Notre radio

Notre radio

30 mars 2006

Tunisie : 50 ans d’indépendance et une brillante réception

De gauche à droite : Jean Corcos, Michel Hayoun, président de l'Association
des Anciens Elèves du Lycée Carnot de Tuniset Bernard Allali, 
président de l'Association "Arts et Traditions Populaires des Juifs de Tunisie"

La Tunisie vient de célébrer le 20 mars les 50 ans de son indépendance. Trois jours après, le nouvel Ambassadeur à Paris, Monsieur Raouf Najjar et son épouse donnaient une brillante réception au pavillon d’Ermenonville, et j’ai eu l’honneur de figurer parmi les centaines d’invités.

Pourquoi le nier ? Je ne peux pas être tout à fait objectif en parlant de mon pays natal. Près de quarante ans ont passé, laissant loin l’amertume du départ et de l’adieu au ciel bleu de mon enfance. Ayant dans la tête une France idéalisée, traumatisé par la toute récente « Guerre des Six jours » vécue en terre arabe et marquée par une émeute anti-juive, j’étais parti en tournant le dos à un passé dont je ne savais pas que l’on n’arrive jamais vraiment à effacer ... C’est un fait, et André Nahum l’a souligné dans son billet que j’ai publié le 15 mars à propos des incidents antisémites à l'Université de Tunis : les Juifs de Tunisie, malgré la douleur de l’exil, se sont toujours fait les ambassadeurs de leur pays d’origine. Cela, et même si elles ont mis du temps à le reconnaître, les autorités tunisiennes l’ont parfaitement compris !

Aussi ai-je été agréablement surpris - mais pas totalement, dans le fond - par le nombre de « Tunes » présents à cette réception. La place me manque pour donner tous les noms, et je risque de blesser ceux que j’oublierais. Citons les plus connus : le cinéaste et producteur de télévision Serge Moatti ; le président du Congrès Juif Européen Pierre Besnainou ; le rédacteur en chef du mensuel « Tribune Juive », Yves Azeroual ; et de nombreux amis responsables d’associations diverses, dont le travail a permis de préserver une part essentielle de la mémoire séfarade ... Présents aussi dans cette réception des « pieds-noirs » célèbres nés en Tunisie et ayant conservé des attaches profondes avec le pays : le Maire de Paris Bertrand Delanoë, l’ancien ministre Philippe Seguin, et de nombreux députés, ambassadeurs et attachés militaires de tous les pays en tenue chamarrée. Et cela au milieu, bien sûr, de représentants de la communauté tunisienne de la capitale, qui m’ont frappé - surtout les femmes - par leur décontraction et leur allure moderne ... bien loin des images des tenues folkloriques pour touristes et ... pour les invités de la réception (il en fallait bien).

Pour finir, un rappel et une image assez révélatrice.

La Tunisie a été un des premiers pays arabes a établir des relations officieuses avec Israël après les accords d’Oslo, et malgré le blocage du processus de Paix, elle a fait récemment des gestes qui ont évoqués sur le blog
. Tous les ambassadeurs de Tunisie ont honoré de leur visite le CRIF auquel je suis associé. Et je ne répondrai jamais, par éthique personnelle, à une invitation venant d’un pays arabe affichant des positions extrémistes.

L’image, c’est celle de la dizaine de polytechniciens tunisiens en cours de scolarité, dont une jeune fille, tous en grand uniforme qui se trouvaient à l’entrée juste derrière l’Ambassadeur. Image bien symbolique : la Tunisie, seul pays arabe dont la réussite économique est éclatante, met en avant ses élites dont elle est fière. Ailleurs, au Proche Orient, ce sont des enfants portant des ceintures d’explosifs que l’on exhibe devant des journalistes complaisants - tout un symbole.

J.C

29 mars 2006

"Kadima" (en avant) pour le nouveau gouvernement !

Le Premier Ministre Ehud Olmert (photo "Haaretz")

Introduction :
Le champagne n'a pas coulé à flots dans les studios de Judaïques FM hier soir ... d'abord parce qu'il n'en avait pas été prévu. Prémonition de la victoire "étriquée" de Kadima ? Le vin était en tout cas excellent, et les canapés délicieux. Notre station a eu la primeur de l'annonce des résultats pour le 94.8FM ... horaires de diffusion oblige, ce fut pile à 22 heures - Israël n'étant pas encore passé à l'heure d'été. De nombreux commentateurs français et israéliens ont fait part de leurs analyses aux auditeurs, et nous avons eu le plaisir de bavarder dans nos locaux avec Barnéa Hassid, conseiller de presse à l'Ambassade d'Israël, et Chawki Freiha, analyste de la presse arabe du journal en ligne "proche-orient.info". On trouvera en lien sa surprenante revue des médias du Moyen Orient réalisée à l'occasion des élections ; et j'espère le recevoir très bientôt dans le cadre de mon émission !
Mon amie Isabelle Rose a rédigé "à chaud" un commentaire sur ces élections. Le voici, juste réactualisé par les résultats quasi définitifs en termes de sièges à la Knesset, après le dépouillement de plus de 99 % des bulletins.
J.C


Il y a seulement quatre mois, alors qu’Ariel Sharon annonçait sa décision de créer un nouveau parti politique, de nombreux sarcasmes se firent entendre, qui venaient tant de la droite que de la gauche. Celui qui aurait dit qu’Ehud Olmert deviendrait le Premier Ministre de l’État d’Israël aurait été pris pour un fou ... ou pour une folle. Or, quatre mois après, les résultats sont là : Kadima vient de remporter, après de nombreuses secousses, dont la plus dramatique aura été l’hospitalisation d’Ariel Sharon, les élections. 28 mandats sur les 120 que compte la Knesset, d’après les estimations.

Ces élections, s’il est permis de tirer un bref et provisoire bilan, sont riches d’enseignements : d’une part, le parti Kadima, qui se définit comme étant au « centre », aura tiré ses voix du Likoud et non pas de la gauche. Amir Peretz, leader des Travaillistes, est en effet crédité de 20 mandats, score très proche de celui du Parti Travailliste aux précédentes élections. En revanche, nous assistons à un effondrement du Likoud mené par Benjamin Netanyahou : 11 mandats, ce qui le place au cinquième rang, après le succès de Liberman, qui préside le parti russophone « Israël Beitenou » (12 mandats), et le bon résultat du parti religieux séfarade Shass (13 députés). Ce résultat très décevant place Benjamin Netanyahou dans une situation inconfortable : nous pouvons nous attendre à des défections, en même temps que la personnalité de Sylvan Shalom devient de plus en plus incontournable. Quelque soit la direction que Sylvan Shalom prendra, lequel bénéficie de nombreux soutiens, Benjamin Netanyahou sort très affaibli de ces élections alors que Sylvan Shalom, qui représentait l’aile modérée du Likoud, prend de plus en plus de force. Il est une étoile qui monte ... 

