Notre radio

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31 décembre 2007

Beyrouth - Tel Aviv : les impressions d’un blogueur libanais en Israël

Introduction :
Finissons - à la fois ce dossier consacré au Liban et l'année 2007 - sur une tonalité un peu plus positive.
J’avais consacré (cliquer sur le lien) un article à la communauté « virtuelle » de blogueurs libanais et israéliens, qui avaient dialogué pendant la dernière guerre alors que bombes et missiles pleuvaient sur leurs cités.
Retour aujourd’hui sur cette manière, originale, de se connaître grâce à la Toile : Yoav Stern a consacré un article dans le « Haaretz » daté du 7 mars 2007 à la visite d’un blogueur libanais en Israël, visiteur dans un pays en état de guerre avec le sien, et qui conserve bien entendu l’anonymat. On pourra lire ici l’article complet en anglais. Ci-dessous la traduction de quelques extraits choisis de cet article intitulé « Twins cities » (les villes jumelles). 

J.C

En son premier jour de visite à Tel Aviv, M., un blogueur libanais, s’est retrouvé sur la promenade non loin de Jaffa. "Jaffa était considérée comme à nous, une ville arabe palestinienne », pensait-il. "Pourquoi diable ai-je accepté de venir ici ? Puis je me suis dirigé vers le Nord vers l’ancien port de Tel Aviv. Je me suis assis dans un pub moderne, et j’ai pris un verre de vin. Là, je me suis senti chez moi" dit-il.

M. est un homme d’une vingtaine d’années qui est né aux États-Unis, où ses parents ont immigré dans les années 80 pendant la guerre civile au Liban. Il venait visiter sa famille chaque été dans ce pays, et il y a cinq ans il décida de vivre à Beyrouth où il travaille dans le domaine des communications. M. a créé un blog, en anglais, il y a plusieurs années. Il a rédigé des commentaires en « live » lors des manifestations qui ont suivi l’assassinat de Rafik Hariri et pendant la dernière guerre du Liban, où il a pu faire partager aux lecteurs ses impressions sur l’atmosphère à Beyrouth.

Il est venu dernièrement en Israël pour une visite de plusieurs semaines à l’invitation du « Centre Burda pour les nouvelles communications » à l’Université Ben Gourion du Neguev. Pendant sa visite, il a promis de participer au blog « good neighbours » (1), auxquels participent des blogueurs israéliens et arabes, mais sa connexion virtuelle avec Israël a débuté avant la guerre. Il a commencé à examiner les blogs israéliens lors de la vague de déclarations du président iranien Mahmoud Ahmadinejad appelant à effacer Israël de la carte. Il a commencé à en parler à son audience libanaise sur son blog, et alors il a reçu de nombreux mails de lecteurs israéliens. Une communauté virtuelle s’est ainsi créé entre les deux pays, mais s’est désintégrée au cours de la guerre. D’après M., la communauté comprenaient beaucoup d’Israéliens à la fois anglophones et de droite, mais après la guerre il y a eu un changement, des Israéliens non francophones commençant à visiter les blogs libanais (...).

Donc quelles sont les impressions d’Israël pour les yeux d’un Libanais ? M. dit qu’il a été surtout surpris par la pauvreté ici. "Vous devez comprendre que dans mon imagination, Israël ressemblait à Jouniyé (une ville riche dans la banlieue de Beyrouth). Je ne pensais pas du tout qu’il y avait de la pauvreté, et des mendiants aux carrefours à côté du Mur des Lamentations. Au Liban, il n’y a pas de telles choses ; vous pouvez voir des Mercedes et des Lamborghini sur les routes (2). Il n’y a pas de doutes que les Libanais perçoivent Israël différemment de la manière dont les Israéliens se voient eux-mêmes. Les Israéliens pensent que tout le monde veut les attaquer et qu’ils sont faibles, tandis que les Libanais voient les Israéliens comme plus forts qu’ils ne sont (...)."

"La proximité de la mer et l’ouverture des gens à Tel Aviv, cela me rappelle tout à fait l’atmosphère à Beyrouth. Le comportement des Tel Aviviens, aussi. Mais quand je suis entré dans un pub et qu’un ami m’a dit que toutes les personnes assises là avaient probablement pris part à la dernière guerre au Liban, j’ai ressenti de la glace m’envahir".

Yoav Stern, Haaretz le 7 mars 2007
Traduction Jean Corcos


(1) Voici l’adresse de ce blog : http://www.gnblog.com/.
Y participent en majorité des Israéliens et des Palestiniens, mais aussi un Égyptien, un Libanais et un Syrien. A noter, déjà, les centaines de commentaires !
(2) La remarque de ce jeune Libanais est étonnante : chrétien, originaire des États-Unis et vivant probablement dans un quartier huppé de Beyrouth, il semble mal connaître la misère des villes et villages chiites surtout. Si on considère le PNB par habitant, un abîme sépare le Liban d’Israël, mais la richesse doit y être plus voyante.

30 décembre 2007

Guerre du Liban : désinformation et dérapages ...

Dessin de Serguei paru
dans le journal "Le Monde", août 2006

Impossible de consacrer un dossier au Liban sans se souvenir, hélas, de ce triste été 2006 où ce pays et Israël se sont trouvés plongés dans une guerre suite à l'agression-provocation du Hezbollah. J'ai comptabilisé 28 articles publiés sur le blog tout au long du conflit, que vous pourrez retrouver soit en cliquant sur le libellé "guerre du Liban" en fin d'article, soit en naviguant dans les archives (de juillet et août 2006 pour l'essentiel).

Au delà du bilan, politique et militaire - pour lequel je persiste à ne pas voir le "désastre" imposé comme une vérité d'évidence, à la fois par la plupart des médias français et par l'opposition de droite en Israël -, cette guerre a été aussi l'occasion de revoir à l’œuvre la pire propagande ...

Ainsi ce dessin publié dans "Le Monde" par Serguei, dont la plume, dès qu'il s'agit d'Israël, ne craint pas les pires dérapages antisémites. Car tout y est ! Le message subliminal - évident -, fait resurgir la vieille lune du "Juif" assoiffé de sang, écrasant le Christ sur sa croix - en l’occurrence un cèdre du Liban, avec au milieu d'une flaque de sang une femme, un homme et un enfant massacrés.

J.C

27 décembre 2007

Benazir Bhutto, ou l'espérance assassinée

Benazir Bhutto
(photo d'archives Reuters)

2007 s’achève bien tristement au Pakistan, et au-delà pour tout le monde musulman, avec le meurtre brutal de l’icône, à la fois féminine et démocrate de ce pays : Benazir Bhutto, qui avait échappé de peu à un terrible attentat dès son retour au mois d’octobre (lire sur le blog en lien "Benazir Bhutto, ou l'espérance fragile"), vient d’être assassinée lors d’un meeting de son parti à Rawalpindi ; et avec elle, une vingtaine de nouveaux innocents sacrifiés sur l’autel de la folie islamiste.

Vingt six ans après Anouar El Sadate, c’est le deuxième dirigeant musulman « modéré » éliminé ainsi. Raccourci historique, parmi les comploteurs égyptiens figurait l’horrible Docteur Zawahiri, actuel numéro deux d’Al-Qaïda et auprès de qui le Docteur Petiot ferait penser à un aimable médecin de campagne ...

« Le Figaro » vient de rendre hommage à la courageuse femme d’état en mettant en ligne sur son édition Internet la tribune qu’elle avait publiée juste après la précédente tentative d’assassinat. J’en reproduis un extrait ci-dessous.

« (...) L’attaque dirigée contre moi était plus qu’une attaque contre un individu. Il s’agissait d’une attaque contre toutes les forces politiques pakistanaises qui veulent la démocratie. C’était une attaque contre le Pakistan lui-même. Une attaque contre les droits politiques et humains de tout citoyen et contre le processus politique. L’objectif était d’intimider et de faire chanter tous les partis politiques de notre société. Les extrémistes prospèrent sous la dictature. Ils savent que la modération et la démocratie signeront leur fin. Ils ne reculeront devant rien pour les détruire toutes les deux.
Les assassins qui ont tué 140 personnes à Karachi ont trahi l’essence du message de l’islam. La loi islamique est absolument claire sur un point : s’attaquer, sans avoir été provoqué, à des civils désarmés, à des innocents, et détruire la propriété d’autrui est prohibé. Leur action relève de la Hiraba, elle constitue une guerre contre la société. On peut détourner des avions, mais personne ne détournera le message de l’islam (...). »


Le Figaro, 

24 octobre 2007

Réfugiés d'Iran : émotion et peur au rendez-vous de Ben Gurion Airport


Scènes de retrouvailles à l'aréoport Ben Gourion
de Tel Aviv, le mardi 25 décembre
(en haut : photo AFP ; en bas : photo Reuters)

Ce sont deux photos poignantes que j'ai choisi de mettre en ligne aujourd'hui. Elles illustrent une nouvelle dont se sont faits abondamment l'écho les sites et blogs juifs depuis deux jours : l'arrivée de 40 Juifs réfugiés d'Iran, échappés par une filière clandestine. Cela porte à 200 l'Alya annuelle pour ce pays, une forte augmentation - dans un contexte de chute continue de l'immigration -, qui illustre bien sûr la peur qui pèse lourdement sur cette communauté, depuis que le délirant antisémite Ahmadinejad a pris les rênes du pouvoir à Téhéran.

