Notre radio

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29 février 2008

La lutte pour la réforme et la démocratie dans le monde arabe : une compilation exceptionnelle de Memri TV, sous-titrée en français



J’avais évoqué sur le blog, il y a déjà plus d’un an, une compilation d’interventions télévisées d’intellectuels libéraux du monde arabe (relire l'article du 31 janvier 2007) réalisée par MEMRI (voir aussi en lien permanent le « memriblog »). Hélas, cette vidéo était sous-titrée en anglais, ce qui a du rebuter pas mal d'Internautes ...

Marie G., une lectrice fidèle du blog, a eu la gentillesse de m’écrire, en me signalant qu’il existait maintenant une version sous-titrée en français.
Je vous invite très fortement à la visionner, en allant sur ce lien.

Vous pourrez entendre des heures de propos fort peu « politiquement corrects » ... chez nous, en France, où l’absence de libertés dans le monde arabe est présenté comme un « invariant culturel » participant à la merveilleuse diversité de notre planète ! Et cela, alors même (mais on peut compter aussi sur nos grands médias pour ne pas trop en parler) qu’un gigantesque sondage Gallup réalisé auprès de 50.000 personnes dans 35 pays, montre qu’une écrasante majorité de Musulmans veut la démocratie et condamne les attentats d’Al-Qaïda (lire l'article en anglais sur le site israélien Ynetnews).

Les intellectuels arabes courageux que vous pourrez voir et entendre dans cette vidéo sont : Ahmad Al-Baghdadi, Ahmad Al-Sarraf, Shaher Al-Nabulsi, Turki Hamad, Muncef Al-Marzouki, Kamel Gabriel, Wahid Abdel-Maguid, Adonis, Wafa Sultan, Iyad Jamal Al-Din, Abd Al Hamid Al-Ansari, Ahmad Al-Rub’i, Saadedine Ibrahim, et Ibrahim Al-Buleihi.

J.C

27 février 2008

Trois ans et déjà lucide


Il y a déjà trois ans naissait dans la blogosphère au développement exponentiel une nouvelle adresse - « rencontrejudaiquesfm », dont le nom est un condensé de ma série radiophonique et de la station de la bande FM qui accueille mon émission. Sans aucune culture en matière d’informatique, trouvant ici ou là des contributions bénévoles, enrichissant peu à peu le blog à mesure que je découvrais de nouveaux outils ou qu’il s’en créait sur la toile, je crois avoir réussi à pas trop mal faire grandir le « bébé » né à la fin février 2005, et dont vous pourrez retrouver la bouille en allant regarder les archives de l’époque ...

Un bébé grandit vite, toujours trop vite pour ses parents qui s’empressent de le faire entrer dans « le monde des grands ». Et ce « monde des grands » se compte dans la blogosphère d’abord en termes de visites ! Faisons donc preuve de lucidité : ce site réussit depuis le deuxième semestre 2006 - qui a vu une percée sensible - à naviguer régulièrement au niveau des 120 visites par jour, ce qui est excellent dans la catégorie des blogs communautaires juifs. Pour avoir la curiosité de « surfer » à partir de la très complète compilation donnée par le site « Juif.org » (voir en lien permanent), je me rends compte que la plupart de mes « confrères » soit n’affichent pas leurs statistiques de visites, soit publient des relevés à deux chiffres ... Si on se réfère au classement de « Top J » qui publie un classement dans ce domaine (voir sur ce lien), le même site « Juif.org » - qui est pourtant un portail extrêmement riche - se situerait en deuxième position des sites communautaires ; mais son « audimat » tourne seulement autour de 900 visites par jour, soit environ 8 fois ma propre fréquentation (1).

Mais ces chiffres illustrent aussi, de manière redoutable, la faiblesse de l’audience juive dans la blogosphère : à titre de comparaison (ces chiffres sont tirés du livre « Les musulmans en France » objet de récentes émissions), le site très engagé « oumma.com » enregistre près de 6 millions de connexions par mois ! Lucidité, donc, car la probabilité pour qu’un musulman ouvert et curieux vienne lire ici des textes prônant l’ouverture et le dialogue est extrêmement faible ; idem pour qu’il puisse entendre à mon émission d’autres musulmans ou des orientalistes dire autre chose que le « politiquement correct », tellement la plupart des médias français restent majoritairement sur une ligne qui fait des États-Unis et d’Israël les seuls responsables de tous les malheurs du monde ... et des islamistes des partenaires avec lesquels il faudrait engager - ah, comme l’expression est déjà galvaudée ! - « un dialogue des civilisations » ! 
Je me fais également souvent ici l’écho des riches enseignements qu’apportent les libellés des recherches conduisant au blog, soyons lucide à nouveau : c’est l’antisémitisme le plus vulgaire et le plus décomplexé qui apporte les gros bataillons de visiteurs lors des « grandes marées » faisant exploser le compteur ... ainsi, récemment, le projet si mal accueillie par les Français, d’associer les élèves de CM2 à la mémoire de la Shoah, a suscité des centaines de questionnements sur le origines supposées juives (encore !) du malheureux François Hollande qui l’avait approuvé au départ ; et bien sûr de Nicolas Sarkozy (associé pour sa part aux termes de « juiverie », « franc-maçonnerie », « sionisme » et autres amabilités). Pour faire bonne mesure et en finir avec cette analyse lucide du monde souvent glauque des Internautes, disons enfin que la ligne à la fois de l’émission et du blog - une ligne « centriste » pour faire court, et qui refuse de tomber dans un racisme à rebours et dans la diabolisation de l’islam - doit détourner beaucoup de lecteurs potentiels dans ma propre communauté, à en juger par la tonalité extrémiste de moult blogs, dont le nombre ne cesse de croître mais dont le contenu est totalement répétitif ...

Mais ainsi va la blogosphère, et ce petit exercice de lucidité ne me découragera pas. Pour ne pas faire trop long dans ce « post », je ne vous parlerai pas aujourd’hui des évolutions prévues - ou retardées, ce sera pour une autre fois. Juste une information sur un développement peut-être intéressant, en ce qu’il permettra à de tous nouveaux lecteurs de découvrir cette adresse : j’ai été dernièrement invité à rejoindre le site coopératif « coZop » (visiter le site en lien), qui relaie en ligne les publications de plus de 800 blogs de toutes tendance ... autre manière d’élargir l’audimat bien au-delà de ce que révèlent les deux compteurs « sitemeter » et « neocounter » !

Que je puisse simplement remercier ici celles ou ceux qui ont bien voulu accepter de voir reproduits certains de leurs articles au cours de l’année écoulée : Dounia Bouzar, Mezri Haddad, Albert Soued, Gérard Cardonne, Souhail Ftouh, Pierre Vermeren ... par leurs diversité à la fois d’origines et d’opinions, ils ont contribué à faire de ce blog un publication originale. Je remercie également mon amie Isabelle-Yaël Rose qui m’envoie, périodiquement, des articles depuis Jérusalem. Ainsi que mes deux collègues de la radio, André Nahum et Gérard Akoun dont je reproduis ici certains billets où ils commentent l’actualité brûlante française ou du Proche-Orient, chacun avec son style et sa sensibilité.

Je conclurais - sans me faire trop d’illusions, hélas, tant on peut être devenu lucide à l’âge de 3 ans - en priant les lecteurs fidèles ou nouveaux de m’envoyer un petit message à l’adresse du blog : rencontre@noos.fr ... merci d’avance !

J.C

(1) correctif ajouté : ce chiffre date peut-être un peu, car j'ai reçu d'un administrateur de "Juif.org" une statistique plus récente donnant 3.100 visiteurs / jour.

25 février 2008

Caverne d’Ali Baba : gogos recrutés !


Le sourire du mois
- février 2008

Tous les Internautes victimes de « spams » ont trouvé, quasiment au quotidien, ce genre de mails circulaires où le gogo est appâté, ici par un tirage imaginaire d’un loto inconnu, là par une sombre affaire de millions de dollars dont on pourrait toucher un pourcentage, après avoir aidé un malheureux qui, étrangement, aurait besoin de l’aide d’inconnus pour récupérer son bien ... la suite, bien sûr - et pour les naïfs tombant dans le panneau - consistant à se faire plumer, une fois pris les contacts requis et laissés son numéro de carte bancaire et autres infos personnelles, dont les ingénieux escrocs font un usage avisé. Généralement, de tels « spams » sont émis d’Afrique et évoquent le passé troublé de certains pays. Mais j’ai reçu celui-là, copié tel que fautes d'orthographe comprises : il est bien dans la note orientaliste de ce blog puisqu’il évoque une véritable caverne d’Ali Baba en Irak ... bonne lecture !