D’autre part, un nouveau parti fait son entrée dans le paysage politique israélien : le « parti des retraités », crédité de 7 sièges. L’apparition de ce parti, dont on pourrait croire qu’il ne défend que des intérêts sectoriels, est significative du grand bouleversement de ces élections israéliennes : les préoccupations sécuritaires, si elles restent très présentes - preuve en est le succès de Liberman dont la campagne fut presque exclusivement centrée sur la question des « Territoires » - ne sont plus les seules à déterminer le cours des élections. Les Israéliens sont aussi très sensibles aux problèmes sociaux, signe que la société israélienne s’est « normalisée » : si on parle du terrorisme, de la guerre, des rapports internationaux, l’Israélien est aussi de plus en plus conscient des grands défis sociaux auxquels il devra faire face - le chômage, la pauvreté, l’éducation, la situation précaire des retraités. Il faut remarquer que le Shass, parti orthodoxe, s’était déjà depuis longtemps emparé de ces questions. Enfin, l’autre grand perdant de ces élections est le "Mafdal-Ihroud Léoumi", les « religieux sionistes ». Malgré une fusion entre les deux partis, ils ne parviennent pas à obtenir plus de 9 sièges.

Trois forces principales émergent donc de ces élections : Kadima, qui représente le centre-droit (ce que l’on appelait en France les « Radicaux » ...). Le Parti Travailliste, dont la ligne politique s’est très nettement accentuée à gauche avec l’élection d’Amir Peretz comme Président. Israël Beitenou, qui représente la droite si l’on s’en tient à la question des « Territoires », dans la mesure où le discours strictement politique et économique est restée entouré de flou. Comme toujours en Israël, le parti vainqueur, pour gouverner, devra se coaliser. Les prochains acteurs de la coalition restent à déterminer : on parle d’un gouvernement de coalition mené par Kadima avec Liberman et le Shass comme principaux partenaires. Cela n’est que spéculations - prématurées et vaines. En tous les cas, trois choses sont claires : Benjamin Netanyahou est évacué, au vu de son score particulièrement faible; le « parti des retraités » est devenu un nouvel acteur politique ; Liberman - un électeur sur cinq est russe - est une force active sur la scène politique israélienne.

Une dernière conclusion, plus globale, doit être tirée de ces résultats : le taux d’abstention (63% de votants, ce qui est faible en Israël). Beaucoup pointeront la corruption, le manque de foi dans le politique, une crise de confiance, etc. Mais cette baisse de la participation peut aussi être lue différemment : il faut savoir que le mode de scrutin israélien oblige à des coalitions qui rendent chaque gouvernement fortement instable - on multiplie les démissions et les alliances ad-hoc - de telle sorte qu’on finit par arriver à un blocage des Institutions. L’Assemblée est alors dissoute, et on organise de nouvelles élections : trop souvent ... Les Israéliens, en ne votant pas, ont aussi témoigné de leur maturité citoyenne : ils veulent une démocratie qui fonctionne, un gouvernement qui gouverne normalement, pendant au moins quatre ans. Le « référendum », la réforme des primaires, thèmes a priori très populaires, n’ont pas convaincu les électeurs du Likoud - pas plus que les autres. Les Israéliens ne se sont pas passionnés pour ces élections. Le message est clair : ils veulent que ce soient les politiciens qui fassent de la politique - la réforme du mode de scrutin, même si elle rencontrera des oppositions (elle contrarie des intérêts de « clan »), semble devenue urgente. Sans quoi nous nous retrouvons dans un an !

Isabelle Rose,

Jérusalem, le 28 Mars 2006

28 mars 2006

Retour et quelques news

Retour sur le blog après une « diète » d’une grosse semaine ... diète de publication, mais pas d’activités, heureusement pour les neurones ... et malheureusement pour le punch, hélas bien réduit par trop de travail - et par cet interminable hiver parisien !

Comme espéré, une météo printanière est de retour.  J’aurais aimé aussi vous parler aujourd’hui d’une autre nouveauté, affichée sur le blog ces dernières semaines : le compteur « neocounter » qui affiche les visiteurs en ligne et surtout, surtout, comptabilise les origines des internautes : petits drapeaux d’une quarantaine de pays, affichés depuis le 6 mars pour les plus de mille visiteurs qui ont suivi ... Hélas, les problèmes techniques se sont succédé sur l'hébergeur du site http://www.neoworx.net/ depuis dimanche dernier, et le totalisateur est en panne. Je vous tiendrai au courant, en espérant que cet incident sera vite un mauvais souvenir. Par contre, le logiciel « sitemeter » dont je vous ai déjà souvent parlé fonctionne toujours bien. Des centaines de « hits » sont enregistrés chaque semaine, et le cap des 10.000 visiteurs devrait normalement être atteint (comme je me l’étais fixé) avant le premier anniversaire du compteur !

Grosse fatigue donc, qui me contraindra à réduire un peu la « voilure » des publications, après cinq mois de mises à jour presque quotidiennes : je mettrai en ligne 3 à 4 nouveaux "posts" par semaine, en prenant un peu plus de « distance » par rapport à l’actualité qui ne chôme guère, hélas, pour ce qui concerne le monde musulman ! Ne manquez pas en particulier - et j’espère que vous avez apprécié les premiers - les enregistrements d’émissions par « podcasts » : cinq sont programmés pour les prochains mois, après les interviews du rappeur Abd Al Malik et de Raouf Oufkir mises sur le blog en février-mars. Également prévus très bientôt des publications d’autre amis du blogs que vous avez déjà appréciés (Isabelle Rose, Pierre Vermeren), et de nouvelles signatures.

J’ai mis à profit ce petit « repos » pour faire la maintenance des liens. Les « deadlinks » ont été supprimés dans les articles anciens (pour les visiteurs qui arrivent directement dans les archives), et parmi les liens permanents. Je vous invite à découvrir les nouveaux liens ajoutés sur la colonne de droite, en particulier celui de mon ami ZiedZizou from Djerba »), un Tunisien qui vit actuellement ... à Beyrouth, d’où il réalise des reportages très intéressants ; et « diaspora blog », un blog très riche dont je reparlerai plus longuement.

