Notre radio

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30 octobre 2005

Iraniens : la manifestation dont on n'a pas parlé

Manifestation de l'opposition iranienne en exil en Suède, le 28 octobre 2005. Sur la pancarte, une caricature d'Ahmadinejad, le président iranien. Menteur comme Pinochio, avec un grand nez en forme de missile à tête nucélaire.
Photo AFP

Photo pas vue



Les médias (presse écrite, internet, télévisions) ont été inondés par les images des manifestations "gigantesques" en Iran où des centaines de milliers de personnes ont crié "mort à Israël" (avec en prime souvent "mort à l'Amérique", pourquoi gâter son plaisir), en brûlant des drapeaux, voire même (quel goût exquis) des cercueils représentant les "ennemis" détestés. Pratiquement personne n'a fait le rapprochement avec le même genre de manifestations qui réunissaient naguère en Irak des foules dévotes, brandissant des portraits de Saddam Hussein ... et votant pour lui à 100 % lors d'élections surréalistes. Pourtant, trois ans après (et quoique l'on puisse penser de l'intervention américaine), il y a eu deux séries d'élections libres avec un taux de participation remarquable vu la situation sécuritaire ... et des résultats tout à fait représentatifs de la diversité des opinions.
Des millions d'Iraniens sont révulsés par la politique qui leur est imposée, et ne souhaitent pas du tout engager leur pays dans une entreprise à la fois génocidaire et suicidaire contre Israël. S'ils le disaient, ils finiraient pendus en haut d'une grue comme cela est la mode sous les Ayatollahs (voir photos sur le site www.iran-resist.org). Le rôle des grands médias est de le rappeler aux spectateurs fatigués, or ils ne le font pas, comme ils ne le faisaient pas non plus et naguère lorsqu'ils montraient des "manifestants" de l'autre côté du "rideau de fer". C'est bien dommage. Ils pourraient, aussi, parler des manifestations d'Iraniens libres de dire ce qu'ils pensent - comme ces opposants photographiés en Suède vendredi.

J.C

L'arrivée du "Tour de l'amitié", Paris 24 juillet




Photo pas vue

Merci à Charlie Benyahya pour ces magnifiques photos !

Il faisait très beau à Paris le 24 juillet pour l'arrivée du "Tour de l'amitié" de l' AJMF (Amitié judéo-musulmane de France). Rappelons qu'un bus, parti le 19 juin, a fait un tour de France (avec des crochets en Belgique et en Italie) à la rencontre des deux communautés, et a été reçu par plusieurs municipalités dans les principales villes étapes.
Pour plus de détails sur ce tour et sur l'AJMF, on se reportera aux précédents articles que je vous invite à chercher dans les archives : 22 juin, 3 juillet et 28 septembre.

Sur la photo du haut, chantant devant le bus, des jeunes scouts musulmans. On reconnait sur la gauche (veste rouge), Madame Peguy Lévy, secrétaire générale ajointe du Consistoire Israélite de Paris. Sur la photo du milieu, des jeunes scouts musulmans avec le tee-shirt imprimé "vive l'amitié judéo-musulmane" devant les fontaines du Trocadéro. Enfin sur la photo du bas, les deux Présidents de l'association, au milieu Djelloul Seddiki (secrétaire général de la Grande Mosquée de Paris) et à droite le Rabbin Michel Serfaty. J'avais eu le plaisir de recevoir chacun d'eux lors d'émissions de notre série "Rencontre" en 2003 et 2004, et j'espère avoir l'occasion de faire un point avec eux prochainement sur l'AJMF.

J.C

29 octobre 2005

La Tribune de Genève : halte au nazislamisme !

Introduction :
Jean-Noël Cuenod vient d'écrire (28 octobre) un éditorial remarquable dans le journal suisse "la Tribune de Genève" : en reproduire seulement un extrait serait le mutiler, c'est pourquoi je préfère vous le donner à lire in extenso. Quelques mots de commentaires, après ceux un peu désabusés publiés juste après le discours d'Ahmadinejad : mêmes tonalités des éditoriaux de la presse francaise et européenne ; condamnations de l'Iran par le Conseil de Sécurité de l'ONU, l'Union Européenne et pratiquement toutes les grandes puissances ... Israël n'a jamais reçu un soutien aussi net de la part de la Communauté internationale. Reste à voir si cette solidarité n'est qu'un "été indien" à l'image de cet automne qui n'en finit pas de ne pas commencer !
J.C

"Les ignobles propos du président iranien Mahmoud Ahmadinejad n'ont rien d'un feu de bouche mais tout d'une déclaration de guerre: «Israël doit être rayé de la carte». Tout d'abord, le thème du congrès au cours duquel ils ont été prononcés est en soi tout un programme: «Le monde sans le sionisme» qui fait référence explicite au «monde sans les Juifs» proclamé par les nazis des années trente.
Ensuite, il ne s'agit pas d'une de ces «petites phrases» qu'affectionne la classe politique française. C'est tout le discours du président iranien qui suinte la haine anti juive. Un discours d'ailleurs scrupuleusement brodé sur le canevas de la rhétorique nazie. Tout comme Hitler, Ahmadinejad use de termes médicaux pour effacer «ce stigmate» qu'est Israël, «de la face du monde islamique».
Le mot «antisionisme» - faux nez de l'antisémitisme - n'abuse plus personne. C'est bien l'éradication d'un état juif - et qui doit être éradiqué parce qu'il est juif et démocratique - qu'Ahmadinejad a réclamée devant 4000 étudiants fanatisés. Désormais aux chemises brunes d'hier répondent les turbans bruns d'aujourd'hui. Le nazislamisme vient de connaître son congrès de Nuremberg.
Le danger serait de relativiser la portée de ces propos. Par le passé, de nombreux dirigeants islamistes ont promis de livrer Israël aux flammes de l'enfer coranique. Mais c'est tout de même la première fois depuis l'ère nassérienne que le chef d'un pays de 76 millions d'habitants en appelle à la destruction physique de l'état hébreu.
Sans doute Ahmadinejad se sent-il assez fort pour se lancer dans une telle diatribe. Fort à l'intérieur de ses frontières, en premier lieu. Cet ancien officier du groupe paramilitaire des «Pasdaran» n'est que la figure la plus apparente de ce parti nazislamiste qui, désormais, détient les principaux leviers de commande. Et il n'est guère douteux que l'actuelle position du président a reçu l'onction du véritable patron de l'Iran, le Guide suprême Khameneï. De plus, le pouvoir nazislamiste est en train de mettre au pas les médias iraniens, surtout dans la sphère de l'Internet où soufflait encore une brise de liberté. Des milliers de sites ont été censurés parce que jugés «non islamiques» et plusieurs cyberjournalistes ont été jetés en prison, dénonce Reporter sans frontières.
A l'extérieur aussi, l'horizon paraît dégagé pour le parti d'Ahmadinejad. Les Etats-Unis s'enlisent en Irak qui est dominé par les coreligionnaires chi'ites des Iraniens. Et au Liban, le Hezbollah pro-iranien est solidement implanté dans les régions de confession chi'ite.Sans doute, les démocraties vont-elles payer pendant longtemps la funeste aventure américaine à Bagdad. Les moyens de pression militaires de l'Occident sur Téhéran paraissent singulièrement grevés par l'hypothèque irakienne. Ahmadinejad a vraisemblablement jugé que le moment était venu de tomber les masques sans trop de risques et de mobiliser ses troupes politiques en vue de prendre la tête de la lutte antijuive au Proche-Orient.
Voilà les démocraties placées désormais en face de leurs responsabilités. Pour elles, la tentation est grande de protester sur le moment et d'oublier plus tard les malsonnants propos iraniens afin de conclure de juteux contrats avec cet excellent client qu'est Téhéran. Il est probable qu'Ahmadinejad table sur cette tendance occidentale à sombrer dans la cécité cupide en se disant, comme Lénine jadis, «les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons».
Aux pays démocratiques de prendre le contre-pied en se montrant d'une inébranlable solidarité avec Israël qui est l'unique état du Proche-Orient à défendre nos valeurs. Au moment où l'Iran cherche à se doter de l'arme nucléaire, les bonnes affaires, pour une fois, devraient être reléguées au second plan. Désormais, il ne faut plus rien céder à Téhéran et renvoyer le dossier du nucléaire devant le Conseil de Sécurité sans tergiverser. En défendant Israël bec et ongles, c'est aussi notre propre sauvegarde que nous assurons."