« Bonsoir,
J’ai eu votre contact et voudrais partager une affaire très importante avec vous.Si ça ne vous intéresse pas, veuillez m’excuser beaucoup pour le dérangement. Je suis Monsieur Issam Majeed, je travaille en Iraq avec les Militaires Américains comme traducteur. J’ai des preuves pour vous le démontrer après. Dans une des nos opérations militaires en Iraq, nous avons découvert un coffre fort dans une grande maison d’un grand homme d’affaire Iraqien dans la ville de TIKRIT. Ce coffre fort contient une grande somme d’argent, des dollars Américains, c'est-à-dire US$ 20 Million. Nous avons immédiatement gardé ce coffre fort dans un lieu sécurisé avec trois autres soldats Américains. Apres de longues délibérations entre nous pour savoir si nous devons remettre ces fonds aux autorités Américaines en charge de lieu ou pas, nous avons tous décidé de partager ces fonds entre nous. Pour le partage, chacun de nous a reçu la somme de US$5 Millions Pour ma part à cause des problèmes de sécurité en Iraq, j’ai décidé de m’arranger avec les agents de sécurités privées en Iraq pour transférer ma part de ces fonds hors de l’Iraq, précisément à Londres.
J’ai mis les fonds dans un colis comme étant des affaires familiales et je l’ai codé ce qui veut dire qu’aucune personne ne sait que ce colis contient de l’argent sauf moi. Ce que je vous raconte est la vérité et si nous traitons ensemble dans cette affaire, vous le verrez. Je vous contact donc pour voir si vous pouvez m’aider a récupère le colis à Londres et le transférer dans votre pays ou je voudrais investir ces fonds dans des domaines rentables. Je vous donnerais aussi quelques pourcentages de ces fonds pour avoir accepter de m’aider, le pourcentage nous en discuterons quand je recevrai votre réponse. Les insurgés Iraqiens sont contre moi ce qui fait qu’ils me recherchent pour me tuer parce que je fais des traductions aux militaires Américains. Je ne sors pas n’importe comment sans les Militaires Américains pour éviter le pire. Je n’utilise pas de téléphones ni ne reçois pas des appels ici. J’utilise seulement l’Internet et les walkies-talkies pour communiquer avec des militaires avec qui je travaille.
Si cette transaction est bien conclus, je veux démissionner de ce travaille parce que pour vivre ici en Iraq c’est trop risqué. Je vous remercie et j’attendrais votre réponse.
Monsieur Issam Majeed. »
J.C

21 février 2008

Deux photos sympas ...

La championne de tennis Shahar Peer
jouant au championnat Open international du Qatar
(photo Reuters, 18 février 2008)

Le Premier Ministre Ehud Olmert
accueillant le Président Mahmoud Abbas
(photo Reuters, 19 février 2008)


Photo pas vue

Il y a des photos sympathiques qui n'appellent pas de trop longs commentaires. Sur la photo du haut, la championne de tennis israélienne Shahar Peer, classée 17ème mondiale, a eu l'honneur d'être la première invitée de son pays dans un tournoi se déroulant dans un pays du Golfe, à Doha, au Qatar.

Sur la photo du bas, les dirigeants israélien et palestinien se sont revus mardi à Jérusalem, alors que la neige était au rendez-vous - et l'on découvre donc un Mahmoud Abbas hilare, acceptant volontiers le parapluie tendu par un Ehud Olmert qui semble avoir fait cela toute sa vie ...

Et si ces photos annonçaient un Moyen Orient réconcilié, celui de demain ou d'après demain ? Un Moyen Orient où, d'un coup de baguette magique, beaucoup d'affreux, de Téhéran à Beyrouth en passant par Damas, auraient disparu !

J.C

20 février 2008

Les musulmans en France, entre intégration du culte et dérives radicales : Bernard Godard sera mon invité le 24 février

Suite et fin, dimanche prochain, de mon interview en deux volets de Bernard Godard, à propos du volumineux (450 pages) livre co-écrit avec Sylvie Taussig : « Les musulmans en France » (Editions Robert Laffont).
Après avoir « planté le décor » lors de la première émission, nous allons rentrer plus dans le détail des différentes mouvances se disputant le leadership religieux (et parfois politique) des 5 à 7 millions de musulmans de notre pays ...

Parmi les questions sans langue de bois posées à Bernard Godard :

- Est-ce que n’est pas arrivé, aujourd’hui, l’heure de l’islam marocain qui représente la majorité des imams, la majorité des mosquées et la majorité des musulmans pratiquants en France ?
- Que penser de l’U.O.I.F qui joue un peu les équilibristes, d’un côté en disant qu’ici en France on ne peut exiger l’application de la Charia, mais en même temps en s’appuyant sur « le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche » et sur les avis du très sulfureux prédicateur Youssef El Qardaoui, c'est-à-dire en réclamant un « fikh », un droit particulier pour les minorités musulmanes ?
- En lisant ce livre, on a l’impression que le Conseil Français du Culte Musulman est une machine dont les rouages régionaux, les C.R.C.M, fonctionnent bien, mais dont la tête, le Conseil National, n’arrive ni à imposer son autorité en province, ni surtout à structurer l’islam de France : tout cela n’est-il pas très décevant pour les autorités ?
- Comment expliquer que les populations d’origine maghrébine semblent préférer aux télévisions de leurs pays d’origine des chaînes comme « Al-Jazeera » ou « Al-Arabiya » ?
- Le livre s’achève sur une note assez sombre, puisque le dernier chapitre s’appelle « islam et terrorisme » et il y rappelle la genèse des vagues d’attentats sur le sol français, en 1985 et 1995, et les tentatives depuis le 11 septembre : si un jour les menaces d’Al-Qaïda au Maghreb se réalisaient, cela serait-il le fait de terroristes infiltrés ou de jeunes français musulmans endoctrinés ?

Bonne écoute dimanche prochain !

J.C
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19 février 2008

Pour un rapprochement entre intellectuels israéliens et arabes : une lettre ouverte de Souhail Ftouh à Nicolas Sarkozy

Introduction :
Je viens de faire la connaissance, suite à une série d’échanges par mails, de Maître Souhail Ftouh, jeune avocat du barreau de Tunis. Je connaissais sa signature, lue notamment sur des blogs juifs et sur le journal en ligne « Guysen News », et j’avais été frappé par son grand courage. En effet, et même si la Tunisie soutient officiellement le processus de Paix et a eu dans le passé des relations officielles avec Israël, il n’est pas bien vu dans ce pays - solidarité arabe oblige ! - d’avouer son admiration pour l’État juif, ou d'exprimer un soutien à son droit à l’auto-défense, même lorsque l’ennemi (en l’occurrence la mouvance islamiste extrémiste, soutenue par l'Iran) est clairement une menace commune ... C’est ainsi que Souhail Ftouh a été attaqué verbalement, et a fait l’objet d’intimidations.
Je tiens à lui exprimer ma sympathie, et c’est avec grand plaisir que je publie aujourd’hui sur le blog sa première contribution - une « lettre ouverte » au Président Sarkozy.
J.C

Tunis le 18/02/2008

Lettre Ouverte à l’intention de Monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République Française.