Mais revenons aux photos, qui disent tellement de choses ... D'abord bien sûr l'émotion des parents qui retrouvent des membres de leurs familles perdus de vue depuis de si longues années (toutes les liaisons téléphoniques, postales ou autres en provenance d'Israël étant strictement interdites par la République islamique). Mais ensuite - et peut-être surtout - la peur, terrible, des représailles contre les parents restés en Iran : ainsi les nouveaux immigrants n'ont pas été photographiés de face, et le visage des héros du jour est strictement caché par la censure !

J.C

26 décembre 2007

Nadine Labaki, la crainte du regard des autres

Photo Bac Films, tirée du site du Figaro

Introduction :
Mieux connaître un pays, c’est savoir dépasser la pure actualité politique (souvent synonyme de violence pour le Liban), en s’intéressant à ses habitants, à leurs états d’âme ou aux tensions de leur société ... Et, là bas comme ailleurs, le cinéma nous offre un miroir sur la "vraie vie" lorsqu’il dépasse le pur divertissement. Parmi les sujets classiques du septième art, la condition féminine, dépeinte avec des accents de vérité lorsqu’une femme dirige la mise en scène : c’est probablement le cas du film de Nadine Labaki, dont une critique publiée dans le journal "le Figaro" m’avait interpellé et que malheureusement je n’ai pas encore eu le temps de voir - je vous la restitue donc ici.
A noter aussi - détail navrant - que ce film, intitulé "Caramel" est une coproduction franco-libanaise : il aurait du normalement être diffusé partout, et Israël avait été preneur ; mais en raison à la fois de l'insupportable intolérance des Libanais, et d'un laxisme français (car il existe une législation contre le boycott), cela n'a pas été possible. En sens inverse, la production israélienne "La visite de la fanfare" (une parabole sur le dialogue entre Juifs et Arabes, unanimement saluée par la critique et dont je parlerai à l'occasion d'un futur dossier), ne peut pas non plus être diffusée dans les pays voisins d'Israël.
J.C

La jeune réalisatrice met à nu la femme libanaise dans son premier long-métrage qui se déroule dans un institut de beauté à Beyrouth.

Un salon de beauté à Beyrouth. Autour de Layale, propriétaire de ce petit institut de quartier, les habituées se confient, entre coupes de cheveux et épilations au caramel. De génération, de milieu et de religions différentes, elles parlent sans tabou de leurs histoires d'amour, de leurs peurs, de leurs obsessions, de leurs désirs, de leurs contradictions.

Layale, chrétienne de 30 ans, vit un amour interdit avec un homme marié. Nisrine, musulmane de 28 ans, va se marier mais n'ose pas confier à son fiancé qu'elle a perdu sa virginité et songe à se faire recoudre l'hymen. Rima, 24 ans, est attirée par les femmes, quant à Jamale, la cinquantaine très retouchée, elle refuse de vieillir...

Avec Caramel, Nadine Labaki met à nu la femme libanaise et fait tomber les masques. « Je me suis toujours posé des questions à propos de la femme libanaise, oscillant moi-même entre deux mondes, la culture occidentale moderne, qui nous offre l'image d'une femme émancipée, et l'univers oriental, lourd de traditions, explique la réalisatrice. Chrétiennes ou musulmanes, nous subissons le poids de l'éducation rigide, de la religion toujours très présente. Nous avons la volonté de bien faire, de ne pas décevoir et vivons dans la crainte du regard des autres, dans la hantise du jugement. Le Liban est considéré comme un exemple d'ouverture, de libération, mais ce n'est pas toujours le cas. La femme libanaise n'est pas très bien dans sa peau. Elle cherche son identité, parfois à travers le jeu des apparences, et souffre de l'hypocrisie du système. »

À 33 ans, la Libanaise Nadine Labaki, qui s'est offert le rôle de Layale dans son film - « Je ne me rêvais pas comédienne, mais je prends peu à peu goût au jeu » -, semble pourtant être le parfait contre-exemple. Blouson de cuir et jean moulant, la jolie sylphide brune, a tout de la jeune femme indépendante. « Ma famille est chrétienne et libérale. Mais, sans doute parce que les liens familiaux sont extrêmement forts, on a toujours l'impression qu'on a des comptes à rendre. Je n'arrive pas à me libérer d'un sentiment de culpabilité. Le Liban est un petit pays, on vit en communauté. »

Son amour du cinéma lui a été transmis par son grand-père, « dans les années 1950, il avait une salle de cinéma dans le petit village de Baabdath. Je n'ai malheureusement pas connu cette époque, mais j'en ai entendu parler à travers ses récits et ceux de mon père, qui a eu une enfance identique à celle du gamin de Cinema Paradiso. »

C'est grâce à 11, rue Pasteur, son court-métrage de fin d'études de treize minutes, qu'elle s'est fait connaître dans les festivals. « Ce premier succès m'a donné le courage de continuer. Au Liban, il n'y a pas d'industrie cinématographique, de route toute tracée. Le seul moyen d'avoir une caméra entre les mains, c'est de réaliser des pubs et des clips. Le terrain parfait pour se livrer à toutes sortes d'expérimentations. » Sa première réalisation, Caramel, dont elle a écrit le scénario, loin de Beyrouth, dans le cadre de la Résidence du Festival de Cannes, a un petit air de Vénus Beauté (Institut), « la seule similitude entre nos deux films, souligne-t-elle c'est que l'action se déroule dans un institut, sinon le contexte est très différent. » Les couleurs pop, très « almodovariennes » donnent du piquant à cette comédie sentimentale, à ce portrait de femmes, doux et amer, de sucre et de citron, comme la pâte épilatoire orientale. Nadine Labaki, qui a donné le dernier tour de manivelle une semaine avant le début du conflit israélo-libanais, a d'abord, « comme d'habitude, culpabilisé. Le cinéma est une arme efficace. Et moi, je parlais des femmes, de la vie, alors que mon pays était en guerre. Je me suis sentie inutile. Avec le temps, je me dis que ma révolte, c'est de parler d'autre chose que de la guerre ». Sorti le 9 août dernier au Liban, Caramel est un succès. Une belle victoire.

Caramel Comédie sentimentale de et avec Nadine Labaki Yasmine al-Masri, Joanna Moukarzel, Gisèle Aouad, Sihame Haddad. Durée : 1 h 36.

Emanuelle Frois,
Le Figaro, 15 août 2007

25 décembre 2007

Drôles de Pères Noël à Gaza


Tous mes vœux de Noël aux nombreux lecteurs chrétiens du blog, en France et dans le Monde !

Fête de la nativité de Jésus pour les croyants - mais au delà de cette foi singulière et de toutes les autres religions, moment de ferveur auquel on ne peut qu'être sensible : à travers chaque naissance, c'est un peu l'Humanité qui recommence ; et chaque enfance martyrisée vient détruire un peu de notre espérance ... "c'est un peu Mozart qu'on assassine" avait écrit, il y a si longtemps, le grand Antoine de Saint-Exupéry.

Alors il n'y a pas grand chose à ajouter à cette infecte mascarade immortalisée par un photographe à Gaza, l'image parle d'elle-même. Au milieu d'adultes bardés de simili ceintures d'explosifs, un gamin au regard perdu a été, lui aussi, déguisé en kamikaze. Et un sinistre Père Noël - sûrement une ordure, pour le coup -, lui caresse la tête, avec des attentions d'un machiniste pour le petit robot prêt à exploser.

J.C

24 décembre 2007

Dimanche 30 décembre, rediffusion de mon interview de Dounia Bouzar

Nous voici donc revenus à la période dite de la "trêve des confiseurs" ... où la programmation de notre radio est, comme d'habitude, un peu bousculée avec les vacances des uns et des autres. Période propice aux rediffusions, donc, et ce sera le cas pour "Rencontre" dont la prochaine émission sera diffusée le 30 décembre.