Jean-Noël Cuenod

27 octobre 2005

Trois femmes


Je voudrais vous parler aujourd'hui de trois femmes et de leurs destinées. Leur histoire a été tragique pour la première, exemplaire pour la deuxième, et extraordinaire pour la troisième. Toutes les trois sont musulmanes. Chacune incarne à elle seule une facette du Monde contemporain, où l'islam est revenu en force sur la scène de l'actualité. Vous trouverez ci-dessous leurs noms et un résumé de leurs histoires !
Shahara Islam (quel nom symbolique !) était une jeune anglaise de 20 ans, d’origine bengalie. Elle avait été élevée dans une famille pieuse, et travaillait comme employée de banque. Elle eut le malheur d’être dans le « tube » londonien le matin du 7 juillet dernier, en chemin vers son travail, à Liverpool Street. Elle fait partie des dizaines de morts innocents de toutes origines, religions et nationalités, assassinés par des salauds se revendiquant de l’islam... A propos de l’attentat de Londres, voir aussi l’article écrit « à chaud » le jour même sur le blog (cliquer ici). Le père de Shahara Islam a dénoncé l'ignominie d'Al-Qaïda, alors que trop de nos "intellectuels" répugnent à condamner le terrorisme, voire pire encore, l'excusent !


Irshad Manji a 4 ans en 1972 lorsqu'elle fuit, avec sa famille musulmane d'origine indienne, l'Ouganda d'Amin Dada, et émigre au Canada, près de Vancouver. Après s'être rebellée contre les écoles coraniques où on veut l'enfermer, Irshad fait de brillantes études, qu'elle vit comme un passeport pour la liberté. Son livre "Musulmane mais libre" est un best seller international, traduit notamment en arabe, en urdu et en hébreu. Lettre ouverte aux Musulmans et non-Musulmans du monde entier où, avec vigueur et clairvoyance, l'auteur appelle chacun à s'interroger sur l'islam traditionnel. En termes crus, provocateurs et très personnels, l'auteur déterre les inquiétants fondements de l'islam pratiqué actuellement : clivages tribaux, antisémitisme, et acceptation aveugle du Coran. Irshad Manji explique comment, concrètement, l'islam pourrait être réformé pour garantir le respect des minorités religieuses et encourager le débat d'idées. Je vous invite à découvrir son site, muslim-refusnik.

Mukhtaran Mai, 33 ans, est une jeune femme pakistanaise qui fut victime d’un viol collectif tribal en juin 2002. Perpétré en public par plus d'une dizaine d'hommes, ce viol avait été ordonné par un conseil de leur tribu parce que le jeune frère de Mukhtaran était soupçonné d'entretenir une relation avec une fille de leur clan. Après ce crime, la jeune femme avait refusé de rester silencieuse et choisi de lutter pour obtenir justice et notamment obtenir la condamnation des violeurs. L'affaire a fait grand bruit au Pakistan et dans la communauté internationale, et un deuxième jugement a été imposé aux responsables du viol qui dans un premier avait été acquittés. Mukhtaran Mai vient d’être élue « femme de l’année » pour son courage par le magazine américain « Glamour ».

A propos des luttes des jeunes musulmanes pour la dignité et de leur fréquent calvaire dans les cités de nos banlieues, je voudrais aussi rappeler le combat de "ni putes ni soumises" (voir en lien permanent), et l'émission diffusée au début de cette année avec Safia Lebdi, leur vice-présidente (cliquer ici).

J.C

26 octobre 2005

"Il faut rayer Israël de la carte"

Le Président iranien Ahmadinejad, lors d’une conférence intitulée « Le Monde sans sionisme », photo AFP (26/10/05)

Le fanatique dirigeant de Téhéran a au moins le mérite de la franchise : l’objectif de la destruction de l’état d’Israël par le régime islamiste est en effet un secret de polichinelle depuis 25 ans, il suffit de lire la presse iranienne ou de voir des extraits de leur télévision (aller sur le site http://www.memri.org/ en lien permanent). Mais, en utilisant les ficelles de tous les systèmes totalitaires, les Ayatollahs ont toujours mis en avant, pour "l’exiger", des manifestations bien encadrées d’étudiants islamiques, ou de "pasdarans", gardiens de la révolution et autres nervis de service qui criaient "mort à Israël". Cela rappelle furieusement les manifestations de colère "spontanées" de la "Nuit de Cristal" en novembre 1938, par "la foule allemande indignée ", et on sait comment cela a fini. Aujourd'hui, le sinistre individu à rictus qui préside aux destinées de l'Iran dit les choses franchement, et personne ne pourra dire de bonne foi qu'il n'a rien entendu !

Bravo (pour une fois) à l’ensemble des gouvernements occidentaux qui ont vivement réagi, l’ambassadeur d’Iran à Paris étant même convoqué par le Quai d’Orsay. Mais cela ne fait pas oublier la complicité générale au moment de l’abandon du Shah, évoquée lors d’une émission avec un de ses anciens ministres, Houchang Nahavandi (cliquer ici). Cela ne me console pas, non plus, de l’effroyable indifférence de la majorité de mes compatriotes face à ces menaces d’holocauste nucléaire, ou au massacre délibéré de civils en Israël (l’attentat de tout à l’heure à Hadera).

Pour connaître tout ce qu’il faut savoir sur ce régime de malades mentaux, son idéologie, son soutien au terrorisme et la répression subie par le peuple iranien, je vous invite à visiter le site d’opposition http://www.iran-resist.org/. Il est très documenté, et mis à jour presque quotidiennement ! Son principal rédacteur est Kavéh Mohseni qui avait été mon invité le 8 février 2004. 