Depuis votre avènement à la présidence de la République Française, une nouvelle volonté politique s’est fait jour. Celle de rapprocher les nations et les peuples du bassin méditerranéen.
C'est donc à vous, Monsieur le Président, que je m'adresse. Vous qui avez, aussi bien par conviction humaniste personnelle que par vision géopolitique, affirmé à plusieurs reprises votre volonté d’encourager, dans un avenir de paix, le rapprochement culturel entre Israël et ses voisins. Aussi suis-je persuadé que vous aurez à cœur de soutenir le dialogue et de favoriser le rapprochement entre intellectuels arabophones et israéliens francophones. Et nous sommes nombreux aussi bien en Israël que dans les pays arabophones à partager cet amour commun de la langue et de la civilisation françaises qui demeurent un moyen de dialogue privilégié entre les peuples et états limitrophes du bassin méditerranéen. Or si, en tant que citoyen de la République tunisienne, je prône le dialogue avec Israël, c’est parce que ce pays incarne toutes les caractéristiques indispensables à un État civilisé et parce qu’il est un réel catalyseur à la démocratisation de cette région du monde.
A cause de mes opinions et convictions, je fais ces derniers temps, dans mon propre pays, l’objet de menaces et de coercitions visant à mettre un frein à ma liberté d’expression.
Que penser de ce parti pris constant, de cette hostilité au dialogue avec les Israéliens si contraire à l'esprit de Montesquieu et de Diderot qui considéraient la soumission à la « pensée unique » comme antinomique à la liberté d’expression et d’échanges culturels ?
Boutros Boutros Gali, premier secrétaire général de l'OIF, l'avait écrit de manière si juste dans un brillant ouvrage "Le Chemin de Jérusalem» (Fayard 1997) : "Les États nations ont besoin tout comme les êtres humains de vivre en société et détestent l'exclusion. L'isolement diplomatique venant de pays frères du monde arabe et islamique nous blesse. Pour la première fois, je comprenais la solitude que devaient ressentir les Israéliens du fait de leur exclusion par les pays arabes voisins."

En tant qu’avocat qui se destine à la Défense des Droits de l’Homme, dois-je renoncer à ma liberté d’expression et à mon amitié pour le peuple hébreu ? Alors que je serais tellement fier et heureux qu’au XXIe siècle, la raison - qui fait tellement défaut dans cette région - s'impose et que vous soyez l'homme providentiel qui encouragera le dialogue entre juifs, israéliens, arabophones et musulmans modérés.

C’est dans ce but, Monsieur le Président de la République Française, que je fais appel à vous.

Cordialement


Maitre. Souhail Ftouh
Avocat au barreau de Tunis

18 février 2008

Jean-Léon Gérôme, ou la nostalgie orientaliste

La piscine du harem,
toile de Jean-Léon Gérôme (1824-1904)

Une toile sur la toile
- février 2008

L'Orient musulman nous offre un visage tellement austère, depuis la montée en force de l'intégrisme avec son cortège de burkas, niqabs et autres tchadors, que l'on a peine à imaginer que, jadis, il évoquait au contraire la sensualité et la débauche. Relire à ce sujet sur le blog Abdelwahab Meddeb, à propos de cette inversion totale du paysage humain (cette citation accompagnait aussi une autre très belle toile orientaliste).

Reste que, au delà du fantasme de l'artiste - qui nous rend tous un peu voyeurs -, le harem pose aussi des graves questions : celles de l'esclavage, de la domination des hommes sur les femmes, et des étranges créatures associées à ces rapports de pouvoir (ainsi sur ce tableau, l'eunuque noir portant des narguilés). Au menu, donc, de mes prochaines émissions, des livres nouveaux écrits par des intellectuels musulmans et qui nous permettront de traiter ces sujets !

J.C

17 février 2008

Semih Vaner, in memoriam

Semih Vaner

C’est avec tristesse que je viens d’apprendre le décès, mardi dernier après une longue et pénible maladie, de Semih Vaner, directeur de recherche au Centre d’Études et de Recherche Internationale (CERI), et spécialiste de référence de la Turquie, son pays natal.

Le site « Turquie européenne » rapporte sa disparition, dans un court article que je vous invite à lire en lien . En cliquant ci-dessous sur le libellé à son nom, vous pourrez découvrir ou relire la présentation que j’avais publiée sur le blog à l’occasion de ma dernière émission avec lui : je l’avais intitulée « Pour la Turquie dans l’Union Européenne », et en écoutant l’enregistrement sur le podcast associé, vous pourrez réentendre cette voix, aujourd’hui disparue, défendre avec talent et conviction la candidature turque. Ferme dans son propos, Semih Vaner était par ailleurs un homme d’une grande courtoisie, associée à une simplicité rare pour un intellectuel dont l’œuvre (livres et articles) était considérable. Ces qualités, j’avais pu m’en rendre compte en préparant avec lui les deux émissions de ma série où il fut mon invité, en avril 2003 et en octobre 2005.

Les années passent trop vite, et le temps me manque toujours, hélas, pour rendre compte de tous les ouvrages intéressants qui traitent du Monde musulman ... Semih Vaner m’avait fait parvenir un ouvrage collectif qu’il avait dirigé (« la Turquie », éditions Fayard - CERI), livre dont j’avais parlé sur le blog en mars dernier, à l’occasion du mois spécial consacré à ce pays (lire ici).
Hélas, je n’aurais donc jamais l’occasion d’en parler avec lui.

J.C

14 février 2008

Le Liban au seuil de l'implosion


Femmes chiites manifestant leur douleur lors des obsèques
du chef terroriste Imad Mughniyeh
(Beyrouth 14 février 2008, photo AP)


La manifestation de la majorité, le jour anniversaire
de l'assassinat de Rafiq Hariri
(Beyrouth 14 février 2008, photo AFP)

Rarement le petit Liban n'aura semblé autant écartelé entre deux destinées, deux choix possibles pour son avenir ... Ce jeudi 14 février, la majorité anti-syrienne qui soutient le gouvernement avait prévu une grande manifestation, en commémoration de l'assassinat de l'ancien Premier Ministre Rafiq Hariri : au delà de cet anniversaire, le but était d'exprimer à la fois son désir d'indépendance, son refus de la terreur - après la vague d'attentats subie depuis trois ans - et son "ras le bol" devant le blocage institutionnel de l'opposition (Hezbollah allié au C.P.L du Général Aoun), opposition qui empêche l'élection d'un nouveau Président de la République. J'avais rappelé ce contexte politique à l'occasion du "mois du Liban" sur le blog (voir en libellé).

Par un hasard de calendrier, le Hezbollah enterrait aujourd'hui en grandes pompes un des plus sinistres chefs terroristes de l'Histoire contemporaine, Imad Mughniyeh. Celui qui est présenté aujourd'hui comme son chef militaire, et qui a eu droit à des discours élogieux et à la venue du Ministre des Affaires Étrangères d'Iran, avait été dans le passé soigneusement mis à l'écart de la communication de la milice chiite, en raison de son lourd passé, depuis les attentats contre la force multinationale dans les années 80 jusqu'aux attentats de Buenos Aires dans les années 90, en passant par les enlèvements d'occidentaux au Liban : il avait des centaines de vies innocentes sur la conscience ! Il était sûrement plus pratique d'accuser Israël de sa liquidation : mais le site mediarabe.info, en lien permanent, évoque une piste syrienne et rappelle comment fut liquidé par exemple dans le passé Elie Hobeika, devenu gênant pour Damas. L'avenir nous apprendra, plus ou moins rapidement, la vérité sur la fin de ce terroriste de gros calibre ; et il nous dira aussi, hélas, quand et comment le Hezbollah se vengera (Hassan Nasrallah, qui ne doit pas se sentir très à l'aise depuis deux jours, a prophétisé la fin proche d'Israël, rien que cela !)

Mais revenons aux deux manifestations de ce jeudi 14 mars, et là, une nouvelle fois, nos télévisions auront peu insisté sur l'essentiel : le succès de l'une et le caractère somme toute modeste de l'autre. Malgré le froid et la pluie, la foule était immense dans la manifestation du "mouvement du 14 mars", un rassemblement de plus d'un million de personnes d'après plusieurs agences de presse (photo du bas) ; et ils n'étaient que quelques dizaines de milliers dans le cortège du Hezbollah, à crier leur rage comme les femmes aux noires tenues de corbeaux de la photo du haut.

J.C


13 février 2008

Abdelwahab Meddeb contre Tariq Ramadan : un face à face exceptionnel

A gauche : Abdelwahab Meddeb
A droite : Tariq Ramadan

C’est une émission remarquable que je vous invite à voir (retrouver l'émission en plusieurs parties sur le site de Dailymotion) : le face à face entre deux intellectuels, le crypto islamiste Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des « Frères musulmans », Hassan El Banna, et le libéral d’origine tunisienne, Abdelwahab Meddeb. Ce dialogue a été enregistré sur le plateau de l’émission de France 3, « Ce soir ou jamais », le 30 janvier dernier. Habile dialecticien, le premier tend des pièges à répétition à son interlocuteur, arrivant presque - pour un télespectateur mal averti - à le faire passer pour un suppôt de la violence, alors qu'il serait, lui, un authentique défenseur des droits de l'homme !