J'ai choisi, pour ceux qui seront à l'écoute dimanche prochain, de vous faire réécouter l'interview d'une brillante intellectuelle musulmane, Dounia Bouzar.
Cette émission avait été diffusée la première fois le 3 juin 2007, et avait pour thème : "Quelle éducation face au radicalisme religieux ?". C'était précisément le livre de l'ouvrage collectif publié aux Éditions Dunod sous la direction de cette anthropologue du fait religieux.
Pour rappel, j'ai souvent mentionné Dounia Bouzar sur le blog, et publié en particulier le texte d'une conférence dont elle a bien voulu accepter la publication ici : cliquer sur son nom en libellé ci-dessous, pour retrouver tous ces articles.

J.C

23 décembre 2007

Quand la télévision de Beyrouth diffuse une abjecte propagande antisémite


Couverture des "Protocoles des Sages de Sion", édition égyptienne
(source : site "Intelligence and Terrorism Information Center")

Introduction :
Impossible, sur un blog juif, de publier un "mois du Liban" en parlant des sujets les plus variés, et en ignorant ce qui est devenu - hélas ! - une réalité : le "Pays du Cèdre" - pour des tas de raisons, que je ne peux développer ici pour ne pas faire trop long - occupe actuellement une des toutes premières places en matière d'antisémitisme virulent, grossier et sans complexes !
Ainsi, je me dois de parler ici de l'ignoble émission diffusée le 22 octobre dernier sur la chaîne de télévision affiliée au parti Amal de Nabih Berri, président du parlement libanais - un parti "chiite laïc", soit disant plus modéré que le Hezbollah mais qui se montre digne de son challenger enturbanné ! Reprise du célèbre faux antisémite "les Protocoles des Sages de Sion" ; Juifs accusés de tous les malheurs de la planète, formanteurs de guerres et de révolutions, fourbes, propageant la drogue pour ruiner moralement toutes les sociétés, Juifs responsables de l'arrivée au pouvoir des nazis mais aussi leurs complices ... je vous laisse lire la transcription complète, publiée par la version française du site "memri.org".
Et je vous invite à visiter cette page pour en savoir plus sur l'effrayant succès des "Protocoles des Sages de Sion" dans le Monde arabe.
J.C

Transcription du vidéoclip
 
Maria Maalouf :
"Sur terre et au ciel, l'usage que réserve le sionisme américain et israélien à l'arme de la drogue - afin de contrecarrer les Intifadas et les révolutions - ne peut se justifier par l'intensification de la lutte sur terre, comme le prétendent les Américains, tant que les Juifs prétendent avoir leur propre Dieu au ciel, qui leur a ordonné d'exterminer les nations et les peuples du monde, au moyen de la drogue et en provoquant l'anxiété, en engourdissant les capacités mentales, psychologiques et physiques des non Juifs, comme il est écrit dans le Talmud et "Les Protocole des Sages de Sion".
Ces complots juifs pour corrompre les peuples n'ont-ils pas été décrits par des "casseurs de complots" américains tels que Benjamin Franklin et Henry Ford, et même par certains Juifs, tels qu'Alfred Lilienthal ou même Karl Marx qui, il y a plus de 150 ans, dénonçait, dans son livre "La question juive", l'instinct propre à l'individu juif qui le pousse à prendre le contrôle du monde, par des moyens financiers illégaux - ce qui est connu aujourd'hui sous le nom de "blanchissage d'argent" ? (...)"

Narrateur :
"Le Coran dit d'eux: 'Ils s'efforcent de semer la corruption sur toute la terre."Répandre la corruption sur toute la terre est l'objectif déclaré des malfaisantes mains sionistes qui infiltrent le monde. Les sionistes ont résumé leurs principes destructeurs dans ce qui est aujourd'hui connu sous le nom de "Protocoles des Sages de Sion", lequel contient leur plan secret pour assujettir le monde entier en répandant le chaos et la confusion parmi les nations, en imposant à l'esprit humain des idéologies corrompues et dépravées et en détruisant les fondements de la religion, du nationalisme et de la moralité.
Depuis l'occupation de la Palestine, la politique sioniste a encouragé et propagé l'utilisation abusive de drogue sur les terres saintes et a fait ce qu'il fallait pour se débarrasser des mesures légales visant à l'empêcher, à empêcher la poursuite en justice des trafiquants de drogue. La direction des prisons en Israël ignore délibérément la contrebande et va jusqu'à faciliter l'utilisation abusive de drogues chez les détenus arabes et exercer des pressions sur les ONG palestiniennes qui essaient d'endiguer le phénomène."

"En plus de provoquer des dissensions internes et d'empoisonner les esprits, les Juifs ont recours à l'empoisonnement physique. Ils sont connus pour avoir empoisonné des puits. Ils sont aussi connus pour ajouter des substances nocives dans les médicaments et les boissons alcoolisés, dans la farine et les produits à base de farine, et dans les autres produits exportés par les Juifs, directement ou indirectement, aux peuples qui leur sont hostiles, si ce n'est à tous les peuples."

"La drogue était le moyen utilisé par les Juifs pour affaiblir le peuple allemand, ce qui a conduit à l'extrémisme nazi, auquel les Juifs eux-mêmes ont participé. Ils ont aussi été coupables de trafic de drogue à grande échelle au temps de la Russie tsariste, à partir du 17èmesiècle. Cela était conforme au Talmud juif, selon lequel les Juifs doivent consacrer tous leurs efforts à empêcher les autres nations de dominer le pays, afin que le pouvoir demeure entre les mains des seuls Juifs.

"En outre, le neuvième protocole sioniste établit le plus naturellement du monde que tout soulèvement contre les Juifs doit être rendu aussi vain qu'un chien aboyant face à un éléphant. Le troisième protocole sioniste affirme que les autres nations doivent être rendues malades, pauvres, sans détermination ni force. Naturellement, la drogue est le moyen le plus efficace pour accomplir cet objectif. Le penseur américain Benjamin Franklin, dans son célèbre manifeste de 1789, l'industriel américain Henry Ford, auteur du "Juif international", et d'autres comme eux, ont mis en garde contre le danger présenté par les Juifs, qui ruinent les bonnes moeurs. Faisant allusion à la drogue, Franklin a dit (des Juifs) : "Ils détruisent les bonnes moeurs dans tous les pays où ils s'installent." Il les a qualifiés de chauves-souris et de sangsues, précisant que s'ils n'étaient pas tenus à l'écart des enfants aux Etats-Unis, ces enfants, selon Franklin, se retrouveraient à travailler dans les champs pour nourrir les Juifs." (...)

Maria Maalouf :
"J'ai encore une question concernant ce qui est écrit dans "Les Protocoles des sages de Sion": "Les Juifs ont le droit de traiter les autres peuples comme des animaux, de les corrompre, de diviser leurs pays, de détruire les autres nationalités, de répandre la confusion et le chaos." Certains pensent que la drogue est l'un des moyens de contrôle des peuples non juifs."

Hussein Al-Kheishan :
"Je pense que c'est vrai et que nous devons prendre nos responsabilités - réfléchir aux moyens de surmonter ce fléau, qui tue notre société."

© MemriTV

22 décembre 2007

Poker menteur au Proche-Orient ou « Liban, les trois guerres », par Pierre Vermeren

Introduction :
J’ai eu le plaisir à plusieurs reprises, soit d’interviewer l’historien Pierre Vermeren, soit de mettre en ligne sur le blog certains de ses articles. Avec son autorisation je vous invite aujourd’hui à découvrir un "rebond" publié il y a environ un an dans "Libération", mais qui n’a pas pris une ride ... c’est que l’auteur, dont l’Histoire est la discipline, a la notion des « temps longs » chers à Fernand Braudel. Au-delà de la surface de l’actualité (et on pense naturellement à la conférence d'Annapolis et aux espoirs de règlement du conflit israélo-palestinien), restent les paramètres profonds des différents conflits : populations soumises à des régimes oppressifs ; mésententes entre États voisins ; rivalité entre Chiites et Sunnites ; interventions de forces étrangères ; mais surtout et comme il le rappelle très justement, ce qui bloque toute avancée pacifique : « Il reste, d’une manière globale, que les peuples musulmans rejettent l’existence même d’Israël sur la terre de l’Islam, même si leurs États signent des accords internationaux qui entérinent son existence. »
Bonne lecture !