J.C

23 octobre 2005

Dans les prisons secrètes d'Hassan II : Raouf Oufkir sera notre invité le 6 novembre


C’est une interview que je rêvais de faire depuis longtemps. Nous allons parler avec Raouf Oufkir de son livre, « Les invités » (éditions « J’ai lu », prix : 9,50 E). Dans cet ouvrage il raconte une histoire vraie, la sienne, une histoire terrible. Il m’a écrit une très belle dédicace, finissant par : « j’espère qu’au terme de ces pages vous puiserez force et détermination quels que soient les aléas de la vie ». Force et détermination, il lui en fallu beaucoup, lorsqu’à l’âge de quinze ans sa vie a basculé. Fils du Général Mohamed Oufkir, connétable du Roi du Maroc Mohamed V puis de son fils Hassan II, il a eu une enfance dorée, en compagnie de la famille royale et de la nomenklatura marocaine. Et puis lorsque son père, pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons dans l’émission, organisa en 1972 un coup d’état raté contre le Roi, le cauchemar a commencé. Le général Oufkir fut immédiatement liquidé, et Raouf et toute sa famille, sa mère Fatema, ses soeurs aînées Malika et Mariam, ses petites soeurs Maria 10 ans et Soukaïna, 8 ans, son petit frère Abdelatif, 3 ans, ont été arrêtés, déportés en plein désert et emprisonnés dans le secret le plus total. Lui-même a vécu 10 ans dans l’isolement, sans lumière, privé de tout contact, et j’ai eu l’impression de relire le « Comte de Monte-Cristo » à travers son récit ... Mais au bout de quinze ans il a pu s’enfuir avec son frère et deux de ses sœurs, et ils ont pu ainsi alerter le Monde qui a découvert - sans trop s’en émouvoir d’ailleurs - qu’une telle barbarie pouvait exister à quelques heures d’avion de Paris.

J’ai pensé que 25 minutes ne seraient pas à la hauteur de ce livre qui compte 826 pages, nous aurons donc deux émissions. Celle du 6 novembre sera consacrée à l’histoire du général Oufkir et de sa famille. La suivante, le 20 novembre, parlera de 40 ans d’histoire secrète du Maroc. 

J.C

Nota ajouté le 04/05/06 : Vous avez été des centaines à venir lire cet article, tellement le livre et le personnage de Raouf Oufkir sont passionnants ; nouveau développement du blog, la possibilité d'écouter sur le Web des émissions déjà diffusées à la radio, par "podcast".
Pour écouter la première interview, cliquer ici.
Pour écouter la deuxième interview, cliquer ici.

Rapport Mehlis, procès Saddam : un magnifique éditorial d’Issa Goraieb dans le journal libanais « L’Orient - Le Jour »

Introduction :
L’actualité s’emballe au Proche-Orient : après le référendum en Irak et le début du procès de Saddam Hussein (voir article précédent, cliquer ici), les commentateurs s’interrogent sur l’avenir d’une vraie démocratie à Bagdad - tout en s’accordant sur le fait que tout retour en arrière est impossible ; après le rapport Mehlis sur l’assassinat de l’ex-Premier Ministre Hariri, les mêmes commentateurs débattent sur l’avenir proche du régime de Damas - tout en s’accordant sur le fait que les beaux jours de « la maison Assad » sont terminés. Mais qui propose, dans les médias, une vue globale sur la faillite de la plupart des régimes arabes de la région, et sur le fait que leurs peuples, enfin, s’interrogent ? En premier, la presse libanaise, directement concernée, et à laquelle j’avais déjà rendu hommage (cliquer ici).
 Je reproduis ci-dessous la fin du très bel éditorial d’Issa Goraieb, directeur de la rédaction du quotidien « L’Orient - Le Jour » en date du 21 octobre.
J.C

Pas plus que la chaotique démocratie qui y a été instaurée, la justice d’Irak ne saurait, en somme, se poser en modèle. Mais pour regrettables qu’elles soient, ces failles n’altèrent en rien le puissant message ainsi lancé à l’ensemble de la région. Pour la toute première fois, un dirigeant arabe déchu échappe à une exécution sommaire ; à des décennies de détention infligée sans autre forme de procès, c’est bien le cas de le dire ; ou alors, pour les plus chanceux, à un exil généralement doré car ils ont abondamment puisé dans la caisse. Pour la première fois, un tel dirigeant comparaît devant des juges, même si l’hirsute Nabuchodonosor d’hier n’a rien perdu de sa superbe et qu’il défie insolemment ceux-ci. Pour la première fois surtout, plus d’un despote doit réexaminer de près, en ce moment, son assurance - impunité et se dire que tout, absolument tout, peut désormais arriver. Cela, le Libyen Kadhafi, bien que fantasque jusqu’à la caricature, aura été le premier à l’avoir compris. Et à l’avoir compris à temps.Que la justice se livre à ses premiers balbutiements en Irak au moment où l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri entre dans une phase cruciale n’est sans doute pas fortuit. Ici et là, c’est la même notion, longtemps foulée aux pieds, qui est réinstituée avec éclat par la communauté internationale : celle de la responsabilité politique - et éventuellement criminelle - des dirigeants indignes qui, tôt ou tard en effet, devraient avoir à rendre compte de leurs actions. C’est en cela même que le rapport du juge Mehlis, remis hier à Kofi Annan et rendu public tard dans la nuit, est capital non seulement pour les Libanais et les Syriens, mais également pour les centaines de millions de citoyens arabes.
Car davantage que les mensongers appels à l’unité, que les dérives et délires des fanatiques, et que les ardeurs guerrières face à l’ennemi israélien, c’est la médiocrité - et trop souvent, hélas, l’ignominie - de leurs gouvernements que les Arabes ont réellement en partage. La justice pointe le bout du nez, le glaive des tyrans n’est plus seul dans la place.

Issa Goraieb

21 octobre 2005

Une tribune libre de Salman Rushdie dans le journal Libération


Introduction :
L'écrivain Salman Rushdie, condamné à mort par une "fatwa" iranienne, n'en finit pas d'étonner le Monde par son courage. Le quotidien "Libération" a publié le 13 octobre dernier une tribune libre sous sa signature dans la série "Rebonds", tribune consacrée à un thème qui lui est cher : la modernisation de l'islam. Et il parle à nouveau de la nécessité d'éradiquer l'antisémitisme dans le monde musulman, sujet tabou pour la plupart des chancelleries européennes.
J.C

MODERNISER L'ISLAM, UN ENJEU POUR LA DIASPORA
Comme par le passé, c'est en Occident que la réforme pourrait voir le jour
Par Salman RUSHDIE - Libération du 13 octobre 2005
Traduit de l'anglais par Bérangère Erouart