A propos de Tariq Ramadan, je renvoie aussi - pour situer le personnage - aux articles déjà publiés sur le blog, à partir de son nom en libellé ci-dessous. Un « fil rouge » de son positionnement politique, qui explique largement son grand succès auprès de beaucoup de jeunes musulmans, est son hostilité radicale à Israël (comprendre : à son existence même, qu’il refuse par des formules cauteleuses). Je reproduis ci-dessous un extrait d’un texte où il avait dénoncé de façon virulente plusieurs intellectuels juifs (comme Alexandre Adler, Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann ou Bernard Kouchner). Établissant une équivalence entre terrorisme islamiste et politique d'Israël, il écrivait :
« On perçoit clairement que leur positionnement politique répond à des logiques communautaires, en tant que juifs, ou nationalistes, en tant que défenseurs d’Israël. Disparus les principes universels (...) S’il faut exiger des intellectuels et acteurs arabes et musulmans qu’ils condamnent, au nom du droit et des valeurs universelles communes, le terrorisme, la violence, l’antisémitisme et les États musulmans dictatoriaux de l’Arabie saoudite au Pakistan ; on n’en doit pas moins attendre des intellectuels juifs qu’ils dénoncent de façon claire la politique répressive de l’Etat d’Israël. »T. Ramadan, « Les nouveaux intellectuels communautaires », 2003, texte refusé par les journaux « Le Monde » et « Libération », et publié sur oumma.com

A propos d’Abdelwahab Meddeb, je voudrais renvoyer les lecteurs à l’écoute des podcasts de mes deux interviews, à propos de son merveilleux livre, « L’islamisme, maladie de l’islam » (Editions du Seuil) :
- Emission du 21 mars 2004
- Emission du 4 avril 2004

Et puis je tiens à reproduire ici une illustration de sa condamnation sans réserves du terrorisme islamiste, une position qui est aussi celle de nombreux intellectuels de culture musulmane - et hélas qui est souvent ignorée sur trop de blogs et site juifs.
« Pour ce qui concerne le terrorisme et l’extrémisme islamiste, je serai tranchant : l’un et l’autre représentent pour moi l’inacceptable, rien ne peut les légitimer, et je me dresse intégralement et de toutes mes forces contre, quand même je me sentirais impuissant devant leur menée ; mais je les combats et continuerai de les combattre par les moyens qui sont les miens, c’est à dire par l’écrit et la parole qui dénoncent le scandale qu’ils projettent sur les écrans du monde. Je prends cette position irrévocable simultanément à leur acte sacrificiel et sanglant. »A. Meddeb, « Le partage », page 18, Revue « Dédale », multiple Jérusalem

J.C

12 février 2008

Adresse à Nicolas Sarkozy à propos d’Ayaan Hirsi Ali, par Bernard-Henri Lévy

Ayaan Hirsi Ali
(photo Tweede Kamer)

Introduction :
Menacée de mort en raison de ses positions sur l’islam, l’ex-députée néerlandaise d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali était à Paris dimanche 10 février. Dans les locaux de l’École normale supérieure, un meeting de soutien était organisé par la revue ProChoix, la Règle du jeu, Charlie Hebdo, Libération et SOS Racisme. Le prix Simone de Beauvoir lui a été remis par Claude Lanzmann et Bernard-Henri Lévy, qui a prononcé en ouverture de la soirée un discours en forme d’appel. J'en reproduis avec grand plaisir le texte, publié le 11 février dans le quotidien Libération. A propos de Ayaan Hirsi Ali, quelques rappels et précisions :
- on pourra relire à partir de son nom en libellé l'article que j'avais publié sur le blog en 2006, alors qu'elle était quasiment ignorée en France ;
- cette ex-députée a renié l'islam, et elle a eu vis à vis de cette religion des propos définitifs que l'on n'est pas obligé de partager ; mais la défendre alors qu'elle est menacée de mort par des fanatiques ne signifie pas s'aligner sur toutes ses positions ; ainsi, deux secrétaires d'état musulmanes - Rama Yade et Fadela Amara - ont appuyé sa demande de naturalisation française ;
- au delà de sa propre survie, la cause d'Ayaan Hirsi Ali, militante de la laïcité, pose des questions très graves aux gouvernements européens, et B.H.L a su remarquablement poser le problème. Bonne lecture !
J.C

Pardonnez-moi, chers amis. Mais par-delà ceux qui sont ici, par-delà celles et ceux qui sont venus, en si grand nombre, témoigner à Ayaan Hirsi Ali de leur fervente solidarité, je voudrais m’adresser, ce soir, au Président Nicolas Sarkozy. Je n’ai pas voté pour lui. Mais je l’ai écouté. Et, comme tous ceux qui sont ici, j’ai entendu l’engagement qu’il a pris lorsqu’il a déclaré, pendant sa campagne, que «chaque fois qu’une femme est martyrisée dans le monde, la France doit se porter à ses côtés». Je suis là parce que j’ai pris, ce jour-là, le Président de la République au mot. Je suis là, nous sommes tous là, pour lui dire que cette promesse nous est allée au coeur et que nous souhaitons, aujourd’hui, plus que jamais, la lui rappeler.

Car, outre le respect de la parole donnée, il y a plusieurs vraies raisons, pour la France, de se «porter aux côtés» d’Ayaan Hirsi Ali.

La première c’est qu’Ayaan Hirsi Ali est un peu plus que «martyrisée» : la lâcheté du gouvernement hollandais, la veulerie de l’opinion publique dans son pays, la décision récente, surtout, de ne plus assurer sa protection lors de ses déplacements hors des frontières des Pays-Bas, font qu’elle ne peut plus vivre ni en Hollande (où elle risque, à tout instant, d’être poignardée comme le fut Théo Van Gogh), ni hors de Hollande (où elle n’est plus protégée que par la grâce d’une poignée de donateurs privés et de militants) - pire que Salman Rushdie qui, lui au moins, avait la redoutable chance, où qu’il aille, de n’être jamais lâché par Scotland Yard, elle est condamnée, elle, au sens propre, à une impossible vie.

La seconde c’est que la recueillir, lui accorder soit l’asile, soit la nationalité française, soit un statut à inventer pour elle et pour toutes celles et ceux qui se trouvent, et se trouveront, dans la même situation qu’elle, bref, adopter d’une manière ou d’une autre celle que la Hollande a laissée tomber, serait fidélité, en effet, à ce que la France a eu de meilleur et de plus grand : la France qui accueillit les exilés de Pologne et les garibaldiens d’après l’unité italienne ; la France, pays refuge des Russes d’avant et après octobre 1917 ; la France qui abrita Trotski, les antifascistes italiens et les premiers antinazis ; la France accueillante, jusqu’aux dissidents soviétiques compris, à tous les proscrits d’Europe, d’Amérique latine et d’ailleurs ; c’est cette France-là qui reviendrait si nous tendions la main à Ayaan Hirsi Ali ; la France serait, ô combien, dans sa vocation si elle donnait asile à cette grande dame, cette insoumise, condamnée à mort pour avoir défendu les valeurs de la liberté de l’esprit.

La troisième c’est qu’Ayaan Hirsi Ali est déjà française (mais oui !) par le coeur, les valeurs et, justement, l’esprit : car enfin que dit-elle d’autre quand, interrogée sur le sens qu’elle donnait, et qu’elle donne encore, au combat qui lui a valu de quitter la Hollande sous les injures, elle dit et répète, partout, avec une insistance magnifique, qu’elle luttait, et qu’elle lutte, pour le triomphe, non seulement de la laïcité, mais de la laïcité à la française ? N’est-ce pas ce qu’elle exprime quand la vraie intellectuelle qu’elle est aussi dit et répète, partout, qu’elle n’est évidemment pas Voltaire mais qu’elle se réclame de Voltaire, qu’elle plaide pour les mêmes valeurs de tolérance que Voltaire et que le modèle qu’elle veut voir opposer à celui du communautarisme qui, partout en Europe, a fait faillite c’est le modèle de citoyenneté tel que l’ont inventé, avec Voltaire, les promoteurs des Lumières françaises ?