J.C

La récente guerre du Liban a aggravé les dramatiques tensions en Méditerranée. Alors que les littoraux de la Grande bleue étaient submergés par leur flux d’estivants, la dévastation d’une partie du Proche-Orient battait son plein. La guerre des 34 jours achevée, la région a-t-elle fait un pas dans la direction « d’une paix juste et globale », poncif de la diplomatie internationale ? La réponse est plus que douteuse, car l’événement historique, dans sa puissance et les douleurs engendrées, met à jour les conflits qui s’amoncellent en Méditerranée. La sixième guerre israélo-arabe n’est que l’un des conflits ayant nourri la présente guerre du Liban.
La mal-nommée « guerre des civilisations » ne permet guère d’analyser le conflit israélo-Hezbollah. Israël, « citadelle avancée de l’Occident » soutenue par l’Amérique, serait le Cuba de la Guerre Froide, ce porte-avion soviétique aux portes de l’ennemi. La nation arabe, vent debout contre « l’entité sioniste », défendrait sa terre contre ce résidu du colonialisme et de l’impérialisme. L’analogie est tentante, mais un peu courte. Plusieurs conflits se bousculent dans la présente guerre, que rien ni personne ne semble en état de maîtriser.
Le premier conflit oppose, par emboîtement, l’État d’Israël à ses voisins : les Palestiniens d’abord, les pays du front en second, puis la nation arabe dans son ensemble, et même l’Islam mondial. À tous les niveaux, il faut distinguer peuples et appareils d’États. La passion anti-israélienne est complexe à plus d’un titre. Souvent anti-juive dans les couches populaires saturées d’idéologie, cette passion refuse par principe l’existence d’un pouvoir juif en terre d’Islam. Son objet est pourtant largement dépendant du contexte local.
En Palestine, a fortiori parmi les Arabes israéliens, on sait au fond qu’il faut s’accommoder de la réalité israélienne et traiter avec elle. Le Hamas en fait à son tour la douloureuse expérience.
Dans les pays du front, la passion anti-israélienne est entretenue par la mémoire des conflits, par les occupations de terres, passées ou présentes, et l’on met à raison en avant le non-respect des arrêts du Conseil de sécurité de l’ONU relatif au retrait des territoires occupés. En dépit du souvenir douloureux des guerres, l’illusion millénariste de la destruction d’Israël est largement partagée. La destruction partielle du Liban ne change rien à la certitude d’une victoire finale.
Dans les pays arabes d’une manière plus globale, on ressent les échecs face à Israël comme une humiliation douloureuse et insupportable. Mais les peuples attendent le vengeur qui, tel Saladin, mettra fin à l’État d’Israël, comme celui-ci détruisit le Royaume franc de Jérusalem, 99 ans après sa création. Après Nasser, Arafat, Saddam et Ben Laden, voici Hassan Nasrallah, le héros qui menace Israël, le vengeur du peuple arabe, ce peuple « choisi par Allah pour recevoir la Révélation coranique ».
Toutefois, dans bien des pays arabes, la passion anti-israélienne est utilisée à usage interne. Au Maroc, nationalistes arabes et islamistes dénoncent les compromissions du Palais avec les Occidentaux. En Tunisie, le pouvoir organise la surenchère antisioniste dans la presse, afin de capter la colère populaire à son profit. Partout, les islamistes jouent la carte du conflit israélo-arabe, notamment en Égypte, dénonçant la faiblesse et l’inaction de leur État, qu’ils espèrent prendre en défaut de nationalisme et de bellicisme, à défaut de pouvoir le contester dans des élections démocratiques inexistantes.
Dans le monde musulman, l’utilisation du conflit est très variable. La Turquie est loin de l’Iran, chef de fil des pays qui veulent « raser » Israël. La rhétorique d’Ahmadinejad sur l’arme nucléaire ne fait guère mystère sur l’emploi qui pourrait en être fait.
Il reste, d’une manière globale, que les peuples musulmans rejettent l’existence même d’Israël sur la terre de l’Islam, même si leurs États signent des accords internationaux qui entérinent son existence. Ces derniers capitalisent sur le conflit israélo-arabe, maintenant une mobilisation permanente à usage interne, quand ce n’est pas l’état de siège (depuis 1967 en Syrie, 1981 en Egypte). Cette mobilisation a trois vertus éprouvées de longue date : la colère du peuple frappe un objet extérieur ; la question de l’alternance et du partage du pouvoir est évacuée ; la guerre justifie les atteintes à la vie publique et privée, état de siège oblige.
Le second conflit oppose en effet les peuples arabes à leurs États autoritaires, souvent dictatoriaux. La démocratie et des relations sociales pacifiées en sont les principales victimes. Après la destruction des mouvements de résistance socialistes et marxistes, puis l’effondrement du nationalisme arabe anti-colonial, les peuples arabes se sont voués aux sirènes de l’islamisme, comme l’atteste la progression régulière de cet électorat au Maghreb, en Palestine ou en Égypte. Les minorités du monde arabe en font les frais de longue date. Après le départ des minorités coloniales et cosmopolites (notamment en Egypte), puis celui des Juifs vers Israël, c’est le tour des Chrétiens d’Orient. La moitié des 20 millions de Chrétiens d’Orient, souvent passionnément arabes, ont quitté la région, et la récente guerre risque d’accélérer cet exode au Liban.
Le conflit peuples-États est probablement le plus important, avec ses millions de morts depuis 20 ans, en Irak, en Syrie, en Égypte, au Soudan, en Algérie, mais aussi dans le Golfe. Le saoudien Ben Laden veut apparaître comme le grand coordinateur sunnite face aux « ennemis de l’Islam », en premier lieu les dictatures militaires « impies ».
Le troisième conflit oppose Chiites et Sunnites. Les Chiites ont porté au pouvoir l’islamisme politique, que le grand-père de T. Ramadan inventa dans l’entre-deux-guerres chez les Sunnites. Ce fut la révolution iranienne de 1979. Les Sunnites, « bénis de Dieu », possèdent le pétrole et les Lieux Saints, sous la tutelle de l’Arabie saoudite. La création d’un « État chiite dans l’État » libanais prouve la puissance de cette école. Après la Palestine, l’Irak et le Liban, les pays susceptibles de basculer sous la poussée chiite se situent dans le Golfe ou en Syrie. Comme dans les années 1980, le malheureux Liban est au coeur des mutations du Proche-Orient.
La prétendue guerre Islam-Occident en masque donc bien d’autres. Le conflit israélo-arabe est le plus médiatique. La lutte des Palestiniens est mise en avant, mais est-elle l’essentiel ? Oui car elle est le seul conflit médiatisé de la région, et la haine internationale qu’elle suscite est effrayante. Non car d’autres enjeux semblent primordiaux, comme le prouve la solitude historique des Palestiniens.
La guerre du Liban a mobilisé les peuples arabes, qui ont soutenu le chiite Nasrallah. Les États arabes ont apparemment soutenu la résistance du Hezbollah, mais leur tâche est ardue. Il leur faut contenir la poussée islamiste intérieure, apparaître en interne comme des champions anti-israéliens, en externe comme des États qui en appellent à l’ONU, tout en neutralisant la poussée chiite qui les menace. Sans parler du régime syrien qui règle ses comptes avec l’impudence libanaise de 2005. La quadrature du cercle.
Les États veulent avant tout conserver le monopole du pouvoir. L’Occident les soutient dans cette tâche, espérant, contre toute évidence, tuer l’islamisme par asphyxie. Le conflit proche-oriental est un bateau-ivre dont chacun espère tirer profit du naufrage annoncé.
Alors que les Européens rentrent de vacances, l’Orient est un peu plus compliqué.

Pierre Vermeren
Maître de conférences
"Libération", 28 décembre 2006

20 décembre 2007

La reine des cuisines du Moyen-Orient !








Voir ci-dessous l'adresse du site d'où sont tirées ces photos

Bon appétit !

Pourquoi nier la réalité ?
Même si le Liban évoque pour beaucoup de mes auditeurs - et des lecteurs de ce blog - une actualité sinistre, avec le souvenir de guerres passées et la crainte de conflits à venir, même si les plats délicieux illustrés sur ce post font aussi les délices des pires ennemis d'aujourd'hui (je ne pense pas qu'il y ait une gastronomie spécifique au Hezbollah et à ses amis), ce tout petit pays peut se vanter d'avoir la meilleure cuisine du Moyen-Orient !