Pour finir, quelques mots sur quelques récents évènements :
- deuxième « petit-déjeuner du CRIF » mercredi 22 mars, François Hollande a succédé à François Bayrou ; on trouvera en lien un compte-rendu de cette manifestation (cliquer ici) ; j’ai pu lui poser une question, alors que nous vivons une période politique très agitée avec le C.P.E ... ce sera le sujet d’un prochain « post » ;
- invitation le 23 mars pour la fête de l’indépendance de la Tunisie à une somptueuse réception donnée par l’ambassadeur Monsieur Raouf Najar et son épouse ... encore un petit article à venir ;
- Émile Moatti a été l’invité avec notre ami Ghaleib Bencheikh sur la radio consoeur « Beur FM » jeudi dernier dans le cadre du forum des auditeurs ; il m’a raconté combien plusieurs intervenants, connaissant mal notre communauté, l’ont interpellé en se plaignant de discriminations sur un ton chargé de reproches vis-à-vis de notre pays - et hélas, souvent marqué par la jalousie envers les Juifs. Émile leur a redit, calmement mais fermement, que les Juifs arrivés démunis d’Afrique du Nord avaient réussi à s’intégrer ici en faisant preuve à la fois de solidarité communautaire et de respect envers les lois de la République. Je n’ai pas eu la chance de suivre l’émission. Mais il m’a rapporté aussi (rassurant témoignage) que de nombreux auditeurs n’ont pas eu peur d’appeler pour approuver ses propos, en disant que les Musulmans n’avaient qu’à s’inspirer de cet exemple ;
- enfin je n'oublie pas, bien sûr, que ce 28 mars est aussi la date des élections en Israël ; mes amis Isabelle (voir son article) et Alain (lire sur son blog) ont choisi, ce sera Kadima ... je ne ferai pas semblant d'être neutre, je les approuve ; ce soir, Judaïques FM réunit les journalistes pour boire un verre à l'heure des résultats, j'espère que le champagne sera bon et les bulles pas trop amères en cas de mauvaise surprise !
Petite actualisation en cette fin de matinée : le compteur "neocounter" fonctionne à nouveau ... quelques 90 visites non enregistrées ces deux derniers jours, cela ne modifiera pas trop les statistiques. 

J.C

19 mars 2006

Un peu de repos ...

Lien vers le site allemand d'où est tirée cette belle photo

Envie de New York, dans cette France où les USA sont devenus le "grand méchant loup". Envie de musique, pour s'évader un peu d'une actualité morose dont le blog a du parler ces derniers mois. Envie aussi de publier cette photo : on avait hésité avec Monique Feldstein, ma collègue de Judaïques FM, pour l'illustration du petit article consacré à son émission "Jazzpirine" (voir sur le blog), mais elle en avait choisi finalement une autre. Envie surtout d'un peu de repos : travail, émission à préparer, articles presque quotidiens sur le blog depuis près de trois mois, il est temps de s'accorder un peu de repos.

Rendez-vous, fidèles lecteurs, pour le mardi 28 mars. A ce moment là le printemps sera revenu ...

J.C

Ecoutez Raouf Oufkir sur le Web (deuxième partie)

J'ai mis en ligne le 5 mars dernier la première partie de mon interview.
Voici la deuxième moitié, diffusée sur Judaïques FM le 27 novembre 2005.

Pour l'écouter appuyer sur le bouton "play" ci dessous ou téléchargez-le ici.


data="http://orient-express.typepad.com/podcast/dewplayer.swf?
son=http://orient-express.typepad.com/podcast/RaoufOUFKIR2.mp3"



Podcast-logo2
Ce deuxième entretien avait pour titre "Quarante ans d'histoire secrète du Maroc". Au delà de la "saga" tragique de la famille Oufkir, mon invité livre sa vision personnelle du pays depuis l'indépendance : injustices sociales qui ont existé et qui perdurent ; forces politiques qui se sont déchirées ; conflits extérieurs (Sahara occidental, relations avec l'Algérie) ... sans oublier les relations "spéciales" avec l'ancienne puissance coloniale. Lucide mais sans amertume, Raouf Oufkir conclue en disant sa confiance en un Maroc qui a bien changé.

J.C

17 mars 2006

Un point après les émeutes de novembre : Mezri Haddad sera notre invité le 26 mars


En France, pendant trois semaines consécutives, des cités se sont embrasées. Des milliers de véhicules incendiés, des bâtiments publics calcinés, des passagers d'autobus menacés de mort : les émeutes qui ont éclaté durant l'automne 2005 ne sauraient être considérées comme la seule expression du mal-être des jeunes et des moins jeunes qui n'ont pas hésité à utiliser le cocktail Molotov, et parfois l'arme à feu, contre les forces d'une police villipendée (...) A courte distance des émeutes qui ont précipité maintes villes de France, quelle que soit la couleur de leur municipalité, dans le tumulte et parfois la panique, il convenait de restituer ses droits à l'analyse proprement universitaire (...)
Ainsi est présenté en quatrième de couverture l'ouvrage collectif "La République brûle -t-elle ?" (Editions Michalon, 17 E), publié sous la direction des professeurs Raphaël Drai et Jean-François Mattei. Plusieurs des meilleures signatures universitaires, en particulier des experts de l'immigration musulmane comme Bruno Etienne et Jeanne-Hélène Kaltenbach, font partie des signataires de ce livre de référence. On lira sur le site du CRIF l'article de mon ami Marc Knobel, qui donne une très bonne synthèse des différentes contributions. L'universitaire franco-tunisien Mezri Haddad, dont on a pu lire récemment sur le blog un article fustigeant l'antisémitisme des islamistes (cliquer ici), n'hésite pas à parler de "violence atavique" à propos du comportement des jeunes incendiaires des banlieues ... eux-mêmes issus, dans leur écrasante majorité, de l'immigration maghrébine ou africaine.
Une discussion passionnante en perspective, programmée pour mon émission du 26 mars prochain.
J.C

15 mars 2006

Ce matin sur Judaïques FM, André Nahum a évoqué les incidents antisémites à l'Université de Tunis du vendredi 10 mars

Introduction :
André Nahum a choisi comme thème de son billet hebdomadaire les incidents antisémites lamentables qui se sont déroulés à l'Université de Tunis, vendredi dernier 10 mars. Le CRIF, qui entretient les relations les plus cordiales avec l'ambassade de Tunisie, vient aussi de lui écrire une lettre pour demander que des sanctions soient prises contre les perturbateurs d'un colloque auquel participait la Société d'Histoire des Juifs de Tunisie. J'ai évoqué, à trois reprises sur "Rencontre", les travaux de la SHJT et le cadre remarquable d'échanges universitaires et interconfessionnels qu'elle permet. Deux émissions conjointes avec Beur FM avaient été diffusées l'année dernière à propos d'un de ses colloques à la Sorbonne (voir article sur le blog). Je sais également les fortes pressions auxquelles sont soumis les professeurs tunisiens qui ont été mes invités ... Quelle tristesse ! Et combien est peu sympathique cette opposition, tellement noyautée par les islamistes !
J.C
" Bonjour.

