Notre radio

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30 novembre 2006

Le Liban, otage de l'offensive syro-iranienne au Proche-Orient, par Antoine Basbous

Introduction :
Antoine Basbous est directeur de l'Observatoire des Pays Arabes. Franco-libanais, il a toujours pris des positions très claires et courageuses alors que la Syrie occupait son pays d'origine ... et que la France, comme la communauté internationale et comme les partis politiques de Beyrouth toutes confessions confondues semblaient parfaitement s'en accommoder. Deux jours après l'assassinat du ministre Pierre Gemayel, il a publié dans le journal "Le Figaro" une tribune libre qui replace parfaitement l'évènement dans la géopolitique régionale.
J.C

Quelle coïncidence ! Depuis trente ans, les principales victimes d'assassinats politiques au Liban appartiennent à la mouvance souverainiste ! Du chef druze Kamal Joumblatt, tué en 1977, aux présidents maronites Bachir Gemayel (1982) et René Mouawad (1989), en passant par le premier ministre ­Rafic Hariri, l'intellectuel Samir Kassir et le député Gébran Tuéni (2005) et enfin Pierre Gemayel ... tous avaient en commun leur opposition à l'occupation et à l'hégémonie syriennes.

Les preuves irréfutables ont été réunies dans plusieurs assassinats : l'enquête a nommément identifié les officiers syriens qui avaient assassiné Joumblatt ; le meurtrier de Bachir Gemayel a été libéré par l'armée syrienne, dans la minute qui a suivi son retour à Beyrouth (1984) ; Mouawad a été carbonisé deux jours après avoir rejeté le gouver­nement que Damas voulait lui ­imposer ; l'assassinat de Hariri est intervenu suite aux menaces personnelles et répétées du président Assad et du chef de ses renseignements au Liban ... L'enquête internationale a identifié les commanditaires de ce dernier crime et a fait incarcérer les quatre généraux les plus proches de Damas, du président Lahoud et du Hezbollah.

Dès lors, on comprend mieux l'acharnement de ces parties contre la constitution du Tribunal international destiné à juger les assassins qui ont semé la mort depuis deux ans, au sein du camp indépendantiste. Si celles-ci n'avaient rien à se reprocher dans la dernière série de meurtres, pourquoi s'entêteraient-elles avec autant de détermination à torpiller le Tribunal international ? Et ce n'est pas fini : plusieurs obstacles peuvent encore entraver sa ratification. Le gouvernement libanais est au bord de l'incapacité. Après la démission des ministres chiites et l'assassinat de Pierre Gemayel, il suffit qu'un seul ministre disparaisse pour que le quorum requis des deux tiers ne soit pas atteint et que le gouvernement ne puisse pas approuver le Tribunal international.

Aussi, les présidents prosyriens, de la République et du Parlement, vont tout entreprendre pour faire avorter la ratification de ce Tribunal. Auquel cas, le Conseil de sécurité devrait le former, sous le chapitre VII, de façon contraignante, sans solliciter l'approbation des autorités libanaises.

Ne nous y trompons pas : le gouvernement issu des élections parlementaires de 2005 n'a jamais eu les moyens de gouverner. Il est bloqué par les détenteurs du vrai pouvoir : le président de la République qui doit tout à la Syrie ; le président du Parlement et la haute administration, hérités de l'époque de l'occupation syrienne ; le Hezbollah qui constitue un État dans l'État et qui obéit aux injonctions de ses maîtres syro-iraniens. Ce dernier n'a-t-il pas pris l'initiative de déclencher la guerre des 33 jours, en juillet, et ne poursuit-il pas, depuis, son « coup d'État » sournois à Beyrouth ?

L'échec de l'occupation américaine de l'Irak rejaillit sur l'avenir du Liban. L'Iran devient plus arrogant et plus pressé d'imposer son « croissant chiite ». Il accélère son offensive au Liban à travers son allié syrien. Le guide de la Révolution iranienne, Ali Khamenei, vient de fixer les objectifs stratégiques de l'alliance : contrôler le pouvoir à Beyrouth (après Bagdad) sous prétexte de vouloir infliger une défaite à Israël et aux États-Unis au Liban. Le chef du Hezbollah a exécuté l'ordre de son chef spirituel et a retiré les ministres chiites du gouvernement, délégitimant celui-ci sur les plans constitutionnel et religieux en le qualifiant de « gouvernement de l'ambassadeur américain ». Le premier ministre Fouad Siniora a compris le message et les menaces induites qui l'accompagnent. Il s'est enfermé au siège du gouvernement avec ses ministres pour échapper aux tueurs d'État et continuer à porter la cause indépendantiste.

À travers ses engagements depuis 2004 et l'adoption de la résolution 1559, la communauté internationale, sous l'impulsion de Paris et de Washington, cherche à restaurer la souveraineté du Liban. Elle vote des résolutions à l'ONU et mène un effort diplomatique intense. À l'opposé, l'axe syro-iranien se renforce au Liban : envoi d'armes et de munitions ; financement du Hezbollah ; soutien illimité au président Lahoud qui verrouille l'édifice institutionnel.

L'axe syro-iranien a été dopé par la généreuse proposition de ­James Baker de réhabiliter Damas et Téhéran pour stabiliser l'Irak. Faute d'avoir su ou voulu le briser, l'Amérique embrasserait demain ce qu'elle qualifiait hier « d'axe du Mal ». Damas fixe le prix de ce marché : son retour au Liban contre la stabilisation de l'Irak. Téhéran veut constituer son « croissant chiite », poursuivre son programme nucléaire et obtenir la reconnaissance de son rôle par Washington. Les vieilles méthodes des Alaouites en Syrie, éprouvées depuis trente-six ans, pourraient continuer à faire la preuve de leur efficacité.

Contrairement à ses homologues européens, le président Chirac a fini par comprendre combien il était vain de négocier avec Assad. Lequel se réjouit beaucoup du terme prochain du mandat du président français qui a été si longtemps compréhensif à l'égard de la dictature syrienne. Aujourd'hui, le vrai bras de fer oppose l'axe syro-iranien à la communauté arabe et internationale, avec le Liban pour théâtre. Les Libanais sont devenus la chair à canon de ce conflit qui les dépasse. La mouvance chiite radicale, qui considère l'Iranien Khamenei comme son Wali el-faghih (le vicaire du Prophète sur terre) et lui obéit aveuglément, est complètement investie dans le projet de « croissant chiite ». Le pire n'est pas derrière nous.