Il y a quelques semaines, dans une chronique écrite en réaction aux attentats de Londres (Libération du 23 août), j'évoquais l'«urgente nécessité d'un mouvement de réforme, pour convertir les concepts fondamentaux de l'islam à l'âge moderne». Cet article a suscité une vaste et passionnante polémique.
Il y a naturellement ceux qui se sont empressés d'écarter mes arguments simplement parce qu'ils sortaient de ma bouche : «L'homme qui a perdu son identité et ses croyances ne devrait pas se prononcer sur la grande religion qu'est l'islam», a écrit Anna Tanha, de Glasgow.
J'ai néanmoins eu droit à un flot encourageant de commentaires plus positifs, venus pour la plupart de musulmans. «C'est parfaitement juste ­ il est grand temps que les musulmans admettent que ce sont les attitudes de l'islam du VIIIe siècle qui occasionnent tant de souffrances dans le monde d'aujourd'hui», a fait remarquer Mohammed Iqbal, de Leeds, lieu d'origine de trois des terroristes du 7 juillet.
«De grâce, laissez le dogme en marge du débat, et faites place à la raison. Nous, fidèles, nous nous sommes fait suffisamment de tort à nous-mêmes. Ce que les monarques et le clergé européens ont fait pendant les Ténèbres et le Moyen Age est exactement ce que les souverains et le clergé musulmans sont en train d'infliger à leur communauté», a souligné Nadeem Aktar, de Washington.
Ozcan Keles, de Londres, a insisté sur le fait que seuls «les leaders musulmans s'appuyant sur la foi» devraient être autorisés à procéder à la délicate "ijtihad", ­ réinterprétation du Coran, ­ tandis que Haroon Amirzada, un ancien conférencier de l'université de Kaboul, notait, lui, que «tous les élèves, tous les politiciens d'Orient et d'Occident, qu'ils soient islamiques ou non, devraient travailler ensemble à la modernisation de l'islam pour que cette religion rencontre enfin les réalités de son époque».
Le docteur Shaaz Mahboob, de Hillingdin, dans le Middlesex, a également renchéri : «Il y a des centaines de milliers de musulmans en Grande-Bretagne qui ne suivent pas leur religion aussi strictement que leurs aînés. Ils sont d'ailleurs majoritaires, ces musulmans patriotes, fiers d'être britanniques, qui n'aspirent qu'à vivre en paix et en harmonie aux côtés des groupes d'autres fidèles. Or, pour ce que j'en sais, cet islam libéral et laïque n'est représenté par aucune organisation.»
Certains écrivains m'ont mis au défi de franchir une étape supplémentaire dans mon raisonnement et d'imaginer le contenu d'un tel mouvement de réforme. Les réflexions qui suivent constituent un début de réponse à ce défi, et sont essentiellement orientées sur le cas de la Grande-Bretagne.

Pourquoi la Grande-Bretagne ? Car il se pourrait bien que cette réforme voie le jour au sein de la diaspora musulmane, où les contacts ­ et les frictions ­ entre communautés sont le plus exacerbés, avant d'être exportées vers les pays à dominante musulmane. Ce ne serait d'ailleurs pas la première fois qu'un tel phénomène se produirait : l'idée du Pakistan a également pris sa source en Angleterre, tout comme certains personnages ayant influé sur le cours de l'histoire, tels que le Mahatma Gandhi, le fondateur du Pakistan Muhammad Ali Jinnah ou le leader indien musulman pro britannique, sir Syed Ahmad Khan.
Les musulmans britanniques, souvent originaires d'Asie du Sud, devraient se rappeler leur propre histoire. En Inde, les musulmans sont traditionnellement laïques, sachant que c'est précisément le caractère séculier de la constitution indienne qui leur épargne une dictature de la majorité hindoue. Les musulmans britanniques devraient prendre exemple sur leurs homologues et séparer religion et politique.
En revisitant leur histoire, ils s'apercevront également que, de mémoire vivante, des villes musulmanes telles que Beyrouth et Téhéran étaient des métropoles modernes, cosmopolites et tolérantes. Cette culture perdue doit être sauvée des mains des radicaux, puis célébrée et rebâtie.
L'idée qui veut que les musulmans soient tous apparentés les uns aux autres doit être révisée. Comme le démontrent les divisions amères entre sunnites et chiites irakiens, cette idée d'une fraternité islamique tient de la fantasmagorie. Et lorsqu'elle induit en erreur de jeunes hommes tels que les terroristes du 7 juillet (rares sont les musulmans britanniques qui trouveraient la vie supportable dans un pays musulman conservateur) au point de faire sauter leurs propres compatriotes, elle se mue alors en une dangereuse fiction.
Ceux qui sont le plus directement blessés par les partisans d'un islam radical sont d'autres musulmans : les musulmans afghans par les talibans, les musulmans iraniens sous la férule des ayatollahs. La majorité des victimes de l'insurrection irakienne sont encore des frères musulmans. Pourtant, la rhétorique musulmane se concentre systématique-ment sur les crimes de «l'Occident». Les musulmans auront peut-être besoin de se demander qui est véritablement leur ennemi, et de rediriger leur rage contre ceux qui les oppressent et les massacrent réellement.
Politiquement, dans les années 70 et 80, les Britanniques originaires d'Asie du Sud s'appuyaient essentiellement sur des groupes laïques, généralement menés par des activistes d'obédience marxiste ou gauchiste. Durant cette période, on a assisté à un rapprochement entre Noirs et Asiatiques, qui s'est brisé à la fin des années 80 avant d'être remplacé par un islamisme radical, déterminé par la foi et soutenu par les mosquées, et dont les protestations contre mon livre les Versets sataniques, paru en 1989, sont notamment une excroissance.
Les Sud-Asiatiques laïques ­ et pas nécessairement gauchistes ­ doivent reconquérir ce terrain en se lançant dans la création de corps politiques vraiment représentatifs,­ ceux dont Mahboob déplorait un peu plus haut le manque. Ainsi les leaders du Conseil musulman de Grande-Bretagne, de plus en plus discrédités, pourront-ils enfin être marginalisés.
Cet islam réformé rejetterait alors tout dogmatisme conservateur en acceptant, entre autres : que les femmes soient totalement considérées à l'égal des hommes, que les adeptes d'autres religions ­ voire d'aucune religion ­ ne soient pas jugés inférieurs aux musulmans, que les différences d'orientation sexuelle ne méritent aucune condamnation mais soient acceptées comme l'un des aspects de la nature humaine, et que l'antisémitisme ne soit pas toléré. Le bâillonnement de la liberté d'expression ferait place à un débat solide, authentique et ouvert, sans aucune idée interdite ni sujet prohibé.
Un islam réformé inciterait aussi les musulmans issus de la diaspora à sortir des ghettos qu'ils se sont eux-mêmes imposés et à cesser de brider à ce point leurs filles. Du carcan intellectuel dicté par le "littéralisme" (1) et la soumission aux mollahs et aux oulémas, émergerait une scolarité ouverte et centrée sur l'histoire, enfin sortie des ténèbres dans lesquelles les madrassas et les écoles coraniques l'avaient plongée.

Enfin, il faut que cesse cette paranoïa qui a conduit certains musulmans à prétendre que les juifs se cachaient derrière les attaques du 11 septembre et, plus récemment, que les musulmans n'étaient peut-être pas les instigateurs des attentats du 7 juillet, ­ une folle théorie qui a récemment volé en éclats, si l'on me passe l'expression, grâce à une vidéo diffusée sur Al-Jazeera.
Peut-être que, comme diverses personnes l'ont laissé entendre en réaction à ma première chronique, ce que je décris là n'est pas tant le contenu d'une réforme que l'avènement de nouvelles Lumières.

