumentalisent les émotions légitimes du public, doivent nous alerter. Il n'est pas bon de décider de telles choses, qui engagent notre sécurité en tant que peuple et nation, sans peser au préalable tous les aspects que comportent nos décisions.
Par ailleurs, l'homme qui a commis son attaque rue Jaffa a immédiatement été désigné comme terroriste. Alors même que les services de sécurité reconnaissent eux mêmes l'absence de liens avec des organisations et l'absence de motivations politiques. Ainsi, par exemple, la journaliste américaine Caroline Glick a signé un article dans l'édition du "Jérusalem Post" de Shabbat dans lequel elle désigne le tueur comme un « jihadiste » et un homme « qui revient à la religion ». Pour ce qui est du retour à la religion, personne d'autre que Caroline Glick - qui ne cite pas elle même ses sources - n'a décrit Husseim Dayat comme un pratiquant. C'est même tout le contraire : il n'a pas de barbe, ne fréquentait pas les mosquées, et était plutôt connu pour une vie dissolue, contraire aux principes de l'Islam. En ce qui concerne le terme de jihadiste, sans doute faisait-elle référence aux dernières paroles que l'homme a prononcé avant de mourir : « Allah Aqbar ». Mais de même qu'un Juif, même non religieux, dira sans doute le « shema Israël » dans un moment de panique, de crise, ou avant de mourir, dans une sorte de réflexe profondément culturel ; un musulman peut dire « Allah Aqbar » sans que cela signifie a priori qu'il est un « jihadiste ». Surtout quand les faits indiquent son absence de lien avec le monde religieux musulman et islamiste. Et si la mère - ou l'une des femmes de la famille - a bien dit devant la télévision : « c'est un Shahid ! Que Dieu prenne pitié de lui », en faisant les « youyou » réservés aux jours de joie, il s'est également trouvé de nombreuses personnes de la famille pour condamner cet acte. On pourra dire que ces condamnations sont fausses et motivées par la peur. Et cela est possible. Mais il est également possible que la famille de Dayat n'est point islamiste. Car Dayat, contrairement au terroriste qui avait attaqué la yeshiva, n'a pas prémédité son acte et n'a pas pris pour cible un lieu symbolique, juif. Est-ce que la douleur et le choc sont atténués pour autant ? Non. Mais cela montre que dès qu'il s'agit de Juifs et d'Arabes, chacun est enclin à interpréter immédiatement toute action sur fond politique et religieux. Et c'est cela qui est problématique.

