Notre radio

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31 décembre 2006

Deux jolies photos pour bien finir une année 2006 assez triste

Blindé abandonné par les soldats
des "Tribunaux islamiques", Mogadiscio
(photo Reuters, 29 décembre 2006)

C'est une des meilleures nouvelles de cette année qui s'achève, et qui n'en a pas fourni beaucoup ! Comme le titrait vendredi "Libération", c'est la fin des "Talibans d'Afrique". J'avais évoqué sur le blog, il y a tout juste trois mois, la terreur que faisaient régner ces fanatiques sur le pays . Pour là bas comme pour ailleurs, des soit-disant experts se sont relayés pour nous expliquer qu'il était "simpliste" de voir dans la Corne de l'Afrique un champ de bataille du "djihad mondial" ... alors même que se battaient aux côtés des islamistes des volontaires venus d'une dizaine de pays ; et alors que les fameux "Tribunaux islamiques" venaient de déclarer une guerre sainte contre l’Éthiopie ... doublement "coupable" d'être majoritairement chrétienne, et d'avoir une forte minorité musulmane. L'armée éthiopienne est intervenue, battant à plate couture les talibans locaux et rétablissant un gouvernement plus présentable. Au grand dam des mêmes experts, qui jugent une telle intervention "pas conforme au droit international" ... Encore une occasion pour le Quai d'Orsay de prendre date pour l'Histoire, comme il l'avait fait en 1979 en condamnant l'entrée des troupes vietnamiennes au Cambodge - intervention qui seule permit (mais qui s'en souvient ?) de renverser Pol Pot et son équipe de génocidaires.


Le Premier Ministre britannique
Tony Blair allumant les bougies de Hanouka
(photo Reuters, 18 décembre 2006)

Les lumières de Hanouka sont éteintes, mais je viens de découvrir cette photo ... et je ne résiste pas au plaisir de la partager avec vous. Lors de sa tournée au Moyen-Orient, le Premier Ministre Tony Blair a été reçu par son homologue israélien, et à cette occasion a eu le plaisir (apparent) et l'honneur d'allumer le chandelier de la fête. Ce jour là, lundi 18 décembre, quatrième soir de cette semaine de célébration, nous en étions donc à quatre bougies - sans compter bien sûr, celle qui sert à allumer les autres, le "Shemesh".
Une photo bien agréable à regarder, qui veut dire beaucoup en termes de proximité entre les démocraties et l’État juif, et cela, à quelques deux mille kilomètres des antisémites de Téhéran qui rêvent de détruire l'état hébreu.

P.S : l'actualité ayant été fort riche entre Noël et Jour de l'An, je remets à la semaine prochaine le dernier "post" annoncé sur les nouveaux liens (sites d'information, multimedias, etc.)

J.C

30 décembre 2006

Exécution de Saddam Hussein : deux opinions et quelques rappels

L’ancien dictateur irakien a été exécuté à Bagdad, ce matin à l’aube.
Lien sur une page Web avec vidéo de la pendaison

Tout a donc été très vite, et « le Figaro» a juste eu le temps de mettre en ligne hier 29 décembre, les opinions de 9 personnalités questionnées sur cette exécution imminente. J’en ai retenu deux, intéressantes parce qu’un peu en contradiction avec les positions habituelles de leurs auteurs. André Glucksmann, qui a été et demeure un partisan de l’intervention américaine en Irak (ce qui lui a coûté extrêmement cher en termes d’audience dans son pays), ne voulait pas de cette exécution tant que le crime principal - le génocide des Kurdes - n’avait pas été jugé. Elie Barnavi (ancien ambassadeur d’Israël à Paris, qui écrit dans les colonnes de « Marianne », véritable brûlot anti-américain) trouve positif ce « tyranicide ».

André Glucksmann - Philosophe : «Je ne me sens pas le droit de pardonner»
«Il faut distinguer condamnation et exécution. Je dénoncerai l'exécution de Saddam Hussein, car il doit avoir été jugé sur tous les crimes qu'il a commis. C'est un point essentiel pour que le peuple irakien puisse voir et comprendre la terreur qu'il a subie pendant une trentaine d'années. Les conséquences des procès sont toujours positives. Nuremberg a été positif pour l'Allemagne comme l'absence de procès sur le goulag a été extrêmement négative pour la Russie. Concernant l'Irak, il est donc indispensable que lumière soit faite. Quant à la condamnation à mort, il faut distinguer entre les criminels de masse, millionnaires en victimes, comme Saddam Hussein, Hitler, Staline ou Mao, et les criminels ordinaires. Je suis pour l'interdiction de la peine de mort pour les criminels ordinaires. Mais je ne me sens pas le droit de pardonner aux criminels de masse, à la place des enfants et des parents de ceux qu'ils ont tués par millions. Il appartient à chaque peuple de décider du sort de ses dictateurs.»
Elie Barnavi - Historien et ancien ambassadeur d'Israël en France : «Une sorte de réparation pour des millions de persécutés»
«Il faut qu'il soit pendu. Je suis hostile à la peine de mort mais pas un ayatollah de l'abolitionnisme. Les nations ont besoin du tyrannicide quand il est organisé selon des règles de justice. Les épouvantables crimes de masse commis par Saddam Hussein appellent un châtiment ; c'est une sorte de réparation pour des millions de familles qui ont été persécutées et qui ont eu des victimes en leur sein. Je m'étonne de cet unanimisme qui voudrait qu'on n'exécute pas Saddam Hussein. Ceux-là oublient que l'ordre politique est un peu particulier. Imaginez les réactions des Kurdes et des chiites si la peine de mort n'était pas appliquée. On redoute des troubles du côté des sunnites si on le pend, mais ce serait encore pire si on ne le pendait pas ! D'autant qu'il a été jugé par un tribunal irakien. S'il avait comparu devant une cour internationale, ce serait différent. Mais là, les Irakiens ont rendu la justice eux-mêmes.»
J'ai consacré deux pleines émissions à l'ère Saddam et à ses crimes. Sur le sujet, on pourra aussi relire sur le blog :

Faut-il regretter Saddam ? (7 septembre 2005). A noter que l’adresse du site de photographies sur les charniers découverts en Irak après la chute de la dictature a changé depuis mon article, voici le bon lien .

Donneurs de leçons, preneurs de bakchichs (12 octobre 2005)

Procès de Saddam Hussein : silence gêné du monde arabe (19 octobre 2005)

Le livre noir de Saddam Hussein (4 décembre 2005)

J.C

29 décembre 2006

Faut-il négocier avec lui ?

Le Président Bashar al-Assad

Introduction :
Décidément, j'avais eu tort de vous annoncer "une trêve des confiseurs" dans mon post du 25 décembre. Un sujet crucial, déjà esquissé ces derniers mois mais revenu au premier plan (est-ce la saison, certains espérant une Paix rapide avec le retour du Père Noël ?) a fait la "une" de l'actualité en Israël : faut-il négocier maintenant avec la Syrie ? Isabelle-Yaël Rose en avait déjà parlé ici le 18 décembre. Elle revient plus en détails sur le sujet en apportant de nouveaux éclairages, dont un fort intéressant : comment la Russie peut (comme à la veille de la Guerre des Six Jours) pousser les protagonistes au conflit. Ehud Olmert vient de souffler le chaud et le froid. Devant ses ambassadeurs dans les pays de l'Union Européenne, il a redit : "pas de négociations tant que la Syrie soutient des organisations terroristes comme le Hezbollah, le Hamas et le Djihad islamique". Mais hier, devant les cadets de l'armée de l'air, il a tenu un autre genre de propos : "Israël est ouvert à tout murmure de Paix venant de ses voisins".
J.C

Au moment où le rythme de la vie politique se ralentit dans une Europe en paix et en vacances, toute occupée aux célébrations de Noël et du Nouvel An, il s’accélère singulièrement au Moyen-Orient. La fracture n’est pas seulement chronologique ; et si elle est aussi chronologique, elle est le signe d’une fracture plus profonde, culturelle et historique : nous ne vivons ni dans le même temps, ni dans le même calendrier - l’horloge biologique de la réalité diffère.