Antoine Basbous
Le Figaro, 23 novembre 2006

29 novembre 2006

"Le Moyen Orient face au XXIème siècle" : un colloque d'AFIDORA à l'Assemblée Nationale le 9 décembre

La remise des "Awards" d'Unilog Management
à l'équipe d'AFIDORA (février 2006)

D’abord quelques mots de présentation de « L’Association pour le Débat, l’Ouverture, la Rationalité et l’Analyse » (AFIDORA).

D’après sa présentation, l’AFIDORA née en octobre 2002 est une communauté de réflexion étudiante autour des questions de géopolitique du Moyen-Orient, essayant de rétablir un débat de raison sur les conflits y ayant cours. Cet objectif est servi par un effort intellectuel intense et constant, et un rejet de tout extrémisme. Les analystes de l'association s'efforcent, conformément à la charte de l’association, de tout mettre en œuvre pour apporter simultanément de la sérénité, de l'objectivité, de la distance critique ainsi que du recul historique, aussi bien dans leurs propres analyses que dans le traitement de l'information sur le Moyen-Orient. N'ignorant pas qu'en le contexte actuel, viser à apporter davantage de hauteur et de culture sur ce sujet relève en soi d'une démarche engagée, l'équipe se refuse à tout militantisme, tout en reconnaissant le tribut qu'elle doit à certains concepts-clés dans la pensée dite occidentale : rationalité, tolérance, laïcité, et souci constant d'indépendance et de liberté. Détail particulièrement sympathique : travaillent ensemble des jeunes universitaires d’origines et de confessions différentes, mais partageant ces mêmes valeurs.
Dans la pratique, AFIDORA articule son travail en trois démarches:1) Connaître l'histoire du Moyen-Orient 2) Mieux comprendre la géopolitique de la région 3) Décrypter les représentations des conflits y ayant cours.

En allant faire un tour sur leur site, qui est fort riche, vous y découvrirez des dossiers très complets sur les sujets les plus brûlants de cette région ravagée par les conflits : Liban, Iran, conflit israélo-palestinien ... L’AFIDORA a organisé des colloques de haut niveau, et (ce qui n’est pas une surprise) plusieurs intervenants ont par ailleurs été mes invités à « Rencontre ». Elle a reçu le premier prix d’Unilog Management pour son projet intitulé « Le tour du Moyen Orient en 180 jours », qui a pour ambition de faire connaître la région à plusieurs Grandes Écoles et Universités à travers un cycle de conférences.

Le samedi 9 décembre aura ainsi lieu à l’Assemblée Nationale un colloque intitulé le Moyen Orient face au XXIème siècle. Au programme :
- "Ressources naturelles et jeux d'influence au Moyen-Orient" (François Thual, Eric Laurent, Aymeric Chauprade)
- "Terrorisme, armements, alliances: les nouveaux enjeux de défense au Moyen-Orient" (Jean-Pierre Maulny, François Géré)
- "Les sociétés du Moyen-Orient face à la modernité" (Pierre Vermeren, Morad El-Hattab, Jean-Pierre Filiu)
- "Géopolitique du Moyen-Orient : le Grand Jeu a t-il commencé ?" (Christophe Boltanski, Denis Bauchard, Alexandre Adler, Alexandre Del Valle)

C’est avec un grand plaisir que j’ai accepté d’associer l’émission « Rencontre » au troisième débat ... où je retrouverais deux anciens invités, Pierre Vermeren et Morad El Hatab.

Bonne chance à l’équipe d’AFIDORA, et venez nombreux (inscriptions sur le site du colloque : http://www.afidora.com/colloque.html ).

J.C

28 novembre 2006

Discours du Pape, caricatures de Mahomet, affaire Redeker, voile islamique … nous en parlerons avec Mezri Haddad le 3 décembre sur Judaïques FM

Mezri Haddad est un universitaire, philosophe et spécialiste en théologie comparative. Il écrit notamment dans l’hebdomadaire tunisien « Réalités » (en lien permanent sur le blog), et j’ai eu le plaisir de le recevoir déjà deux fois à mon émission (ma dernière interview au mois de mars portait sur sa contribution à l’ouvrage collectif "La République brûle-t-elle ?" ).
Beaucoup d’auditeurs ont, d’après les échos que j’ai eu, fortement apprécié les propos courageux de ce jeune intellectuel d’origine musulmane qui n’hésite pas à fustiger la mouvance islamiste qui tente, avec une extrême violence, de prendre en otages les dizaines de millions d’observants d’un islam paisible. Il a écrit des tribunes libres, par exemple dans « Libération » le 26 septembre dernier - "Vrais et faux ennemis de l'islam", un « rebond » repris sur le blog. Il a dénoncé de façon virulente l’antisémitisme et le négationnisme du régime iranien, dans un article écrit spécialement pour le blog ("L'antisémitisme, "une tumeur cancéreuse" islamiste"). Cet article a été remarqué il y a quelques jours par le site de référence en langue anglaise MEMRI (« The Middle East Media Research Institute », en lien permanent), qui en a donné une traduction (lire ici). Miracle du Net ... non seulement j’ai eu de très nombreuses visites à partir de cette traduction (qui donnait la source en français), mais j’ai découvert qu’elle avait suscité des débats, par exemple sur le site américain "free republic", ou dans un forum de discussion musulman où la traduction de MEMRI est contestée ! Ainsi, entre parenthèses, ce modeste blog participe à des réflexions passionnées sur l’islamisme, qui est devenu le véritable « challenge » des démocraties occidentales en ce début de 21ème siècle.

Nous aurons donc beaucoup, beaucoup, de sujets à échanger avec Mezri Haddad lors de la prochaine émission du 3 décembre : Peut-on critiquer l’islam ? Comment interpréter les réactions violentes après l’affaire des caricatures de Mahomet ou la tribune de Robert Redeker dans « Le Figaro » ? Où en sont les relations entre islam et chrétienté après le discours du Pape à Ratisbonne ? Que penser de la propagation de tenues islamiques strictes (tchador, burqa, niqab) dans le monde musulman et maintenant en Europe ? Faut-il y apporter des restrictions aussi dans le domaine public, et pourquoi ? Et comment garder un espoir dans le dialogue inter religieux ? Une nouvelle émission passionnante en perspective !