Si tel est le cas, fort bien : que la lumière soit !

Salman Rushdie

(1) le Coran pris et compris à la lettre et non interprété. 

19 octobre 2005

Procès de Saddam Hussein : silence gêné du Monde arabe


Photo AP, prise au Koweit, 19 octobre 2005

Le premier procès de Saddam pour crimes contre l’Humanité vient de commencer à Bagdad. Le président déchu et sept de ses lieutenants sont jugés devant le Tribunal spécial irakien (T.S.I) pour le massacre de 143 villageois chiites en 1982 et risquent la peine de mort.

Alors que le peuple irakien manifeste sa joie de voir le tyran enfin jugé, et souhaite en majorité une justice « expéditive », les peuples arabes (en tout cas les médias qui s’expriment en leurs noms) manifestent plutôt un « silence gêné ».
Ci-dessous l’extrait d’un article publié dans "Libération" en date du 18 octobre :

"Le premier procès d'un chef d'Etat arabe déchu suscite un mélange d'intérêt et de scepticisme dans le monde arabe. Jamais avant Saddam Hussein, un dirigeant arabe, monarque ou autocrate républicain, ne s'est retrouvé face à un tribunal malgré les accusations de dictature, d'illégitimité et de violation des droits de l'Homme et la multiplication des coups d'état depuis les indépendances nationales. Mais la curiosité et le peu de sympathie affiché pour le dictateur irakien, en particulier dans la presse du Golfe et d'Egypte, se mélangent à un fort sentiment de défiance envers une justice irakienne perçue comme aux ordres de Washington. Une gêne qui se traduit par une couverture assez discrète. D'autant que, même si Saddam Hussein n'était pas aimé, les conditions de son arrestation ont été ressenties comme une «humiliation» par l'opinion arabe. «Le fait que ce procès ait lieu dans un pays occupé par les Américains réduira son importance aux yeux de l'opinion arabe», souligne Moustafa Kamal al-Sayyed, professeur à l'Université américaine du Caire."

Cette gêne, ce silence, ce sentiment d’orgueil nationaliste blessé, j’en ai eu conscience il y a près de trois ans (15 décembre 2002), lors de mon émission avec le Professeur Halkawt Hakem, réfugié kurde d’Irak vivant à Paris. Ci-dessous la retranscription d’un extrait de l’interview :

Jean Corcos :

Halkawt Hakem, nous nous devons de parler de votre propre peuple, le peuple kurde d’Irak et d’évoquer la mémoire des victimes, en particulier de la ville martyre de Halabja, à propos de laquelle le journal Le Monde a publié un très bel article, le 2 novembre 2002. Rappelons que dans cette ville du Kurdistan, à la frontière de l’Iran, l’aviation irakienne a effectué le 16 mars 1988 un bombardement chimique avec un mélange de gaz sarin, tabun et VX qui en quelques heures a tué plus de 5000 personnes et laissé, je crois, presque 12 000 handicapés à vie. Comment expliquez-vous le silence du monde, en particulier des Américains, au moment où ont été commis ces crimes ?

Halkawt Hakem :

Dans les années 1980, l’Irak est entré en guerre contre l’Iran qui essayait d’exporter sa révolution islamique. A cette époque, l’Irak protégeait les intérêts des pays occidentaux en empêchant que l’ensemble de la région ne subisse l’influence de pays islamiques comme l’Iran. Ce conflit a masqué les exactions et les massacres perpétrés alors par l’armée irakienne et plus particulièrement en 1988 sur les populations kurdes, et aussi bien le monde occidental que le monde arabe a observé un silence sur ce que l’on peut appeler une sorte de génocide contre les Kurdes.

Jean Corcos :

Comment expliquez-vous ce silence ? Ne pouvons-nous pas dire que ce génocide trouve sa cause dans la menace que représentaient les Kurdes pour tous les nostalgiques de l’unité arabe qui voyaient un peu en Saddam Hussein le fils spirituel de Nasser, et le dernier représentant de cette lignée de chefs d’état ? Ou bien est-ce que les élites arabes ont une vision des droits de l’homme à deux vitesses selon l’origine du persécuteur, en passant les crimes sous silence radio si celui-ci est arabe ?

Halkawt Hakem :

Vous savez très souvent dans le monde arabe même dans le monde entier, on parle de la politique de deux poids, deux mesures vis à vis d’Israël et de la population palestinienne : on dit que les Israéliens n’appliquent pas les résolutions de l’ONU alors que les Nations Unies ou les Etats-Unis imposent l’application de résolutions aux Irakiens ou aux Palestiniens. Mais, même s’il y a une part de vérité dans cette remarque, la plus grande politique de deux poids, deux mesures, est appliquée dans le monde arabe à l’encontre de la population irakienne et des Kurdes. Le monde arabe ne parle jamais des crimes commis par le régime irakien contre les Kurdes, contre la population arabe. Pour quelles raisons ? Je pense que le monde arabe, qui a l’esprit et les yeux fixés sur le problème palestinien, ne veut pas qu’une autre question aussi juste soit-elle, soit exposée, exprimée au sein de sa population, surtout quand cette question concerne un pays ou un dictateur arabes et qu’elle peut de plus amener l’opinion publique à accorder moins d’importance au sort des Palestiniens car, en comparaison, la population kurde a beaucoup plus souffert que la population palestinienne. Assez souvent d’ailleurs, les Kurdes disent souhaiter avoir autant de droits et de libertés que les Arabes en Israël. Les Palestiniens ont la possibilité de mener une Intifada : en deux ans, il y a eu 2000 tués palestiniens. En un quart d’heure, Saddam Hussein, le chantre du nationalisme arabe, a tué 5000 personnes, et, contrairement aux Palestiniens dont la cause est défendue à travers le monde, personne n’a rien dit.

A propos de l’Irak, voir également sur le blog les articles :
12 octobre 2005

News of the blog


Cet étrange graphique est directement tiré des statistiques du logiciel « sitemeter » (le petit bouton en bas en droite), dont je vous avais déjà vanté les prouesses (voir article). Voici donc les résultats pour le mois de septembre 2005 : en vert, le nombre de visites (« hits ») par jour ; en violet, le nombre de « pages ouvertes ». On voit que le ratio est d’environ 1,5.

Visiteurs de plus en plus nombreux : déjà 1672 visites aujourd’hui, une moyenne de plus de quinze par jour depuis début septembre. Merci au site portail « desinfos.com » qui m’a fait l’honneur de figurer parmi les sites francophones en liens, j’ai noté que beaucoup de visites provenait de sa page d’accueil ! Mais grâce soit aussi rendue aux moteurs de recherche, et surtout à Google qui signale toujours ce blog en bonne place, et qui permet au visiteurs les plus lointains (de Taiwan à l’Argentine en passant par le Sénégal, le Maroc et le Qatar) de découvrir le site et l’émission. Enfin j’ai noté, avec plaisir, que beaucoup de visiteurs venaient directement sur le site, ce qui montre que l’adresse a été enregistrée en « favori » ... faites comme eux !