Il y a une dizaine de jours, le Président syrien, par la voix de son Ministre des Affaires Étrangères, se déclarait prêt a une reprise des négociations avec Israël, ou le statut du Golan ne figurerait point parmi les « conditions préalables ». La déclaration, inédite, produisit ses effets et continue de les produire. La réaction de l’Iran, qui n’entendait pas se laisser marginaliser, ne se fit pas attendre : le lendemain, l’Ambassadeur iranien en Syrie, par ailleurs également Chef des Services de Renseignements iraniens en Syrie, déclara que la restitution du Golan n’était pas une question qui engageait seulement les intérêts de la Syrie mais également ceux de l’Iran. En clair : l’Iran avait aussi son mot a dire. Deux jours plus tard, Bashar El Assad était « convoqué » à Moscou, où il devait, officiellement, signer des contrats d’achat d’armes. Et l’Iran de rajouter qu’il payerait les dettes syriennes. Quand on sait que la Syrie s’est considérablement endettée ces dernières années, quand on sait encore qu’une partie des armes est reversée gracieusement au Hezbollah et à d’autres organisations terroristes, on comprend alors le double message envoyé par Ahmadinejad et par Poutine : « si tu changes les termes de l’alliance, on n’éponge plus tes dettes. Tu deviens une cible pour des représailles violentes ». Car on se rappellera que la Russie a jusqu’au bout appuyé l’Iran a l’ONU : c’est elle qui n’a eu de cesse de s’opposer a des sanctions. On se rappellera aussi qu’elle a vendu des armes, des installations, du matériel, de la maintenance à l’Iran, quand son Président ne cachait ni ses projets ni ses intentions. Ainsi, l’axe Moscou - Damas - Téhéran est une réalité. Si le Président syrien rompt avec l’Iran, c’est donc cet axe, qui permet a la Russie de garder au moins un pied dans le Moyen Orient, qui est cassé. D’où la réaction immédiate de Moscou et de Téhéran devant les velléités d’indépendance de leur partenaire : le pouvoir de la minorité alaouite, dans une Syrie à l’économie sinistrée, dépend des dollars que l’Iran tire de l’exploitation du pétrole ; ces mêmes dollars qui pourraient servir à financer les adversaires d’Assad, qui n’attendent qu’une occasion pour le supprimer. De la même manière, Assad dépend des armes russes que Poutine pourrait destiner à ses adversaires. L’argent et les armes furent et resteront toujours le nerf de la guerre ... et de la paix.

La déclaration du Ministre des Affaires Étrangères syrien a été accueillie en Israël diversement : Farkash, l’ancien Chef des Services de Renseignements Militaires israéliens, a proposé de répondre positivement, comme une bonne partie des officiers de l’Armée. Hier, le Général Iossi Baidatz, Chef du Département de Recherche des Renseignements Militaires, a déclaré devant la Commission des Affaires Etrangères et de la Sécurité de la Knesset, qu’il fallait prendre au sérieux la proposition syrienne. Mieux : que ce serait une erreur de ne pas le faire. Ces déclarations d’officiels de l’armée doivent être resituées dans leur contexte : elles viennent après la prise de position sceptique et presque virulente de Meir Dagan, Chef du Mossad, lequel a déclaré il y a quelques jours devant cette même Commission que Bashar El Assad n’était pas crédible mais cherchait seulement à gagner du temps. Et de rappeler ses achats massifs de matériel militaire ; l’enquête sur l’assassinat de Rafik Hariri ; les élections syriennes du mois de Mars ; la politique de fermeté adoptée par les États-Unis. De leur coté, le Premier Ministre Ehoud Olmert et la Ministre des Affaires Étrangères Tzipi Livni n’ont pas caché leurs réticences à reprendre les pourparlers, dans les conditions actuelles, avec la Syrie.

On peut alors résumer les choses ainsi : Israël a envoyé des messages contradictoires qui répondaient aux messages contradictoires de la Syrie. Tâtonnements, préliminaires qui précèdent des négociations officielles et diplomatiques - quand elles doivent avoir lieu. Ce qui a eu pour effet de faire entrer en scène d’une manière spectaculaire le Royaume Hachémite de Jordanie.

D’abord, il y eut la visite d’Ehoud Olmert en Jordanie. Ensuite, la vraie-fausse lettre que Bashar El Assad aurait remise au Roi Abdallah pour le Premier Ministre. Enfin, une cascade d’initiatives jordaniennes qui prirent de vitesse l’Égypte : demain, Haniye et Abou Mazen sont invités à se rencontrer a Amman - ce qui place le Roi Abdallah dans le rôle de médiateur actif, influent et privilégié. Par deux fois, il a fait une déclaration publique sur la réponse qu’Israël devrait donner a l’initiative syrienne. Aujourd’hui, dans une longue interview accordée a un journal japonais, le Roi présente carrément sa vision globale de la situation politique au Moyen-Orient. Quoiqu’il en soit de la suite des évènements, une chose est désormais certaine, à supposer que quelque chose puisse être certain au Moyen Orient : de nouveaux rapports de forces sont en train d’émerger, avec de nouvelles luttes d’intérêts ; les cartes politiques sont en train d’être redistribuées, qui feront de nouveaux perdants. Mais comme l’a dit le Roi Abdallah : tout le monde sera perdant si nous tombons de nouveau dans la guerre. L’ennemi commun est désigné : celui dont le nom devrait faire rougir de honte le monde civilisé.

Isabelle-Yaël Rose

28 décembre 2006

Il neige, rions !

Les Ministres des A.E d'Egypte et d'Israël,
Ahmed Aboul Gheit et Tzipi Livni
(photo A.P, Jérusalem 27 décembre 2006)

Décidément, vous allez trouver que je publie souvent des photos de Tzipi Livni. C'est vrai qu'elle a du charme, et qu'il faut bien compenser les clichés de l'antisémite à faciès de chimpanzé qui préside l'Iran ... Et puis j'ai particulièrement du plaisir à mettre en valeur les rencontres israélo-arabes, en partie parce qu'il ne faut pas désespérer, en partie parce que cela met en rage les internautes racistes de tous bords.

Je ne sais pas ce qui a mis la Ministre en joie, peut-être que son homologue égyptien avait fait une blague percutante, peut-être qu'il fallait se détendre un peu alors que le contexte est bien difficile. La veille, les bombardements du Djihad islamique avaient fait deux blessés graves à Sderot, et l'armée était priée de répliquer "ponctuellement, mais avec des limites" contre les lanceurs de Kassam : la quadrature du cercle ! Lors de mon émission du 17 décembre avec François Heisbourg, j'avais évoqué les 40 tonnes d'armements en provenance du Sinaï égyptien et à destination du Hamas, qui seraient rentrées cette année à Gaza. Faiblesse égyptienne ? Impuissance ou regards détournés ? "La région file un très mauvais coton" avait reconnu cet expert en géostratégie, pourtant connu pour sa prudence.

Une autre explication à cette bonne humeur (celle-là, bien concrète et politique), nous vient d’une information tombée ce matin : comme suite au « sommet » Olmert - Abou Mazen de samedi dernier - et sans doutes aussi à des échanges en coulisses avec Hosni Moubarak -, Israël a autorisé le transfert de 2000 fusils d’assaut et de larges quantités de munitions, en provenance d’Égypte. Ces armes ont transité par son territoire, avant d’être remises au poste frontière de Karni aux forces de sécurité palestiniennes loyales au Président de l’A.P : un exemple concret de coordination entre Israël et les « Arabes modérés », face aux islamistes qui veulent conquérir la région ... Il y a donc clairement deux guerres en pointillé à la frontière de Gaza : une "classique" entre Israéliens et Palestiniens, le Hamas se préparant sur le modèle et avec l'aide du Hezbollah ; l'autre, inter-palestinienne, inévitable si le Président Mahmoud Abbas veut vraiment négocier, ce que refuse furieusement "l'axe du mal" islamiste.