Lundi prochain, la Tunisie fêtera le cinquantième anniversaire de son indépendance acquise le 20 Mars 1956, qui se soldera par l'exil de la quasi-totalité des 150.000 Juifs du pays. Pourtant la majorité d'entre eux avait accepté le risque de vivre dans un pays dont la constitution proclamait que "l'islam est le religion et l'arabe la langue". Ils collaborèrent avec confiance et pour certains avec enthousiasme à la Tunisie nouvelle et lui apportèrent leur savoir, leur compétence et leur dynamisme. Ce fut le cas des membres des professions libérales, des commerçants, des fonctionnaires des intellectuels qui eurent la naïveté de ne pas comprendre que l'on se servait d'eux pour assurer l'intérim entre les cadres français qui partaient et les cadres tunisiens qui n'étaient pas encore prêts. Il faut tout de même rappeler qu'un certain nombre de Juifs avaient lutté pour l'indépendance aux côtés des musulmans et furent arrêtés et emprisonnés par les autorités coloniales françaises.

L'historien Paul Sebag, décédé en France en 2004 était de ceux-là. Toute sa vie et son œuvre furent consacrés à son pays natal auquel il était profondément attaché. C'est pourquoi il légua une partie de son importante bibliothèque à la faculté des lettres de la Manouba, Université de Tunis. Le vendredi 10 mars 2006, la remise officielle de ce legs fut l'occasion d'un colloque scientifique dans cette faculté sur l’œuvre de ce grand historien avec le concours de l'Ambassade de France et de nombreux officiels. Certains étudiants cependant manifestèrent avec violence leur refus d'accepter ce don d'un Juif, communiste de surcroit, en malmenant la fille de Paul Sebag ainsi que Claude Nataf, président de la Société d'Histoire des Juifs de Tunisie et en hurlant de slogans haineux contre les Juifs comme "Les Juifs à la mer, Vive la Palestine, Vive le Hamas, destruction d'Israël, nous ne voulons pas de la bibliothèque de Paul Sebag un communiste stalinien, pas de Juifs à l'Université, nous tuerons tous les Juifs".

Certes, les autorités universitaires ont exprimé leurs regrets et leur excuses, nous apprend un communiqué du CRIF, ce qui est la moindre des choses, mais cela n'atténue pas le sentiment de stupéfaction, de colère et de douleur qu'une telle explosion de haine anti juive a entrainé chez les Juifs originaires de Tunisie qui ont toujours voulu entretenir avec leur pays natal les liens les plus harmonieux voire les plus cordiaux. Partis pour la plupart avec cinq dinars par personne en poche, ils n'ont gardé en mémoire que le meilleur de leur antique passé là-bas et se sont comportés dans leurs pays d'accueil, France ou Israël, comme les meilleurs ambassadeurs de la Tunisie. Alors tant de hargne au sein des éléments les plus cultivés de la société tunisienne, pays réputé tolérant et ouvert, laisse pantois et fait planer les plus grands doutes sur l'évolution des sentiments des sociétés arabo-islamiques envers les Juifs. C'est très préoccupant."

André Nahum

14 mars 2006

Barbara contre les barbares



Manifestants anonymes lors du grand rassemblement du 26 février en mémoire d'Ilan Halimi
[ Pour toute utilisation, demande d'autorisation au site obligatoire. Toute reproduction interdite sans la mention "photo copyright Irena Elster" ] 

Introduction :
Barbara Lefebvre est une jeune enseignante courageuse qui a dénoncé - au départ dans un isolement professionnel et médiatique presque total - la dérive de l’Éducation Nationale, en particulier dans les banlieues dites « difficiles ». Je l’avais reçue le 16 novembre 2003 sur Judaïques FM avec un autre enseignant, Joseph Hattab. Et l’émission était consacrée à l’ouvrage collectif « Les territoires perdus de la République », autour du thème des jeunes musulmans à l’école (voir article sur le blog). Le journal « Le Monde » a publié une libre opinion sous sa signature dans son édition datée du 7 mars. Ainsi, peu à peu, la vérité perce une carapace de déni, de bonne conscience et de mépris si même ce quotidien « bien pensant » accepte un article que d’autres qualifieraient de « néo-réac » ... la presse de gauche serait-elle en train de se réveiller (voir mon article de jeudi dernier) ?
J.C

Des barbarismes à la barbarie

« Les tortionnaires d'Ilan Halimi, meneurs, rabatteuses, conseillers, exécutants, tous sont de jeunes Français d'origines diverses. Ils ont un point commun : s'être connus à l'école. Alors tournons-nous vers cette école de la République, lieu de transmission culturelle pour les uns, mais aussi terreau de la haine verbale pour tant d'autres. La violence verbale est le lot quotidien des acteurs du monde éducatif, et notamment dans ce coeur fondamental de la sédimentation identitaire, le collège, où l'adolescent bataille avec la délicate question de l'intégration au groupe. C'est là que se forgent ces langages meurtriers, cette barbarie verbale du quotidien qui conduit certains - et pas les plus fragiles, au contraire - au passage à l'acte. Il faut vivre au quotidien ces laboratoires de la haine de l'Autre que sont devenus beaucoup de nos établissements scolaires - qu'il s'agisse de ZEP ou d'écoles de centre-ville. Pour que soient abolies les barrières morales empêchant le passage à l'acte meurtrier, il faut déshumaniser l'Autre. Cela commence par les mots. Ce langage de rejet et de haine est radical, il ne fait pas dans la nuance, il est ce "noyau de condensation redoutable où de furieuses énergies s'accumulent" (Jean-Pierre Faye).

La fille est une "pute", une "salope", une "tas-pé". Certains de ceux qui s'expriment de la sorte au quotidien sont des adolescents amateurs de films pornos et de chanteurs aux textes "engagés" d'une exquise poésie ; les mêmes prétendent par ailleurs veiller au respect de leur mère et soeurs. Un jour, un des leurs va plus loin en s'adressant à une adulte, son enseignante enceinte à qui il déclare "j'vais te lécher le ... ça va te faire descendre ton enfant". Celui qui, en octobre 2002, a brûlé vive Sohane dans un local à poubelles parce qu'elle avait osé dire "non" a été applaudi par ses supporteurs lors de la reconstitution. Barbarismes et barbarie se rejoignent : les mots ont participé à réduire l'humain à une chose. Le jeune collégien qui découvre la différence de son identité sexuelle ne joue pas le jeu de la violence machiste adolescente, préfère la compagnie des filles à celle de ses congénères masculins, c'est le "pédé" harcelé, stigmatisé. Un jour de février 2004, Sébastien Nouchet est vitriolé au bas de son immeuble car les homosexuels sont des sous-hommes.