J.C

24 novembre 2006

Beyrouth pleure et dénonce Damas

Portraits brûlés des Présidents
Bashar El Assad et Emile Lahoud



La foule en colère porte les photos des personnalités politiques assassinées depuis 30 ans

Ces deux photos de l'Agence Associated Press trouvées sur le site "yahoo news" résument les sentiments des centaines de milliers de Libanais qui ont crié leur douleur, à l'occasion des obsèques du Ministre Pierre Gemayel assassiné mardi 21 novembre. Alors que l'administration Bush - pressée par la nouvelle majorité démocrate - allait reprendre langue avec le régime sanguinaire syrien pour trouver une porte de sortie en Irak, alors que la diplomatie chiraquienne était revenue à ses vieux démons - en jouant la carte de l’apaisement face au Hezbollah et du harcèlement face à Israël -, ce crime va peut-être aider les uns et les autres à redevenir sérieux : l'heure est très grave pour les démocraties au Moyen Orient.

J.C

23 novembre 2006

Winnie l’ourson, Redeker et le Prophète

Lundi, je mettais en ligne le débat passionnant de « mots croisés » sur l’islam et la critique.
S’il y a quelque chose d’insupportable dans les affaires Redeker ou autres, c’est bien ces dénonciations d'islamophobie à chaque fois que la moindre allusion est faite aux épisodes violents de l’histoire musulmane. Comme si la marche de l’humanité était un long chemin de Croix, tandis que l’islam (religion et/ou civilisation) n’avait entraîné dans son sillage que douceur et amour du prochain. Ce « politiquement correct », jamais imposé à propos de n’importe autre culture ou religion et qui est distillé quotidiennement dans la majorité des grands médias, a été heureusement égratigné par deux plumes acides dont je publie des extraits ci-dessous, celle de Gérard Biard dans « Charlie Hebdo » et de Guy Konopnicki dans « Marianne ».

« Fallait pas provoquer », éditorial de Gérard Biard dans « Charlie Hebdo » du 4 octobre 2006.
" La cause est entendue : Dieu et ses prophètes, quel que soit le nom de scène qu’ils empruntent, sont amour. Quiconque ose prétendre le contraire mérite de griller dans les chaudrons de Satan, qui lui, en revanche, n’est pas un type sympa. Et il est désormais acquis que lorsqu’Ils se produisent sous l’appellation d’Allah ou de Mahomet la sentence ne souffre aucune dérogation. Si on a le malheur d’insinuer que le Coran, ce n’est pas franchement « les Aventures de Winnie l’ourson » et que ses héros sont plus des viandards que des poètes, on se retrouve avec sa photo et ses coordonnées sur Internet, assorties d’une condamnation à mort (...)."

« Le Mouvement de respect d’Allah et du Prophète » éditorial de Guy Konopnicki dans « Marianne » du 7 octobre 2006.
"(...) Notre ami Robert Redeker, car c’est un ami, qui, de ce fait, ne nous oblige pas à partager toutes ses thèses, reprend la vision voltairienne de Mahomet. Il le définit donc comme un chef de guerre, pillard et massacreur de juifs. Définition qui convient, aussi, aux preux chevaliers des croisades, qui furent pillards, tueurs de juifs, de musulmans et même de chrétiens appartenant à d’autres obédiences. Or, on ne risque pas d’être dénoncé, menacé de mort de mort sur le Net, en écrivant que la croisade contre les albigeois fut un ignoble massacre ou que le roi Louis XI, dit Saint Louis, fit exterminer les juifs en partant pour la croisade. En ces époques de fer, le cimeterre des cavaliers d’Allah n’était pas plus tendre que l’épée des croisés. Il s’agit d’histoire et on ne voit pas en quoi le MRAP peut être concerné. Des équipées lancées par Mahomet à l’effondrement de l’Empire ottoman, l’histoire fut violente. Robert Redeker s’y réfère. On le menace donc de mort (...)"

J.C

22 novembre 2006

Après l'assassinat de Pierre Gemayel : terreur sur le Liban

L'ancien président libanais Amine Gemayel et son fils Pierre.
Pierre Gemayel, ministre de l'industrie, a été
assassiné mardi 21 novembre
(photo tirée du site www.meib.org)

Il y a quelques semaines, je recevais le journaliste franco-libanais Chawki Freiha et nous avions parlé de son pays (voir post du 31 octobre). Échangeant des mails il y a quelques jours, je lui faisais remarquer que notre émission avait peut-être été programmée trop tôt, car l’Histoire s’est accélérée depuis - Hassan Nasrallah, le redoutable chef du Hezbollah, venait de commencer une campagne de chantage, disant en gros : « ou bien vous nous donnez une minorité de blocage dans le gouvernement, ou bien il n’y aura plus de gouvernement possible ». Et, dans la foulée, les cinq ministres chiites démissionnaient du cabinet Siniora. Avec le départ d’un ministre chrétien favorable à la Syrie, et après l’assassinat hier de Pierre Gemayel, jeune ministre de l’industrie de 34 ans, le gouvernement risque très vite de tomber pour des raisons d'arithmétique constitutionnelle. Ainsi, qu’il s’agisse d’une initiative du redoutable Nasrallah, d’une action téléguidée de Damas, de Téhéran ou des deux à la fois, le cauchemar d’une gouvernement pro-occidental renversé et d’un Liban satellisé par les plus extrémistes du monde musulman risque de devenir réalité !