En attendant le déluge (il neigeait d'ailleurs sur Jérusalem ce mercredi), cela fait du bien de rire de bon cœur.

J.C

27 décembre 2006

Nouveaux liens, 2 : les blogs "de droite" ... et les inclassables

Suite de ma présentation des nouveautés en lien ... Aujourd’hui, je suis un peu plus gêné pour catégoriser certains blogs présentés, car le « politiquement correct » est tel, dans notre pays, que catégoriser « de droite » un média (sauf s’il s’en revendique fièrement) s’apparente à une insulte ! Je préciserai donc pourquoi j’ai rangé dans cette catégorie telle ou telle adresse - l’important étant, en quelques lignes, de vous donner vraiment envie de la visiter.

Carte de presse, le blog d’Alain Herthogue : cet authentique journaliste avait été « viré » du quotidien « La Croix » pour avoir écrit un livre dénonçant le traitement médiatique de l’invasion américaine de l’Irak en mars 2003. Faisant preuve d’une approche nuancée des conflits au Moyen-Orient (lire un exemple sur le blog), on le classe facilement « à droite ». A noter sur son blog la plus complète collection de liens sur des blogs et des sites pour suivre la présidentielle 2007 !

Le blog de Michel Gurfinkiel : là pas de doutes pour l’orientation ! Michel Gurfinkiel est l'un des plus brillants représentants du courant « libéral » (à prendre au sens européen du terme) ; président de l'Institut Jean-Jacques Rousseau, rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles », éditorialiste à la radio RCJ, il a une culture et une rigueur qui en impose - même lorsqu’il est souvent bien noir dans ses pronostics. Lire sur le blog.

Le blog de JC Durbant : étrangement hébergé par « Le Monde » qui est la citadelle du « politiquement correct » de gauche, ce blogueur engagé sous-titre son média « Tintin au pays des Soviets » ; il dénonce souvent (et là je le rejoins tout à fait) cet anti-américanisme pavlovien qui paralyse toute critique de « l’apaisement » vis-à-vis de la vague islamiste ; bonne recension d’articles anglo-saxons, avec extraits traduits.

Le blog de Daniel Sibony : voilà clairement un « inclassable » ! Psychanalyste, Daniel Sibony s’est fait connaître du grand public par des « rebonds » publiés par le quotidien de gauche « Libération ». Dans son blog (malheureusement peu souvent actualisé), il suit une ligne à la fois pessimiste et réaliste, plaçant l’inconscient au cœur du conflit israélo-arabe : ce serait en raison d’un profond malaise identitaire par rapport aux autres religions monothéistes que l’islam bascule dans la violence ... et une telle analyse suscite des commentaires furieux de certains lecteurs !

Le blog de Ludovic Monnerat : en fait il ne s’appelle pas « blog » mais se lit comme tel ; une mine d’information, visitée chaque jour par des milliers d’internautes ; cet officier supérieur d’active de l’armée suisse n’appartient pas (comme ses homologues français) à une « grande muette » et c’est heureux ; car il livre des analyses très fines des conflits ouverts (Irak, Liban) ou larvés (les émeutes en Europe annonciatrices de conflits « de basse intensité ») ; considéré comme « de droite » car il parle d’une guerre mondiale que le grand public refuse de voir !

Le blog d’Ofek, « sur l’autre rive » : voilà une adresse clairement de droite, qu’il s’agisse de politique intérieure française ou de relations internationales (à comprendre par : "pro-administration Bush") ; là-dessus, parmi des liens dans lesquels je ne me reconnais pas du tout figure mon blog ... preuve que ce webmaster a l’esprit ouvert ! Son jeune site est en tout cas très riche, avec beaucoup de vidéos et illustrations, ainsi qu’une sélection d’articles repris sur la Toile.

Le blog « freedomforegyptians » : en langue anglaise, tenu par une Egyptienne qui craint pour sa vie car on ne sait pas grand-chose sur elle, sinon qu’elle partage sa vie entre son pays natal et les États-Unis ; porte-parole des « libéraux » (ce qui dans le monde arabe signifie réclamer la démocratie, en opposition à la fois aux despotismes en place et aux islamistes), les orientalistes français la classeront donc ... à droite ! Son blog a eu un moment de célébrité en révélant la manipulation lors de l’affaire des caricatures de Mahomet. Lire sur le blog .

Le blog d’Ouriel : Ouriel Ohayon est un jeune et brillant israélien d’origine française, qui a déjà eu un parcours très riche : diplômé d’une école de commerce, il s’est très tôt passionné pour le « WEB2 » et les blogs, et il est souvent cité sur le site « paquebot » de son ami, Loïc Le Meur ; on trouve sur son blog (qui est parfaitement apolitique) des tas de « ficelles » utiles pour les blogueurs, mais aussi des vidéos, de la musique ... des tas de choses qui permettent d’oublier un peu l’actualité brûlante !

J.C

26 décembre 2006

Emirats : la femme est l'avenir de l'homme arabe !

Photo tirée du site du journal
Asharkalawsat ("le Moyen-Orient")

C'est une photo découverte sur le "memriblog" dont je vous parlerai très bientôt ... et elle-même tirée du journal "Ashark al Awsat", grand journal en langue arabe paraissant à Londres.
Cette jeune et jolie femme accueillie comme un vedette est la première femme élue député au parlement des Émirats Arabes Unis. Comme quoi tout arrive !

J.C

Nouveaux liens à découvrir, 1 : les blogs "de gauche"

Première série de nouveautés en lien, quinze adresses de blogs que je vais essayer de vous présenter rapidement. Mais d’abord une petite introduction. A force de « surfer » sur la Toile pour y dénicher des informations ici ou là, j’ai vite intégré les limites de l’exercice : en fait, merveilleux prototypes de la liberté absolue (les blogueurs sont des indépendants bénévoles qui écrivent pour le plaisir et ne sont pas « payés à la copie »), tous ces journaux personnels décryptent l’actualité selon la sensibilité politique de leurs auteurs ; et comme par hasard, ils vont mettre en lien d’autres blogs ou sites de même sensibilité ... et c’est ainsi que l’on tourne en rond, voire même que fleurissent des pseudo publications qui ne font que du « copié / collé » ! Prenons par exemple le monde musulman, qui est la thématique de mon émission et du blog associé : il y a deux voies extrêmes vers lesquelles je risque à chaque numéro de basculer, celle de l’eau de rose ou celle du catastrophisme. Cela, je l’ai déjà développé dans l'article écrit pour le premier anniversaire du blog . C’est pourquoi je lis la presse (Internet ou papier) de gauche comme de droite, histoire d’au moins connaître les arguments des uns et des autres, apprendre des choses nouvelles et me faire ma propre opinion sur chaque sujet. Une seule exception : les sites extrémistes, de gauche comme de droite, islamistes ou agressivement anti-musulmans, qu’il n’est pas question de cautionner en publiant leurs liens ; et étant bien entendu que le fait de mettre un lien ne signifie pas être un clone du blogueur associé, ni sympathiser avec tous les sites qu’il aura mis lui-même en lien ...
Ouf ! On peut donc commencer la liste. Aujourd’hui, avec les blogs « de gauche ». Suivront ensuite ceux « de droite » - et les inclassables.

Le blog de Caroline Fourest : fer de lance du combat laïc contre « le nouvel obscurantisme » qu’elle a parfaitement démonté, en publiant en particulier un livre sur Tariq Ramadan. La brillante chroniqueuse de « Charlie Hebdo », dont je vous avais donné un échantillon ici (lire l'article) vous propose de la suivre dans les médias, à travers des articles et des enregistrements radio - télé.

Le blog de Sylvain Attal : je vous ai déjà dit le bien que je pensais de ce journaliste, de sensibilité de gauche mais non sectaire, parfaitement lucide aussi vis-à-vis des illusions doctrinales des socialistes français. Ancien de « proche-orient.info » qui a fermé ses portes il y a trois mois, journaliste à la nouvelle chaîne télé internationale « France 24 », Sylvain Attal n’a semble-t-il pas le temps de réactualiser fréquemment son blog.