Mais visiteurs pas assez curieux : une des ambitions de ce blog est de vous faire découvrir des sites, articles, informations, etc. que vous n’auriez pas eu l’occasion de connaître par ailleurs. Il y en a des dizaines, il suffit de cliquer sur les liens, bien visibles dans les différents articles. Pour avoir aussi une idée de la variété des thèmes abordés dans le blog comme dans l’émission, il faut aussi aller dans les archives, dont les liens permanents figurent en bas à droite de chacune des pages. Juste au dessus figurent aussi des liens permanents vers des sites d’associations et de journaux (en particulier du Maghreb et du Proche-Orient) qui valent le détour ... pour qui partage ma passion de l’actualité et ma soif de faire connaître d’autres visages du monde musulman !

Puisque je vous donne des infos, j’en profite aussi pour remercier notre ami Albert Soued qui fut dernièrement mon invité. On trouvera sur son site http://www.nuitdorient.com/ une retranscription de notre émission du 9 octobre.

Merci pour votre visite, et n’hésitez pas à être plus curieux !

J.C

16 octobre 2005

Tremblement de terre au Pakistan : Israël enverra des secours


Photo : UNICEF
Un enfant blessé, la tête et le bras couverts de pansements, partage un lit de camp avec un autre rescapé du séisme, à Muzaffarabad, au Pakistan, 
dans un établissement médical provisoire. Cette ville de 500 000 habitants a été presque totalement détruite. Voir article sur la page WEB spéciale de l’UNICEF

C’est officiel, le Pakistan vient d’accepter l’aide d’Israël suite au terrible tremblement de terre qui a fait plus de 40.000 morts. On se reportera à l’article du Haaretz en lien (cliquer ici).

Une telle information peut sembler secondaire. La solidarité de tous les humains devant un tel désastre ne se discute pas, toutes les frontières d’ethnies ou de religions devraient s’effacer lorsqu’un cataclysme (tsunami, ouragan, tremblement de terre) vient meurtrir un état, hélas souvent parmi les plus pauvres. Sauf que, victime pendant des décennies d’un ostracisme total de la part du monde musulman, le petit Israël n’a pu faire bénéficier de son expertise certains pays victimes de catastrophes. Présentes en Arménie il y a une quinzaine d’années, les équipes israéliennes annonçaient la reprise des relations diplomatiques, rompues pendant plus de 20 ans par l’ex-URSS. On a pu voir ces mêmes équipes à l’oeuvre après des séismes en Turquie, au Mexique, les populations de ces pays lui témoignant ensuite des touchantes marques de reconnaissance. Mais on se souvient aussi qu’après le tremblement de terre de Bam, l’Iran des Ayatollah racistes, sectaires et fanatiques accepta l’aide de toutes les Nations, sauf de « l’entité sioniste » ...
Pour ce qui concerne le Pakistan, cette main tendue dans le malheur annonce en tout cas une ère nouvelle, dont je vous avais déjà parlé il y a quelques semaines (cliquer ici).

J.C

Dieudonné : drôle ... de justice




Langue de bois sauce piquante

Introduction :
Nouvelle rubrique aujourd’hui ... La langue de bois, tellement parlée à notre époque, mérite une sauce bien piquante pour être digérée. Nous débuterons donc par la version judiciaire de la langue de bois, celle parlée dans des Tribunaux qui pratiquent le « deux poids et deux mesures ». Et je publie un article d’une nouvelle collaboratrice du blog, Isabelle Rose.
Isabelle Rose, agrégée de philosophie, a enseigné pendant six ans. Elle a quitté la France, par convictions personnelles, pour s'installer à Jérusalem ou elle étudie l'hébreu et se convertit au Judaïsme. 
J.C

« Ce que les médias français appellent « l’affaire Dieudonné » n’en finit pas de rebondir. Sa relaxe avait été laconiquement prononcée il y a quelques semaines, les tribunaux français estimant que son « sketch » mettant en scène le « Juif nazi » ne contrevenait pas aux lois ni aux valeurs françaises. Lors d’une autre émission de Marc-Olivier Fogiel, la rédaction de France 3 aura diffusé le SMS d’un téléspectateur prenant à partie Dieudonné pour lui demander ce qu’il penserait si l’on « parlait de l’odeur des blacks ». Plainte déposée par l’intéressé et les associations qui le soutiennent pour insulte a caractère racial, menaces, irruption-sabotage sur le plateau d’enregistrement de « On ne peut pas plaire à tout le monde », pressions sur la Rédaction de France 3 pour obtenir la démission de Marc-Olivier Fogiel. Sentence des Tribunaux : France 3 est condamnée et Dieudonné continue à poser ses exigences.

On peut s’interroger sur la qualité des émissions de Marc-Olivier Fogiel. On peut ne pas partager leur orientation ou leur ton. On peut aussi s’interroger sur l’opportunité qu’il y avait à diffuser ce SMS à la télévision. Mais il y a un principe sur lequel personne ne devrait - au moins en France - se poser de questions : celui de l’Egalité qui doit régner dans les sentences prononcées dans les Tribunaux. En clair : si ce SMS, dont toute personne de bon sens et de bonne foi devrait reconnaître l’intention, est jugé pour être de la provocation à caractère raciste, alors on ne voit pas pourquoi le « sketch » de Dieudonné devrait être exempté de la loi commune. Le « sketch », selon les dires de Dieudonné, se contentait de rassembler les préjugés en cours sur les Juifs pour faire rigoler. En écrivant ce SMS, qui se contente de rassembler les préjugés en cours sur les africains pour demander à Dieudonné dans quelle mesure cela le ferait rigoler, devrait être soumis à la même règle : si on relaxe l’un, on doit relaxer l’autre ; ou, si l’on condamne l’un, on doit condamner l’autre, même si à notre sens le SMS en question ne revêt ni le même sens ni la même dimension. Il y a tout lieu aujourd’hui, si on ne l’a pas fait avant, de se poser des questions sur le fonctionnement des tribunaux et sur la nature des procureurs en France : comment est-il possible que le « sketch » de Dieudonné ne soit pas sanctionné au même titre que ce SMS ? Ou l’inverse. On attend ce que dira l’appel (dans les deux cas).

Mais puisque Dieudonné et ses comparses ont développé une susceptibilité et un goût prononcé pour le judiciaire, qui, semble t-il, n’est pas totalement infondé, nous lui soumettons une idée pour faire avancer les siennes : puisque l’odeur des noirs venait originellement d’un discours électoral de Jacques Chirac, pourquoi ne pas porter plainte contre le Président quand il sera arrivé au terme de son mandat ? Les tribunaux devront le condamner, car c’est le Président lui même qui est à l’auteur anonyme, hors la loi, de ce malheureux SMS. C’était avant qu’il ne se découvre une passion pour les masques ivoiriens et les danseuses arabes ...»

Isabelle Rose
Jérusalem, le 11 Octobre 2005.

A propos de Dieudonné, on se reportera au magnifique article d’Idris Chraïbi, intitulé « n’invitons pas à Casa ce salaud de Dieudonné » (cliquer ici).
Et puis j’ai plaisir à évoquer les condamnations claires contre ce sinistre personnage, prononcées à mon émission par deux invités d’origine africaine : Abd Al Malik et Diagne Chanel.

