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23 février 2007

Des intellectuels dénoncent le silence du monde arabe sur le Darfour

Réfugiés du Darfour

Introduction :
Enfin ! Le Darfour a été à l'ordre du jour du dernier sommet franco-africain de Cannes, alors que ce conflit a fait tant de victimes et qu'il a été tellement peu médiatisé. Soudain Jacques Chirac, si disert sur l'Irak ou sur le problème palestinien, semble s'intéresser au sort d'autres Musulmans. Et, bien docilement, les grandes chaînes de télévision font mine aussi de s'y intéresser à cette occasion ...
Mais d'autres commencent aussi à en parler. Alors que les gouvernements et les médias arabes sont polarisés par le seul conflit israélo-palestinien, toujours présenté comme l’unique drame contemporain, les massacres au Soudan qui ont fait des centaines de milliers de morts depuis près de quatre ans n’ont jamais inspiré la moindre déclaration commune. Les sommets de la Ligue Arabe se succèdent et le même silence gêné reste de rigueur, alors que la tragédie du Darfour concerne un État membre.
On a souvent critiqué (et à juste titre), la servilité des intellectuels arabes vis-à-vis de leurs régimes. « L’appel des intellectuels arabes » publié le 24 novembre dans le journal « Libération » est donc très important, et je le reproduis in extenso.
J.C


" Depuis 2003, la guerre fait rage au Darfour.
Elle a causé jusqu'ici la mort de près de 300 000 personnes, et chassé de leurs terres plus de deux millions d'autres après la destruction d'environ 80 % de leurs villages ­ soit un tiers de la population de la région.
Malgré les multiples appels de la communauté internationale, les populations civiles continuent d'être les cibles quotidiennes des forces armées soudanaises et des Jenjawids, milices armées par le régime militaire de Khartoum. Certaines factions des mouvements rebelles sont également responsables d'exactions et de violations des droits humains de la population du Darfour.
En dépit de la signature d'un accord de paix en mai 2006 entre une partie de la rébellion et le gouvernement soudanais, les viols massifs, les attaques contre les civils et le personnel humanitaire international se multiplient dans l'ouest du Soudan. Des crimes de guerre et des violations graves du droit international humanitaire continuent d'être commis en toute impunité.
Les déplacements massifs de la population rurale vers les camps de réfugiés ont réduit à néant l'agriculture locale. La population dépend désormais de l'aide alimentaire internationale. Aux destructions liées à la guerre vient s'ajouter un risque de famine généralisée.
Malgré la résolution 1706 du Conseil de sécurité des Nations unies, le pouvoir soudanais refuse catégoriquement le déploiement d'une mission internationale de maintien de la paix au Darfour. Les crimes commis dans cette région continuent de se perpétrer à huis clos.
Les signataires de cet appel constatent le silence du monde arabe sur ce drame et appellent les acteurs de la société civile, les responsables politiques, à agir auprès de leurs gouvernements et des organisations régionales pour qu'ils prennent clairement position en faveur d'un arrêt des combats et obligent le gouvernement soudanais à trouver une issue pacifique au conflit dans le respect des droits des habitants du Darfour. "
Pour consulter la liste complète voir le site : http://www.manifeste.org
Contact et informations : manifeste@manifeste.org

Adnan Etel, poète (Liban) ; Adonis, poète (Syrie) ; Arkoun Mohammed, philosophe (France) ; Ben Slama Raja, essayiste (Tunisie) ; Bennani Jalil, psychanalyste (Maroc) ; Benslama Fethi, écrivain, psychanalyste (Tunisie-France) ; Bessis Sophie, historienne (Tunisie-France) ; El-Bizri Nader, philosophe (Liban-Royaume-Uni) ; El-Fatih Ali, écrivain (Soudan) ; Ghalioun Bourhan, professeur (Syrie) ; Ghitani Gamal, romancier (Egypte) ; Harbi Mohammed, historien (Algérie) ; Hassan Kadhim-Jihad, écrivain, maître de conférences (Irak) ; Houni Mohammed Abdelmottaleb, membre fondateur de la Fondation de la pensée moderne arabe (Libye) ; Nabulsi Shaker, éditorialiste (Jordanie) ; Sanbar Elias, écrivain (Palestine) ; Sebbar Leïla, écrivain (Algérie-France) ; Stétié Salah, écrivain, poète (Liban) ; Tazi Nadia, philosophe (Maroc-France)

Presque au même moment, mon ami Morad El Hattab envoyait à tous les ambassadeurs arabes en Europe une lettre extrêmement vigoureuse, dénonçant leur passivité avec (et c’est toute l’originalité de sa démarche) une exégèse islamique pour étayer son argumentation. Son texte est hélas trop long pour que je le publie in extenso, en voici un extrait significatif.


" Vous ne pouvez plus rester passifs face à ce nettoyage ethnique qualifié par l’ONU de crime contre l’humanité. D’ailleurs, après les résultats accablants de la commission d’enquête dépêchée par l’ONU, la situation au Darfour a été déférée à la Cour Pénale Internationale par le Conseil de sécurité avec adoption de la résolution 1593, en avril 2005, à l’initiative de la France, qui prévoit la traduction des criminels de guerre.
Il faut que les pays arabes cessent de se rassembler autour d’un ennemi commun : l’Occident. Car au Soudan, qui tue qui ? Des musulmans massacrent des musulmans, et le Conseil de sécurité de l’ONU n’essaie que de protéger des musulmans contre d’autres musulmans.
Voilà la réalité !
Nous partageons des valeurs musulmanes, or M. Omar el Béchir, président du Soudan, cherche à justifier des crimes en se basant sur le Coran et sur la Sunna du Prophète Mohamed (SBAL). Pourtant dans le Saint Coran, Allah ordonne au musulman d’acquérir une excellence dans son comportement éthique et moral. D’ailleurs, la sanction prise par Allah contre les tyrans est l’exclusion de Sa Miséricorde : « Que la malédiction d’Allah soit sur les injustes. » (Coran, S. 7, v. 44).
N’étant pas théologien, je vous invite donc à vous rappeler le sens de la parole de l’imam Ali (Qu’Allah l’agrée) : « Ne regarde pas l’auteur du propos mais plutôt son contenu. » afin de comprendre ma démarche humaniste auprès de Vos Excellences.
De plus, l’Islam nous commande d’agir contre les mensonges qui excusent et légitiment les génocides, rappelons-nous le dire du Prophète Mohamed (SBAL) : « Que la crainte des gens n’empêche point l’un parmi vous de dire la vérité s’il en a connaissance, car cela ne le rapprochera nullement de la mort, ni ne l’éloignera de la fortune ; qu’il dise la vérité ou qu’il rappelle les anciens de grande vertu. »
Nous constatons qu’au Darfour, des innocents sont assassinés au nom d’Allah, or le Prophète Mohamed (SBAL) a rappelé que l’assassinat était le deuxième des plus grands péchés pouvant être commis (Sahih Al-Bujari : 6871, et Sahih Muslim : 88), et a averti que le Jour du Jugement, les premiers cas à être jugés seront ceux qui auront à voir avec l’effusion de sang (Sahih Muslim : 1678, et Sahih Al-Bujari : 6533).
D’ailleurs, le propre concept de guerre établi dans le Coran a une nuance exclusivement défensive : « Et combattez pour la cause d’Allah contre ceux qui vous combattent, mais ne commettez pas d’agressions, car, certainement, Allah n’aime pas les agresseurs. » (Coran, S.2, v.190). "

Morad El Hattab