Je vous parlais ici la semaine dernière du site http://www.mediarabe.info/ que venait de lancer Chawki Freiha avec des amis journalistes, et je vous invite à le suivre en ces jours terribles : faisant preuve de beaucoup de lucidité, il titrait déjà mercredi dernier de manière prophétique : "le Liban au bord du précipice" ! Pour lui, les choses sont claires : la Syrie est en train de reprendre la main à Beyrouth, après en avoir été chassée suite à l’assassinat de l’ex-premier ministre Rafic Hariri et au « mouvement du 14 mars ». Parlant des tentatives américaines et européennes d’amadouer Damas, il avait dit - de façon très imagée - à mon micro qu’il ne fallait pas chercher à « appâter » ce pays : « la Syrie, elle mange l’appât et elle pisse sur l’hameçon ! ».
A propos des menaces syriennes, je me souviens de l'interview de Walid Joumblat au « Wall Street Journal » en pleine guerre entre Hezbollah et Israël, interview dont je vous avais donné une traduction partielle sur le blog. Le leader druze y disait en particulier :
« J’ai peur qu’à cause du chaos au Liban aujourd’hui, la Syrie essaye d’assassiner des gens ici, moi y compris, mais aussi le Premier Ministre Siniora (...) Ou il survivra, ou nous devrons accepter le coup d’état fomenté par la Syrie et l’Iran ».
Dans ce même post, je vous donnais aussi un lien sur les biographies des principales personnalités politiques libanaises : je vous invite à vous y référer à nouveau, alors que la famille Gemayel vient à nouveau d’être durement frappée. Et je me souviens comme d’hier de l’assassinat de Béchir, assassiné déjà par les pro Syriens qui ne l’ont pas laissé signer la Paix avec Israël au lendemain de la campagne du Liban à l’été 1982. Le jeune Pierre a été tué à peu près au même âge que son oncle. Il portait le prénom de son grand-père, « Cheikh Pierre », le fondateur du grand parti chrétien des Kataeb. L’orientaliste franco-libanais Antoine Sfeir m’avait confié que l’héritier Gemayel était particulièrement brillant ... encore une dynastie brisée, et les biographies que vous lirez retracent en lettres de sang l’Histoire contemporaine du « Pays du Cèdre », avec le lugubre cortège des personnalités assassinés appartenant aux grandes familles Chamoun, Gemayel, Frangié et Joumblat. Plus près de nous, l’année 2005 avait déjà été marquée par d’autres évènements tragiques sur la scène libanaise, qui ont été rapportés sur le blog : l'attentat contre May Chidiac, journaliste vedette de la télévision libanaise ; et l'assassinat de Gebrane Tueni

Enfin et parmi les condamnations unanimes de cet assassinat, j’ai relevé dans le journal « Haaretz » les propos de Tzipi Livni, ministre israélien des affaires étrangères, propos tenus lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue à Londres, où elle était en visite : « Ce meurtre illustre le combat en cours entre modérés et extrémistes dans la région » (...) « Ces nouvelles du Liban sont un exemple de ce que nous avons en face de nous (...) le rôle négatif de la Syrie n’est ni nouveau, ni top secret ».

J.C

20 novembre 2006

Un débat passionnant sur "Mots croisés" : l'islam face à la critique

« L’affaire Redeker » a fait des vagues pendant plusieurs semaines. J’avais publié le 4 octobre un texte de Sonja Riviere que j’invite à découvrir ceux qui ne l’auraient pas encore lu, ainsi qu’une adresse pour signer la pétition de soutien en faveur de ce professeur menacé de mort, et qui a du fuir sa maison et son poste à l’Éducation Nationale.
L’excellente émission "Mots croisés", sur France 2, a consacré le 16 octobre dernier une émission suite à cette affaire, et dont le titre était « L’islam face à la critique ». Yves Calvi avait réuni un très beau plateau pour le débat :
- Alain Madelin, député Ile-et-Villaine (UMP) ;
- Vincent Peillon, député européen (PS) ;
- Caroline Fourest, essayiste et journaliste à "Charlie Hebdo" ;
- Rachida Khalil, comédienne ;
- Frédéric Lenoir, philosophe et sociologue, directeur de la rédaction du "Monde des Religions" ;
- Abdennour Bidar, professeur de philosophie ;
- Mahmoud Doua, membre de l’UOIF, enseignant en anthropologie et sciences politiques à l’université de Bordeaux ;
- Jean-Marc Roubaud, député du Gard (UMP) , auteur de la proposition de loi visant à interdire le blasphème.

Voici la vidéo complète de l’émission.

J.C
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L'islam face à la critique
Vidéo envoyée par prochoix

18 novembre 2006

Quand Jean-Paul Brighelli dit ses quatre vérités à certains enseignants, adeptes de la « nouvelle pédagogie » et collaborateurs de l’islam radical

Jean-Paul Brighelli
(photo Claude Stéphan)
Jean-Paul Brighelli est normalien, agrégé de lettres et professeur en classes préparatoires. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages « coups de poing » sur le délitement de l’enseignement en France, et en particulier de « La fabrique du crétin » qui a été un grand succès de librairie (en lien une page d'information sur l'ouvrage). On l’a vu, depuis, dans plusieurs plateaux télévisés, et je me souviens en particulier d’une récente empoignade avec Tarik Ramadan dans l’émission de Franz Olivier Gisbert sur France 5 : c’est que, au-delà de sa défense passionnée d’un enseignement de qualité, au-delà de sa colère face aux désastres engendrés par les nouvelles pédagogies et les « IUFM », cet enseignant est d’abord un républicain farouche (socialiste fabiusien entre parenthèses, donc fort déçu par le triomphe de Ségolène Royal au P.S ...).

Jean-Paul Brighelli n’en peut plus, aussi, de voir les mêmes responsables de l’éducation nationale collaborer, moitié par conviction idéologique pseudo « tiers-mondiste », moitié par veulerie, avec les pires islamistes qui empêchent les jeunes musulmans de s’intégrer dans le moule de l’école. Ces jeunes, d’origine maghrébine ou africaine, vivent en majorité dans des banlieues défavorisées, ces "territoires perdus de la République" (voir sur le blog) pour reprendre le titre d’un autre ouvrage qui avait fait grand bruit et qui avait été évoqué lors d’une émission de ma série, en novembre 2003, avec l’un des auteurs, Barbara Lefebvre, également enseignante. Dans cet article que vous pourrez lire ou relire, je donnais également un lien sur le rapport Obin, rédigé par l’inspection générale de l’éducation nationale et consacré aux « quartiers sensibles ». Un véritable cri d’alarme, resté confidentiel jusqu’à sa publication sous forme d’un livre accompagnée d’articles d’une vingtaine d’auteurs - dont justement Jean-Paul Brighelli - sous le titre "L'école face à l'obscurantisme religieux" (voir présentation en lien).

Notre bouillant professeur a lui-même un blog - décidément, tout le monde en a un pour faire avancer ses idées ! Son titre est ... "bonnet d'âne". En attendant de le découvrir, vous pouvez vous régaler avec cet extrait d’article où il dit ses quatre vérités aux enseignants « collabos de l’islam radical » dans notre pays (lien sur l'article complet).