Le blog de Vinz : ce jeune (22 ans !) Grenoblois est très brillant, car on apprend beaucoup de choses en parcourant son site, grâce à des liens très denses à chaque article. Clairement de gauche, de tendance fabiusienne (voir ses liens), il a bien disséqué les troubles alliances comme celle de Dieudonné avec le F.N.

Le blog de Mikiane : moins politique, à la fois plus ludique et plein de charme, ce journal est celui de Michel Lévy Provençal, jeune (il est né en 1973 au Maroc) « artiste ingénieur » comme il se désigne joliment ... ce qui me donne envie de le connaître. Passionné d’Internet dès sa préhistoire, spécialiste des techniques informatiques, il publie sur son blog (au design très raffiné) des tas de choses intéressantes.

Egoblog, le blog de Tristan Mendès-France : encore plus clairement engagé (il est assistant parlementaire d’un sénateur socialiste), ce digne petit-fils d’un célèbre Président du Conseil jongle lui aussi avec les techniques informatiques : son blog est d’abord une collection très riche de vidéo reportages. Grand spécialiste de l’extrême droite, il a aussi été mon confrère sur la fréquence juive, puisqu’il a produit pendant cinq ans une émission (« le sens des mots ») sur RCJ.

Bigbangblog, le blog de Daniel Schneidermann et ses journalistes associés : je ne partage pas toutes les prises de position politiques de cet expert des médias, loin s’en faut. Mais j’apprécie sur France 5 « Arrêt sur image » et j'avais évoqué ici sa chronique dans "Libération", où il révélait un auteur iconoclaste à propos de Thierry Ardisson. A son image, le « bigbangblog » pose des tas de questions, irrite mais fait aussi avancer le débat.

Le blog de Jacques Attali : incontournable ; d’une culture encyclopédique, à l’image de ses innombrables livres que je suis loin d’avoir tous lus ... Attali reste à soixante ans passés un inoxydable rêveur (il vient de publier « Une brève histoire de l’avenir », Editions Fayard), lucide par rapport aux défis à relever, peut-être trop optimiste quand au fil de l’histoire - mais sinon, il ne serait pas de gauche !

J.C

25 décembre 2006

Un programme "light" pour la trêve des confiseurs ...

Photo tirée du site framboise78.fr

Quelques jours de repos bien mérités en cette fin d'année, comme la plupart d'entre vous sans doutes amis internautes. La mise à jour du blog sera donc "allégée", ce qui n'est pas au diapason de la période, plaisirs de la table s'entend ! Bien entendu, en cas d'évènements gravissimes il me sera possible de retourner au clavier pour vous donner mes sentiments à chaud. Et tout est possible : volonté des terroristes islamistes de gâcher les fêtes de fin d'année dans nos sociétés occidentales à la fois riches et fragiles - on a vu cela il y a une douzaine d'années avec le détournement de l'Airbus Alger-Paris à la veille de Noël, et la presse nous informe de projets de méga-attentats contre le tunnel sous la Manche ; dérapage irréversible au Moyen Orient, alors que l'on voit en pointillés une série de guerres civiles s'alimentant l'une l'autre, et que l'axe Téhéran - Hamas - Hezbollah jure de se venger des derniers coups subis (résolution du Conseil de Sécurité ; rencontre Olmert - Abou Mazen) ...

Je profiterai donc de ces jours sans articles nouveaux d'actualité (en principe) pour réactualiser la liste des liens qui en a bien besoin : adresses de blogs intéressants, la blogosphère étant devenue en 2006 avec l'explosion du "Web.2" une source irremplaçable d'information et de réflexion, que l'on ne trouve pas ailleurs (une fois triée, bien entendu, l'énorme masse des sites sans intérêt) ; nouveaux sites audiovisuels "généralistes", car aujourd'hui avec les "podcasts" les mondes de l'audiovisuel et de l'Internet sont obligés de se métisser entre eux ; sites de collectifs soutenant des causes dont on a souvent parlé sur ce blog ; sites portails ouvrant un vaste panorama d'adresses pour qui s'intéresse au monde musulman ; sites "militants" avec lesquels je peux ne me reconnaitre ... qu'en partie. C'est ainsi que je commenterai cette semaine chaque ajout de lien, en vous en donnant rapidement une présentation.

En ce qui concerne la prochaine émission : le moment du réveillon du jour de l'an (où beaucoup ont l'esprit à la fête) est traditionnellement l'occasion de passer une rediffusion. Hélas, hélas, je n'ai pas trouvé de sujet "léger" dans mes archives sonores. Et il m'a semblé nécessaire, aussi, de reparler d'une triste actualité dont je vous ai parlé régulièrement sur le blog : l'affaire des infirmières bulgares et du médecin palestinien, qui viennent à nouveau d'être condamnés à mort à Tripoli (voir "post" du 19 décembre).
Dimanche matin 31 décembre sera donc rediffusée l'interview de Maitre Emmanuel Altit, qui assura la défense des infirmières lors du procès en appel de 2005 (première diffusion le 15 janvier 2006).

Bonnes vacances à toute et tous et rendez-vous avec plein de nouveautés ... le mercredi 3 janvier !

J.C

24 décembre 2006

Lettre de Noël du père Emile Shoufani


Le père Emile Shouafani,
Archimandrite melkite de Nazareth

Introduction :
J’avais rendu hommage au père Emile Shoufani dès les premiers mois de publication du blog (lire l'article du 12 juin 2005). Dans ce « post », j’évoquais les efforts remarquables de cet homme d’Église, arabe, citoyen israélien, qui livre un pacifique combat pour que les jeunes Juifs et Arabes conservent des liens d’estime et de connaissance mutuelle. En France, son action a été révélée et soutenue par Jean Mouttapa, directeur de collection aux Éditions Albin Michel, que j'ai reçu à deux reprises à mon émission.
Jean Mouttapa diffuse cette « lettre de Noël » que je publie avec un grand plaisir, en adressant tous mes voeux aux lecteurs chrétiens !
J.C

« En ce temps de l’avent nous prions pour que l’ère de la réconciliation et de la sécurité s’installe dans notre pays. La cessation du feu entre Israéliens et Palestiniens nous apporte ces jours-ci un nouvel espoir qui pourra revivifier le processus de paix mettant fin à la violence, qui hâtera le retour des soldats et la libération des prisonniers. « Inch Allah ».

Début septembre, la rentrée scolaire fut très difficile après la guerre. Toutefois, en revenant à l’école, les élèves ont retrouvé la vie quotidienne ainsi que le lieu qui leur permet d’exprimer leurs peurs et leurs espérances. Il fallait donc donner à nos enfants la sécurité. Mais l’écroulement du mur d’enceinte du Séminaire St Joseph nous a pris par surprise juste au début de l’année scolaire, mettant en danger les élèves et les résidents du quartier. A ce jour nous sommes encore en train de lancer un appel urgent pour une aide financière. Malgré les difficultés, la force de vie émanant de nos jeunes nous a portés vers un renouveau de joie de vivre, dissipant la tristesse de la mort.

Fin octobre, les résultats du baccalauréat de l’année 2005-2006 ont été publiés. Nous avons été classés premiers de toutes les écoles juives et arabes par le Ministère de l’Education Nationale. 45 sur 113 élèves ont obtenu la mention « excellent ». Suite à ces résultats publiés dans la presse hébraïque et arabe, plusieurs officiels du Ministère ainsi que des directeurs d’écoles viennent voir le travail que nos professeurs, nos élèves et la direction réalisent ensemble.

L’Observatoire
- En collaboration avec l’Association Aérospatiale Israélienne et le Ministère de l’Education Nationale, notre Observatoire organise le premier colloque de Sciences Astronomiques sur l’évolution de l’enseignement de ces sciences dans les écoles. Ce colloque se tiendra chez nous en mars 2007.
- Un camp d’été consacré à l’astronomie a été organisé en Turquie cette année, réunissant 22 de nos élèves et 22 élèves venant d’écoles juives.