Comme c'est souvent le cas pour les pays situés au carrefour de vastes empires, le pays du Cèdre a connu bien des envahisseurs qui lui ont légué une partie de leurs inventions culinaires : ainsi en est-il probablement des multiples feuilletés, d'origine ottomane. Les épices sont, elles, la marque de tout l'Orient. Mais le génie local a légué beaucoup d'inventions, souvent accommodées par les herbes odorantes de la montagne libanaise. Agneau, pigeon, fromage de brebis, pois chiches, mais aussi bars, aubergines, oignons, sésame ... la gastronomie locale (que je n'ai dégusté que chez des "Libanais de Paris") bénéficie certainement de matières premières de qualité. Mais le "must", la vraie spécialité qui donne envie de tout essayer - quitte à caler ensuite, au moment du plat de résistance - ce sont les fameux "Mezze", entrées chaudes et froides dont j'ai reproduit ci-dessus deux spécimens, les "fatayer" (petits farcis aux épinards) et le "khiar bil labane" (concombres au yaourt). Pour résumer d'un seul mot, la cuisine locale se caractérise par sa VA-RIE-TE, et cela explique son grand succès, par exemple à Paris où la Diaspora libanaise se retrouve dans des restaurants qui se multiplient allègrement - de la vraie table gastronomique au petit "boui-boui", en passant par de véritables chaînes associant dégustation sur place et service traiteur ...

Vous avez déjà l'eau à la bouche ? Et bien vous avez gagné une adresse :
Voici en effet en lien un site de recettes de cuisine libanaise. Bon appétit !

J.C

19 décembre 2007

"Liban, le pays des esclaves" : un reportage de Dominique Torres


Introduction :
Grand reporter à France 2, Dominique Torrès est la fondatrice du CCEM - Comité contre l'esclavage moderne. Elle est l'auteure d'"Esclaves" (éd. Phébus, 1996). Elle a réalisé le reportage, "Liban, le pays des esclaves", qui a été diffusé sur France 2 dans le cadre "d'Envoyé spécial", le jeudi 18 octobre 2007. Cet article d'elle est paru dans "Le Monde" du 11 octobre 2007.
J.C


"Bienvenue à l'aéroport Rafic-Hariri", susurre une voix féminine tous les quarts d'heure. 7 h 30 du matin, le hall est vide. Seule une salle d'attente est noire de monde. Sur le mur, un panneau indique "zone de réception pour les bonnes". Des chrétiens, des musulmans, des couples, des familles entières, arrivent. Parmi eux, M. Hadj, un médecin franco-libanais. Il est pressé, le travail à l'hôpital l'attend : "Les agences s'occupent de tout, explique-t-il, mais il faut venir soi-même pour la livraison de la bonne." "En 2002, j'ai littéralement sauvé de la famine une Togolaise en la prenant chez moi, raconte une dame en jeans. Je l'ai d'abord payée 50 dollars (35 euros) par mois, mais au bout de six mois, comme elle travaillait très bien, je l'ai augmentée à 75 dollars (53 euros)."

Depuis des années, des jeunes filles d'une trentaine de pays pauvres viennent se placer comme domestiques au Liban. Aujourd'hui, elles sont plus de 90 000 Sri-lankaises, 30 000 Éthiopiennes, 40 000 Philippines, sans parler des autres nationalités, dont beaucoup de Burundaises et de Malgaches. Une personne sur seize vivant au Liban est une domestique étrangère, selon le quotidien anglophone Daily Star. Ces domestiques sont payées 200 dollars par mois pour les Philippines (les plus éduquées), 150 dollars pour les Éthiopiennes, 100 dollars pour les Sri-lankaises - moins de 20 centimes d'euro de l'heure. L'employeur peut à tout moment "rendre" la bonne, qui, elle, n'a pas le droit de partir.

Ce matin, les futurs employeurs attendent les passagères de l'avion d'Ethiopian Airlines arrivé à 2 heures du matin : 200 jeunes filles pour l'heure parquées sous douane, accroupies les unes contre les autres. Pas de boissons, pas de nourriture, pas de toilettes. Comme l'exige la sûreté nationale, leur passeport transitera directement des mains du policier des frontières à celles de l'employeur.

La jeune Éthiopienne qui foule pour la première fois le sol libanais ignore que son passeport ne lui sera rendu que le jour de son départ. Elle ne se doute pas qu'à cet instant elle vient de perdre sa liberté. Le docteur Hadj vérifie d'un coup d’œil que le nom correspond à celui que lui a donné l'agence, fait, d'un geste du bras, "yalah", sans parole ni sourire. Son maigre bagage à la main, la jeune fille tente de le suivre en jetant des regards terrorisés de tous côtés. Ils doivent se rendre à l'agence de placement. Là, elle va probablement signer un nouveau contrat, en arabe, avec des conditions qui n'auront plus rien à voir avec les engagements pris dans son pays. Son salaire risque de diminuer. Selon l'ambassade des Philippines, certaines jeunes filles travaillent gratis les trois premiers mois, voient la durée du séjour obligatoire passer de deux ans à trois ans et sont privées de toute liberté : interdiction de sortir seule de la maison, de correspondre avec sa famille et de communiquer avec l'extérieur. Sans parler de la chambre promise qui risque d'être un balcon, voire la cuisine ! Refuser de signer ? Trop tard. Sans argent, sans passeport, elles voient le piège se refermer.

Le jour de la signature du contrat, l'agence se verse entre dix et quinze fois le premier salaire de la domestique. Une jeune Éthiopienne revient au total à 2 400 dollars à l'employeur (billet, visa, visite médicale, contrat chez le notaire, etc.). Une somme importante, dont 60 % reviennent à l'agence. A Beyrouth, 380 agences de placement de personnel de maison officielles envahissent le paysage d'affiches publicitaires. Il y a quelques années, l'une d'entre elles avait même proposé des soldes de Sri-lankaises !

21 juin 2007. Anlyn Sayson, une jolie Philippine de 21 ans, arrive au Liban. Le 29 juin, elle meurt, en se jetant d'un balcon du cinquième étage d'un appartement de Beyrouth. Que s'est-il passé durant cette semaine pour pousser une jeune fille sans histoires à se suicider ? Selon la police libanaise, la jeune domestique aurait fait une crise de nerfs chez ses employeurs à Tripoli, dans le nord du pays. Ceux-ci l'auraient illico ramenée à l'agence de placement NK Contrat, à Beyrouth. Le patron de l'agence, Negib Khazaal, raconte que la jeune fille était très excitée et que l'un de ses employés lui aurait donné des calmants avant de la laisser seule dans l'appartement. A 3 heures du matin, les voisins ont entendu des cris. Ils ont trouvé le corps fracassé de la jeune fille gisant sur le trottoir. Résultats de l'autopsie : il y avait des doses massives de méthanol, une substance neurotoxique particulièrement dangereuse, dans l'estomac d'Anlyn Sayson.

Si sa mort a donné lieu à quelques lignes dans la presse locale, la plupart de ces suicides ont lieu dans l'indifférence totale. Pourtant, le nombre de suicides de domestiques ne cesse d'augmenter : 45 Philippines, 50 Sri-lankaises et 105 Éthiopiennes se sont suicidées ces quatre dernières années. "Dans de nombreux cas, raconte Sami Kawa, médecin légiste, les mortes sont couvertes d'ecchymoses, de morsures ou de brûlures. "Tout un système d'exploitation est en place où chacun, État, agences, employeurs, joue sa partition, souvent avec la complicité des pays d'origine. Depuis 1973, le Liban "importe" des domestiques étrangères qui ne sont protégées par aucun texte de loi : le code du travail ne s'applique pas à elles. Et selon les associations caritatives, leur situation ne cesse d'empirer. "Depuis quelques années, nous enregistrons une augmentation des actes de violence et de viols", explique-t-on à Caritas. "A ma connaissance, il n'y a pas eu au Liban une seule condamnation pour crime ni pour viol en trente ans, seulement quelques rares et faibles condamnations au pénal pour coups et blessures", souligne Me Roland Tawk, qui défend les domestiques depuis plus de dix ans. La plupart des affaires se traitent à la libanaise : comme la majorité des cas de maltraitance s'accompagnent de non-paiement de salaire, la victime laisse tomber sa plainte pour viol contre le versement de son salaire, ou bien le salaire est totalement oublié, mais elle récupère enfin son passeport. La violence n'est pas l'apanage des employeurs. Ici, on peut faire corriger une bonne par la police ou, plus fréquemment, par les agences de placement.

Le résultat d'un sondage effectué par l'association Caritas en 2007 auprès de 600 employeurs est édifiant. Plus de 91% des sondés confisquent le passeport de l'employée, 71 % ne la laissent pas sortir seule, plus de 31 % avouent la battre, 33 % limitent sa nourriture, 73 % surveillent ses fréquentations et 34 % la punissent comme un enfant.