« (...) Et c’est, en définitive, l’accusation la plus grave que je pourrais porter contre la Nouvelle Pédagogie - qui n’a rien de nouveau, au fond, parce qu’elle n’est qu’une réactivation de la vieille tendance à la collaboration. À grands coups de débats, de « discours » réputés tous équivalents, de refus de la hiérarchie dans la pensée, de démissions et de dénis, on a ouvert la porte de ces jeunes cervelles à des idéologies monstrueuses. Le rapport Obin, qui ne remonte qu’à 2004 (et qui vient opportunément de paraître, sous le titre « L’Ecole face à l’obscurantisme religieux » - avec quelques contributions intéressantes, toutes signées de femmes et d’hommes de la gauche républicaine, quand ce n’est pas d’extrême-gauche) dénonçait déjà la main - mise des extrémistes religieux de toutes farines sur des secteurs entiers de l’éducation. On n’a pas légiféré en 2004 contre « quelques voiles », comme tu le dis : on a essayé de sauver la République. Mais ce que l’on a fait sortir par la porte - les signes religieux identitaires - est rentré par la fenêtre, parce que personne n’a le courage de s’opposer à des petits ignorants qui croient que le Jihad est un devoir sacré, ou que le 11 septembre est un jour de fête. Ou que la guerre d’Algérie fut menée par les bons (le FLN - voir ce qu’il est devenu, au pouvoir) contre les méchants (les Céfrancs). Et les 200 000 harkis massacrés dans des conditions ignobles par les « résistants » algériens de la onzième heure, ils étaient quoi ? L’Histoire est un produit dangereux à manipuler, et ce n’est pas sans raison que les Britanniques n’incluent pas dans leurs programmes scolaires celle des trente dernières années. Ni toi ni moi n’avons étudié la décolonisation - l’actualité de nos années-lycées -, ni la guerre froide. Cela ne nous a pas empêchés d’avoir sur ces événements des avis parfois fort lucides. Et sais-tu pourquoi ? Parce que nous étudiions alors l’Histoire antique bien plus que l’histoire moderne, et que le vrai apprentissage à la citoyenneté, il se trouve dans les écrits de Démosthène, de Xénophon ou de Cicéron bien plus que dans les articles dans le Monde de Tariq Ramadan, ce faux modéré qui prêche une suspension de la lapidation - et se fait applaudir par une gauche transie de culpabilité, alors qu’elle devrait voter son expulsion du territoire.Si je pense qu’il est aujourd’hui urgent d’aborder ces problèmes, c’est justement pour ne pas les laisser aux mains de ceux qui, à l’extrême - droite, en tireront des thèmes passionnels - c’est-à-dire racistes. Ceux qui, à gauche, ne comprennent pas cette urgence sont objectivement complices d’un retour à la barbarie. On a commencé par ne plus apprendre le français (et il n’y en a qu’un, je te signale - il n’y a pas « diversité de langues » à l’intérieur d’une même culture) à des jeunes déboussolés, on a exalté la langue des cités au lieu d’apprendre celle de la Cité, on a caressé les abominations dans le sens du poil - pour quoi faire ? Pour qu’un jeune Juif se fasse enlever, séquestrer, torturer et finalement assassiner à Bagneux ? Pour qu’une jeune fille se fasse brûler vive ? Pour qu’un mari agresse l’obstétricien qui voulait examiner sa femme sur le point d’accoucher ? (...) »

J.C

17 novembre 2006

L’émission « Rencontre », (2) : de quoi parlons-nous ?

Introduction :
Suite et fin des extraits de mon intervention du 10 septembre à l’antenne de Judaïques FM, à l’occasion du 200ème numéro de l'émission.
J.C

« (...) Alors nous parlons de sujets bien divers, et à nouveau je voudrais vous donner quelques statistiques.

D’abord à ceux qui nous entendent mais ne veulent pas écouter ce qui se dit, nous n’avons jamais nié la gravité des évènements ni servi une production à l’eau de rose : 5 émissions ont été consacrées à l’antisémitisme d’origine musulmane en France ; 18 émissions ont été consacrées à l’islamisme, avec 4 témoignages d’intellectuels musulmans, dans 3 émissions on a décortiqué cette idéologie totalitaire, et dans 7 autres nous avons analysé le phénomène dans sa dimension internationale. Ce qu’il est important de comprendre, c’est que lorsque l’on a un ennemi implacable - et l’islamisme est un ennemi implacable pour le peuple juif - , lorsque donc on a identifié un ennemi pareil, et bien il faut le connaître, l’appréhender, savoir ce qui se passe dans sa tête, essayer d’imaginer sa tactique, essayer de décrypter ses messages ; et si il y a encore des auditeurs qui ne le comprennent pas, et bien c’est désolant. Si il y a des gens qui confondent l’empathie (c'est-à-dire le fait de se mettre à la place des autres) avec la sympathie, et bien c’est également désolant.

Décrypter, c’est aussi précéder l’évènement et ne pas passer des heures à le commenter quand il a eu lieu. Je vous donne quelques exemples : il y a quinze mois j’avais comme invité un universitaire franco-libanais, Khattar Abou Diab ; à l’ époque personne ne parlait du Hezbollah, aucune radio juive ne s’était appesantie sur la résolution 1559 de l’ONU, et bien j’avais soulevé cette question ; en décembre 2002, j’ai eu un autre universitaire comme invité, celui-là d’origine irakienne, le professeur Halkawt Hakem et il avait prévu plusieurs mois à l’avance l’effondrement de l’armée de Saddam ; en janvier 2001, Alexandre Adler avait, à notre émission, prédit avant le 11 septembre, que le principal adversaire des États-Unis était l’extrémisme arabe, et que cet extrémisme allait avoir des alliés en France, par haine de l’Amérique.

Ensuite, quand nous parlons du monde musulman, il faut bien avoir en tête que l’on évoque plus d’un milliard d’habitants, et que chaque pays a une histoire, une géopolitique, une société qui sont spécifiques. « Rencontre » a consacré à ce jour 32 émissions à un véritable tour de cet univers, on a eu par exemple 3 émissions sur l’Égypte, 4 sur l’Algérie, 4 sur l’Iran, 5 sur l’Irak, 3 sur le Liban - et vous vous rendez bien compte que nous allons reparler de certains pays, sans doutes plus du Moyen Orient et moins du Maghreb. Mais ce qui, à mon avis, fait aussi l’originalité de notre série, c’est le fait que au-delà de l’actualité brûlante, au-delà des guerres, des attentats, de la surface de la politique, j’ai essayé dans plusieurs numéros d’aborder avec des invités de qualité, des sujets transverses, de comprendre ces sociétés de l’intérieur : « Monde arabe et modernité », « Islam et démocratie », « Les médias arabes », « Que pensent les musulmans ? », « L’esclavage dans le monde musulman » - autant de sujets qui ne sont presque jamais abordés dans nos grands médias nationaux, et très peu aussi sur les stations de la fréquence juive où - excusez un peu la brutalité de mon propos - on discute au millimètre près de la politique intérieure israélienne, et on analyse très peu ce que pensent les voisins directs de l’état juif. Voyez-vous, pour préparer ces émissions je passe aussi des heures à lire sur Internet la presse israélienne, et je suis frappé par les articles d’experts réputés sur le monde arabe ou sur l’Iran : je ne crois pas que là-bas, où ils sont aux premières loges, on entende des commentaires aussi stupides que ceux d’auditeurs qui m’ont appelé, après des émissions, pour me reprocher de parler trop de ces pays.