12 octobre 2005

Donneurs de leçons, preneurs de bakchichs




Le sourire du mois
- octobre 2005


La "Une" du quotidien "Libération"
du 12 octobre 2005

Bravo au quotidien « Libération » pour son excellent dossier sur le scandale des détournements de fonds de l’accord « pétrole contre nourriture » ! C’est le seul quotidien de la presse française à être allé aussi loin dans l’enquête, en donnant tous les détails sur les « ripoux », diplomates de haut rang comme l’ex-représentant de la France au Conseil de Sécurité des Nations Unies ou l'ex-Secrétaire Général du Quai d’Orsay, financiers, hommes politiques et intermédiaires douteux en tout genre, qui ont profité des fonds sous contrôle de l’ONU pour se servir au passage ... et servir le régime assassin de Saddam Hussein ! 10 milliards de dollars furent détournés sur les ventes pétrolières, « un casse du siècle » au bénéfice des dignitaires baasistes tandis que le peuple irakien mourrait de faim, et alors que c’étaient la communauté internationale et les Américains que dénonçaient les « bonnes consciences ». Le professeur Halkawt Hakem, kurde réfugié d’Irak, avait parlé de ces détournements sur « Rencontre » le 15 décembre 2002, alors que Saddam était encore au pouvoir. Et à l’époque, ni les grands médias, ni le Quai d’Orsay, ni la Présidence de la République n’émettaient le moindre reproche vis-à-vis de cet ex-allié stratégique de notre Pays ...

Je reproduis ci-dessous la fin de l’implacable éditorial de Patrick Sabatier dans « Libé » :
« La mise en cause de diplomates de haut rang, qui ont longtemps influencé la politique étrangère de la France, et servi sa politique dite «arabe», jette la suspicion sur l'ensemble de cette politique. L'appât du gain et la peur de perdre les privilèges, y compris matériels, qui vont avec le service diplomatique, n'expliquent pas à eux seuls des dérives individuelles. C'est au sommet de l'état, où nul ne pouvait (et n'était censé) ignorer ces errements sauf à admettre une incompétence coupable, et dont ces hommes étaient de zélés serviteurs, que réside la responsabilité ultime. C'est par la tête que le poisson commence à pourrir. »
Mais puisqu’il est plus facile de critiquer que de faire son autocritique, mea-culpa ... Dans un article récent sur la « politique arabe de la France » (cliquer ici), je parlais de la complaisance des journalistes, c’est bien injuste pour « Libération ». Je disais aussi que personne ne trouvait rien à redire au manque total de contrôle du Parlement sur la politique étrangère, encore un sujet qui commence à faire débat, je me réfère également au « Libé » du 12 octobre et à la chronique d’Alain Duhamel intitulée « Monarchie diplomatique », dont je reproduis la conclusion :
« Dans tous les autres états, sans exception, le chef du gouvernement débat réellement avec ses ministres, a fortiori lorsqu'il s'agit d'un gouvernement de coalition, et s'expose au contrôle du Parlement, lequel s'exerce même parfois a priori. En France, rien de tel : le Président est politiquement irresponsable. Le Parlement ne peut le mettre en cause, le gouvernement lui obéit au doigt et à l’œil. Cela vaut dans tous les domaines mais cela culmine en politique étrangère.
Dans ce secteur, la démocratie française est un mythe absolu, ce qui, sauf à croire à l'infaillibilité présidentielle, est à la fois choquant et dangereux. »

J.C 

11 octobre 2005

L'immémorial européen

Citation on line

Jean-Claude Milner,
"Les penchants criminels de l'Europe démocratique"
(Editions Verdier, prix : 12 E)


« Jusqu’à la dernière guerre d’Irak, le Proche Orient et le Moyen-Orient étaient de part en part une œuvre européenne. L’orientalisme, que l’on suive Edward Saïd ou Bernard Lewis, en était la manufacture, au croisement du savoir et du rêve, de la conquête et du tourisme. Les fantasmes personnels de quelques anglais et de quelques français, de Lawrence à Genêt en passant par Massignon, y eurent une part non négligeable. Ils n’étaient que la forme accentuée d’une quête née du dix-neuvième siècle et du voyage romantique : la quête d’un immémorial.

Demande bien compréhensible de la part d’Européens, lassés d’un monde où l’on sait toujours que tout a eu un commencement, même le christianisme, même la philosophie, même la politique. L’inversion imaginaire a voulu que les voyageurs, les diplomates, les conseillers des décideurs aient cru trouver l’immémorial dans la conjonction des tard-venus de l’Orient : le nom arabe et le nom musulman. En sortit au vingtième siècle, après la fin de l’Empire ottoman, une politique de pacotille, où passèrent pour intrus, tous ceux à qui il manquait l’un des deux noms - Kurdes, Arabes chrétiens, Coptes -, moyennant tout au plus une exception pour les Turcs, en vertu du droit du plus fort. Mais ceux à qui les deux noms manquaient n’avaient rien à espérer. Quiconque est habité par la vision orientaliste du monde, tient tout Juif au Proche-Orient pour éternellement intrus ».

Nota : à propos de Lawrence d’Arabie, lire aussi l’article en cliquant ici.

J.C

09 octobre 2005

Pour la Turquie dans l'Europe : Semih Vaner sera notre invité le 23 octobre


La question de l’entrée éventuelle de la Turquie dans l’Union Européenne est un sujet brûlant, et très polémique. Si la majorité des gouvernements l’appuient (sous certaines conditions), la majorité des opinions publiques y est hostile. Au-delà de cet enjeu, l’avenir de cet état de 70 millions d’habitants (plus peuplé que le plus peuplé des pays arabes) est une des clés de la géopolitique au Moyen Orient.

« Rencontre » se devait d’éclairer les auditeurs, en faisant entendre deux points de vue diamétralement opposés, et en posant à chacun des invités des questions difficiles : car c’est du débat que peut jaillir la vérité, ou alors (comme hélas trop souvent sur les plateaux de télévision), on ne joue que le rôle de porte micro ! Le 8 mai dernier, mon invité fut Alexandre Del Valle à propos de son livre "La Turquie en Europe, un cheval de Troie islamiste ?" (Editions des Syrtes, prix : 23 E), un ouvrage violemment hostile à cette candidature. Cliquer ici pour accéder à son site. Pour respecter un équilibre naturel, je recevrai donc Semih Vaner, chercheur au C.E.R.I (Centre d’Études et de Recherches Internationales), qui est une émanation du C.N.R.S et de Sciences Po. Semih Vaner est d'origine turque (cliquer ici pour avoir son portrait et des références de publications). C’est un expert renommé du monde turco - iranien et de l’Asie centrale. Il avait déjà été mon invité le 6 avril 2003 sur le thème « La Turquie dans un Moyen Orient en ébullition ». Il a lui aussi écrit un ouvrage sur la Turquie et l'Union Européenne, celui-là bien sûr favorable à l'adhésion :
"L'Europe avec ou sans la Turquie" par Deniz Akagül et Semih Vaner (Éditions d'Organisation, prix 12 E)

J.C

06 octobre 2005

Hommage aux journalistes libanais

Le dimanche 25 septembre, la célèbre journaliste libanaise May Chidiac était victime d’un terrible attentat.