Elles sont quarante, cachées au sous-sol de l'ambassade des Philippines. Trente à l'ambassade du Sri Lanka. Autant dans une annexe de l'ambassade d’Éthiopie. Toutes veulent rentrer au pays mais n'ont pas touché leur salaire depuis des mois voire des années. Les journaux publient les noms et souvent les photos de celles qui sont en fuite, et la police est chargée de ramener les fuyardes à l'employeur de gré ou de force. A l'ambassade d’Éthiopie, Yeftusran, 22 ans, est prostrée sur une chaise depuis le matin. Elle a un bras cassé. L'assistante sociale de l'ambassade, Lina, Libanaise compatissante, tente de comprendre son histoire, mais Yeftusran est mutique, hormis quelques mots qu'elle répète en boucle : "Je veux rentrer à Addis-Abeba." Ses yeux sont vides, sa détermination est terrifiante. Au bout de plusieurs heures, la jeune femme lâche par bribes son histoire. Depuis quatre ans, elle vit dans une famille de campagnards, dans le nord du pays. Le fils de 22 ans lui a cassé le bras parce qu'elle n'avait pu - ou su - ramasser la grand-mère impotente qui gisait au sol. Yeftusran ne veut ni voir un médecin ni en dire plus. Le lendemain, l'ambassade fera chercher ses affaires personnelles pour l'expédier à Addis-Abeba. "Nous avons eu trois suicides cette semaine, j'ai peur pour celle-ci, murmure Lina. Une Éthiopienne arrivée il y a deux jours est à l'hôpital. Elle serait tombée d'un balcon", poursuit l'assistante sociale en levant les yeux au ciel.

Environ 400 domestiques croupissent en prison pour des vols imaginaires, affirme Me Roland Tawk. Dès qu'une employée de maison prend la fuite, l'employeur dépose plainte pour vol. Durant l'été 2006, l'attaque israélienne au Liban et le désarroi des Libanais fuyant les bombes ont été largement couverts. Les médias ont évoqué, sans s'attarder sur le sujet, le nombre de 30 000 domestiques abandonnées dans des appartements fermés à clef, souvent avec le chien. A leur retour, les employeurs étaient furieux. La domestique était partie ! "Nous avons eu beaucoup de mal à récupérer leurs passeports, certains employeurs menaçaient d'entamer des procès pour abandon de poste", raconte Annie Israël, assistante sociale à l'ambassade des Philippines.

Le dimanche, les services religieux sont bondés à Beyrouth. Les domestiques qui ont droit au congé hebdomadaire et celles qui sont en fuite se retrouvent. A l'église Saint-Joseph, le Père MacDermott, un Américain de 75 ans installé au Liban depuis trente ans, dénonce chaque dimanche le calvaire des domestiques et souhaite que la hiérarchie chrétienne s'implique. En 2001, les évêques du Moyen-Orient ont publié un rapport sur le calvaire des domestiques, mais il est resté confidentiel.

En 1948, le Liban a signé un traité contre la confiscation des papiers d'identité. En 1991, la Convention des droits de l'homme est devenue partie intégrante de la Constitution libanaise.

Dominique Torres
« Le Monde », 11 octobre 2007

18 décembre 2007

Traitement des eaux usées : un partenariat entre Israël, la Jordanie et l’Autorité Palestinienne

Introduction :
C’est avec beaucoup de plaisir que je me permets de reprendre une information publiée dans la lettre d’information de « Technion France » (lien sur le site de l'association). Une occasion pour moi, aussi, de rendre hommage au Technion alors que sont organisées, ce mercredi 19 décembre à l'UNESCO, à la fois une rencontre scientifique franco-israélienne et un concert philharmonique sous le patronage du Président de la République ! Le prestigieux institut universitaire israélien de technologie, qui vient de se voir classé à la 38ème place mondiale par la « Jiao Tong University » de Shanghai, Chine (dépassant tous ses homologues européens à l’exception de deux universités britanniques et d’une suisse), est la principale pépinière du pays en matière de recherche appliquée ; et le problème de l’eau, vital pour des pays semi désertiques comme Israël et ses voisins, fait partie depuis longtemps de ses priorités. Il est donc question, dans l’extrait ci-dessous, d’une recherche conjointe israélo-arabe menée depuis 9 ans malgré l’extrême tension dans la région, et soutenue par des capitaux américains.
J.C


Les résultats de la recherche et les recommandations d'un projet de traitement des eaux usées de pointe parrainé par l'USAID (United States Agency for International Development) ont été présentés à une conférence qui s'est tenue le 6 septembre 2007 à l'Institut "Grand" de recherche sur l'eau du Technion. Les chercheurs israéliens, jordaniens et palestiniens coopérant ont résumé le travail effectué lors des quatre dernières années. Des représentants de l'USAID, de l'UNESCO, du Technion et d'autres scientifiques israéliens intéressés par les problèmes concernant l'eau participaient à la conférence.
Le professeur Uri Shamir, le fondateur de l'Institut "Grand" de Recherche sur l'Eau, qui a initié et accompagné le projet, a présenté un historique du projet. Ce dernier a été lancé il y a près de neuf ans, en coopération avec une Fondation active en Israël, créée à l'origine par la British Technion Society à partir des recettes d'un dîner offert en l'honneur du défunt Roi Hussein de Jordanie, puis a été soutenue par un don de la Fondation Beracha et de manière plus significative par l'USAID. Le professeur Moshé Eizenberg, Vice-président du Technion pour la recherche, a souligné l'importance du projet qui contribue à alléger la pénurie en eau de la région et améliore l'interaction et la coopération scientifique entre Israël et ses voisins. Le Dr Adam Reinhart, le coordinateur de l'USAID pour le projet, a félicité la coopération impressionnante et les aptitudes technologiques et scientifiques dont ont fait preuve l'ensemble des groupes de recherche. Le professeur Josef Hagin de la Faculté d'Ingénierie Civile et Environnementale du Technion, le directeur et coordinateur du projet au nom de l'Institut Grand Water Research, a expliqué que ce projet encourageait une excellente coopération technique et scientifique entre les instituts palestiniens, jordaniens et israéliens.
Le projet est exécuté par des chercheurs de l'Institut Grand Water Research du Technion, de l'université Ben Gourion du Néguev et de l'Institut Volcani, en Israël, par le groupe de recherche palestinien de l'université Al Quds de Jérusalem Est et le National Center for Agricultural Research and Extension du Royaume Hachémite de Jordanie.
Le projet a démontré la faisabilité et la nécessité d'un traitement par membrane tertiaire avancé des eaux usées avant de pouvoir être réutilisées ou libérées dans l'environnement. Plusieurs types de traitement des eaux usées secondaires, incluant des zones humides construites, des étangs de stabilisation et d'oxydation et de vase activée, ont produit des eaux usées traitées pour le système à membrane. Une base technique pour la construction et le fonctionnement d'usines de pointe de traitement des eaux usées basé sur une membrane a été développée. L'eau traitée a été constamment surveillée et évaluée pour son appropriation à l'irrigation dans des expérimentations sur un champ et des serres. Les usines pilotes disposées sur des sites expérimentaux servent de démonstrations aux instances officielles exploitant l'eau et aux agriculteurs, et seront utilisées pour la recherche afin d'améliorer davantage l'efficacité des processus. L'introduction de systèmes à membrane pour la purification des eaux usées à une large échelle améliorera considérablement l'équilibre des eaux d'irrigation et l'environnement de la région.
La recherche s'est poursuivie sans interruption, même lors des périodes de tension dans la région. Des réunions se sont tenues à Haïfa, Chypre, en Grèce et en Turquie.

Source : Technion France

17 décembre 2007

Kadhafi à Paris : les joies du camping !

Dessin de Cabu en couverture de "Charlie Hebdo",
semaine du 10 décembre 2007

Le sourire du mois
- décembre 2007

J.C


16 décembre 2007

« La main de Damas derrière le chaos », un article du quotidien « Daily Star » de Beyrouth

Une parente pleure le brigadier général
François al-Hajj dans une église de Baabda,
(photo AFP, 13 décembre 2007)
Introduction :
Je reproduis ci-dessous la traduction d’un article tiré du quotidien libanais en langue anglaise, le « Daily Star », traduction publiée dans le journal « Courrier International » le 1er février dernier. Merci à Albert Soued, le responsable du site « nuitdorient » en lien permanent, pour l’autorisation de sa reproduction.
Cet article date, c’est vrai, un petit peu. Mais les acteurs - Hezbollah, général Aoun, Syrie, Iran et gouvernement libanais - n’ont pas changé. Et l’enjeu de leur bras de fer non plus ... il suffit de penser au dernier attentat meurtrier qui a coûté la vie cette semaine à un officier de haut rang, le brigadier général François al-Hajj, qui aurait du succéder à la tête de l'armée à un autre officier, Michel Sleïmane, celui-là pressenti pour la Présidence de la République (voir illustration).