J’ai aussi ouvert cette émission aux minorités, et je suis très heureux de l’avoir fait, parce que le monde musulman n’est pas une entité monolithique, homogène. J’ai eu des invités kurdes, kabyles, druzes, chrétiens orientaux, bahaïs.

Nous avons été sans doutes la seule station juive à consacrer deux pleines émissions au Soudan - parce qu'il faut être logique : on ne peut, à la fois, reprocher aux grands médias d’ignorer les centaines de milliers de morts là-bas et de ne parler que du conflit israélo-arabe, et puis d’une autre côté, nous radios juives, faire exactement comme eux ! (...)»

Jean Corcos

16 novembre 2006

L’émission « Rencontre », (1) : des origines à aujourd’hui

Introduction :
Le 10 septembre dernier, j’ai donc, seul et en direct, fêté le deux centième numéro de « Rencontre » (voir article sur le blog, et le Quiz sur les invités) ! Il m’a semblé nécessaire de rappeler un peu l’historique de cette production, car en recueillant des propos, ici ou là, j’ai malheureusement l’impression que trop d’auditeurs n’ont pas suivi son évolution. Ci-dessous un extrait du texte lu, en guise d’explication ...
J.C

« (...) Alors « Rencontre » est née en 1997, à l’initiative de mon ami Emile Moatti et de moi-même, qui étions alors membres du bureau du Mouvement SIONA et cette création s’inscrivait dans une initiative, à ce moment là fortement soutenue par SIONA, qui était de promouvoir le dialogue avec les Musulmans. Rappelons que, à l’époque, j’allais dire « au siècle dernier » parce que vraiment on a l’impression que cela se passait il y a un siècle, les accords d’Oslo étaient le cadre de coexistence signés entre les dirigeants israéliens et palestiniens ; on se disait que la Paix prendrait du temps, mais enfin peu de monde imaginait la violence de la deuxième Intifada ; quasiment personne n’avait entendu parler de Ben Laden ni d’Al-Qaïda ; et surtout, et si on considère le contexte français, la communauté juive n’avait pas encore connu les agressions antisémites de la part d’une partie de la jeunesse musulmane, qui ont marqué le début des années 2000. Alors cette émission avait comme vocation naturelle le dialogue, la connaissance réciproque, le rapprochement entre Juifs et Musulmans, d’où son nom, « Rencontre ». Et je dois rendre hommage à Emile Moatti, qui a œuvré pour le rapprochement interreligieux depuis trente ans, qui est énormément connu et apprécié au sommet de toutes les Églises de France, j’allais dire jusqu’au sommet de l’État puisque j’ai assisté il y a deux ans à sa remise de légion d’honneur par Nicolas Sarkozy.

Pour en donner un rapide bilan, je dirai que 39 émissions ont été consacrées à toutes ces formes de dialogue, on a essayé de soutenir de notre mieux toutes les associations qui en faisaient la promotion : l’ADAJUM qui a été une tentative avortée avec l’appui au départ de SIONA ; puis la nouvelle association crée par le Rabbin Michel Serfaty et qui est soutenue, il faut le souligner par le Consistoire Israélite de Paris et par le CRIF ; on a parlé de dialogue interreligieux, de dialogue entre associations, médecins, scouts, jeunes, etc. Je ne crois pas - et je le dis à l’adresse d’une grande partie de la communauté qui a été écœurée par le climat délétère que nous connaissons ces dernières années - je ne crois pas que l’on ait à rougir d’avoir tendu la main, même si on peut nous accuser, après coup, de naïveté.

Et puis, est arrivé le « tournant du siècle » comme je le disais, le 21ème siècle qui a commencé si dangereusement avec le début de la deuxième Intifada en octobre 2000, et puis ensuite le 11 septembre 2001. Et là, l’islam, le monde musulman, ont cessé d’être des thèmes exotiques pour occuper le devant de la scène. Clairement, sur chaque sujet - qu’il s’agisse de l’avenir de la France après la révolte des banlieues en novembre 2005, de l’avenir de la communauté juive de France avec les agressions antisémites venant d’une partie de la jeunesse d’origine immigrée, de l’avenir d’Israël avec l’arrivée en force du Hamas ou de l’avenir à la fois du Monde et d’Israël, avec les menaces terroristes et la course nucléaire de l’Iran, sur chaque sujet d’actualité, on retrouve l’islam. Aujourd’hui, la presque totalité des conflits sur la planète engage des musulmans. Aujourd’hui, et même si les Français sont ignorants, ou conformistes, ou d’un pacifisme bêlant et manipulé, nos compatriotes seront obligés de se sentir concernés par ce choc Islam - Occident, avec la présence de troupes françaises au Liban ...
Alors autant vous dire, qu’une émission consacrée à la connaissance du monde musulman est plus que nécessaire, et je dois dire que seulement 25 minutes tous les quinze jours, ce n’est pas beaucoup !

Amis auditeurs, ceux qui suivent régulièrement cette série vous l’avez bien senti, le ton de l’émission et les sujets ont donc bien évolué depuis le début. La musique d’intro, le « jingle » qui était une chanson arabe joyeuse reprise par Zahava Ben, a été remplacée par l’air envoûtant du film « Lawrence d’Arabie ». Après Émile Moatti qui m’avait aidé au début et qui revient, parfois, comme invité, après mon ami Serge Zerah qui m’a bien soutenu pendant un moment et qui hélas, n’a plus la disponibilité pour venir, je suis donc seul à la barre, et avec un programme très copieux. (...) »

Jean Corcos

15 novembre 2006

Juifs d'Egypte, 50 ans d'exil déjà

L'actrice et danseuse Samia Gamal dans le film "La Vallée des Rois"

J’évoquais hier le cinéma égyptien des années mythiques, et vous avez pu découvrir un échantillon de film musical avec Farid El Attrache. J’ai choisi pour ce nouveau « post » une vielle photo de sa compagne, l’actrice Samia Gamal : une image de fête et de bonheur disparus, tout à fait appropriée pour vous parler des « Journées du Judaïsme d’Égypte », du 19 au 22 novembre prochain au Centre Communautaire de Paris. Des journées organisées avec la collaboration de « l’Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Culturel des Juifs d’Égypte », et son association « sœur » du Royaume Uni - où s’est réfugiée une importante partie de cette communauté.