Le Conservatoire
- Le programme d’éducation musicale est orienté, dans sa totalité, vers la musique prise comme moyen d’ouverture de la société israélienne arabe tant vers l’intérieur du pays que vers le monde extérieur. Par le biais de la musique classique et de la musique arabe, notre but est de susciter une prise de conscience personnelle et collective.
- Pour l’année 2006-2007, nous nous proposons de promouvoir la connaissance musicale des élèves du Conservatoire en matière de théorie de la musique et de former des ensembles musicaux de niveau plus élevé. Le programme se fait en collaboration avec le Centre de Musique d’ Emek Jezréel (Kibboutz Mizrah).

Les Rencontres de Dialogue
Les échanges entre notre école et des écoles juives continuent :
Durant l'été 2006, 12 de nos élèves et des élèves juifs de Ramat Hasharon ont séjourné ensemble en Allemagne ; au cours du mois de décembre 2006, 150 élèves de l’école Leyada vont être reçus pendant deux jours chez nous à l’école et chez des habitants de Nazareth.
A travers ce choix de vie fondé sur ma foi en l’homme et sur la conviction qu'une nouvelle réalité est possible, je m'efforce de susciter une réflexion et une compréhension pouvant engendrer des chances de vie meilleure pour tous.
Je sais notre besoin à tous d’être libérés de la peur, de ne pas fonder notre vie sur la défensive et l’offensive, lesquels nous conditionnent à croire que la guerre peut apporter la paix. Ce regard condamne l’humanité à un avenir qui n'est que mort, souffrance et destruction.

Le conflit israélo-arabe n’est pas un conflit simplement géographique ou ethnique, religieux ou culturel, c’est un conflit de l’humain et de l’humanité, conflit entre deux peuples blessés dans leurs corps et dans leurs cœurs, dans leur dignité, leur histoire et dans leur existence. Je dirais que c’est l’histoire de l’humanité souffrante qui croit à l’anéantissement de l’autre pour exister, qui croit que la guerre peut apporter la paix.

L’appel que je lance en ce temps de Noël nous concerne tous en tant qu’êtres humains. Ce n’est pas par un effort extérieur que ce conflit peut trouver des solutions. C’est une exigence intérieure, personnelle et collective, celle qui refuse la force, l’occupation, le pouvoir, le mensonge et l’ignorance. C’est un cheminement qui émane de l’esprit de l’homme et de la qualité de son humanisme ; de ce que j’appelle l’homme créé à l’image de Dieu. C’est un appel pour aller plus loin dans la découverte de celui qui est à coté de moi, pour être témoin de la valeur humaine, de l’amour qui est seul susceptible d'inverser le fondement de la réalité présente et de créer de nouvelles voies pour l’entente entre les peuples. »

Il est temps.
NOEL DE PAIX

Emile Shoufani
Archimandrite melkite de Nazareth

Post-scriptum : les fêtes chrétienne de Noël et juive de Hanouka tombent toujours à la même époque, en 2005 c’était quasiment au même moment (lire l'article). Cette année, les bougies de Hanouka sont éteintes depuis hier, et on commence à poser les guirlandes sur les arbres de Noël. Les Musulmans fêteront, eux, l’Aïd à la fin de l’année civile ... et nous nous retrouverons tous, ensuite, pour la cérémonie des vœux !

23 décembre 2006

Enfin ! Le Conseil de Sécurité de l'ONU vient de voter à l'unanimité les sanctions contre l'Iran

Introduction :
Je reproduis ci-dessous l'article publié sur le site "lemonde.fr", lui-même tiré de dépêches AFP et Reuters. On n'y croyait plus en ce 23 décembre - comme au Père Noël ...
J.C

Le Conseil de sécurité des Nations unies a imposé, samedi 23 décembre, des sanctions à l'Iran touchant à ses programmes nucléaire et balistique, pour son refus de suspendre ses activités nucléaires sensibles. Dans une résolution adoptée à l'unanimité de ses quinze membres et numérotée 1737, le Conseil décide que l'Iran doit immédiatement "suspendre toutes ses activités nucléaires sensibles en termes de prolifération", de manière vérifiable par l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique).
Il décide que tous les Etats doivent "empêcher la livraison, la vente ou le transfert directs ou indirects à l'Iran (...) de tout matériel, équipement, bien et technologie qui puisse contribuer" aux activités de l'Iran dans les domaines nucléaire et balistique sensibles.
La résolution, fruit de deux mois de négociations acharnées entre les Occidentaux d'un côté, les Russes et les Chinois de l'autre, définit strictement ces activités comme étant "l'enrichissement d'uranium et le retraitement, les projets liés aux réacteurs à eau lourde et le développement des vecteurs de lancement d'armes nucléaires"
Le Conseil interdit aussi toute fourniture à l'Iran "d'assistance ou de formation technique, d'aide financière, d'investissement, de services financiers et tout transfert de ressources ou de services" liés à ces programmes. Il impose également un gel des avoirs financiers détenus à l'étranger par douze ressortissants iraniens et onze entités directement associés aux programmes nucléaire et balistique de l'Iran et dont les noms figurent en annexe de la résolution.
La résolution demande aux Etats de "faire preuve de vigilance" concernant l'entrée ou le transit sur leur territoire de personnes considérées comme impliquées dans les programmes iraniens sensibles et de notifier un comité ad hoc du Conseil de sécurité de l'entrée ou du passage sur leur territoire des douze personnes sus-nommées. Ces douze personnes, parmi lesquelles figure le général Yahia Rahim Safavi, commandant des Gardiens de la révolution, étaient visées, dans les premières versions de la résolution, par une interdiction stricte de voyager à l'étranger mais la Russie, qui a bataillé pendant des semaines pour adoucir les sanctions, a obtenu la suppression de cette mesure.
Le Conseil réclame un rapport au directeur général de l'AIEA dans les 60 jours pour savoir si l'Iran s'est conformé à la résolution. Il se dit prêt, au vu de ce rapport, à réviser ces mesures, afin de les suspendre, d'y mettre fin ou de les renforcer, selon que l'Iran aura suspendu ses activités d'enrichissement, satisfait totalement à ses obligations au regard des résolutions du Conseil de sécurité ou de l'AIEA, ou ignoré ces obligations.
Le Conseil précise avoir pris cette résolution au titre de l'article 41 du Chapitre VII de la Charte de l'ONU, qui prévoit des sanctions n'impliquant pas l'emploi de la force armée.

On trouvera en lien le texte intégral de la résolution 1737 du Conseil de Sécurité , publié sur le site « iran-resist ».

J.C

22 décembre 2006

"Face aux vociférations de l'Iran, l'Europe doit montrer son courage", par Pierre Besnaïnou