Inutile de s'étendre sur l'usage du mot "juif" dans les couloirs de nombre d'écoles depuis de nombreuses années. Il est une insulte en soi qui ne nécessite même pas de lui accoler d'adjectif dépréciatif. Cela expliquant que certains des acteurs éducatifs n'y voient pas d'antisémitisme : "C'est leur façon de parler, ils ne l'entendent pas dans le même sens que nous." C'est bien là tout le problème. Cette fracture linguistique qui s'aggrave n'a pas fini de venir tarauder nos sociétés. Il faut aussi savoir ce que subissent les "bons" élèves ou en tout cas ceux qui jouent le jeu de l'école. Un collégien d'origine chinoise, coréenne ou du sous-continent indien peut se voir traiter de "juif", ce qui signifie dans l'imaginaire antisémite traditionnel qu'il est hypocrite et joue double jeu pour s'en sortir.

Ne pas se dire en toute occasion victime des discriminations (sociales, religieuses, ethniques), décider que l'école est le seul moyen de réussir, bref, faire le pari de la modernité même si elle est "occidentale" : autant de raisons pour être stigmatisé par les petits tyrans peuplant les rangs des exclus du système. Ces "faibles" dont on n'a jamais voulu exiger le meilleur n'ont de fait qu'une obsession : la thune, à leurs yeux seul vecteur de reconnaissance sociale.

Bienvenue dans le ghetto scolaire fabriqué par nos élites progressistes, adeptes de la contre-culture, surtout quand elle ne vient pas se frotter de trop près à leurs enfants à l'abri dans des établissements prestigieux ou privés. Merci à l'angélisme pédagogique des chercheurs des années 1980 et autres sociologues qui ont contribué à ringardiser la fonction d'éduquer en expliquant que l'école est d'abord "un lieu de vie" où nous sommes tous, adultes comme élèves, des égaux. Bienvenue dans l'école de Babeuf !

Les barbarismes langagiers préparent le terrain conduisant aux crimes les plus barbares. La cristallisation opérée par la pression du groupe, la présence d'un meneur charismatique, l'inculture et une pincée d'idéologie faisant l'apologie de la violence au nom de valeurs transcendantes, et le tour est joué : le "gang des barbares" est prêt à mettre ses "idées" en pratique. Ignorer le terreau sur lequel pousse cette haine irréductible de l'Autre, c'est continuer de s'aveugler. Et qu'on ne vienne pas nous parler de communautarisme : cette barbarie-là nous interpelle tous. Ma fille n'est pas une jeune Française d'origine maghrébine vivant à Vitry, mon frère n'est pas homo, mon cousin n'est pas juif, ça ne me concerne pas. Pas encore ...

A sa secrétaire, Hitler avait dit un jour : "La parole jette des ponts vers des horizons inconnus." Le mécanisme du Sprachregelung (les "règles de langage" dans le vocable nazi) qui permit d'encoder le crime et de maintenir l'ordre mental nécessaire à sa perpétration se prolonge quand une société tolère que sa jeunesse vive au quotidien, à l'école même, dans la barbarie verbale. Cette société n'est-elle pas ensuite hypocrite lorsqu'elle s'indigne de compter des barbares dans ses rangs ? »

Barbara Lefebvre

Enseignante, Barbara Lefebvre est l'auteur avec Eve Bonnivard d"’Élèves sous influence" (Audibert, 2005).

12 mars 2006

Pour les Juifs, il y a eu deux Iran(s)

La Reine Esther, œuvre du peintre italien Andrea Dal Castagno (1421-1457)

Une toile sur la Toile
- mars 2006

Un grand merci à mon ami Kavéh Mohseni, déjà deux fois mon invité à la radio, opposant iranien en exil à Paris et responsable du site "iran-resist" (voir en lien permanent), pour m'avoir permis de reproduire un article très intéressant. Il s'agit de la traduction d'une publication du professeur Abbas Milani, directeur de études iraniennes à l'université de Stanford (USA). Il rappelle que le passé des Juifs en Iran n'a pas été toujours noir, et le mal qu'ont fait les Mollahs en transformant le pays en République Islamique. La lecture de la "Meguila", récit du miracle de Pourim, rappelle combien la Perse a été importante dans l'histoire du peuple d'Israël ... d'où l'illustration, une œuvre de la Renaissance italienne représentant la Reine Esther ! Voir aussi sur le blog une autre évocation de cet épisode (cliquer ici).

"La Bible est pleine de prières pour la Perse (plus connu en mal sous le nom d’Iran aujourd’hui) et pour ses dirigeants. Dans le livre d’Ezra, Dieu parle de la proclamation de Cyrus, le roi des Perses, qui déclare « Dieu du Paradis m’a donné tous les royaumes de la Terre et m’a confié la charge de lui construire une maison à Jérusalem ». Cyrus répondit à ce commandement divin et ce fut la construction du Second Temple. Dans une autre partie de l’ancien Testament, Cyrus est cité pour avoir fait selon les volontés de Dieu et avoir libéré les juifs de leur captivité à Babylone.

La fête juive de Pourim célèbre Esther et comment elle, reine des Perses, a sauvé de l’anéantissement les juifs du royaume. Comment avec la bienveillance de Cyrus ils ont envoyé par-delà l’horizon le vizir Haman des Gog qui était mauvais, rancunier et haineux.
Aujourd’hui celui qui est assis à la place de Cyrus n’a pas la bonté de Cyrus mais la vilenie d’Haman, aujourd’hui c’est Mahmoud Ahmadinejad, celui qui veut rayer Israël de la carte du monde.
Même dans l’histoire récente de l’Iran, les deux côtés, un digne et humain, l’autre vil et indigne ont toujours coexisté. Sous la dynastie Pahlavi en 1941, alors qu’Hitler mettait en œuvre sa « solution finale », le gouvernement iranien avait réussi à convaincre les experts raciaux nazis que les juifs iraniens étaient de purs iraniens depuis plus de 2500 ans et avaient exactement les mêmes droits que n’importe quel autre Iranien.
Les nazis acceptèrent les arguments iraniens, et c’est ainsi que beaucoup de juifs d’Europe furent sauvés par des diplomates iraniens qui leur procurèrent des passeports iraniens. Et dans les années qui suivirent la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement iranien et le peuple iranien ont grandement aidé - selon les propres termes du premier ambassadeur d’Israël en Iran - le transit de juifs irakiens fuyant les persécutions pour rejoindre ce qui allait rapidement devenir Israël.
Dans les faits, (sous la dynastie Pahlavi) l’Iran fut le premier pays musulman à reconnaître Israël et à établir des relations étroites qui durèrent jusqu’en 1979. Mais même durant cette période, le souffle Haman était présent, et pendant que le gouvernement et les Iraniens apportaient leur soutien aux juifs quand le besoin s’en faisait sentir, des ayatollahs faisaient des prêches enflammés contre les juifs et Israël. Le clergé musulman avec ses slogans contre le sionisme commençait à émerger à cette époque.