29 Octobre 1956 : réagissant aux incessantes attaques depuis la Bande de Gaza (déjà ...), territoire à l’époque sous administration égyptienne, Israël lance une offensive victorieuse dans le Sinaï. Secrètement alliés de l’État juif, mais disant agir sous le couvert de l’ONU et pour séparer les belligérants, la France et la Grande Bretagne lancent une opération militaire sur le Canal de Suez, que le président Gamal Abdel Nasser vient de nationaliser. Une aventure qui finira par un fiasco diplomatique complet et le renforcement du régime nassérien, qui tentera sa revanche au printemps 1967 ... mais ceci est une autre histoire (pour en savoir plus : lire l'article sur Wikipedia, l’encyclopédie en ligne). La conséquence immédiate de la crise de Suez fut l’expulsion, immédiate et avec une brutalité inouïe, des minorités européennes, mais aussi juive d’Égypte : arrestations pour certains, confiscation des biens, expulsions sans aucun viatique, les Juifs de ce pays ont payé un très lourd tribu au conflit israélo-arabe. On en a très peu parlé, sans doutes en raison de leur discrétion ; ils se caractérisent en effet - du moins pour ceux que je connais - par une grande réserve, presque une timidité, qui tranche avec l’exubérance des communautés d’Afrique du Nord.

Et pourtant ... tout ne fut pas aussi noir au Pays des Pharaons, dont la Bible a laissé un souvenir si cuisant dans la mémoire du peuple juif. Comme le dit le professeur Illios Yanakakis (lui-même originaire de la communauté grecque également exilée), « nous sommes la dernière génération qui garde en elle le souvenir d’une Égypte accueillante, tolérante, ouverte aux mondes ». Comme lui, de nombreux intellectuels, écrivains, journalistes, parleront de cet univers englouti, et il y aura aussi de nombreuses projections en hommage au cinéma égyptien. Mais j’ai surtout noté, mardi 21, un film en hommage à Jacques Hassoun : prématurément disparu (en 1999, à l’âge de 63 ans), il avait été mon invité quelques mois avant (en février 1998), pour une émission dont le thème était, justement, les Juifs d’Égypte. L’interview s’était faite par téléphone, et il ne me reste donc en mémoire que sa voix. A mes côtés dans le studio se trouvait le journaliste égyptien Ahmed Youssef, que j’ai retrouvé il y a un an comme invité (voir les photos sur le blog). Je rendrai hommage à Jacques Hassoun plus tard, dans un article particulier.

Centre Communautaire de Paris, 119 rue Lafayette, 75.010 Paris
Tel : 01.53.20.52.52

J.C

14 novembre 2006

Farid El-Atrache, ya habibi !

Et si on oubliait un peu l’islam d’aujourd’hui ? Les voiles islamiques qui endeuillent les foules de leur noire couleur, et les regards de braise qui incendient les malheureux « blasphémateurs » ? La fameuse « rue arabe » qui en veut au monde entier, et les flaques de sang qui viennent gicler chaque matin sur le pavé de Bagdad ? Et si on se souvenait, un peu, que là-bas comme ici tout finit (et parfois commence) par des chansons, qui font vibrer les âmes et enjamber, par leur magie, le temps et l’espace ?

Il était donc un temps heureux sur les bords du Nil, une époque où le cœur du monde arabe chavirait en voyant danser de jolies filles fort dénudées sur les écrans de la ville ... Le « belly dancing », la danse du ventre, a connu dans les années 40 et 50 son heure de gloire, avec des films où le « kitch » oriental se déclinait parfaitement sur le mode péplum : milliers de figurants, décors pharaoniques, choristes et danseuses - la production égyptienne pouvait alors, et sur un mode original, rivaliser avec le cinéma de Hollywood. Le public du Caire comme de tout le Proche-Orient allait en ces temps là applaudir, dans ce genre de films - ou dans des opérettes plus intimistes -, celui qui fut le héros adulé de toute une époque, Farid El-Atrache (1915-1974). J’ai découvert un site plein de photos nostalgiques - en lien : belly-dance.org - qui lui consacre une page, et donne une compilation de musique orientale à télécharger. Druze né dans les montagnes syriennes, le géant des variétés égyptiennes eut comme partenaire de fameuses actrices et danseuses, dont Taheya Carioca, et surtout Samia Gamal (1924-1994) qui fut sa compagne.

J.C 


13 novembre 2006

Ah ... si tous les combats étaient toujours comme ça !

Compétition israélo-palestinienne,
Championnats du Monde de karaté, Tokyo (05/11/06)
(photo tirée du site Web du "Jerusalem Post")
Photo pas vue

Oui, si tous les combats étaient toujours comme ça ! Si la compétition, l'énergie, l'envie d'avoir le dessus se jouaient enfin entre ces deux peuples sur les pelouses des stades, la terre battue de Wimbledon ou les tapis des championnats de judo, de karaté, de ... tout ce que vous voudrez, mais qui ne tue ou ne blesse pas !
J'ai découvert cette photo sur le site du journal israélien "Jerusalem Post" : une image surréaliste, relatant la prestation de l'équipe israélo-palestinienne "Budo for Peace" il y a quelques jours au Japon, loin, très loin de Gaza et des villes israéliennes du Neguev bombardées. Elle remonte un peu le moral, alors que tout le monde prédit le retour du cycle de la violence entre les deux populations.

J.C

Retour et news

Amis auditeurs sur les ondes ... et surfeurs sur le Web, bonjour !
L’actualité n’a bien sûr pas chômé pendant cette petite cure de repos que s’est accordé le blog, et j’espère vous en rendre compte le mieux possible dans les prochaines semaines. En attendant, voilà cinq informations à noter.

Un nouveau site d’information sur le monde arabe
Chawki Freiha
en a parlé lors de mon interview du 5 novembre : plusieurs journalistes anciens collaborateurs du journal en ligne disparu « proche-orient.info » ont décidé de poursuivre, au moins en partie, l’aventure en proposant une revue originale de l’actualité moyen-orientale, basée en particulier sur une indispensable revue de la presse arabe. L’adresse du site est http://www.mediarabe.info/ , et je vous invite bien sûr à le suivre dès aujourd’hui, en attendant de le faire figurer parmi les « liens permanents » du blog, qui seront remis à jour d’ici la fin de l’année.