D'abord, parce que les rapports entre Juifs et Arabes sont quotidiens et constants à Jérusalem - de nombreux Juifs israéliens travaillent avec des Arabes israéliens - les rapports sont également personnels, et pas seulement idéologiques. Dit autrement : un Arabe peut tuer des Juifs et un Juif peut tuer des Arabes pour des motifs qui n'ont rien à voir avec le conflit. L'acte peut ne pas viser l'identité culturelle et religieuse de l'autre. Il peut ne pas le viser en tant qu'Arabe ou Juif. Cependant, à cause du contexte politique, nous avons tous tendance à tout interpréter en fonction du conflit israélo-palestinien immédiatement. Non seulement cela est faux, mais cela est dangereux. Car en faisant ceci, nous enfermons précisément les personnes dans la logique du conflit, leur interdisant d'en sortir. C'est précisément ce qu'a fait le Hamas en récupérant immédiatement l'attentat, expliquant qu'il avait pour origine « l'occupation ». Mais les hommes sont plus riches et plus complexes. Ils ne sont pas tous des instruments au service d'une cause et c'est leur faire mauvaise justice que de les enfermer dans ce rôle. C'est ce que fait le Hamas en ne parlant jamais d'Israéliens mais « d'ennemis » ou « d'agents sionistes ». Et si Dayat a effectivement présenté ses condoléances à la famille du terroriste de la yeshiva, cet acte communautaire et social, entre gens de voisinage, dans une société où les liens familiaux voire tribaux sont très complexes, n'indique pas a priori qu'il ait nourri le même projet. Les reconstructions a posteriori peuvent déformer les faits.
Ensuite, le terme de terroriste doit être utilisé à bon escient. On parle de terrorisme quand un civil ou une organisation politique/religieuse/paramilitaire utilise la violence contre des civils pour accomplir des objectifs politiques. Tout ce qui ne correspond pas à cette définition tombe sous le coup des lois criminelles, et non pas des lois et des mesures exceptionnelles que chaque Etat a le droit et le devoir de mettre en oeuvre pour se protéger. Il ne s'agit pas de chipoter sur les mots. De faire des distinctions conceptuelles bonnes pour la théorie et les philosophes. Le but est d'abord de savoir reconnaître un attentat et un terroriste de manière à savoir à quelle juridiction appartiennent son acte et sa personne : le droit public ou les mesures d'exception. Car si les lois votées par la Knesset entrent en effet en vigueur, il sera capital pour la démocratie israélienne de déterminer avec précision quand elle doit en faire usage et contre qui. Sans quoi la démocratie israélienne s'achemine vers le régime policier de l'Egypte et de la Syrie. Le but est également de maintenir avec clarté les règles du combat qu'Israël mène contre le terrorisme. Cette clarté est particulièrement importante au moment où Israël semble moins isolé. L'Union Européenne et les Etats-Unis ont en effet commencé à comprendre que cette guerre contre le terrorisme concerne le monde entier. C'est pourquoi la démocratie israélienne ne doit pas écouter les sirènes qui voient dans chaque crime arabe un acte terroriste : il y a les terroristes, il y a les criminels. Il y a aussi les déséquilibrés mentaux, comme dans toute société, plus encore en situation de guerre. Le passé de Dayat ne plaide pas en faveur de sa stabilité mentale. La distinction criminel/ terroriste est vitale pour la vérité de notre combat. Car pour pouvoir parler de terrorisme et d'attentat sans être obligés de mettre des parenthèses - comme trop souvent dans les médias dont l'usage confus des mots et des termes est un effet direct de la propagande palestinienne - encore faut-il utiliser ces termes comme il se doit.

Il est en effet plus confortable de voir dans tout crime commis par un Arabe un attentat. Plus encore quand le crime est épouvantablement spectaculaire. Comme il est plus confortable de voir dans tout crime commis par un Israélien un crime de guerre, un effet de « l'occupation ». Ce schématisme, qui commence par maltraiter la vérité et les mots, finit toujours immanquablement par martyriser les hommes. Enfin, les nouvelles lois votées par la Knesset laissent une question ouverte : seront-elles également appliquées aux terroristes juifs tels que Goldstein ou le jeune homme déguisé en soldat qui avait fait irruption dans un bus bondé d'Arabes israéliens pour tous les massacrer ? Il n'est point de paix sans égalité. Israël doit être exigeant avec lui même s'il veut être Israël.

Isabelle-Yaël Rose
Jérusalem
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[*] Nota :

En mentionnant l'affaire Al-Dura, loin de faire un parallèlle qui n'a absolument pas lieu d'être, les deux histoires étant tout a fait différentes et donc incomparables - et a plusieurs titres - Isabelle-Yaël Rose a simplement souhaiter mettre en lumière une chose: alors que la presse internationale s'etait empressée d'exploiter la mort de Mohammed Al-Dura dans un but de propagande contre l'Etat d'Israel, les medias israeliens ont immediatement declares - sur la base d'informations communiquees par le Shin Bet - que l'attentat a la pelleteuse n'avait pas ete commis en vertu de mobiles politiques mais etait plutot le fait d'un desequilibre mental qui n'appartenait a aucune organisation palestinienne (voir le compte-rendu mis en ligne sur le blog le soir meme, redigé en fonction des informations diffusées a la télévision). Si certains partis politiques israeliens ont en effet tente de recuperer l'attentat dans un but politique, les medias israeliens auront été pour le coup exemplaires en disant immediatement ce qu'il n'etait pas, coupant l'herbe sous le pied de ceux qui auraient voulu en faire un episode de la "lutte palestinienne", comme le Hamas s'est empressé de le declarer. La reference a Al-Dura visait donc a faire remarquer la difference entre la presse internationale et la presse israélienne dans la couverture des violences helas courantes en Israël et au Moyen-Orient. Indirectement, ma correspondante à Jérusalem Yael engageait les journalistes francais a faire preuve de la même retenue et de la meme objectivité - bref: du même sang froid - que leurs collègues israéliens, qui n'ont pas profité de l'attaque de la rue Jaffa pour livrer indistinctement en pature à l'opinion publique israelienne et internationale tous les Arabes de Jerusalem Est.