Lorsque l’ayatollah Ruhollah Khomeiny arriva au pouvoir en 1979, il annonça que les juifs seraient traités en égaux, qu’il en était le défendeur, parce que l’islam les nommait les « gens du Livre ». Mais dans les faits, les juifs furent l’objet de traitements cruels et injustes, d’ailleurs le premier civil à être traîné devant les tribunaux islamiques révolutionnaires fut un juif, Habib Elganian, un homme d’affaire iranien très important.
Dans ce sens, les propos haineux d’Ahmadinejad sur l’éradication d’Israël ne sont pas une faute de langage mais bien l’expression d’un président notoirement incompétent et ne cernant pas ses propres propos. Historiquement dans la suite de Haman, avec une politique ne reflétant pas l’histoire des Iraniens mais bien celle du monde des musulmans.
Les commentaires d’Ahmadinejad sont plus à resituer dans un contexte de crise que traverse le régime islamique. Depuis plus de 25 ans, l’incompétence du régime n’a servi qu’à créer une crise. L’Union Européenne et tout particulièrement la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne qui furent des alliés sûrs du régime de Téhéran, se démarquent à propos de l’aventurisme nucléaire et des allégations de soutien au terrorisme en Irak. La Syrie, seul allié du Moyen-Orient est aujourd’hui politiquement dans les cordes.
La crise intérieure n’est pas moins sérieuse, l’économie est sinistrée, la bourse a perdu plus du 1/3 de sa valeur, le secteur bancaire est en train de s’effondrer, 200 milliards de $ en capitaux se sont évaporés depuis les élections, et il y a une guerre ouverte entre les différentes fractions du clergé musulman. Les propos d’Ahmadinejad étaient donc là pour mobiliser sa base et les préparer aux prochaines batailles.

Le peuple captif d’Iran, ou les millions d’exilés à cause du régime islamique, ne doivent pas être tenus pour responsables des péchés de leurs dirigeants. Au contraire, nous devons aider les Iraniens à réaliser leur rêve centenaire de démocratie. Car seulement au sein d’une démocratie, l’esprit de Cyrus pourra être célébré et celui de Hamann effacé."

Professeur Abbas Milani

A propos de la fête de Pourim : elle sera célébrée à partir du lundi 13 mars au soir dans toutes les communautés juives. Un petit rappel sur cette fête et l'évènement qu'elle commémore, grâce à une page Web très complète (voir sur le site "Lamed" ). Comme écrit dans la "Méguila", Haman le "méchant" de l'histoire, conseiller du roi Assuérus, finit très mal ... comme tous les antisémites. Une petite pensée pour Dieudonné qui vient d'être - enfin - condamné par la justice de notre pays !

J.C

09 mars 2006

Samira Bellil, in memoriam

Samira Bellil, 1971-2004
(illustration tirée du lien en fin d'article)
Cette belle jeune femme nous a quitté en septembre 2004, à l’âge de 33 ans, après avoir écrit un bouleversant livre autobiographique, « Dans l’enfer des tournantes » (éditions Denoël), où elle racontait les viols collectifs qu’elle avait du subir dans sa cité des banlieues. Un autre visage de la « barbarie » dont on a tellement parlé, il y a un mois à propos de l’assassinat d’Ilan, et en novembre au moment des émeutes où partirent en flammes des dizaines d’écoles.

J’avais évoqué son souvenir quelques mois après sa mort, en janvier 2005 lors de mon interview de Safia Lebdi, vice-présidente de l’association « Ni putes ni soumises » (voir article sur le blog). Je pense très fort à Samira au lendemain de la journée internationale de la femme, et alors que le Président de la République a inauguré la « Maison de la mixité » dans le 20ème arrondissement de Paris, ouverte par l’association. 
Extrait de son discours d’après l’agence Reuters :
"Aucune tradition, aucune coutume, aucune croyance ne saurait prendre le pas sur les lois de la République (...) Il faut que les jeunes filles comprennent qu'elles ne sont pas coupables de vouloir vivre leur vie normalement. Il faut qu'elles comprennent que, ce faisant, elles ne renient en rien ni leur famille, ni leurs origines ».

Et je pense également à Shérazade brûlée vive par un autre petit macho de banlieue l’automne dernier (voir aussi sur le blog) et à toutes les femmes courageuses qui finiront par sortir la majorité du monde musulman du Moyen Age (voir l'article "trois femmes").

A propos de Samira Bellil et de son livre, un lien qui résume l’essentiel : cliquer ici

J.C

Monde musulman : fin des tabous dans la presse de gauche ?


Couverture du "Nouvel Observateur", semaine du 2 mars 2005

Introduction :
Quelques précisions, d’abord. J’essaie de faire preuve d’esprit de nuance lors de mes interviews, et certains invités m’en ont félicité. Et écrire qu’il y aurait des sujets tabous dans l’ensemble de la presse « dite de gauche » - peu de grands journaux sont en fait réellement militants - est déjà simplificateur. Cela fait par exemple déjà plusieurs mois que la « politique arabe » de la France fait l’objet d’inventaires peu amènes dans « Libération », tandis que « Le Monde » a souvent publié des reportages crus sur la vie quotidienne en terre d’Islam. Et puis, chaque rédaction est plurielle même si leur direction impose une « ligne » générale ... les lecteurs fréquents de « Libé » dont je fais partie ne peuvent qu’être frappés par le grand écart entre la « quotidienne » de Pierre Marcelle (souvent fielleuse à propos des Juifs) et la rubrique « diplomatiques » de Jacques Amalric (presque toujours rigoureuse).
Mais deux tabous, forts, existaient et ont résisté à la fois au 11 septembre, aux horreurs du terrorisme islamiste et à l’explosion jusqu’en Europe de violences (verbales ou physiques) contre la communauté juive : l’explication systématique de la fureur musulmane par des fautes occidentales - politique américaine, israélienne, ou conséquences lointaines du colonialisme ; et le refus de voir en face le « nouvel antisémitisme » qui a explosé dans nos banlieues, sous prétexte que « des pauvres » issus de l’immigration ne pourraient jouer d’autres rôles que celui de victimes. Ce « logiciel » de la pensée unique est maintenant remis en question, surtout depuis deux affaires fortement médiatisées (celle des caricatures de Mahomet et celle du meurtre abominable d’Ilan Halimi). Voici donc plusieurs exemples relevés dans des journaux dits « de gauche » au cours des derniers jours.
J.C

Alain Duhamel dans sa rubrique de « Libération » datée du 1er mars :