Pas d’émission le 19 novembre

En effet, ce sera comme chaque année, à la même époque, un radiothon dans le cadre de « la journée de la Tsedaka » (collecte sur les ondes pour les œuvres sociales de la communauté), et toutes les radios de la fréquence juive, à Paris comme en Province, bousculeront leurs programmes à cette occasion. Prochain rendez-vous de « Rencontre » donc le dimanche 3 décembre, j’y reviendrai.

114 Prix Nobel signent une pétition en faveur des infirmières bulgares et du médecin palestinien, qui risquent la peine de mort en Libye

Cela fait maintenant un an que j’évoque, à intervalles réguliers, cette affaire dramatique, et les dernières nouvelles ne sont pas bonnes : la peine de mort a été requise à nouveau dans le cadre du nouveau procès sur le sang contaminé par le virus du Sida, et le tribunal libyen a refusé de prendre en compte les avis des experts internationaux qui innocentent complètement les accusés. Je publierai prochainement le dernier communiqué de l’un des avocats des infirmières, qui fait un point complet sur le dossier. Dans l’attente, je vous donne les liens sur : la lettre ouverte signées par 114 Prix Nobel et adressée au colonel Muammar Al-Kadhafi ; la liste des Prix Nobel signataires.

Caricatures sur l’Holocauste : les finalistes du concours des Mollahs en Iran

Mon ami Kavéh Mohseni, deux fois mon invité sur Judaïques FM, a eu le grand mérite de publier sur le site iran-resist (en lien permanent) les « œuvres » dégoulinantes de racisme primées à Téhéran, dans le cadre du concours dont je vous avais déjà parlé sur le blog (cliquer ici). On notera en particulier le dessin négationniste signé « Chard », une femme française collaborant aux journaux « Présent » et surtout « Rivarol » : quand il s’agit de haine antisémite, les « grands esprits » islamistes, d’extrême-gauche ou d’extrême-droite se rejoignent. A méditer un peu, par certains Juifs de France complètement polarisés par les agressions d’origine maghrébine en France, et qui ne veulent pas voir la menace du Front National et de ses supporters !

Bonne chance Keren !

Je voudrais saluer ici ma consœur de la radio RCJ Keren Lentschner, qui a brillamment assuré la production de « Perspectives », une série consacrée à Israël et au Proche-Orient et qui est diffusée tous les dimanches à 11h30. Déjà collaboratrice du journal « le Figaro », elle rejoint à plein temps ce quotidien. Encore un talent perdu pour les médias de notre communauté ... Tous mes vœux de succès en tout cas, et aussi bonne réussite pour Kim Abramowicz, qui a repris l’émission à partir du 29 octobre.

J.C

03 novembre 2006

Un blog en vacances !


Et voilà, je vous annonce que je vais "débloguer" quelques jours, histoire de reprendre un peu mon souffle ...

Du repos, donc, même si le parasol correspond plus à un fantasme qu'à la réalité car hélas je reste à Paris.
Il faut dire que depuis mon retour de vacances (le 13 août) je n'aurais guère chômé : 67 "posts" publiés, cela fait un rythme bien soutenu pour une activité ... secondaire et bénévole par rapport à mon travail, comme d'ailleurs l'émission de radio, et comme toutes mes activités communautaires depuis plus de 30 ans, mais ceci est une autre histoire !

Merci pour votre fidélité pour les déjà "vieux lecteurs" du blogs, et merci à tous ceux qui sont venus nombreux le découvrir ces dernières semaines : les nombres de visiteurs (2.556) et de pages ouvertes (4.072) ont atteint de nouveaux records en octobre, dépassant les records précédents du mois d'août, qui correspondait à une période dramatique avec la guerre du Liban. Merci aux trois sites amis qui auront fait découvrir le blog à de nouveaux lecteurs, en leur signalant des articles particuliers : "PAF", "Desinfos.com", et "primo-europe".

Enfin, et à l’attention de tous les nouveaux lecteurs qui viennent de découvrir le blog, une précision : au-delà des textes et illustrations, ce site est le support d’une émission de radio, et j’ai mis en ligne les « podcasts » permettant d’écouter certaines interviews passées ; pour les trouver, il suffit de chercher dans les archives, en allant au mois concerné de l’année 2006, puis de chercher la date précise de publication.
Voici la liste, à ce jour, des enregistrements référencés par invité :
- Abd Al Malik : 26 février
- Raouf Oufkir : première partie 5 mars, deuxième partie 19 mars
- Semih Vaner : 30 avril
- Alexandre Del Valle : 23 avril
- Richard Odier : 1er avril
- Abdelwahab Meddeb : première partie 31 mai, deuxième partie 9 juin
- Pierre Vermeren : première partie 10 septembre, deuxième partie 17 septembre

Rendez-vous donc au lundi 13 novembre, avec plein de nouveautés !

J.C

01 novembre 2006

Le plus grand pays musulman du monde achète des avions israéliens

Le drone "Searcher Mark II"
produit par les "Israel Aircraft Industries"

C'est une information que j'ai découverte sur le site Internet du journal "Jerusalem Post". L'Indonésie, le plus grand pays musulman du monde par sa population, a décidé d'acheter du matériel militaire ... israélien. En l'occurrence, quatre drones, ces avions espions sans pilote qui sont un des domaines d'excellence de l'industrie israélienne d'armement. L'annonce, officielle, a été donnée par un porte-parole du Ministère indonésien de la Défense le dimanche 22 octobre. 42 offres ont été examinées, en provenance de plusieurs grands pays industriels, et le choix s'est fait finalement sur le "Searcher Mark II" des I.A.I, un appareil déjà commandé en grandes quantités par l'Inde, où il assure la surveillance de la frontière avec le Pakistan (l'article en anglais du "Jerusalem Post" daté du 22/10/06);

La nouvelle est d'autant plus remarquable que l'Indonésie n'a pas encore officiellement de relations avec Israël. Sa participation à la force de la FINUL au Sud Liban avait été envisagée avec inquiétude par Jérusalem il y a quelques semaines, mais il semble bien que le "géant asiatique" joue la carte de la Paix au Proche-Orient, et ce sont autant de bonnes nouvelles qui contrastent sur un fond d'actualité assez morose !

J.C