«Israël va bientôt disparaître. » Telle est donc la dernière menace de Mahmoud Ahmadinejad. Il ne se passe plus un jour sans que le président iranien ne s'attaque au peuple juif, à sa mémoire, ou à son État. Il y a peu, il orchestrait un concours d'humour sur la Shoah.
Chacun appréciera. À ce propos, l'humour français fait fureur au pays des mollahs qui vient de décerner le second prix de cette funeste compétition à l'un de nos concitoyens ...
Rappelons simplement ce que chacun sait : le président iranien est tout sauf un marginal, il est à la tête d'une nation de 70 millions d'habitants sur le point de disposer de l'arme nucléaire. Son ambition a le mérite d'être claire : nettoyer la Terre de l'État juif, comme Hitler souhaitait nettoyer la Terre des Juifs.
Pour mener à bien cette mission, l'Iran a essaimé au Proche-Orient de nombreuses filiales où la haine le dispute à la sauvagerie. Formé à la même école que son compère persan, Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, a ainsi pu affirmer : « Si tous les Juifs se rassemblaient en Israël, cela nous épargnerait d'avoir à les chercher partout dans le monde. » (Daily Star, Beyrouth, 23 octobre 2002).
Que l'on ne nous dise pas que ces propos ne doivent pas être pris au sérieux, qu'il s'agit de provocations, que leurs auteurs sont des fous. Pas à nous. Pas sur notre Vieux Continent qui porte encore en lui les stigmates de la haine. L'Europe a connu la guerre, la tragédie et la barbarie et elle sait, aujourd'hui plus qu'hier, à quelles horreurs mènent des discours comme ceux du président iranien et de ses affidés, et avec quelle bonne conscience ceux qui prononcent de telles paroles aujourd'hui se mettront à tuer des Juifs demain. Le devoir des chefs d'État européens est de porter haut et fort cette mémoire, en faisant barrage, sans silence, sans faiblesse et sans lâcheté, à ceux qui menacent l'avenir de l'humanité. Et de dénoncer ces propos pour ce qu'ils sont : une incitation au génocide sanctionnée par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1951 (article 3).
Il serait grand temps que le Conseil européen, qui se réunit jeudi et vendredi, dénonce dans les termes les plus forts le comportement innommable des dirigeants iraniens, et qu'il adopte les sanctions les plus vigoureuses à leur égard.
Oui, la civilisation perse a été une grande civilisation. Oui, tous les Iraniens ne soutiennent pas les errements de leur président. Et c'est justement par respect pour cette histoire prestigieuse et par solidarité avec les dissidents que la communauté internationale doit faire preuve d'une fermeté sans faille. Aussi, tant que le régime iranien maintient la même orientation, la dignité et l'honneur commandent que l'on ne discute pas avec lui. Ou qu'au moins, puisque, paraît-il, « on doit » parler avec tout le monde, on ait la décence de le faire à l'abri des caméras et avec le secret qu'exigent les missions infâmes.
Au lieu de cela, l'été dernier, le ministre français des Affaires étrangères avait jugé opportun de souligner « le rôle stabilisateur » de la République islamique d'Iran, lors d'une rencontre l'immortalisant aux côtés de son homologue iranien, Manouchehr Mottaki. Ce dernier comparait, il y a quelques jours, le sionisme au nazisme en ouverture de la conférence internationale sur l'Holocauste réunissant à Téhéran l'ensemble de la communauté négationniste. Cette initiative est effroyable, elle doit se lire à la lumière des déclarations appelant à la destruction de l'État hébreu. Le XXe siècle n'aurait donc été pour le peuple juif qu'une page blanche ...
Quand décidera-t-on que le temps de la diplomatie est passé ? Jusqu'à quand l'Europe se prêtera-t-elle au jeu du régime iranien ? Ce dernier a beau piétiner la mémoire de l'humanité, proférer des discours de haine proprement inouïs, narguer la communauté internationale, il ne suscite que de vagues condamnations de principe. La résignation paraît donc l'avoir emporté sur l'indignation. On connaît la suite : la résignation mène à l'indifférence, et l'indifférence à la passivité. Voilà pourquoi, dans le cas présent, la résignation est impossible et l'indifférence coupable : coupable à l'endroit d'Israël et du peuple juif, coupable pour la stabilité régionale et la paix mondiale, coupable, enfin, à l'égard des générations futures.
Fermons les yeux l'espace d'un instant et plaçons-nous en 1938 à la veille de la tragédie. Supposons que nous connaissions les événements tragiques qui allaient se dérouler dans le monde, quelle énergie et quels efforts n'aurions-nous pas déployés pour les éviter ? À présent, il est temps d'ouvrir les yeux.

Pierre Besnainou 
Président du Congrès Juif Européen
Le Figaro, 15 décembre 2006

21 décembre 2006

Huit sanctions immédiates contre l'Iran des Mollahs

Introduction :
Je vous avais rendu compte (post du 16 décembre) du colloque à Sciences Po organisé par "le Cercle" et par "l'appel aux dirigeants européens", et qui avait réuni plus de mille participants, venus écouter des personnalités prestigieuses. Il s'agissait de la première manifestation importante, en France, pour répondre aux menaces antisémites d'extermination de Mahmoud Ahmadinejad. Cette réunion s'est achevée par un nouvel appel "à la mise en œuvre immédiate de sanctions occidentales par des gouvernements responsables et lucides". Voici la liste des huit sanctions demandées. Et cela dans l'attente des "vraies" sanctions des grandes puissances qui devraient être annoncées (sauf coup de théâtre) très prochainement.
J.C

1. L'adoption d'un accord international afin d'opposer un refus absolu à toute réception de M. Ahmadinejad dans un pays étranger.
2. Un embargo effectif sur les ventes d'armes à l'Iran.
3. Un appel aux entreprises françaises afin qu'elles cessent d'investir en Iran.
4. Un embargo sur les produits raffinés du pétrole à destination de l'Iran.
5. Un embargo sur tout investissement dans les infrastructures pétrolières et gazières iraniennes.
6. Un embargo sur les transferts de technologie dans les domaines nucléaire et balistique ainsi qu'un gel des transactions financières qui s'y rapportent.
7. Un renforcement réel des pouvoirs des inspecteurs internationaux de l'AIEA sur le territoire iranien.
8. Le rappel concerté des ambassadeurs en poste en Iran pour protester contre les thèses négationnistes ouvertement professées par le régime iranien.

19 décembre 2006

Condamnés à mort de Tripoli : l'indignation et le dégoût !

Trois des condamnés à mort de Tripoli :
Ashraf Juma, Nazia Nenova
et Snezana Dimitrova (au fond) (photo AFP)

Il n’a fallu que quelques minutes ce matin au président du tribunal de Tripoli pour condamner à la peine capitale les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien, accusés d’avoir inoculé volontairement le virus du sida à 426 enfants libyens dans un hôpital de Benghazi.

Deuxième condamnation à mort, après celle de mai 2004 prononcée par un premier tribunal à Benghazi et cassée par la Cour suprême. Deuxième coup de massue asséné sur six innocents, emprisonnés depuis déjà presque 8 ans, et qui ont connu des sévices tels que, finalement, des aveux leur ont été extorqués. Cela, je vous l’avais raconté il y a déjà plus d'un an, alors que l’opinion publique internationale était peu informée de cette affaire

A propos des preuves scientifiques de leur innocence, je reproduis ci-dessous un extrait de la dépêche Associated Press en lien :
« Lors du premier procès, le Professeur Luc Montagnier, le chercheur français qui a co-découvert le virus du sida, avait témoigné que le VIH sévissait déjà à l'hôpital de Benghazi avant l'arrivée des infirmières bulgares en 1998. De nouvelles preuves ont été apportées en ce sens ce mois-ci, trop tard pour être présentées au deuxième procès. Dans son numéro du 6 décembre, la revue médicale "Nature" a publié des analyses des virus ayant infecté les enfants. L'information génétique du VIH change au cours du temps, ce qui en fait une véritable "horloge moléculaire". Conclusion de l'étude : les enfants ont contracté le virus du sida avant l'arrivée des infirmières bulgares et du médecin palestinien, peut-être même jusqu'à trois ans avant le début de leur contrat à Benghazi. »
Je vous avais également fait part de la campagne menée par un journaliste de "Nature", le Docteur Declan Butler (cliquer ici), et de la pétition signée par 114 Prix Nobel (et là).

Tout cela n’aura servi à rien, et on ressent vraiment de "l’indignation et du dégoût", pour reprendre les propos de Sylvie Vartan, la compatriote des cinq malheureuses infirmières. Pauvres femmes devenues les boucs émissaires de la gabegie hospitalière de ce pays arriéré, pourtant gorgé de pétrole et qui n’a qu’à s’en prendre à ses dirigeants au lieu de vomir sa haine contre - comme d’habitude, comme toujours - "l’autre", "l’étranger" !

Pourquoi ne pas le dire aussi ? Il y a une semaine, un autre pays musulman, l'Iran, crachait son mépris à la fois aux Juifs du monde entier, aux démocraties et à la vérité historique en réunissant une "conférence" de pseudo historiens négationnistes. Cette xénophobie hurlante, ce dénis irrationnel de la réalité, cette façon hideuse de faire la fête lorsque "l’autre" est promis à la mort (les familles des parties civiles ont chanté et dansé à l’annonce du verdict, comme ailleurs au Moyen Orient on distribue des pâtisseries et des bonbons après chaque attentat réussi), tout cela devient absolument insupportable.

