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20 juillet 2006

"Le Darfour, c'est l'enfer sur Terre". Un texte de Morad El Hattab

Introduction :
Morad El Hattab est un intellectuel musulman très courageux dont on a déjà pu apprécier à plusieurs reprises la signature sur ce blog. Il faisait partie des personnalités présentes lors de la manifestation de soutien au Darfour du 10 juillet. Toute personne normalement dotée d'un minimum de sensibilité ne peut qu'être accablée par les victimes innocentes, libanaises comme israéliennes, du conflit qui a débuté deux jours plus tard, le mercredi 12. Ce n'est pas une raison pour oublier les victimes d'autres conflits - en l'occurrence celles, mille fois plus nombreuses, de ce qui est peut-être le premier génocide du 21ème siècle. Mais les massacres au Darfour n'attirent pas les journalistes. Est-ce parce que le gouvernement qui les commandite est dirigé par des islamistes ? Le Soudan faisait partie de la minorité de gouvernements arabes ouvertement solidaires du Hezbollah lors du sommet du Caire samedi dernier, en l'aimable compagnie de l'Algérie et du Yémen. Morad avait écrit ce texte avant la nouvelle explosion de violence entre Israël et le Liban. Lisons-le pour ne pas oublier !
J.C

« Toute idée fausse finit dans le sang, mais il s’agit toujours du sang des autres. » A. Camus

"L’origine de ce désastre humanitaire qui se déroule au Darfour remonte à février 2003, date à laquelle des milices pro-gouvernementales soudanaises ont attaqué les populations civiles de la région, accusées de soutenir des mouvements de rébellion. Depuis, 250 000 personnes ont été massacrées, deux millions de personnes ont été déplacés à l’intérieur du pays à l’occasion de destructions de villages ou de massacres et 200 000 se sont réfugiés au Tchad voisin.
N’oublions pas qu’aujourd’hui, des milliers d’êtres humains sont victimes de la tyrannie soudanaise, dans la faim et la misère. Les plaintes des opprimés et des veuves, les viols sur des jeunes enfants, les pleurs des orphelins affamés, sans-abri, vivant dans les rues ou dans les camps de réfugiés ne semblent guère émouvoir l’opinion internationale alors que le secrétaire général de l’O.N.U., M. Kofi ANNAN, a déclaré : « Le Darfour, c’est l’enfer sur Terre. »

Nous sommes face à des criminels bravant toute loi et toute morale, et outrepassant le plus élémentaire des devoirs de respect de la personne humaine, et bien que les notions de droit et de justice ne font pas partie de leur terminologie hautaine et méprisante ... face à ces criminels, nous offrons notre silence et notre indifférence à ces cris qui retentissent.

Notre absence de dénonciations permet ainsi à des lâches de continuer à se vautrer dans l’impunité. Comme si l’on devait « respecter » une tradition découlant de normes écrites et non écrites où les crimes de torture, de détention arbitraire, d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions forcées seraient monnaie courante.
Le gouvernement soudanais qui se dit « musulman » se caractérise par une tyrannie sanguinaire persistante, des conflits meurtriers et enfin un sous-développement durable. Il a pillé les richesses nationales, hypothéqué l’avenir de son peuple et introduit un apartheid dévastateur. Sans parler de son absence de légitimité, son absence d’idéologie et son absence de programme, de ce fait il est doublement responsable devant Dieu puis devant l’histoire et les générations futures.
Les dirigeants de ce pays sont coupables d’actes de violence qui ne trouvent aucune justification islamique. Ils se sont attaqués à des innocents et ils ont commis des atrocités et des injustices pouvant à elles seules leur barrer le chemin de toute victoire venant de Dieu.
D’autre part, la situation est tellement catastrophique qu’il est insensé d’y rester indifférent. Il est temps de réagir. Il est plus qu’urgent d’intervenir pour la recherche d’une solution, d’un remède, d’une alternative pour empêcher le naufrage.
A mon humble avis, la solution doit être recherchée dans les instances internationales afin que cesse immédiatement les massacres. Il ne fait aucun doute que l’heure de ce régime va bientôt sonner, sa chute est proche car l’injustice ne peut pas prospérer.

Comme le dit Saint-John Perse : « C’est de l’homme qu’il s’agit. », il ne saurait y avoir de reconnaissance de la Dignité dans l’exclusion, dans la rupture du lien entre les êtres. Car l’humanisme véritable conduit à reconnaître en l’autre, en tout autre, un alter ego. Et ceci en toute liberté.

Morad EL HATTAB, 
Écrivain, conférencier international,
Lauréat du Prix Littéraire Karoubi pour la Paix et la Tolérance