La quatrième c’est qu’elle est européenne, si j’ose dire, par excellence et quintessence : car que dit-elle d’autre, là encore, quand elle se bat pour cette liberté de penser, de juger, de croire ou de ne pas croire, d’avoir la foi ou de ne pas l’avoir ? N’est-ce pas l’âme de l’Europe, son identité profonde, son héritage, qui sont en jeu quand elle plaide, après Voltaire, après son compatriote Spinoza, après d’autres, pour une société où serait vraiment rompu, pour de bon, ce lien théologico politique contre lequel l’Europe moderne s’est jadis construite ? Il est difficile de trouver plus Européen, aujourd’hui, qu’Ayaan Hirsi Ali. Et il est difficile, encore plus difficile, de se faire à l’idée de cette grande Européenne définitivement reniée par sa patrie spirituelle : voir cette Européenne qui entend poursuivre, en Europe, le combat pour les valeurs fondatrices de l’Europe contrainte de quitter l’Europe et de s’exiler, pour toujours, aux Etats-Unis, cela serait, plus que paradoxal, absurde - et, plus qu’absurde, de bien mauvais augure.

Et puis la cinquième raison, Monsieur le Président, c’est que le cas d’Ayaan Hirsi Ali soulève une question que posent ou, plus exactement, que n’osent poser un nombre grandissant de nos concitoyens - je pense à ceux d’entre eux que l’on dit, pour aller vite, trop vite, «d’origine musulmane». Car quel est, encore une fois, son crime ? Son crime, son vrai crime, celui qui lui vaut d’avoir la mort aux trousses, c’est d’avoir dit qu’elle est née dans l’islam mais qu’elle ne souhaite pas y demeurer - le geste décisif, celui qui ne lui est pas pardonné et qui ne lui sera jamais pardonné si un pays européen, un au moins, ne lui manifeste pas très vite une solidarité sans faille, c’est d’avoir affirmé qu’être musulman est un choix, pas un destin et que, de toute façon, tout homme et, en l’occurrence, toute femme a droit à la libre maîtrise de son destin. C’est ce droit, Monsieur le Président, qui se voit mis en question par ceux qui la pourchassent.

C’est ce droit que, de facto, vous reconnaîtrez à toutes les femmes de France en accordant la protection de la République à Ayaan Hirsi Ali.
Ni putes ni soumises, libres citoyennes. Musulmanes si elles le veulent, pas parce que les frères, les pères, la tradition, les caïds, en ont décidé à leur place. L’islam, pas plus que les autres religions, n’est une prison, c’est une option et, de même qu’il est possible d’y entrer, il doit être possible d’en sortir : voilà le message que, au-delà même de la France, vous enverriez à toutes les jeunes Européennes qui vivent leur incroyance dans la honte, le non-dit, le double discours, la terreur ; voilà le message d’espérance que vous adresseriez à celles qui, dans les banlieues des villes d’Europe, n’ont ni la science, ni les moyens, ni la combativité d’Ayaan Hirsi Ali et n’ont d’autre recours, parfois, que la défenestration et la mort.
La France, dans quelques mois maintenant, prendra la présidence de l’Union européenne.
Quel beau symbole ce serait si vous inauguriez cette autre présidence en rappelant à l’Europe ces clauses constitutives de notre pacte citoyen !

Quelle fierté ce serait si, à la façon de la Hollande abritant, il y a trois siècles, le Français René Descartes, la France du XXIe siècle venait en aide à Ayaan Hirsi Ali ! En vérité, nous n’avons pas vraiment le choix : ne pas lui ouvrir les portes de notre pays ce serait, non seulement la renier, mais nous renier nous-mêmes.

Bernard-Henri Lévy
Libération, 11 février 2008

11 février 2008

Un album photos à feuilleter ...

J'espère n'avoir pas abusé, en ces premières années du blog, de la patience des lecteurs en publiant trop de souvenirs personnels, écrits ou photos ... C'est un travers courant rencontré dans ce genre de médias, en particulier pour les intellectuels, artistes ou écrivains faisant de ces mini-journaux un support de pub - ce qui d'ailleurs n'a rien de répréhensible ! Tout est affaire, donc de dosage. Et je ne vous ai pas imposé, par exemple, la publication systématique de photos prises dans les locaux de Judaïques FM avec des invités plus ou moins connus.

Reste que, après maintenant près de trois ans, une première collection de souvenirs a été éditée et que vous pourrez les découvrir ou les revoir, simplement en cliquant sur les libellés en fin d'article.

Un petit "coup de nostalgie" donc en ce début 2008 ... bon surf !

J.C

10 février 2008

Georges Habash (1925-2008), un leader terroriste et cinq commentaires

Georges Habash, Beyrouth 1979
(photo A.P)

Les journaux nous ont appris la disparition, d’une crise cardiaque, de Georges Habash, le 26 janvier dernier

Mais qui se souvient encore de Georges Habash ? Figure marquante du terrorisme palestinien alors que j’avais une vingtaine d’années, son nom n’évoque sûrement pas grand-chose pour les jeunes Internautes, passionnément engagés dans un camp ou l’autre de cet interminable conflit ... La mémoire française semble l’avoir particulièrement effacé, si l'on en juge par l’absence d’article en son honneur sur l’édition française de Wikipedia. L’édition anglaise, au contraire, a mis en ligne une biographie assez complète, associée, naturellement, à un long article sur le "Front Populaire pour la Libération de la Palestine" dont il fut à la fois le cofondateur et le leader jusqu’en 2000 - après avoir perdu, et depuis longtemps, de sa superbe à la fois pour des raisons de santé et parce que l’Histoire avait marginalisé son courant : révolutionnaire « marxiste-léniniste », soutenu en sous-main par le KGB de la défunte URSS, ayant à son programme le renversement de tous les régimes arabes pro-occidentaux (on se souviendra par exemple de la révolution manquée de septembre 1970 en Jordanie), cet ancien dirigeant du « Front du Refus », hostile aux accords d’Oslo, aura connu l’amertume de se voir dépassé par les islamistes du Hamas et du Djihad islamique, devenus les vrais « révolutionnaires » au yeux des nouvelles générations de Palestine, et du monde musulman en général.

Cinq commentaires, que l’on n’aura pas beaucoup lus dans les articles consacrés à sa disparition :

1. Né dans une riche famille grecque orthodoxe de Lydda (aujourd’hui Lod, en Israël), il incarnait l’antisionisme farouche de l’ensemble de la société palestinienne, et en premier lieu des Chrétiens qui, plus riches et mieux éduqués, avaient les meilleures positions du temps du mandat britannique ; un point à souligner, alors que l’on réduit aujourd’hui le conflit à une guerre de religions : le refus arabe d’Israël est d’abord nationaliste, même si les références à l’islam ont contribué, dès l’origine, à radicaliser le conflit.

2. Théoricien révolutionnaire « marxiste-léniniste », on n’aura guère connu Georges Habash se faire le praticien d’une société nouvelle : c’est, vous répondra-t-on, que les malheureux Palestiniens n’avaient pas d’État à gérer. Mais le mouvement sioniste a-t-il attendu l’indépendance d’Israël pour fonder des Kibboutz ou des coopératives ouvrières - à l’époque où il était, majoritairement, d’obédience socialiste ? Ses slogans « révolutionnaires » n’auront été que des mots, rien que des mots pour Habash comme pour hélas la presque totalité des leaders palestiniens, la priorité étant toujours portée à la destruction « de l’autre ».

3. Amnésiques ou ignorants, des journalistes nous auront inlassablement seriné au cours des dernières années la rengaine du « pauvre kamikaze désespéré qui tue en se suicidant, par désespoir » ... L’utilisation de ce « mode opératoire » par tous les terroristes islamistes de la Planète aura, depuis et largement, décrédibilisé leurs propos. Mais c’était aussi oublier que l’arme terroriste a été le choix fait, dès le début, par tous les mouvements combattant au nom de la cause palestinienne, des plus « laïcs » aux plus religieux. En lisant l’article consacré au FPLP, vous découvrirez la longue litanie d’attaques contre des civils, détournements d’avions, mitraillages d’aéroports ou d’ambassades - sans oublier l’explosion en vol d’un avion de la Swissair en route pour Tel Aviv, en février 1970 - attentat que cette « glorieuse figure de la résistance palestinienne » avait ouvertement revendiqué à l’époque !