Seul l’avocat libyen des infirmières, Maître Bizanti, vient sauver l’honneur bien malmené de son pays. Et seules les sordides tractations en coulisse (lire la dépêche Reuters en lien) permettent de ne pas perdre complètement espoir.

J.C

Roschdy Zem, quelqu'un de bien



Petite mise à jour postée le 24 juin 2009

Les visiteurs arrivant sur cet article étant - très probablement - des antisémites ayant fait une recherche du type « Roschdy Zem juif », je leur conseille d’aller directement sur un « post » récent où j’analyse ce qui a pu les conduire à se poser anxieusement une telle question ... peut-être seront-ils curieux de lire comment j’analyse la sauce blanche qui leur sert de cervelle ?
Aller sur ce lien

Mais bien sûr, il n’est pas inutile de lire l’article ci-dessous ... pour ceux qui ont un peu de curiosité ; ou qui ne sont pas vraiment des minus haineux !

J’avais découvert Roschdy Zem il y a déjà plusieurs années dans "Vivre au Paradis", un film d’une rare sincérité de Bourlem Guerdjou (1999). A voir comme un documentaire (il a d’ailleurs été tourné en noir et blanc), cette œuvre méconnue du grand public retraçait une période sombre de l’histoire contemporaine qui ne fait honneur ni à la France, ni à l’Algérie : comment au début des années 60, des centaines de milliers d’immigrés algériens vivant dans des conditions lamentables (l’action se déroule dans le bidonville de Nanterre, rasé depuis) ont connu à la fois les soubresauts de la fin de la guerre d’indépendance, et l’espoir vite déçu de retourner sur la terre natale - le jeune état ne faisant rien pour encourager, au contraire, le retour d’une population très pauvre et souvent mal vue car majoritairement kabyle. Dans ce film Roschdy Zem jouait avec beaucoup de vérité le rôle d’un « anti-héros », de la catégorie qui constitue toujours la majorité et que l’histoire officielle ne retient jamais : soucieux d’abord de faire vivre sa famille et de la loger, neutre par rapport à la lutte d’indépendance d’un peuple qui n’était plus vraiment le sien, refusant « l’impôt révolutionnaire » du F.L.N (dont l’évocation sans fard fait honneur au metteur en scène), mais ne s’engageant pas non plus du côté des Algériens pro français qui allaient payer un lourd tribu pendant le conflit ... C’est ainsi que j’ai découvert, au travers d’un personnage de cinéma, l’ambition de cet acteur original qui ne joue jamais les « Arabes de service » - trop méchants ou trop gentils.

On lira sa biographie sur "allociné". Fils d’immigré marocains, né à Gennevilliers, sa trajectoire personnelle l’a conduit a être un acteur français très complet, s’adaptant à des rôles dépassant les « partitions ethniques ». J’ai été ensuite très agréablement surpris de le voir jouer ... le rôle d’un père de famille israélien dans le très beau « Vas, vis et deviens » de Radu Mihaileanu (2005) - lire la fiche sur "Comme au cinéma". Je rappelle rapidement l’histoire : dans l’Ethiopie ravagée par la guerre civile et alors qu’Israël organise le sauvetage de ses « enfants noirs oubliés », une mère chrétienne pousse son fils à se déclarer juif pour le sauver de la famine et de la mort. L'enfant arrive en Terre Sainte. Il grandit avec la peur qu'on découvre son double secret et mensonge : ni juif, ni orphelin, seulement noir. Il découvrira l'amour, la judaïté et la culture occidentale, mais aussi le racisme et la guerre dans les Territoires occupés. Roschdy Zem a accepté de tourner le film en Israël à un moment où ce pays était particulièrement diabolisé en France, et c’était bien réconfortant de voir un « beur » dans un rôle si inattendu !

Plus près de nous, il vient de recevoir - avec ses camarades Djamel Debbouze, Sami Naceri et Sami Bouajila - un prix d’interprétation collectif au dernier festival de Cannes pour le film « Indigènes » qui a connu un très grand succès (lire la fiche du film).

Mais c’est à nouveau à propos des Juifs que Roschdy Zem vient de faire preuve d’un grand courage, à une période où - disons le sans langue de bois - la pire propagande antisémite vient du monde arabe. Pour son premier film, il a choisi de nous parler d’amour, et pas de n’importe lequel puisqu’il raconte l’histoire d’un couple réunissant une Juive (Cécile De France) et un Musulman (lui-même) : « Mauvaise foi » (dont les affiches ont inondé Paris ces derniers jours) raconte une histoire vraie, puisque lui-même vit en couple avec une jeune femme juive ! Je ne l’ai pas encore vu, mais Bernard Koch en dit beaucoup de bien sur Diasporablog et je vous invite à lire son article. Là-dessus, et même si l’histoire a une « Happy End » dans le film de Roschdy Zem, les histoires de couples mixtes finissent aussi souvent mal, et vous pourrez lire (ou relire) à ce sujet l’article que j’avais consacré au début de l’année à un autre beau film, celui-là très peu médiatisé, "La petite Jérusalem" de Karin Albou.

Jean Corcos

18 décembre 2006

La Syrie et l’Iran, ou : « quand la souris mange l’éléphant »

Introduction :
A côté des bruits de bottes qui montent de tout le Moyen-Orient, de Téhéran à Beyrouth en passant par Gaza, un curieux message d'ouverture vient d'être envoyé par la Syrie. Le gouvernement israélien semble bien partagé sur la question, d'autant plus que l'administration Bush ne semble pas pressée de desserrer l'étau autour de Damas ...
Isabelle-Yaël Rose m'envoie de Jérusalem une analyse très "pointue" sur ces développements, et qui apporte une bouffée d'optimisme en cette période troublée !
J.C

La semaine dernière, un officier des Renseignements Militaires israéliens expliquait comment la Syrie menait parallèlement des initiatives militaires et diplomatiques qui pouvaient sembler a première vue contradictoires : en même temps qu’elle s’armait de missiles longue-portée, et que l’on pouvait observer un " mouvement de troupes" à sa frontière commune avec Israël, la Syrie, au dire de l’officier, développait une intense activité diplomatique depuis les dernières semaines.

Hier, le Ministre des Affaires Étrangères syrien, qui parlait officiellement au nom du Président Assad, fit une déclaration qui permet de comprendre que la contradiction n’était en fait qu’une apparence. D’une certaine manière, il nous a donné le code : le Président Assad se déclare prêt à une reprise des négociations de paix avec Israël sans que la restitution du Golan fasse partie des conditions préalables. Est-ce à dire que les Syriens renoncent au Golan ? Non. Cela signifie seulement - et telle est la nouveauté de cette dernière déclaration - que la Syrie ne considère plus la question du Golan comme une condition à la discussion. Comment expliquer ce revirement ? Pourquoi maintenant ?

La Syrie faisait partie de cet "Axe du mal" définit par le Président Bush. Or, son amitié avec l’Iran commence à devenir pour le moins embarrassante. Ce n’est pas seulement qu’elle aura eu pour effet de l’isoler diplomatiquement, c’est aussi que le Président iranien est de plus en plus en difficulté : un sondage annonce des résultats catastrophiques aux élections municipales et à celles de "l'Assemblée des Experts" - institution religieuse capitale dans le mécanisme du pouvoir en Iran. Les déclarations toujours provocatrices d’Ahmadinejad rendent de plus en plus inévitables des sanctions de la Communauté Internationale, qui auront pour effet de l’isoler encore un peu plus du monde occidental mais aussi des pays arabes, tels que l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite. Bref, Ahmadinejad est probablement en train de perdre de l’influence, aussi bien dans son propre pays que dans le monde. D’où son repliement sur les organisations terroristes, telles celles qui sévissent en Afghanistan, qui ne fait qu’accélérer sa chute. Assad n’a donc pas intérêt à persévérer dans cette alliance : une alliance avec un perdant qui se met le monde à dos n’est pas intéressante. Les événements du Liban lui fournissent une autre raison pour retirer la caution de son nom.