07 juillet 2008

Rachida Dati juive : elle court elle court, la rumeur chez les minus !

Réception à l'Elysée, 10 mars 2008 :
Nicolas Sarkozy, Rachida Dati, Shimon Peres et Carla Bruni
(photo Reuters)
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Comme le savent les lecteurs réguliers du blog, la consultation régulière de mon compte sur le logiciel « sitemeter » (auquel vous pouvez accéder en cliquant sur l’icône située en bas de la colonne de droite), permet de connaître le libellé des recherches qui conduisent à cette adresse. Hélas, et comme je vous l’ai souvent rapporté, une analyse quotidiennement confirmée indique que, entre 15 et 20 % des visiteurs ont des motivations antisémites indiscutables : parfois, on confine à l’absurdité la plus totale, et c’est le cas des centaines d’internautes qui sont venus voulant savoir si Rachida Dati était ... juive !

Faites vous-même l’expérience sur « Google » : en tapant « Rachida Dati juive », sur 55.600 réponses (relevé du 28 juin dernier), deux articles publiés sur mon blog et parlant d’elle sortent en numéros 4 et 5, d’où ces visites. On pourra d’ailleurs se reporter à son nom en libellés ci-dessous pour lire ces publications, qui étaient deux hommages, l’un à son parcours, et l’autre aux propos très chaleureux qu’elle avait eu pour notre communauté - propos rapportés dans l’hebdomadaire « Tribune Juive ». Expliquons tout de suite la raison : sauf demande de recherche de l'expression exacte, le moteur de recherche va « piquer » les mots dans le désordre sur la Toile (il le fait même, et par défaut, lorsque la « recherche avancée » disponible en sous-menu ne permet pas de trouver l’expression exacte : faites l’essai toujours sur « Google », mes deux mêmes articles apparaissent toujours bien placés sur une liste cette fois réduite à 24 références !).

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Mais ceci posé, revenons à cette drôle de rumeur qui manifestement a connu un joli succès, et posons-nous deux questions. Pourquoi a-t-elle eu un tel succès ? Et pourquoi donc tellement de minus veulent-ils voir conforter un ragot, qui correspond tellement à ce qu’ils voudraient voir reconnu comme une réalité ?

Dans la galaxie politique des dernières années, Rachida Dati est certainement un phénomène atypique : issue d’un milieu très modeste, défavorisée autant par son milieu social que par ses origines maghrébines, elle a gravi très rapidement les échelons du pouvoir en devenant porte-parole, puis ministre de Nicolas Sarkozy. Alors que cette ascension pourrait donner des commentaires positifs, les canaux d’information sur le Web jouent plutôt - hélas ! - le rôle de « tout à l’égout » des rancoeurs, commentaires perfides et sornettes en tout genre donnant bonne conscience aux ratés, frustrés et jaloux : si elle a réussi si vite, c’est nous dira-t-on « parce ce qu’elle a couché », « qu’elle a été la maîtresse de Sarko », vieille rengaine macho tellement entendue à chaque promotion féminine !

Mais c’est l’antisémitisme qui fournit, malheureusement, un autre carburant aux rumeurs : à nouveau le mythe du « complot juif », du « lobby apatride qui tient tous les pouvoirs » refait surface, et on sait combien l’Internet est devenu un vecteur de haine aussi redoutable qu’impuni ! Richard Prasquier, le président du CRIF, vient de le rappeler dans une récente interview : « Cette haine anti-juive qui s’exprime aujourd’hui reprend tous les anciens poncifs selon lesquels les Juifs seraient les marionnettistes du monde. Le plus inquiétant est que ces préjugés sont repris aujourd’hui par des jeunes ». Des jeunes qui, justement, ont la fâcheuse tendance à prendre Internet comme seule source d’information !