« Quand le «gang des barbares» s'en prend au malheureux Ilan, c'est encore le fruit mortel des séquelles des clichés sur «le juif est riche et sa communauté est solidaire». A quoi il faut ajouter un antisémitisme qui, lui, se développe sur le sol français depuis deux décennies, vigoureusement et parfois violemment : l'antisémitisme islamiste et, beaucoup trop souvent, l'antisémitisme musulman et immigré. Lui aussi a des racines religieuses antiques, mais sans la récente repentance chrétienne. Des prêches, des DVD, des cassettes, des associations, des mouvements activistes entretiennent stéréotypes haineux et préjugés sociaux envieux. Des intellectuels, des religieux, des laïcs tentent de combattre de leur mieux avec courage cet antisémitisme-là, tantôt virulent et tantôt diffus mais toujours présent : ils sont minoritaires chez les leurs, d'autant plus que se mêlent aux traditions religieuses une jalousie sociale et une animosité spécifique envers mieux intégrés et mieux reconnus qu'eux. La France d'aujourd'hui ne ressemble pas à l'âge mythique de l'Andalousie où cohabitaient presque harmonieusement les communautés. Ici, c'est l'antagonisme communautariste qui menace et, comme trop souvent, au détriment des moins nombreux. »

Interview de Malek Boutih dans « Le Nouvel Observateur » daté du 2 mars :
« On a fait une erreur dramatique, particulièrement à gauche, en confondant l'analyse des causes de cette violence et le discours qu'il fallait lui opposer. Insidieusement, on l'a légitimé, on lui a donné une justification politique. Ces jeunes qui, contrairement à ce que disent beaucoup de policiers, n'ont pas la tête vide, l'ont parfaitement compris et ont repris ce discours à leur compte. « La société est pourrie ; les délinquants en col blanc ne vont jamais en prison », vous disent les dealers. Il s'est passé la même chose avec le discours antisémite. Un cran supplémentaire dans la transgression des règles et des tabous a sauté. Au lieu de combattre de front la haine antijuive, on a invoqué l'Intifada, l'« identification à la juste cause palestinienne ». Sans se rendre compte, d'ailleurs, qu'on reproduisait les mêmes schémas que ceux qui trouvent de bonnes raisons aux « papys flingueurs » qui tirent sur les Arabes parce qu'ils sont, disent-ils, excédés par le bruit des mobylettes. Résultat : l'antisémitisme, comme la violence, s'est banalisé. A force de le comprendre, certains ont fini par le justifier. »


Reportage de Jean-Pierre Langelier dans « Le Monde » daté du 28 février, à propos d’un colloque à Kuala Lumpur sur l’incompréhension « Islam-Occident », avec quelques citations fortes :
« Éducation bien ordonnée commence par soi-même, souligne Usman Bugaje, président de la commission des affaires étrangères du Parlement nigérian. Cet universitaire déplore que les peuples musulmans connaissent de moins en moins bien leur propre religion, sans parler de celle des autres : "Inutile de remonter à l'Andalousie arabe pour constater que l'éducation est de plus en plus rétrécie, souligne-t-il. Nous devons revitaliser les programmes, renouer avec notre grande tradition intellectuelle !"

C'est également l'avis de Mohammed Arkoun, historien de la pensée musulmane. "Nous avons besoin avant tout, constate-t-il, d'une véritable politique d'éducation et d'une recherche scientifique ambitieuse. Les travaux des experts n'alimentent que des débats d'initiés sans écho dans les médias ni dans le grand public." Pour Mohamed Charfi, ancien ministre tunisien de l'éducation (1989-1994), cette dernière représente, avec la liberté, l'égalité hommes femmes et la bonne gouvernance, l'un des quatre domaines où le monde musulman doit accomplir des progrès décisifs.
Celui qui présida aussi, dans son pays, la Ligue des droits de l'homme connaît bien son sujet. Il eut la charge de porter un coup d'arrêt à l'islamisation, qui, à la fin du règne d'Habib Bourguiba, avait contaminé le système d'enseignement, par le truchement des manuels scolaires. "L'éducation doit être modernisée, résume-t-il. Elle doit ouvrir les esprits, apprendre à réfléchir, éveiller le sens critique. La connaissance d'autrui et de ses systèmes de pensée est un moyen essentiel d'enrichissement de soi." (...)
Ouvrir les yeux sur soi et sur l'Occident suppose que le monde musulman cesse de se poser en perpétuelle victime. "C'est toujours la faute de l'autre, note Mohamed Charfi : le colonisateur, l'impérialisme, le système financier international, le FMI, la Banque mondiale. Quand amorcera-t-on l'autocritique qui permettra un diagnostic lucide de nos échecs ?" Mohamed Arkoun regrette que, depuis les croisades, l'islam ne retienne de ses contacts avec l'Occident que les souvenirs douloureux, et n'ait pas su tirer à son profit les leçons de la raison et des Lumières. » 

J.C

07 mars 2006

Y a-t-il un « choc des civilisations » ? Un débat le 12 mars avec Emile Moatti


Cette terrible photo a été prise lors d’une manifestation à Londres contre les caricatures de Mahomet. Une vision qui parait tellement monstrueuse (une femme voilée de la tête aux pieds, portant une pancarte qui à la fois nie la Shoah et en annonce une nouvelle, et cela en Europe et en plein jour), que les médias ont eu une attitude plus que prudente. Ne parlons pas des télévisions qui ne l’ont pas montrée. Même « proche-orient.info » a hésité avant de la publier, et ne l’a fait qu’après s’être assuré de son authenticité - voir article du 15 février sur le site.

En tout cas elle remet sérieusement en question la mièvrerie de certains commentaires qui présentent le débat comme une affaire de simple malentendu culturel. La barbarie menace tout le monde, juifs en premier lieu, chrétiens, hommes de toute religions ou athées, mais aussi et d’abord musulmans qui refusent le « nazislamisme ». Et on n’a pas le droit de parler de « choc des civilisations » quand ce sont les valeurs fondamentales de nos sociétés qui sont en jeu (voir sur le blog l'interview de Wafa Sultan sur Al-Jazeera).

Comment lutter contre ce fléau ? Comment aider les Musulmans modérés à se démarquer, mais sans stigmatiser leur foi ou glisser vers une phobie totale de ces populations ? Il était temps de faire le point avec mon ami Emile Moatti, engagé depuis si longtemps dans le dialogue inter religieux (voir présentation sur le blog).

Merci amis auditeurs d’être au rendez-vous dimanche prochain !