J.C

"La crise qui secoue le Liban prend sa source en Syrie", affirme le quotidien anglophone « The Daily Star ». Car le régime de Bachar El-Assad veut empêcher la formation d’un tribunal international dont il serait le principal accusé.
Pour la troisième fois en près d’un an, le Liban a évité la guerre civile, mais ce n’est qu’un répit. Si la mobilisation du Hezbollah est finalement restée dans les limites du contrôlable pour ce qui est de l’antagonisme entre chrétiens et sunnites ou entre sunnites et chiites, la récente grève et les violences qui ont suivi étaient, elles, assez proches de la guerre. Et si le Hezbollah s’est décidé à suspendre le mouvement, c’est bien parce qu’il a compris que la guerre serait inévitable si ces actions se poursuivaient ne serait-ce qu’une journée de plus.

C’est hors des frontières du Liban que résidait la vérité de l’instant : l’Arabie Saoudite et l’Iran s’efforcent actuellement de trouver une solution à la crise libanaise. Il y a quelques jours, Ali Larijani (secrétaire général du Conseil suprême de la sécurité nationale iranien) s’est rendu à Damas pour connaître l’opinion de la Syrie sur un projet d’accord. Les Syriens ont posé plusieurs conditions : que la cour chargée de juger l’assassinat de Rafic Hariri (ancien Premier ministre libanais) ne soit établie qu’une fois bouclée l’enquête des Nations unies, ce qui donnerait à l’opposition le temps d’obtenir un droit de veto au sein du gouvernement. Et que la nomination de ce tribunal soit également soumise à l’approbation du nouveau gouvernement, ce qui, en fait, permettrait aux alliés de la Syrie soit de bloquer l’institution, soit de la vider de sa substance. Les Saoudiens ont dit non, et Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a riposté en faisant descendre ses partisans dans la rue.
Mais, dès la soirée du 23 janvier, les rôles étaient inversés. Le Hezbollah avait coupé la plupart des axes routiers entre les secteurs est et ouest de Beyrouth, ainsi que la route menant à l’aéroport. Ces actions témoignent d’une incroyable irresponsabilité. Non seulement le Parti de Dieu a renvoyé le Liban aux années de guerre, mais les sunnites de Beyrouth y ont vu comme l’intention de les enfermer dans Beyrouth-Ouest (à majorité musulmane).
Conscient qu’une confrontation directe entre sunnites et chiites était une ligne rouge que l’Iran se refusait à franchir, le Hezbollah a fait marche arrière. Cette réalité n’a cependant fait que souligner à quel point le mouvement chiite jonglait avec des priorités contradictoires. Peut-être les Iraniens ne tiennent-ils pas à semer une discorde sectaire, mais ce qui s’est passé la semaine dernière correspond à la partie syrienne de l’agenda du Hezbollah. Le principal obstacle reste le tribunal sur l’assassinat de Hariri et le refus de la Syrie d’en autoriser la mise en place. Personne n’est en mesure de dire comment Téhéran et Damas parviendront à concilier leurs objectifs antagonistes. On peut supposer que, les Libanais étant à deux doigts de s’affronter, et compte tenu des terribles implications qu’aurait un tel conflit pour le Hezbollah et pour sa réputation d’ores et déjà ternie dans le monde arabe sunnite, l’Iran rappellera à Nasrallah que c’est Téhéran qui paie ses factures. Par ailleurs, les Iraniens savent que le tribunal pourrait porter un coup fatal au régime syrien, privant la République islamique d’un atout majeur au Levant. Depuis six mois, le Hezbollah est en perte de vitesse. Au Sud-Liban, il a été neutralisé - pour le moment, du moins. Sa réputation est en lambeaux dans le monde arabe, où il est vu comme un suppôt de l’Iran. Et, sur le plan intérieur, le Hezbollah est plus que jamais considéré comme une menace pour la coexistence nationale et pour la paix civile. Rares sont les Libanais qui pensent que l’insistance que met le Hezbollah à participer au processus politique signifie qu’il ne représente pas des intérêts étrangers. Du reste, plus un seul rival politique de Nasrallah ne lui fait confiance.
Il faut également parler de Michel Aoun (général chrétien libanais allié au Hezbollah), grand perdant des manifestations du 23 janvier. Jusqu’alors, le général pouvait compter sur le soutien de nombreux indécis dans les rangs chrétiens. Mais la polarisation qu’il a provoquée en imposant une grève à tous a poussé beaucoup de ses coreligionnaires à se détourner de lui. Ce mois de janvier restera peut-être comme la date du naufrage d’Aoun. Le général aurait réussi à crisper même le patriarche maronite Sfeir, connu pour sa prudence.
A Paris, le Liban a reçu un soutien plus que nécessaire de la part de la communauté internationale. C’est une bonne nouvelle, mais ce n’est pas pour autant que la situation va s’améliorer dans l’immédiat. Jour après jour, Nasrallah confirme que ses tactiques sont plus aptes à porter tort au pays qu’à l’aider, pendant qu’Aoun brigue une présidence (de la République) qui lui échappera toujours. Mais, si nous avons de la chance, le système libanais de compromis intercommunautaire finira par l’emporter sur ce tandem irresponsable qui, à sa façon bien particulière, semble incapable d’en saisir les règles essentielles. »

Michael Young
« The Daily Star », Beyrouth

14 décembre 2007

« Kadhafi à Paris, dur, dur pour Sarkozy » par André Nahum

Nicolas Sarkozy et Mouammar el Kadhafi
sur le perron de l'Elysée, le 10 décembre 2007
(crédit photo Feferberg /AFP)

Bonjour.

Il y a 60 ans la Libye ex-colonie italienne, immense désert peu peuplé, qui ne brillait certainement pas par son degré de développement, n'était connue que comme le champ de bataille où les Anglais du général Montgomery infligèrent à El Alamein une cinglante défaite à "l'Afrika Korps" du Maréchal Rommel.
Aujourd'hui, son guide suprême, le colonel Mouammar El Kadhafi fort des immenses réserves de pétrole que recèle son sous-sol se permet de narguer et de ridiculiser les nations occidentales. Fier comme Artaban, drapé dans son éternel burnous de laine marron et coiffé de sa chéchia noire, l'ex protecteur des terroristes, le pécheur repenti, l'enfant prodigue de retour dans le concert des pays respectables, l'homme qui déclare sans rire que ses compatriotes n'ont pas besoin d'élections puisqu'ils se gouvernent eux-mêmes, foule avec délectation le long tapis rouge que notre démocratie bon enfant déroule sous ses babouches, et exige de recevoir ses hôtes et boire son lait de chamelle sous la tente (blindée parait-il) qu'il a fait dresser dans les jardins de Marigny, inaugurant ainsi un style de diplomatie auquel nous n'étions pas habitués.
Dites moi, si demain on invitait à Paris le président des Inuites du pôle nord, faudra-t-il lui amener son igloo personnel et quelques pingouins pour lui restituer l'ambiance de son pays ?
Mais peut-on reprocher à monsieur Kadhafi de tourner ainsi en bourrique nos dirigeants et traiter pratiquement de menteur notre président, puisque ça marche ?
Le chèque de dix milliards d'euros qu'il agite , sous les yeux de notre gouvernement avant même de l'avoir signé, fait oublier à la fois, l'explosion en vol de l'avion d'UTA, le calvaire qu'il fit endurer aux malheureuses infirmières bulgares et ses toutes dernières déclarations justifiant le terrorisme des pays pauvres.
Faut-il vraiment que nos finances soient dans un tel état que nous soyons obligés de caresser dans le sens du poil un tel personnage, pour vendre nos avions, nos missiles et nos corvettes.
Triste période ... On comprend, on admire même la réaction passionnée de la jeune Rama Yade, Secrétaire d’État aux droits de l'homme, qui dans son inexpérience ne savait peut-être pas qu'en politique la raison a des raisons que le cœur ne connaît pas ...
Le président lui a-t-il rappelé avec les ménagements d'usage, que selon la formule célèbre de Jean-Pierre Chevènement " un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne"? Lui a-t-il fait comprendre que lorsqu'on se bat désespérément pour gagner un demi point de croissance, il faut savoir avaler certaines couleuvres, comme par exemple ces propos anti juifs du ministre algérien des anciens combattants ? Ou l'a-t-il au contraire discrètement félicitée pour avoir si bien joué le rôle qui lui a été assigné ?
Allez savoir !

