Notre radio

Notre radio

13 septembre 2006

Commémoration du 11 septembre à Paris : un texte de Morad El Hattab lu sur l’Esplanade des Droits de l’Homme au Trocadero

Introduction :
Le Mouvement pour la Paix et contre le Terrorisme (MPCT) a pour objet de faire condamner le terrorisme massacreur de civils, en le dénonçant comme un crime contre l’humanité. Le MPCT appelle à la solidarité avec les victimes du terrorisme partout dans le monde en se situant résolument sur le terrain de l’universalité des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant.
Depuis plusieurs années, il organise en particulier des rassemblements en commémoration du pire crime terroriste de tous les temps, les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis qui firent environ 3000 tués en moins de deux heures. Des attentats dont le sens profond et les enjeux semblent avoir été bien mal compris en France sur le moment et depuis cinq ans (voir mon « post » de lundi). Cette année, la commémoration a été particulièrement solennelle : je vous invite à lire le compte-rendu sur leur site, et à signer leur pétition qui sera envoyée aux plus hautes autorités de l’Etat.
En attendant, je suis très heureux de publier sur le blog l’appel de Morad El Hattab qui a été lu sur l’Esplanade des Droits de l’Homme au Trocadéro : mon ami Morad rappelle, en tapant dans le mille, que la logique mortifère et déshumanisante d’Al-Qaïda est exactement la même que celle des nazis.

J.C
" Dans notre monde déchiré un peu partout par la guerre ou le terrorisme, la colombe de la paix semble bien effarouchée. Devant nos écrans de télévision, nous assistons, impuissants, à d'horribles scènes où des innocents sont tués.
Nous ne pouvons pas oublier qu’au cours de ces dernières décennies, on a tué, dans plusieurs pays, parce que l’autre n’était pas de la même religion ou ethnie que soi. En imposant aux Juifs de France, le 7 juin 1942, le port de l’étoile jaune, les nazis réduisaient leur identité à une seule dimension : Juifs ! En frappant les tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001, les kamikazes réduisaient l’identité des victimes innocentes à une seule dimension : Américains ! Au terme de ce processus de réduction identitaire, c’est leur dimension humaine qui s’est trouvée effacée !
Le 11 septembre 2001, à New-York, des terroristes ont tué des innocents, ces terroristes, ils nous répugnent, la peur de la mort, le cauchemar à l’idée d’être soi-même blessé ou de perdre un être cher, le goût du bonheur et de la vie ont déserté le camp des kamikazes qui organisent les attentats suicides et se transforment en bombes humaines.
La fascination de ces meurtriers pour le suicide au nom de Dieu nous interpellent et nous choquent. Pourquoi ?
Car en se suicidant en même temps qu’ils assassinent, ces nouveaux kamikazes, se faisant à la fois victimes et bourreaux, échappent à la justice des hommes pour présenter à Dieu les dépouilles de leurs victimes.
Décidemment, la pensée de Léon Uris est bien réelle lorsqu’il écrivait : « Le dernier des imbéciles devient un saint dès l’instant où il meurt en martyr. »
Alors, rien ne sert d'argumenter avec ces salopards qui s’entêtent, pour nous détruire, à nous attribuer une opinion qui n'a jamais été la nôtre. Pour conserver sa sérénité il faut se rappeler que les vraies victimes ne sont pas ceux qui se font insulter mais ceux qui se font maltraiter et assassiner, ainsi que leurs proches : les morts du World Trade Center, les juifs que la loi du 3 octobre 1940 a spoliés de leurs droits, les Algériens massacrés par la police parisienne le 17 octobre 1961 ... les victimes du Darfour, des attentats, guerres et dictatures.
Sans reconnaître en chaque être humain - par-delà même sa particularité culturelle - un semblable, d’égale dignité, peut-il y avoir une société juste ? Certainement pas. Le traitement égal des humains, malgré leur diversité culturelle et sociale, ne peut que reposer sur leur commune humanité, sur l’identité d’une même "nature". Bref, sur l’universalité de l’être humain.
C’est donc sur l’universalité de la "nature humaine" que repose la reconnaissance de la dignité inhérente de toutes les personnes et de leurs droits égaux et inaliénables. C’est là qu’il faut rechercher la reconnaissance entre humains. « Il y a obligation envers tout être humain du seul fait qu’il est un être humain, sans qu’aucune condition n’ait à intervenir », déclare avec justesse la philosophe Simone Weil.
Ce n’est sans doute pas pour rien que la cible réelle du racisme et des intégristes soit précisément la notion d’universalité et d’unité du genre humain. « Du point de vue historique, écrit Hannah Arendt, les racistes (...) ont été les seuls à nier sans cesse le grand principe d’égalité et de solidarité de tous les peuples, reposant sur l’idée d’humanité ». Et il nous semble qu’ils sont toujours les seuls à dénier à certains la qualité d’être humain.
Pour ce faire, sachez que je suis signataire, avec des libéraux arabes et musulmans, d’une requête soumise au Conseil de Sécurité des Nations Unies et à l’équipe constituée en vertu de l’article 9 de la Résolution-1566 pour la constitution d’un Tribunal international du terrorisme, afin de traduire en justice les individus, groupes ou entités impliqués dans des actes terroristes, y compris certains membres du clergé musulman, qui promulguent des édits religieux ou « fatwas » incitant au terrorisme.
Le 11 Septembre 2001 a ouvert l’ère du terrorisme, pour un monde qui ne serait plus jamais le même mais le 11 Septembre 2001, ouvre aussi un nouveau chapitre de l’histoire qui reste à écrire.
En 1948, Camus écrit : « On ne vit pas que de lutte et de haine. On ne meurt pas toujours les armes à la main. Il y a l'histoire et il y a autre chose, le simple bonheur, la passion des êtres, la beauté naturelle ».
Pour découvrir ce bonheur, il nous faut viser, non pas à connaître la culture de l’autre, mais à rencontrer l’autre dans sa culture. C’est une possibilité qui s’ouvre. À nous de relever le défi.
Puisse la paix toujours prévaloir !"
Morad EL HATTAB, 
Philosophe, Lauréat du Prix pour la Paix et la Tolérance