Pourquoi donc cette conjonction d’antisémitisme et de rancoeur contre notre Garde des Sceaux ? Rachida Dati, traitée de « harki » sur les sites musulmans les plus virulents, a l’impardonnable tort d’avoir rallié un pouvoir ressenti contre « anti-arabe » : peu importe pour ces furieux que ce soit justement ce gouvernement qui ait promu, pour la première fois, autant de personnalités issues de l’immigration ; ou que sa politique proche-orientale soit finalement plutôt équilibrée ; pas de nuances pour ces cervelles de minus, le « Juif Sarko » obéit au lobby, les ralliés « reubeus » sont donc des traîtres ! CQFD ... Et, bien sûr, le fait que la même Rachida Dati ait exprimé à la fois son amitié pour Israël et la communauté juive (il est facile d’en retrouver des traces sur la Toile) ou qu’on l’ait vue en compagnie de « Sionistes » (voir photo en illustration) suffit pour la « caraméliser » dans ces milieux. Le site de gauche « prochoix » avait d’ailleurs relevé très vite qu’elle était violemment attaquée sur certains sites (voir en lien).

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Mais finissons par le coeur de la rumeur : Rachida Dati, juive, quel scoop ! Mère algérienne, père marocain, tous deux bons musulmans, où sont-ils allés chercher une telle ânerie ? Et bien une rapide recherche conduit à la source de la rumeur : le fameux site « toutsaufsarkozy.com », site ouvertement antisémite, publié par des sympathisants d’extrême droite, et dont je vous donne le lien pour découvrir l’article originel : lire ici. Voici un extrait choisi du torrent de boue raciste que l’on peut y trouver, pour ceux qui ne voudraient pas se salir en allant lire la « bio » imaginaire de notre ministre ...
« Elle est envoyée ensuite (1993-1994) à Londres comme auditeur interne à la "Banque européenne de reconstruction et pour le développement " (B.R.E.D.) dirigée par le juif Jacques Attali qui était alors « conseiller » du président Mitterrand.Une année plus tard, elle sera présentée - par l'une de ses connaissances juives - à l'activiste sioniste juive Simone Veil (octogénaire, née Simone Jacob qui est très attirée par la gent féminine). Dati devient alors la petite amie de Simone Veil proche du juif Sarkozy quand ils étaient tous les deux au gouvernement Balladur.Tombée amoureuse d´elle, Simone offre même - à Rachida - sa propre robe de magistrat lorsqu'elle est nommée, en 1999, juge commissaire aux procédures collectives à Péronne. »
Et voici le bouquet final de ce delirium :
« La mère de Dati est « algérienne ». Mais il faut plutôt préciser... une juive d´Algérie! La mère de Rachida Dati « a vécu dans le quartier juif d’Oran où elle a laissé un souvenir si impérissable qu’un arbre à sa mémoire a été planté dans la forêt de Jérusalem » (!!) rapporte l’hebdomadaire français Rivarol, (dans son numéro 2838 du 21/12/2007 p.16). »

Quel scoop en effet, et quelle source de référence ! « Rivarol », journal de l’ultra droite, maintes fois condamné pour antisémitisme et négationnisme. On se reportera à l’excellent article publié sur le site belge "Resistances" pour en savoir un peu plus sur cet hebdomadaire, cité comme source sérieuse ... et qui, par la grâce d’Internet, aura ainsi pu convaincre des milliers de jeunes abrutis que Rachida Dati est juive - tare impardonnable pour ces racistes.