Il semble que le coup d’État prémédité par le Hezbollah uni avec les forces chrétiennes de Michel Aoun soit en train d’avorter. Le gouvernement de Siniora ne plie pas. Or, que le Hezbollah soit de nouveau en train de subir un revers - le premier ayant été la guerre de cet été ; ou, qu’il soit amené à reconquérir une influence dans un futur gouvernement à constituer, de toutes façons, le mouvement chiite a davantage d’affinités avec Téhéran qu’avec Damas. Sans doute Assad souhaite-t-il voir le Hezbollah échouer - aujourd’hui - même s’il ne veut pas pour autant sa disparition : dans l’hypothèse d’un affaiblissement d’Ahmadinejad, la Syrie pourrait récupérer un Hezbollah placé pleinement sous son contrôle. C’est pourquoi Ehoud Olmert a répondu d’une manière relativement froide à la déclaration du Ministre des Affaires étrangères syrien : d’abord, il a exigé que Damas cesse le transfert d’armes au Liban ; ensuite, plus généralement, qu’elle mette un terme à son soutien au terrorisme.

Khaled Meschaal suit les événements qui agitent la bande de Gaza depuis ... Damas. Il est la carte palestinienne et sunnite de la Syrie. La guerre entre le Fatah et le Hamas est montée d’un cran cette semaine : assassinat par le Hamas des enfants d’un officiel Fatah des Services de Renseignements, tentative d’assassinat d’Ismaël Haniyé qui a conduit à la mort de l’un de ses gardes du corps. La concurrence entre Haniyé et Meschaal au sein du Hamas est grande. Au moins autant que celle qui oppose Mohammed Dahlan (Fatah) au Hamas à l’intérieur de Gaza. Pourtant, pour des raisons évidentes, Haniyé aura préféré faire porter la responsabilité de la tentative d’assassinat sur Dahlan : une condamnation à mort a été « validée ». Elle est d’autant plus à prendre au sérieux qu’en quinze jours à peine le discours d’Ismaël Haniyé s’est notablement durci tout en prenant un caractère religieux. C’est pourquoi hier soir, suite à des affrontements violents qui étaient comme une réponse du Hamas à la déclaration d’Abou Mazen (avancer les élections parlementaires et présidentielles), 5.000 hommes du Fatah se sont rassemblés à Gaza devant la maison de Mohammed Dahlan : l’homme est devenu une cible de premier ordre. Celui qui a tout à gagner de cette rivalité entre Haniyé et Dahlan est naturellement Meschaal qui tire les ficelles depuis sa retraite syrienne. Vu son pouvoir de nuisance sur la stabilité de la société palestinienne, et sur le processus de paix en son entier, la Syrie, si elle veut vraiment rejoindre le camp de la paix, aurait donc tout intérêt à ne plus l’héberger : il est une épine sous son pied.
Deux leçons peuvent dès aujourd’hui être tirées des violences qui ont eu lieu ces derniers jours : si Abou Mazen n’est pas un "homme fort" dans le sens oriental du terme, le Hamas a perdu beaucoup de terrain, lui aussi, dans la rue palestinienne. On se souviendra de ce qui avait fait le succès du Hamas : un réseau d’œuvres de charité, d’écoles, d’hôpitaux, etc. Or, grâce au boycott de la Communauté Européenne et des États-Unis, le Hamas n’a plus autant d’argent pour acheter et les hommes et les votes. Même si Haniyé est allé faire le tour de tous les pays-voyous de la planète - de l’Iran au Soudan en passant par la Syrie - il n’a pas pu collecter autant de fonds que ce qu’il aurait pu recevoir des États-Unis, d’Israël, et de l’Europe, dans le cadre d’accords internationaux. D’autant plus qu’Israël ne lui a pas permis de revenir à Gaza avec son trophée. Et, les Palestiniens, s’ils accusent Abou Mazen d’impuissance, sont maintenant également désabusés par un Hamas qui n’a pas plus fait la preuve qu’il était capable d’apporter la paix sociale, le développement économique, la prospérité. Tout cela montre deux choses : d’une part, qu’une réaction unie et cohérente du monde démocratique produit ses effets. D’autre part, que les Palestiniens sont en train de faire l’apprentissage - très lentement - du principe de réalité dont aucun peuple ne peut faire l’économie s’il veut exister durablement.

Grâce à la pression conjuguée des Américains et des Français, Assad est donc en train de changer son fusil d’épaule. La perspective d’une enquête internationale sur les circonstances de la mort de Rafik Hariri - et de six autres personnes - ne lui laisse pas beaucoup de choix. Pas plus que le suicide politique programmé du dictateur iranien qui s’en ira rejoindre son illustre prédécesseur en empruntant la même porte. Sans doute Assad a-t-il intérêt à renouer un dialogue avec Israël. Sans doute est-il en train de chercher une porte de sortie pour sauver son régime fragilisé. A chaque fois qu’un chef d’État arabe s’apprête à négocier avec Israël, il commence toujours par faire la démonstration de son pouvoir militaire. C’est pourquoi, à défaut de le prendre au mot quand il parle de paix, les pays démocratiques ont-ils intérêt à le sonder pour voir jusqu’où il est prêt à aller. Y compris dans les réformes intérieures d’un pays trop longtemps maltraité. Le petit Royaume de Jordanie est naturellement un exemple à indiquer. Il a payé le prix de la crédibilité : très cher.

Isabelle-Yaël RoseJ
érusalem, le 17 décembre 2006

17 décembre 2006

Contre la peste brune de Téhéran, quatre intellectuels à la tribune

A gauche : Christian Delacampagne,
à droite : Ezra Suleïman

A gauche : Elie Wiesel, à droite Roger-Pol Droit

Photos © IRENA ELSTER

Merci, Irena Elster, pour l'envoi de ces très belles photos de la tribune du colloque des intellectuels, prises à Sciences Po jeudi dernier. Dans mon "post" d'hier soir, je racontais combien les visages des intervenants étaient graves. Voilà des regards qui resteront imprimés pour toujours dans nos mémoires : l'angoisse, la gravité, mais aussi la détermination face à la folie ; on pourrait ainsi - abruptement - résumer le face à face imposé par la République Islamique d'Iran.

J.C

Premier boycott contre l’Iran après le sommet négationniste de Téhéran

Enfin !
Après l’ignominie de la pseudo « conférence » sur l’Holocauste organisée à Téhéran les 11 et 12 décembre, voilà une réaction concrète, qui va au-delà des regrets, condamnations ou déclarations creuses qui n’ont jamais eu le moindre effet sur les dirigeants iraniens.

Environ 40 Instituts de recherche européens et nord-américains ont décidé de suspendre tout contact avec « l’Institut Iranien pour les Études Politiques et Internationales » (IPIS), qui a organisé cette nauséabonde assemblée de négationnistes.

Je l’ai appris ce matin en découvrant un article sur le site du « Haaretz » (lire ici). Heureuse surprise, c’est une personnalité que j’ai eu l’honneur d’avoir comme invité cette semaine à mon émission, qui a organisé ce boycott ! François Heisbourg, président de « l’International Institute for Strategic Studies » de Londres et du « Geneva Center for Security Policy », conseiller spécial à la « Fondation pour la Recherche Stratégique », a répondu par téléphone à quelques questions du journal ; je résume ci-dessous ses propos :
- d’abord il s’agit d’une décision morale, et non politique ; il faut faire comprendre à Téhéran qu’il y a un prix à payer lorsqu’une « ligne rouge » est franchie ;
- ensuite ce boycott ne sera levé qu’après un rejet clair et net par les Iraniens des théories négationnistes ;
- enfin pour l’Institut de Téhéran, c’est l’équivalent d’une rupture des relations diplomatiques à l’échelle des pays ; or l’IPIS est la principale interface iranienne vis-à-vis des chercheurs étrangers, cette rupture leur fera donc un tort certain.

J.C