4. Justement, il faut aussi retenir que ce terrorisme là, qui aurait pu être terriblement dévastateur - la stratégie du FPLP étant d’isoler complètement Israël, en coupant ses liaisons aériennes avec le monde extérieur - a été un échec complet : non pas que les dangers du terrorisme algérien aient disparu, ils se sont même étendus au monde entier depuis le 11 septembre. Mais des contre-mesures ont été trouvées, la surveillance adaptée, bref l’État juif et les Démocraties qui le soutiennent ont su, presque parfaitement, trouver les parades. Idem aujourd’hui pour les kamikazes islamistes avec la « barrière de sécurité » (1) ; idem demain avec le « bouclier anti-missiles » en cours de développement, pour répondre aux bombardements de « kassams » et autres « katiouchot ». Chroniqueurs de l’instantané et du sensationnel (le terrain choisi par les terroristes), les médias ne prennent guère le temps de s’attarder sur les victoires silencieuses, comme celle d’Israël contre Georges Habash.

5. Enfin (cela on aura pu le lire sur des sites ou blogs juifs), la décision de l’Autorité Palestinienne de décréter un deuil national de trois jours après sa mort a quelque chose de profondément choquant - comme la messe dite en l’honneur d’un ex-terroriste dans une Église d’Amman, alors même (comme on l’aura rappelé plus haut) qu’il avait tenté de renverser la monarchie hachémite au début des années 70 ! En voyant de tels hommages, les Israéliens ne peuvent guère se faire d’illusions sur les « modérés » avec lesquels, soit ils sont en Paix (la Jordanie voisine), soit ils négocient (Mahmoud Abbas).

Jean Corcos

(1) : C'est justement parce que cette barrière était restée inachevée au Sud d'Hébron que les deux terroristes de l'attentat de Dimona, lundi dernier, ont pu s'infiltrer par cette faille ...

08 février 2008

André Nahum : trouver des excuses au terrorisme islamiste, c'est préparer pour nos enfants et petits-enfants des lendemains bien sombres ...

Enfant palestinien distribuant des friandises à Gaza,
pour célébrer l'attentat du Hamas à Dimona
(photo Reuters, le 4 février 2008)

Bonjour.
 
Peu d'entre vous s'en souviennent peut-être, mais c'est aujourd'hui le 74e anniversaire du 6 février 1934 au cours duquel, la République faillit être renversée par les fascistes. Il s'en est fallu de peu que la Cagoule et les ligues rassemblées place de la Concorde prennent d'assaut la Chambre des Députés.
Six ans plus tard, en juin et juillet 1940, les factieux prenaient leur revanche sur la "gueuse", c'est à dire la République, à la faveur du désastre militaire qu'avait subi la France et instauraient à Vichy, sous la protection des baïonnettes allemandes, le régime totalitaire et antisémite du maréchal Pétain ...
Février 1934, la France échappe de peu à la dictature et la République gagne un court répit avant de sombrer dans le drame.
Février 2008, le monde se trouve confronté à une puissante entreprise totalitaire et terroriste qui sous prétexte de religion foule aux pieds les principes les plus sacrés des religions, c'est à dire le respect et la protection de l'homme, censé avoir été créé à l'image de Dieu selon la Thora, les Évangiles et le Coran. C'est au Nom de Dieu que le cheikh libanais Hassan Nasrallah qui dirige le Hezbollah, c'est à dire "le parti de Dieu", se glorifie de détenir des cadavres de jeunes juifs morts au combat, et exerce un chantage odieux sur Israël pour les négocier au prix fort. Au Nom de Dieu, les assassins d'Al-Qaïda, après avoir égorgé et décapité des innocents dont ils filmaient l'agonie, pratiquent maintenant une euthanasie d'un genre nouveau. Ils utilisent en Irak des femmes trisomiques, c'est à dire des déficientes mentales pour en faire des kamikazes et pour tuer des dizaines d'autres musulmans.

Il y a 70 ans, l'Allemagne nazie se débarrassait de ses malades mentaux en les gazant mais Adolf Hitler n'a jamais prétendu agir au Nom de Dieu. Bien au contraire. Avant-hier en Israël, à Dimona, le Hamas et une organisation liée au Fatah - c'est à dire au parti qui négocie actuellement la paix avec Israël - ont envoyé deux jeunes gens transformés en bombes vivantes se faire exploser dans un café pour tuer des civils juifs, encore au Nom de Dieu ...
Pourquoi l'ONU, l'Europe, les Nations, nos gouvernants, nos media ne dénoncent-ils pas comme crimes contre l'Humanité ces actions infâmes que l'on commet au Nom de la religion ? Qu'attendent les responsables religieux, en islam comme ailleurs, pour condamner leurs auteurs avec force et les reléguer au ban de l'Humanité ? Ne pas combattre le terrorisme islamiste où qu'il se manifeste avec la dernière énergie, c'est se faire son complice. Lui trouver des excuses, accepter la banalisation de ses forfaits contre Dieu et contre l'homme comme une fatalité inéluctable, c'est préparer pour nos enfants et petits-enfants des lendemains bien sombres.

Mais n'ayez crainte, on s'en sortira !
 
André Nahum
Judaïques FM, le 6 février 2008

06 février 2008

Eric Zemmour : Judaïques FM, France 5, deux émissions aux antipodes


Vous avez probablement entendu parler des commentaires, fortement contrastés, qui ont accueilli le dernier livre d’Eric Zemmour, journaliste au « Figaro » et actif membre de la « Bande à Ruquier » le samedi soir, dans la série très suivie de France 2 « On n’est pas couchés » ...

Rappelons le sujet de « Petit frère » (Editions Denoël) : son histoire est tirée d’un fait divers dans lequel en 2003 un jeune juif, Sébastien Selam, s’était fait sauvagement assassiner - avec des mutilations atroces laissées sur son corps -, par son voisin et ami d’enfance, Adel, un jeune musulman. Connu sous le sobriquet de « D.J Lam C », Sébastien était célèbre pour son talent dans tout le milieu de la « nuit parisienne », un succès qui a exacerbé la jalousie de son voisin qui avait par ailleurs connu dans le passé un internement psychiatrique. L’affaire fut d’ailleurs « classée » pour cette raison, l’accusé étant reconnu irresponsable, puis libéré - depuis, une nouvelle expertise psychiatrique a été demandée, et il est possible que ce crime soit effectivement rejugé. Comme on s'en souvient, aussi, le premier crime antisémite reconnu depuis la grande vague d'agressions des années 2000 fut celui du malheureux Ilan Halimi, quelques deux ans plus tard.
Eric Zemmour le dit et le répète, il a voulu s’inspirer d’un fait divers pour écrire un roman à thèse : et de fait, ni le malheureux assassiné, ni sa famille ne sont épargnés car ils leur sont attribués des turpitudes - histoire de dénoncer, symboliquement, une société à la fois décadente et soit-disant généreuse, dont une immigration incontrôlée ferait partie des tabous ; tabous mortels au demeurant, avec un meurtre antisémite à la clé, commis par un jeune musulman ... La famille Selam, de la victime, a porté plainte, jugeant que le roman les insultait et les traînait dans la boue, et le livre a fait l’objet d’un référé demandant - sans succès - son interdiction.

On lira une brève interview de l'auteur sur le site de « l’Express », où il résume sa défense.

Mais surtout, je vous invite à visionner, puis à entendre, deux émissions où Eric Zemmour a fait l’objet d’accueils bien différents !

1. Repris sur le blog « echos-vox-m-dias », un « plateau guet-apens » de l’émission « Revu et corrigé » sur France 5, où Paul Amar passe de longues minutes, témoins à l’appui, à houspiller l’invité. Il est presque uniquement question des libertés que s’est données Eric Zemmour, en « blasphémant Sébastien Selam » selon les mots de l’avocat de la famille.
On pourra regretter qu’il soit peu question de la thèse centrale du roman (qui est en résumé une charge au vitriol contre l'idéologie généreuse de SOS Racisme), même si on ne la partage pas sur le fond. Et surtout, être choqué par l’incroyable brutalité de Paul Amar vis-à-vis de son invité !