06 juillet 2008

Histoire des Juifs de Tunisie : une interview de Claude Nataf dans le journal tunisien "Réalités Magazine"

La Grande Synagogue de Tunis,
toile de Michelle
(illustration tirée du site http://latunisiedemichelle.blogspot.com/)
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J'ai publié ces dernières semaines une série très riche sur l'Histoire contemporaine des Juifs de Tunisie, que nous devons à notre ami Souhail Ftouh. Or cette reprise d'un article publié dans la presse tunisienne l'année dernière vient en utile complément ...
Rappelons que le 9 septembre dernier, j’avais eu comme invités à mon émission le Professeur Claude Nataf, Président de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie, et par téléphone depuis Tunis, le Professeur Khlifa Chater, historien et membre de cette société. Nous avons parlé du livre « Juifs et Musulmans en Tunisie », édité par cette société savante (lire en lien sur le blog).

Contrastant par son ouverture avec de nombreux pays arabes - on aura appris, par exemple et dernièrement, le refus égyptien d'ouvrir les archives nationales aux Juifs originaires de ce pays -, la Tunisie s’honore en ne reniant pas son passé « pluriel » ... Ainsi, Claude Nataf a été interviewé par le journal tunisien « Réalités Magazine », dont il existe une version Internet (voir en lien permanent). Ci-dessous de larges extraits de cette interview, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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Parlez-nous de ce livre "Entre Orient et Occident, Juifs et Musulmans en Tunisie"
Ce livre, pour lequel le Président Ben Ali a bien voulu nous féliciter, ce qui nous a émus, est le fruit d’un colloque qui s’est tenu à la Sorbonne en avril 2003 et auquel des universitaires tunisiens comme Hélé Béji, Khlifa Chater, le regretté Nouredine Sraïeb, entre autres, ont participé. Pendant longtemps, les historiens ont considéré que le Maghreb avait « bénéficié » d’un choc culturel venu d’Occident, qui avait révolutionné ses modes de vie et de pensée et l’avait fait basculer dans la modernité. Le cas de la Tunisie aux XVIIIème et XIXème siècles permet de relativiser cette thèse en montrant comment, à côté d’influences exogènes essentiellement européennes mais également orientales et turques notamment, mais aussi endogènes, s’est développée une vie publique et culturelle où les communautés juives et musulmanes ont pu vivre dans un dialogue constant jusqu’à l’aube des affrontements idéologiques du XXème siècle. Il y eut bien au sein des deux communautés pénétration de la modernité et influence profonde du modèle occidental, donc au fond convergence des tendances historiques mais selon des modalités divergentes et des intensités toutes aussi divergentes.
(...)
De quand datent les premières communautés juives en Tunisie, et d’ou venaient-elles ?
La présence de communautés juives en Tunisie est très ancienne, mais on ne peut pas dater exactement cette présence car les historiens ont besoin de preuves. Nous avons des preuves de la présence juive dans la Carthage romaine. D’une part les écrits des Pères de l’Eglise et notamment Tertullien contiennent des descriptions des communautés juives. D’autre part des fouilles entreprises à l’époque du protectorat ont permis de découvrir des vestiges de cette présence juive, tels que la nécropole de Gammarth ou la synagogue de Naro (Hammam-Lif).Mais il est probable que l’implantation des Juifs en Tunisie est bien antérieure à la période romaine. La tradition orale des Juifs de Djerba fait remonter leur présence sur l’île à la destruction du temple de Salomon. Paul Sebag, dans son « Histoire des Juifs de Tunisie », écrit qu’il n’y avait pas de preuves scientifiquement admissibles pour des historiens. J’ai appris très récemment que des fouilles entreprises à Kelibia par Mounir Fantar avaient permis la découverte d’une mosaïque, qui semblerait être celle d’une synagogue, et qui serait antérieure à l’ère chrétienne. Cela confirme donc la présomption d’une présence juive très ancienne en Tunisie.
Aujourd’hui, peut-on dire qu’il reste une communauté juive en Tunisie ?