Dur pour Nicolas Sarkozy, de manager un hôte si encombrant, de slalomer entre son authentique volonté de respecter et faire respecter les droits de l'homme et les nécessités de la "real politique" économique, comme entre sa réelle amitié pour Israël et la politique arabe traditionnelle de notre pays.

Le colonel Mouammar El Kadhafi est l'hôte de la France jusqu'à Samedi prochain.
Dur, dur !

André Nahum
Judaïques FM, 12 décembre 2007

12 décembre 2007

« Pourquoi nous ne devons pas relâcher notre pression sur l’Iran » par David Miliband, Ministre britannique des Affaires Etrangères

La traduction originale

Introduction :
Quelques mots d’introduction, avant de vous inviter à lire, en exclusivité sur le blog, cet article publié la semaine dernière sous la signature du nouveau chef de la diplomatie britannique, et traduit par mes soins.
On a beaucoup parlé il y a une dizaine de jours de la note de synthèse donnant l’évaluation de seize agences de renseignement américaines, qui concluaient à l’arrêt - depuis 2003 - du programme d’armement nucléaire de l’Iran : une bonne partie de la presse française s’en est réjoui, pour des raisons en partie louables (ce pronostic éloigne le spectre d’une guerre aux lourdes conséquences), et en partie douteuses (cela affaiblit un peu plus l’administration américaine, toujours considérée comme rivale malgré le changement de Président chez nous ...).
Or, tout le monde n’est pas convaincu de la fiabilité de cette évaluation, et Israël n’est pas le seul à avoir exprimé des doutes. Les Britanniques, surtout ! Je reproduis ci-dessous un extrait tiré du site « infolivetv » (en lien permanent) :
« Le chef des renseignements britanniques, a récemment mis en cause le dernier rapport publié par la CIA, rapport qui affirmait que l’Iran avait gelé son programme nucléaire militaire en 2003. Il a émis de graves doutes quand au prétendu gel des activités iraniennes, et affirme croire que la CIA aurait été leurrée et trompée par le régime de Téhéran. Selon le « Sunday Telegraph », les services britanniques sont persuadés que les officiels iraniens, sachant que leur conversations téléphoniques avaient été mises sur écoute, ont délibérément divulgué et transmis de fausses informations, destinées à tromper les services de renseignements occidentaux. »
On ne saura donc pas surpris, donc, d’apprendre que David Miliband, le nouveau Ministre britannique des Affaires Étrangères, a publié quelques jours après le fameux rapport, un article percutant qui résume les arguments de ceux qui doutent des intentions pacifiques de l’Iran. Les arguments qu’il développe sont tout à fait analogues à ceux présentés dans mon émission par Thérèse Delpech, et dont les auditeurs se souviennent peut-être ... En particulier, le prétexte de pratiquer l’enrichissement de l’uranium pour pouvoir garantir le combustible des réacteurs de puissance ne tient pas, et le Ministre rappelle qu’une coopération pour le nucléaire civil a été proposée aux Mollahs qui l’ont refusée. Autre point que vous relèverez, vers la fin de son article, quand il écrit : « notre objectif est un changement de politique, pas de régime » ... c’est bien ce qu’a reproché amèrement, également à mon micro, Kavéh Mohseni, à la Grande Bretagne comme à tous les Occidentaux ! Bonne lecture.

J.C


"Il y a trois composants clés pour une arme nucléaire : la matière fissile, le missile lui-même et le « process » consistant à faire de la matière fissile une arme pour le missile. L’estimation des agences de renseignements américaines sur le programme iranien qui a été publiée cette semaine, suggère que l’Iran a laissé en suspens le dernier de ces composants. Si cela est exact, ce serait positif. Mais l’Iran continue de travailler sur les deux autres, en particulier sur un programme d’enrichissement qui n’a pas d’application civile apparente, mais qui pourrait produire de la matière fissile pour une arme nucléaire, en dépit des demandes du Conseil de Sécurité des Nations Unies et de l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique (AIEA)

Les leaders iraniens décrivent cela comme un conflit avec la communauté internationale qui voudrait s’opposer aux droits du peuple iranien. Cela est inexact. Nous ne sommes pas en train d’essayer de stopper l’accès de l’Iran aux bienfaits de l’énergie nucléaire, car nous leur avons offert une assistance pour développer leur propre industrie civile dans ce domaine. La poursuite par l’Iran d’activités proliférantes, particulièrement son programme d’enrichissement, est ce qui nous inquiète. Ce pays n’en a pas besoin. La Russie lui a garanti la fourniture de combustible pour la centrale de Busher, son seul réacteur de puissance programmé, et la « troïka » européenne plus les trois grandes puissances (Royaume Uni, France, Allemagne, États-Unis, Russie et Chine) ont garanti des fournitures de combustible nucléaire pour le futur.

La vérité est que la communauté internationale est plutôt méfiante, car l’Iran a camouflé certains aspects de son programme pendant environ deux décennies, et l’AIEA ne peut même pas obtenir aujourd’hui tous les accès qu’elle réclame. L’Iran a aussi traité secrètement avec A.Q. Khan, le père du programme nucléaire pakistanais. Il demeurera un manque de confiance, jusqu’à ce que l’Iran réponde aux interrogations sur son programme passé, et suspende son programme d’enrichissement.

En septembre, les ministres des affaires étrangères de la « troïka plus trois » se sont mis d’accord sur un point : si les discussions entre l’Iran et l’AIEA, d’une part, et Javier Solana (le chef de la diplomatie européenne), d’autre part, n’aboutissaient pas en novembre, ils pousseraient le Conseil de Sécurité de l’ONU à de nouvelles résolutions. Aujourd’hui, nous avons leurs rapports. L’AIEA demande à nouveau à l’Iran de suspendre toutes ses activités d’enrichissement, en ajoutant que « les informations de l’Agence sur le programme nucléaire iranien vont en diminuant ». Le Docteur Solana, lui, a dit que ses discussions avec les Iraniens l’avaient « désappointé ».

Le Conseil de Sécurité de l’ONU a passé trois résolutions demandant à l’Iran de se conformer aux règles internationales. Deux comprenaient des sanctions contre l’Iran pour son refus d’obtempérer. Nous devons maintenant réclamer une résolution avec d’autres sanctions. Nous ne devons pas avoir peur de « faire de la diplomatie en montrant les dents ». Les alternatives sont toutes pires.

Nous ne recherchons pas la confrontation. Depuis 2002, la communauté internationale a tenté de résoudre nos différents avec l’Iran par la diplomatie. Nous avons offert une coopération économique et politique, comprenant aussi bien une assistance pour un programme nucléaire civil que des avantages politiques et économiques. Le gouvernement iranien a rejeté ces offres, de façon répétée. En même temps, ils ont fourni une aide aux insurgés en Irak et aux Talibans en Afghanistan. Ce gouvernement trahit aussi son propre peuple, en ne respectant ni les droits de l’homme, ni la liberté politique.

Pourquoi le leadership iranien choisit-il la confrontation et rejette-t-il un partenariat avec la communauté internationale ? C’est une question à leur poser. Mais s’il demeure sur l’impression que nos buts sont hostiles, alors je souhaite que tous les Iraniens sache que cela est faux. Notre objectif est un changement de politique, non de régime. Personne, si ce n’est le peuple iranien, n’a le droit de choisir leur gouvernement. Nous souhaitons un Iran en sécurité, dans la coopération et le respect avec la communauté internationale. Nous souhaitons que l’Iran exerce une influence et un leadership au Moyen-Orient, en rapport avec sa position stratégique et son rôle historique dans la région. Mais l’Iran doit aussi être conscient de la résolution et de l’unité de la communauté internationale. Aucun pays ne peut éviter de se fâcher très fort lorsqu’on en vient à défier l’autorité du système multilatéral de sécurité, ou à déstabiliser le Moyen-Orient. C’est pourquoi, nous travaillons en vue d’une troisième résolution du Conseil de Sécurité et pour des sanctions renforcées de l’Union Européenne.

L’Iran a le potentiel de devenir une des grandes nations du monde. Il bénéficie d’énormes avantages. Son peuple devrait recueillir les bénéfices de tous ses atouts, et ne pas voir son pays traité comme un paria parmi les nations. Le leadership iranien est devant un choix clair. D’un côté, une relation transformée avec la communauté internationale (y compris les États-Unis), comprenant des avantages politiques et économiques. De l’autre côté, un isolement croissant. Personne ne peut faire ce choix à la place des leaders iraniens. Mais j’espère qu’ils auront la vision et l’inspiration de faire le bon choix pour leur peuple, qui n’en mérite pas moins."

David Miliband.
Secrétaire au Foreign Office
« Financial Times », 6 décembre 2007
(traduction Jean Corcos)