Voir la vidéo de l'émission en lien

2. Trouvé sur le site « dailymotion », l’enregistrement en deux parties de l’émission de mon ami André Nahum sur Judaïques FM, « l’étoile et le jasmin », du lundi 28 janvier. Là, et comme vous l’entendrez, l’accueil fut complètement opposé ! La charge contre le « politiquement correct » d’Eric Zemmour fut applaudie par André et - également présent dans cette émission -, par mon autre collègue et ami de la radio, Sammy Ghozlan.

Ecouter la première partie de l'émission

Ecouter la deuxième partie de l'émission

J.C 

Nota (ajouté en octobre 2014) : Mon attention a été attirée sur cette publication ancienne, ressortie par des lecteurs lors d'une recherche sur la Toile et alors qu'il est beaucoup question d'Eric Zemmour en ce moment. A la relecture, je me trouve bien indulgent à l'époque, par rapport à un personnage dont la dérive vers l'extrême-droite devient insupportable ... dont acte, dans l'attente peut-être d'une nouvelle publication, ici et à son sujet.  

05 février 2008

« Les musulmans en France » : Bernard Godard sera mon invité le 10 février


J’ai lu ces dernières semaines un ouvrage assez exceptionnel, et son importance est telle que je lui consacrerai deux émissions successives.

Mon invité sera Bernard Godard, qui est le coauteur avec Sylvie Taussig, d’un volumineux ouvrage, « Les musulmans en France » (Éditions Robert Laffont). Il s’agit d’une enquête rigoureuse, exhaustive, qui a abouti à un véritable livre de référence sur le sujet, puisqu’il a environ 450 pages. En deuxième partie, il propose au lecteur deux dictionnaires thématiques, apportant des informations extraordinairement riches sur cette communauté de plusieurs millions de personnes, une communauté religieuse qui est devenue, en quelques décennies, la deuxième de notre pays : d’abord un dictionnaire bibliographique avec les noms de dizaines de personnalités musulmanes ou s’intéressant à l’islam - j’y ai reconnu d’ailleurs un grand nombre d’invités passés à mon émission ; ensuite, une liste alphabétique des mosquées et des associations musulmanes ; et son livre s’achève par un glossaire des notions de base associées à l’islam.

Comme Bernard Godard l’écrit en présentation, ce livre « Les musulmans en France » n’est ni religieux, ni polémique, et il est vrai que, entre les ouvrages complaisants, faisant un portrait systématiquement misérabiliste de cette population présentée uniquement comme la victime de préjugés, d’une part, et les livres incendiaires pratiquant les amalgames faciles entre violence, islamisme, islam et musulmans, d’autre part, on manque vraiment de repères objectifs. Pour cet auteur que j’ai choisi d’inviter, sa compétence et sa carrière exceptionnelle apportent au lecteur toutes les garanties : ce monde musulman, il le connaît très bien puisque c’est un « Pied noir » né au Maroc. Il a d’abord reçu une solide formation à la fois de sociologue, et d’orientaliste en étant diplômé de l’I.N.A.L.C.O. Et puis, il est devenu commandant de la police nationale, où il travaille depuis plus de trente ans, et ce dossier de l’islam il l’a d’abord abordé sous l’angle de la sécurité intérieure ; il a été ensuite conseiller auprès de ministres de l’intérieur de gauche, avant de participer, sous la direction de Nicolas Sarkozy à l’époque à la Place Beauvau, à la création du Conseil Français du Culte Musulman.

Pour cette première émission, nous essaierons, d’abord, d’établir un état des lieux pour les musulmans vivant en France :
- Combien sont-ils ?
- Ne sous-estime-t-on pas les nouveaux arrivés, d’Afrique Noire ou du Pakistan ?
- Où vivent-ils ?
- Quel est le pourcentage de pratiquants ?
- Quid de l’islam des originaires de Turquie ?

J’ai été très frappé par ce que Bernard Godard écrit, page 98 : « une certitude s’impose : ce à quoi tend l’islam de France ne sera pas un islam idéalisé, l’imposition d’un modèle « modéré » n’est pas à l’ordre du jour ». Et il a une évaluation très modeste de l’influence, soit des rénovateurs comme Mohamed Arkoun, ou les frères Ghaleb et Soheib Bencheikh, soit des « musulmans laïcs » : nous nous en expliquerons donc dimanche prochain !

J.C

04 février 2008

La partie à trois du Hamas, par Isabelle-Yaël Rose

Introduction :
Ma "correspondante" à Jérusalem, Isabelle-Yaël Rose dont les lecteurs fidèles connaissent le talent, m'envoie un petit bijou de finesse sur les dessous du nouveau coup de force du Hamas à Gaza. Où il apparait que, au delà de la détresse (réelle) de la population qu'il a prise en otage dans ce Territoire et des scènes filmées par toutes les télévisions (qui,une fois de plus, ont servi sa propagande), l'organisation islamiste vient d' avancer un nouveau pion sur l'échiquier compliqué du Moyen-Orient. Où il apparait aussi que chacun manipule l'autre, dans un théâtre d'ombres hélas inséparable des mœurs politiques de la région ... Autant d'éléments à ne pas perdre de vue, alors même que - si les kamikazes sont effectivement passés par la frontière égyptienne - ce lundi a peut-être vu, avec l'attentat de Dimona, la première conséquence tragique de l'infiltration massive de terroristes dans le Sinaï.
J.C

Le 22 janvier, le Hamas utilisait le prétexte du « siège » imposé par Israël pour forcer la frontière de Rafah et la mettre de fait sous son contrôle. Depuis, la situation n’a pas sensiblement évolué : les discussions de cette semaine au Caire, organisées à l’initiative du président égyptien Hosni Moubarak, ont révélé l’abîme qui sépare le Hamas de l’Autorité palestinienne. Mercredi 30 janvier, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, lors de sa rencontre avec Moubarak, a appelé à la restauration de l’accord de 2005 d’après lequel la frontière était gérée par l’Autorité palestinienne, sous la supervision d’observateurs européens. Mais Jeudi 31 Janvier, l’homme fort du Hamas à Gaza, Mahmoud Zahar, appuyé par le leader exilé en Syrie Khaled Meschaal, a rappelé la ligne politique du mouvement islamiste : opposition totale à la réactivation de l’accord de 2005, opposition totale à une présence « occidentale », opposition totale à un quelconque partage du pouvoir avec l’Autorité palestinienne. Tels sont les trois « non » sortis des entretiens du Caire. La bande de Gaza et l’Autorité palestinienne semblent donc s’acheminer, singulièrement, vers une situation assez semblable à celle qui précédait 1967 : tandis que l’Autorité palestinienne préserve ses liens avec la Jordanie, la bande de Gaza reprend son alliance avec l’Égypte. Le premier ministre Hamas de la bande de Gaza, Ismaël Haniyé, a confirmé ce mouvement samedi 2 février en annonçant que non seulement le Hamas était d’accord pour partager le contrôle de Rafah avec le Caire, mais qu’il entendait également se libérer de sa dépendance avec Israël en confiant les rôles de celui-ci - approvisionnement en eau et en électricité, acheminement de marchandises - à l’Égypte. Tout semble donc indiquer un rapprochement politique et économique entre le Hamas et le Caire, les deux se désolidarisant concrètement de l’Autorité palestinienne.

Mais cette stratégie revêt encore une autre dimension : une dimension culturelle et religieuse, au moins dans la forme. Il faut en effet se souvenir que le Hamas est une émanation des Frères musulmans. Le mouvement est très influent en Égypte et dans le Golfe. Quand le Hamas avait pris le pouvoir dans la bande de Gaza d’une manière violente, de nombreux Palestiniens avaient pointé du doigt l’influence chiite de l’Iran. Or, les Palestiniens sont sunnites et culturellement loin de l’Iran. C’est pourquoi, très habilement, Ismaël Haniyé et Khaled Meschaal ont réintroduit dans le jeu politique - avec éclat - l’Égypte et l’Arabie saoudite. Symboliquement, pour un sunnite, l’Égypte reste associée à la naissance du panarabisme (Nasser) et du panislamisme (les Frères musulmans), tandis que l’Arabie saoudite est la gardienne des lieux saints de l’islam que sont Médine et la Mecque. Celle-ci est intervenue à trois reprises : lors de l’accord de la Mecque qui était censé réconcilier le Hamas et l’Autorité palestinienne ; au moment de « l’affaire » des pèlerins bloqués à Rafah, que l’Égypte avait dû laisser passer sous la pression du roi Abdallah ; actuellement, toujours à propos du problème de Rafah. Les appuis politiques du Hamas sont désormais clairs, l’Iran n’étant qu’un allié occasionnel et financier : le Hamas utilise l’Arabie saoudite - le wahhabisme - pour faire pression sur le Caire ; il utilise aussi les Frères musulmans pour faire à l’occasion pression sur Riyad.
Ce rapprochement avec l’Égypte prend alors une nouvelle signification : non seulement le Hamas a pris le pouvoir dans la bande de Gaza et à la frontière, mais il est vraisemblablement une tête de pont manipulée par les éléments islamistes qui travaillent l’Égypte et le Golfe. Car le petit mouvement aura finalement réussi à faire céder - par deux fois et bientôt trois - l’éléphant égyptien. En utilisant la méthode habituelle des Frères musulmans : créer sur le terrain des « faits accomplis », créer des « réseaux ». Mais, un dernier acteur vient compléter le jeu à trois auquel se livre le Hamas avec intelligence : la Syrie.