Il y a des Juifs qui habitent en Tunisie, oui, et il y a une communauté juive, ne serait-ce que parce qu’il y a des Juifs qui pratiquent librement leur religion, qu’il y a des synagogues qui fonctionnent, des institutions cultuelles, des boucheries rituelles. Mais c’est une communauté qui est très réduite. Je crois que dans les meilleures estimations, on chiffre la population juive à deux mille personnes, alors que lorsque je vivais en Tunisie, il y avait environ 100.000 Juifs, toutes nationalités confondues.
Aviez-vous de bons rapports avec les étudiants musulmans ?
J’avais des rapports excellents et fraternels avec mes camarades musulmans. Après mon départ de Tunis, j’ai conservé des liens avec certains d’entre eux, et quand je viens en Tunisie, et que l’on se voit, il n’y a absolument rien de changé. Le Lycée Carnot était un mélange de toutes les confessions, et je n’ai pas ressenti un acte quelconque de racisme, de mépris ou de ségrégation.
(...)
Serge Moati donnait, il y a quelques mois une conférence de presse, pour la sortie de son livre, "Villa Jasmin", et il a parlé d’amnésie tunisienne, concernant la communauté juive. Etes-vous de son avis ?
C’est un mouvement naturel, dans l’histoire, d’occulter pendant un moment, à la suite de bouleversements politiques, ce qui a pu exister auparavant. En Tunisie, dans les années qui ont suivi l’indépendance, on a occulté tout ce qui était le passé récent, le passé colonial, pour privilégier la mémoire arabe de la Tunisie. Mais ceci est une constante de l’histoire. Les Tunisiens sont partis à la redécouverte d’un passé qui avait été gommé. Les historiens tunisiens ont considéré la période du protectorat français comme un sujet tabou. Ensuite on a étudié le protectorat avec la volonté de critiquer et de polémiquer et enfin, dans la troisième période, on a voulu étudier sereinement et scientifiquement le protectorat français. Même chose pour l’histoire des minorités. On n’a pas mis en avant l’existence des minorités, et par conséquent des minorités non arabes et non musulmanes. Une fois encore c’est un mouvement naturel, après des tensions politiques, que de vouloir rassembler la nation. Et puis lorsque l’histoire est redevenue sereine, il y a eu un effort magnifique de l’Université Tunisienne, qui compte des historiens de premier plan dont la Tunisie peut s’enorgueillir. A la Faculté des Lettres et des Arts de La Manouba, par exemple, un laboratoire de recherches animé entre autres par Habib Kazdaghli et Abdelhamid Larguèche, est dédié à l’histoire des minorités et parmi celles-ci de la minorité juive.Il y a eu en Tunisie des travaux très estimables, des travaux universitaires, sur l’histoire de la Communauté juive. Je citerai par exemple la thèse d’ Abdel Karim Allagui, sur les dissensions des communautés juives en Tunisie, de 1900 à 1948. Et j’aurais souhaité que des historiens juifs aient les mêmes connaissances de cette histoire que l’auteur de cette thèse. C’est d’ailleurs à La Manouba qu’un premier colloque patronné par le regretté Dali Jazi, alors ministre de l’Enseignement supérieur, s’est tenu sur l’histoire de la Communauté juive de Tunisie. Depuis il y a eu beaucoup d’autres colloques organisés sur ce thème, et nous constatons la vitalité de l’Ecole Historique Tunisienne et son implication dans la recherche sur les minorités.Mais il est vrai que ce n’est pas suffisant, car cette histoire, qui s’écrit, reste encore l’apanage d’un cénacle. Ce que je regrette, c’est qu’indépendamment de ces travaux universitaires, la mémoire juive ne soit pas rappelée dans la ville. Il serait souhaitable, il serait beau, que des plaques rappellent aux passants tel ou tel lieu de la mémoire juive de Tunisie.
Quelles sont vos prévisions d’historien concernant la relation des Juifs et des Musulmans en général dans les années à venir?
Je ne peux pas vous répondre en tant qu’historien, puisque nous nous intéressons au passé, mais je peux vous répondre en tant qu’homme. Plus les hommes chercheront à se connaître, à connaître dans le cas des Musulmans et des Juifs originaires de Tunisie leur passé commun, plus les barrières artificielles qui auront été créées entre eux disparaîtront. Je souhaite que les échanges scientifiques se poursuivent, afin d’aboutir à cette indispensable communion entre les hommes, et notamment entre ceux qui ont été issus du monothéisme abrahamique.
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Propos recueillis par Sophie Reverdi
« Réalité Magazine », 6 septembre 2007

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