Son véhicule a explosé, la laissant dans un état critique - elle a du être amputée d’un bras et d’une jambe. Elle était connue pour ses positions anti-syriennes, qu’elle défendait courageusement même à l’époque où Damas occupait militairement le Liban. La photo la présente sur le plateau de nos confrères de la LBC (« Lebanese Broadcasting Corporation »), la chaîne de télévision très suivie dans les zones chrétiennes du pays.
Elle est la deuxième journaliste victime du terrorisme en quelques mois, lors d’une série d’attentats sournois destinés à déstabiliser le « Pays des Cèdres ». Avant elle, il y eut l’assassinat de Samir Kassir, journaliste de gauche d’origine palestinienne mais également très anti-syrien. Nous avions évoqué ces assassinats et ces menaces avec un expert d’origine libanaise, Khattar Abou Diab, lors d’une émission le 3 juillet dernier (cliquer ici), en rendant hommage aux journalistes de Beyrouth, une des seules capitales arabes où il existe une tradition d’indépendance de la presse.

J’en profite aussi pour vous recommander la lecture du quotidien « L’Orient - Le Jour », en lien permanent sur le blog. La maquette du site a été complètement renouvelée, et sa lecture est indispensable pour qui veut suivre l’actualité libanaise. 

J.C

Nouveautés sur le blog

La nouvelle année 5766 doit être honorée par des résolutions. Certaines rubriques (« Photo pas vue», « Une toile sur la Toile ») ont été régulièrement publiées, d’autres moins, ce sera donc pour l’an prochain ! Mais il m’est venu aussi d’autres idées, ainsi que l’envie de faire profiter le lectorat du blog d’autres plumes bien affûtées ... Ainsi je peux vous annoncer une nouvelle série « Citation on line», où je publierai des extraits de livres ou d’articles que j’ai particulièrement appréciés. Et puis aussi une rubrique pour laquelle j’ai trouvé un titre appétissant : « Langue de bois sauce piquante » : il y a en effet chez nos journalistes professionnels trop de propos convenus, trop de liberté prise avec les faits, trop de complaisance envers les puissants ... et chez les politiques une inclinaison systématique à ne pas répondre aux questions tout en étant sûrs de ne jamais être déstabilisés ! 

Merci donc aux centaines de visiteurs anonymes qui ont découvert le site et lui sont peut-être devenus fidèles - comme bien sûr aux milliers d’auditeurs réguliers de « Rencontre » ... j’essayerai de ne pas vous décevoir !

 J.C

Fraternité à Versailles

Merci à Albert Soued de m’avoir communiqué cette information. 

Introduction :
Les représentants à Versailles des trois religions monothéistes ont lancé un appel commun pour le 4 octobre. Vous lirez leur communiqué ci-dessous. Importante précision, ce jour là (une coïncidence heureuse qui n’était pas arrivée depuis plus de 60 ans !) le nouvel an juif tombait en même temps que le début du mois de Ramadan. 
Je présente tous mes voeux à l’occasion de cette fête aux visiteurs du blog qui le lisent au Maroc, en Algérie ou ailleurs dans le Monde arabe, et aux auditeurs musulmans de l’émission « Rencontre ». 
J.C
« 4 octobre 2005 :
- les juifs célèbrent Roch Hachana,
- Ramadan s'ouvre aux musulmans,
- les catholiques fêtent St François d'Assise, respecté par tous les chrétiens.
Roch Hachana, Nouvel An juif, se célèbre le 1er et 2ème jour du mois de Tichri, 3 et 4 octobre 2005. Cette fête est l'occasion pour tout juif de faire un retour sur lui même, pour un examen de conscience vis-à-vis de D. et de son prochain, dans une recherche de paix universelle.
Pour le musulman, le mois de Ramadan est avant tout un mois de recueillement et de méditation qui s’exerce à travers le jeûne sacré. Il vaut mille mois, voire plus, lorsque la paix intérieure parvient à retentir au-delà de ce que nous sommes et à faire écho dans la vie des hommes ; et le prophète de l’islam de préciser : « Si une personne venait à t’oppresser, dis :’je jeûne’ ».
St François d'Assise, qui saluait chacun par les mots "Paix et Joie", voulait instaurer la paix entre toutes les créatures de Dieu et, tout particulièrement, éviter la violence de la croisade par la rencontre et le dialogue. Ainsi, il partit, seul, entre les armées affrontées, pour rencontrer le sultan et lui demander de faire la paix. 
Heureux de ce rapprochement, nous appelons nos communautés à accueillir, dans l'esprit de la rencontre d'Assise, cette paix que Dieu nous offre à tous et, avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, à aller à la rencontre de l'autre pour reconnaître notre commune aspiration à la paix et pour œuvrer ensemble à une cité plus fraternelle. 

Monsieur le Rabbin Edmond BELHDEB, rabbin de la communauté juive de Versailles ;
Mohamed OULD KHERROUBI, président de l'Association des Musulmans de Versailles ;
Pasteur Flemming FLEINERT-JENSEN, pasteur de la paroisse réformée de Versailles ;
Père Jean-Marc BOT, curé de la paroisse Saint-Louis, doyen de Versailles-Le Chesnay »

02 octobre 2005

Shana Tova 5766


Bonne et heureuse année à tous les lecteurs du blog !
C’est en effet lundi soir que débutera la nouvelle année juive 5766.
 


Est-il besoin de le préciser ? Beaucoup de fidèles lecteurs ou de visiteurs de passage ne sont pas juifs, comme (d’après des enquêtes) peut-être la moitié des auditeurs de mon émission ou des autres de Judaïques FM. Je ne peux que m’en féliciter, car le ghetto n’est ni mon idéal, ni celui de notre radio ! Et les sujets abordés par « Rencontre » concernent en vérité le public le plus large, car les soubresauts du monde musulman et les problèmes d’intégration en France pèsent de plus en plus lourd.

Là-dessus, tout le monde se souhaite bonne année le 1er janvier. On peut s’échanger des vœux à l’occasion de chaque fête religieuse, quelles que soient nos traditions. Et j’ai plaisir à reproduire les dernières phrases du discours du le Premier Ministre Ariel Sharon, prononcé le 15 septembre devant l’Assemblée Générale des Nations Unies : 
« Dans quelques jours, débutera le Nouvel An du calendrier hébraïque, l’année 5766 depuis la Création. Selon la croyance juive, lors de la nouvelle année, le sort des peuples et des nations est déterminé par le Créateur (...). Puisse le Saint - béni soit-Il ! - décider cette année que ce qui nous attend et attend nos voisins soit la paix, le respect mutuel, et la bonne entente entre voisins. Du haut de cette honorable tribune, je veux, au nom du peuple d’Israël, souhaiter une bonne année à tous les peuples du monde. Shana Tova !» 

Cliquer ici pour lire le texte intégral du discours.

J.C