J.C

05 mars 2006

Ecoutez Raouf Oufkir sur le Web (première partie)


Voici le podcast de mon émission avec Raouf Oufkir, diffusée le 6 novembre 2005

Pour l'écouter appuyer sur le bouton "play" ci dessous ou téléchargez-le ici.


data="http://orient-express.typepad.com/podcast/dewplayer.swf?
son=http://orient-express.typepad.com/podcast/RaoufOUFKIR1.mp3"


Podcast-logo2
J'ai été passionné par la lecture de son livre témoignage, "Les invités", où il raconte pourquoi et comment il a passé les plus belles années de sa vie dans les prisons secrètes d'Hassan II (voir la présentation du livre). Je lui ai consacré deux émissions, et j'ai déjà rapporté dans le blog certains propos extraordinaires de mon invité, qui a témoigné de sa très forte proximité avec le peuple juif (cliquer ici).
Je mettrai en ligne plus tard le deuxième enregistrement (émission du 27 novembre). Après avoir écouté celui-ci, je suis sûr que vous serez impatients d'écouter la suite !

J.C

04 mars 2006

La femme est l’avenir de l’homme ! Ecoutez Wafa Sultan sur Al-Jazeera

Le logo de la chaîne satellitaire Al-Jazeera (Qatar)

Wafa Sultan est une arabo-américaine, psychologue et vivant à Los Angeles. Elle a été interviewée sur la chaîne satellitaire Al Jazeera le 21 février, et elle a tenu des propos extrêmement directs sur le fameux « choc des civilisations » dont on nous rabat les oreilles depuis le 11 septembre ... comme si les terroristes d'Al-Qaïda et leurs supporters étaient porteurs d'un projet de société, comme si feu le régime des Talibans ou celui des Mollahs en Iran avaient contribué à la marche de l'Humanité. Deux extraits :

« Le clash dont nous sommes les témoins à travers le monde n’est pas un clash de religions, ou un clash de civilisations. C’est un clash entre deux opposés, entre deux époques. C’est un clash entre une mentalité qui appartient au Moyen Age et une autre mentalité qui appartient au 21ème siècle. C’est un clash entre la civilisation et la régression, entre les civilisés et les primitifs, entre la barbarie et la rationalité »

« Les Juifs sont revenus de l’Holocauste, et ils ont forcé le Monde à les respecter, avec leur savoir, pas avec la terreur, avec leur travail, pas avec leurs pleurs et leurs hurlements (...). On n’a pas vu un seul Juif se faire sauter dans un restaurant allemand. On n’a pas vu un seul Juif détruire une Église. On n’a pas vu un seul Juif protester en tuant des gens. Des Musulmans ont réduit en poussière trois statues de Bouddha (NDLR : les Bouddhas géants de Bamiyan, en Afghanistan). On n’a pas vu un seul Bouddhiste brûler une Mosquée, tuer un Musulman ou brûler une ambassade. Seuls les Musulmans défendent leur croyance en brûlant des Églises, en tuant des gens ou en détruisant des ambassades (...). Les Musulmans devraient se demander à eux-mêmes ce qu’ils peuvent faire pour l’Humanité, avant de demander à l’Humanité de les respecter ».

Memritv donne un extrait de l’interview, vidéo en langue arabe et sous-titres en français.

J.C


02 mars 2006

01 mars 2006

Le manifeste des douze "Ensemble contre le nouveau totalitarisme"

Introduction :
Je reproduis ci-dessous le texte du manifeste publié aujourd'hui dans l'hebdomadaire "Charlie Hebdo", ainsi que les noms des douze signataires.
J.C

"Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme.
Nous, écrivains, journalistes, intellectuels, appelons à la résistance au totalitarisme religieux et à la promotion de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité pour tous.
Les événements récents, survenus suite à la publication de dessins sur Mahomet dans des journaux européens, ont mis en évidence la nécessité de la lutte pour ces valeurs universelles. Cette lutte ne se gagnera pas par les armes, mais sur le terrain des idées. Il ne s’agit pas d’un choc des civilisations ou d’un antagonisme Occident-Orient, mais d’une lutte globale qui oppose les démocrates aux théocrates.
Comme tous les totalitarismes, l’islamisme se nourrit de la peur et de la frustration. Les prédicateurs de haine misent sur ces sentiments pour former les bataillons grâce auxquels ils imposeront un monde encore liberticide et inégalitaire. Mais nous le disons haut et fort : rien, pas même le désespoir, ne justifie de choisir l’obscurantisme, le totalitarisme et la haine. L’islamisme est une idéologie réactionnaire qui tue l’égalité, la liberté et la laïcité partout où il passe. Son succès ne peut aboutir qu’à un monde d’injustices et de domination : celle des hommes sur les femmes et celles des intégrismes sur les autres. Nous devons au contraire assurer l’accès aux droits universels aux populations opprimées ou discriminées.
Nous refusons le « relativisme culturel » consistant à accepter que les hommes et les femmes de cultures musulmanes soient privés du droit à l’égalité, à la liberté et à la laïcité au nom du respect des cultures et des traditions.
Nous refusons de renoncer à l’esprit critique par peur d’encourager l’ « islamophobie », concept malheureux qui confond critique de l’islam en tant que religion et stigmatisation des croyants.
Nous plaidons pour l’universalisation de la liberté d’expression, afin que l’esprit critique puisse s’exercer sur tous les continents, envers tous les abus et tous les dogmes. Nous lançons un appel aux démocrates et aux esprits libres de tous les pays pour que notre siècle soit celui de la lumière et non de l’obscurantisme."

Signataires :
Ayaan Hirsi Ali
Chahla Chafiq
Caroline Fourest
Bernard-Henri Levy
Irshad Manji
Mehdi Mozaffari
Maryam Namazie
Taslima Nasreen
Salman Rushdie
Antoine Sfeir
Philippe Val
Ibn Warraq

Ayaan Hirsi Ali (députée néerlandaise d'origine somalienne, scénariste du film "Submission"), Chahla Chafiq (écrivaine d'origine iranienne exilée en France), Caroline Fourest (essayiste française), Bernard-Henri Levy (philosophe français), Irshad Manji (essayiste vivant au Canada, dont la famille avait fui l'Ouganda), Mehdi Mozaffari (universitaire d'origine iranienne exilé au Danemark), Maryam Namazie (écrivaine d'origine iranienne exilée en Grande-Bretagne), Taslima Nasreen (médecin et écrivaine exilée du Bangladesh après avoir été l'objet de menaces de mort par des islamistes), Salman Rushdie (écrivain britannique, condamné à mort par une fatwa de l'iman iranien Khomeiny en 1989), Antoine Sfeir (directeur de la revue Les Cahiers de l'Orient), Philippe Val (directeur de publication de Charlie Hebdo), Ibn Warraq (chercheur américain d'origine indo-pakistanaise, auteur de "Pourquoi je ne suis pas musulman").