En 1982, le père de Bachar Assad avait écrasé brutalement une tentative de coup d’État organisée par les Frères musulmans. A l’époque, ils avaient été utilisés par la Jordanie qui entendait ainsi se venger des tentatives de coup d’État palestiniennes fomentées par le pouvoir syrien. En 2008, la Syrie est dans une position singulière : quoique laïque dans le principe, elle utilise les organisations terroristes palestiniennes et sunnites pour s’acheter une légitimité dans le monde arabe et compenser son alliance stratégique avec l’Iran et le Hezbollah. Khaled Meschaal est l’une de ses cartes maîtresses sur le plan moral. Celui-ci, tout en étant à la tête d’un mouvement islamiste, est donc le pion - qui sait pourtant toujours garder l’initiative - de sa politique défensive contre l’Égypte et l’Arabie saoudite. Il est son laisser-passer islamiste tant auprès des Frères musulmans que des wahhabites. Meschaal ne se prive pas pour faire valoir ce parrainage, à chaque fois qu’il veut rappeler à l’Égypte ou à l’Arabie saoudite qui mène véritablement le jeu à Gaza.

La prochaine cible du Hamas - maintenant que l’Égypte n’ose plus lui dire « non » - est du coup évidente : l’Autorité palestinienne et la Jordanie. Le scénario est déjà écrit, il est le même que l’autre : prendre le pouvoir par la force en Cisjordanie en s’appuyant sur les éléments islamistes ; à partir de là, viser la Jordanie, dont le petit royaume est l’objet des intentions malveillantes non seulement des Frères musulmans, qui le travaillent de l’intérieur, mais aussi de l’Arabie saoudite. En ce qui concerne la Syrie, il semble qu’elle se soit rapprochée de la Jordanie ces derniers temps. Le Hamas prépare donc bien dans le monde arabe et musulman une conquête islamiste politique. Son objectif est tout le Proche-Orient.

Isabelle-Yaël Rose

03 février 2008

Les journées du Judaïsme Marocain, du 3 au 17 février au Centre Communautaire de Paris


Le Centre Communautaire de Paris programme traditionnellement, et depuis des années, des "quinzaines" particulières dédiées au patrimoine de communautés juives, hélas aujourd'hui exilées (c'est le cas de la quasi-totalité des Juifs originaires du Monde arabe) ou pire encore, exterminées par la Shoah. J'ai ainsi évoqué ici (voir en libellé "Centre Communautaire") les journées consacrées au Judaïsme égyptien en novembre 2006.
Mais la quinzaine qui débute ce dimanche promet d'être exceptionnellement brillante ! Tout d'abord, elle est placée sous le patronage de Sa Majesté Mohamed VI, Roi du Maroc. Elles sont co-sponsorisées par le Centre Rambam du Judaïsme Marocain, l'Ambassade du Maroc, le Fond Social Juif Unifié, les Communautés Israélites du Maroc, la Royal Air Maroc et la Mairie de Paris ... bel exemple de coopération interculturelle et interconfessionnelle, dans un climat toujours excécrable à l'ombre du conflit israélo-palestinien. C'est que - et le Maroc est, avec la Tunisie, une exception - les Juifs originaires de ce pays ont conservé à la fois une nostalgie intense, une fierté identitaire et un attachement à "leur" Roi, alors même que le million d'originaires vivent désormais, pour majorité en Israël, ou en France et au Canada.

Le site du Centre Communautaire publie le programme complet de cette quinzaine, que je vous invite à découvrir en lien ...
... et on obtiendra tous renseignements en allant au Centre Communautaire (119 rue Lafayette, 75.010 Paris) ou en téléphonant (01.53.20.52.52).
Un parterre de personnalités assistera ce dimanche 3 février à l'ouverture solennelle, et en particulier S.E Fathallah Sijilmassi, Ambassadeur du Maroc en France, qui prononcera une conférence.
J'ai particulièrement relevé dans cette quinzaine :
- trois concerts andalous, avec des orchestres judéo-arabes ;
- plusieurs leçons et soirées débats, en hommage en particulier aux grands "Rabbanim" de cette communauté, fortement attachée au Judaïsme ;
- de nombreux films, et parmi eux l'évocation émouvante du "Pisces", rafiot de fortune qui sombra en janvier 1961, emportant dans la mort 44 malheureux partis à l'époque de "l'Alya" clandestine du Maroc.
Et puis, j'ai noté (sans surprise car mon émission a essayé de faire venir depuis plus de dix ans tous ceux qui essaient de rendre vivant un dialogue judéo-musulman), les noms de trois anciens invités de "Rencontre" :
- le Professeur Mohammed Kenbib, ancien attaché culturel du Maroc à Paris ;
- les musiciens Rachid Aous et Simon Elbaz.

J.C


Une émission prémonitoire ...

Avez-vous passé une bonne semaine ? Ravi de retrouver aujourd’hui les lecteurs fidèles, alors même que je n'ai pu commenter « à chaud » bien des évènements ... car sur les sujets intéressant ce blog, l’actualité ne chôme vraiment jamais !

Parmi les "news" de la semaine, j'ai particulièrement relevé le "buzz" médiatique autour du dernier livre d'Eric Zemmour, "Petit frère" (Editions Denoël), un passionnant débat entre Abdelwahab Meddeb et Tariq Ramadan, ainsi que la disparition de l'ex-leader terroriste palestinien Georges Habash. De tout cela, il sera question dans les prochains jours et semaines, pour ceux qui reviendront à cette adresse.

Mais je voudrais évoquer pour commencer l'attaque contre l'Ambassade d'Israël à Nouakchott, dans la nuit de jeudi à vendredi : rarement une de mes émissions aura été aussi prémonitoire, car dimanche dernier, avec mon invité Monsieur Ould Saleck El Arby, nous avions évoqué son pays, la Mauritanie, avec à la fois l'ombre d'Al-Qaïda (qui avait déjà frappé il y a quelques semaines), et les relations avec Israël (mon invité avait dit à l'antenne que, à son grand regret, la majorité de l'opinion là bas était pour les rompre).
On lira en lien l'article du "Haaretz", où sont détaillées les circonstances de cet attentat ainsi que les dernières nouvelles, qui sont plutôt rassurantes : message de sympathie du Ministre des Affaires Étrangères à l'Ambassadeur, Boaz Bismuth (un ancien journaliste du "Yedioth Aharonot" qui s'était spécialisé dans les missions dans les pays arabes) ; et arrestation rapide de trois suspects.

Les auditeurs fidèles auront donc, à quelques jours d'intervalle, entendu parler d'un pays quasiment oublié des grands médias (a fortiori, du 94.8 FM !), revenu à son corps défendant aux premières loges de l'actualité quatre jours après. Comme ils auront été parmi les premiers en janvier 2006 à entendre parler des infirmières bulgares ... bien avant leur libération, tellement médiatisée en juillet de l'année dernière ! En choisissant des sujets hors des sentiers battus et rebattus - et les arcanes de la politique israélienne commentées ad nauseam sur la fréquence juive en sont un triste exemple -, mes auditeurs auront eu l'impression d'avoir une petite longueur d'avance sur les évènements.
J'en suis très heureux, et je voudrais remercier à nouveau mon invité de dimanche dernier - en espérant le recevoir à nouveau pour une prochaine émission sur l'Afrique, continent hélas toujours oublié des médias !

J.C